Six jours après les événements relatés dans le précédent chapitre, la
brillante capitale du duché de Brandenbourg resplendissait de pompe
militaire et retentissait des cris joyeux du peuple loyal. Conrad, le
jeune héritier de la couronne, était arrivé. Le cœur du vieux duc
débordait de joie, car la belle prestance de Conrad et ses façons
gracieuses l’avaient séduit aussitôt. Les grandes salles du palais
étaient remplies de seigneurs, qui reçurent Conrad noblement. Et
l’avenir s’annonçait sous des couleurs si attrayantes et si heureuses
que les craintes et les soucis du duc s’évanouissaient, et faisaient
place à une confortable satisfaction.
Mais dans une salle reculée du palais se passait une scène bien
différente. A une fenêtre se tenait la fille unique du duc, dame
Constance. Ses yeux étaient rouges et gonflés, et pleins de pleurs. Elle
était seule. Elle se remit à gémir et dit à haute voix:
«Le cruel Detzin est venu,--mon beau duché a disparu--je ne l’aurais cru
jamais,--hélas! ce n’est que trop vrai!--Et je l’aimais, je
l’aimais,--j’ai osé l’aimer, bien que sachant--que mon père le noble
duc,--ne me permettrait pas de l’épouser!--Je l’ai aimé--je le
hais.--Qu’est-il arrivé de moi?--Je suis folle, folle, folle!--Tout est
maintenant perdu!--»