O vous! qui foulez insouciant les cendres de ma génération; ô vous! qui
cherchez sur les rayons poudreux des bouquinistes, des souvenirs de vos
ancêtres! j’espère que vous trouverez là, dans quelque coin, un
exemplaire de ces CAUSERIES, échappé aux vicissitudes qui menacent son
existence. Si vous avez dans les veines un peu de vieux sang gaulois,
tendez-lui une main secourable. Pour vous en récompenser, le livre vous
racontera les faits et gestes des savants d’une époque éloignée de vous.
Que les initiales mystérieuses qui voilent quelques noms ne vous
effrayent point. Après ma mort, je me propose de revenir la nuit, écrire
ces noms sur les marges de l’exemplaire déposé à la Faculté. Si cette
illustre demeure existe encore, allez donc visiter sa bibliothèque. Mes
travaux sérieux auront peut-être subi le sort des choses qui changent:
vérité aujourd’hui, erreur demain; les livres graves supportent mal la
vieillesse. Ce petit vieux bouquin pourra se lire encore, la gaieté
française n’a jamais de rides.