L’ABSOLUTION

Il tint son serment; mais, le neuvième jour ou plutôt la neuvième nuit,

il galopa tellement sur son grand cheval qu’à minuit on le trouva

ivre, endormi au milieu de la rue du Faubourg-du-Temple; il n’avait

pu regagner son domicile. Un acteur sortant de son théâtre le trouva

là gisant. Il en eut pitié et le releva pour le mettre au coin d’une

borne, de peur qu’il ne fût écrasé par les voitures. Le général, se

sentant remuer, se réveilla tout à coup. «Que me veut-on? dit-il.

--On ne vous veut rien, mais vous pouvez être écrasé là où vous êtes.

--Tiens, c’est vrai! vous êtes un bon diable, vous. Nous allons prendre

une goutte ensemble.

--Non, je n’ai pas soif; rentrez chez vous.

--Je tiens à vous remercier; vous boirez ce que vous voudrez.

--Je ne veux rien.

--Vous ne voulez rien? vous faites le fier!»

L’artiste s’éloignait à ces mots.

«Ah! vous me refusez! eh bien, je veux vous donner des remords; je me

recouche là, on m’écrasera, et ce sera votre faute.»

Et il se recoucha; l’artiste revint le relever, et il fallut passer par

où il voulait, c’est-à-dire entrer chez le marchand de vin avec lui,

car il s’était déjà rendormi.

Voilà le général au moral et au physique. Quant à ses antécédents,

personne ne les connaît; personne ne sait d’où il vient ni ce qu’il a

fait jadis. Il n’est pas chiffonnier de naissance, il parle français

avec pureté, il est poli, bien élevé; on voit que cet homme a dû avoir

été autre chose que ce qu’il est. Quant aux mille histoires qu’on lui a

fabriquées, nous n’en croyons pas un mot.

[Illustration]

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Paris Anecdote Avec une préface et des notes par Charles Monselet · 第 85 / 103 题