[1]
Le nom était sur le point de m'échapper, quand je me suit souvenu fort à
propos qu'il est souvent imprudent de désigner les masques. Le mari de
la femme dont il est ici question a été quelque temps le directeur d'un
des théâtres de la capitale. Il est vivant; on ne blâmera pas ma
discrétion.
[2] _Histoire des Sociétés secrètes de l'armée, et des Conspirations
militaires qui ont eu pour objet la destruction du gouvernement de
Bonaparte_; 2e édition, Paris, chez Gide fils, rue St-Marc, nº 20.
[3] Le colonel Aubry, inspecteur-général de l'artillerie, mort à
trente-trois ans. Il succomba peu de jours après la bataille de Dresde,
où il avait eu les deux jambes emportées par un boulet.
[4] Entre les pièces que je produisis était la suivante que je transcris
ici parce qu'elle relate les motifs de ma condamnation, en même temps
qu'elle prouve la démarche faite en ma faveur par M. le
procureur-général Ranson, pendant ma dernière détention à Douai.
Douai, le 20 janvier 1809.
LE PROCUREUR-GÉNÉRAL IMPÉRIAL _près la cour de justice criminelle du
département du Nord_.
«Atteste que le nommé _Vidocq_ a été condamné le 7 nivôse an 5, à huit
ans de fers, pour avoir fait un faux ordre de mise en liberté.
»Qu'il paraît que _Vidocq_ était détenu pour cause d'insubordination, ou
autre délit militaire, et que le faux pour raison duquel il a été
condamné n'a eu d'autre but que celui de favoriser l'évasion d'un de ses
compagnons de prison.
»Le procureur-général atteste encore que d'après les renseignemens par
lui pris au greffe de la Cour, que ledit _Vidocq_ s'est évadé de la
maison de justice au moment où l'on allait le transférer au bagne, qu'il
a été repris, qu'il s'est encore évadé, et que repris de nouveau. M.
_Ranson_ alors procureur-général a eu l'honneur d'écrire à son
Excellence le ministre de la justice pour le consulter sur la question
de savoir, si, le temps écoulé depuis la condamnation de _Vidocq_ et sa
réarestation pourrait compter pour le libérer de sa peine.
»Qu'une première lettre étant restée sans réponse, M. Ranson en a écrit
plusieurs, et que _Vidocq_ interprétant le silence de son Excellence
d'une manière défavorable pour lui, s'est évadé de rechef.
»Le procureur-général ne peut représenter aucune de ces lettres, parce
que les registres et papiers de M. Ranson son prédécesseur, ont été
enlevé par sa famille, qui a refusé de les réintégrer au parquet.»