Le suivant, je l’ai trouvé dans un journal des îles Sandwich, qui me fut
envoyé par un ami, du fond de cette paisible retraite. La coïncidence
entre ma propre expérience et celle dont parle ici feu M. Benton est si
frappante que je ne puis m’empêcher de publier et de commenter ce
paragraphe. Voici le texte du journal sandwich:
«Combien touchant, le tribut payé par feu l’honorable T. H. Benton à
l’influence de sa mère!--«Ma mère me demanda de ne jamais fumer. Je n’ai
jamais touché de tabac depuis ce jour-là jusqu’à aujourd’hui. Elle me
demanda de ne plus jouer. Je n’ai jamais plus touché une carte. Je suis
incapable quand j’ai vu jouer de dire qui a perdu. Elle me mit en garde,
aussi, contre la boisson. Si j’ai quelques qualités d’endurance
actuellement, si j’ai pu me rendre quelque peu utile dans la vie, je
l’attribue à mon obéissance à ses vœux pieux et corrects. Quand j’avais
sept ans elle me demanda de ne pas boire, et je fis alors le vœu
d’abstinence absolue. Si j’y fus constamment fidèle, c’est à ma mère que
je le dois.»
Je n’ai jamais rien vu de si curieux. C’est presque un bref résumé de ma
propre carrière morale, en substituant simplement une grand’mère à une
mère. Combien je me rappelle ma grand’mère me demandant de ne pas fumer!
Vieille chère âme! «Je vous y prends, affreux roquet! Bon! Que je vous
y prenne encore, à mâcher du tabac avant le dîner! Et je vous parie que
je vous donne le fouet jusqu’à vous laisser pour mort.»
De ce jour à aujourd’hui, je n’ai jamais plus fumé dans la matinée.
Elle me demanda de ne pas jouer. Elle me chuchota: «Jetez-moi ces
damnées cartes, tout de suite. Deux paires et un valet, idiot, et
l’autre a une séquence.»
Je n’ai plus joué depuis ce jour, jamais plus, sans un jeu de rechange
dans la poche. Je ne puis pas même dire qui doit perdre une partie,
quand je n’ai pas fait moi-même le jeu.
Quand j’avais deux ans, elle me demanda de ne pas boire. Je fis le vœu
d’abstinence complète.
Si je suis resté fidèle et si j’ai ressenti les effets bienfaisants de
cette fidélité, jusqu’à ce jour, c’est à ma grand’mère que je le dois.
Je n’ai jamais bu, depuis, une goutte, de quelque sorte d’eau que ce
soit!