LA CUEILLETTE DES OLIVES.

«Chantez, chantez, _magnanarelles_ (filles qui cueillent les olives)! car

la cueillette veut et inspire les chants.--Beaux sont les vers à soie quand

ils s'endorment de leur troisième somme; les mûriers sont pleins de jeunes

filles que le beau temps rend alertes et gaies, telles qu'un essaim de

blondes abeilles qui dérobent leur miel aux romarins des champs pierreux.

«En défeuillant vos rameaux, chantez, chantez, _magnanarelles_! Mireille

est à la feuille un beau matin de mai; cette matinée-là, pour pendeloques,

à ses oreilles, la folâtre avait pendu deux cerises... Vincent, cette

matinée-là, passa par là de nouveau.

«À son bonnet écarlate, comme en ont les riverains des mers latines, il

avait gentiment une plume de coq; et en foulant les sentiers il faisait

fuir les couleuvres vagabondes, et des sonores tas de pierre avec son bâton

il chassait les cailloux.

--«Ô Vincent! lui cria Mireille du milieu des vertes allées, pourquoi

passes-tu si vite? Vincent aussitôt se retourna vers la plantation, et sur

un mûrier, perchée comme une gaie coquillade, il découvrit la fillette, et

vers elle vola joyeux.

«Eh bien! Mireille, vient-elle bien, la feuille?--Eh! peu à peu tout rameau

se dépouille.--Voulez-vous que je vous aide?--Oui!» Pendant qu'elle riait

là haut en jetant de folâtres cris de joie, Vincent, frappant du pied le

trèfle, grimpa sur l'arbre comme un loir. «Mireille, il n'a que vous, le

vieux maître Ramon?

«Faites les branches basses; j'atteindrai les cimes, moi, allez!» Et, de sa

main légère, celle-ci, trayant la ramée: «Cela garde d'ennui de travailler

(avec) un peu de compagnie! Seule, il vous vient un nonchaloir!» dit-elle.

«Moi de même; ce qui m'irrite, répondit le gars, c'est justement cela.

«Quand nous sommes là-bas, dans notre hutte, où nous n'entendons que le

bruissement du Rhône impétueux qui mange les graviers, oh! parfois, quelles

heures d'ennui! Pas autant l'été; car, d'habitude, nous faisons nos courses

l'été, avec mon père, de métairie en métairie.

«Mais quand le petit houx devient rouge (de baies), que les journées se

font hivernales et longues les veillées, autour de la braise à demi

éteinte, pendant qu'au loquet siffle ou miaule quelque lutin, sans lumière

et sans grandes paroles, il faut attendre le sommeil, moi tout seul avec

lui!...

--«La jeune fille lui dit vivement: Mais la mère, où demeure-t-elle

donc?--Elle est morte!... Le garçon se tut un petit moment, puis reprit:

Quand Vincenette était avec nous, et que, toute jeune, elle gardait encore

la cabane, pour lors c'était un plaisir!--Mais quoi? Vincent,

«Tu as une soeur?--Elle est servante du côté de Beaucaire, répond-il. Elle

n'est pas laide non plus, poursuit-il, ma soeur, mais combien êtes-vous

plus belle encore!» À ce mot Mireille laissa échapper la branche à moitié

cueillie. «Oh! dit-elle à Vincent...

«Chantez, chantez, magnanarelles! Il est beau le feuillage des mûriers;

beaux sont les vers à soie quand ils s'endorment de leur troisième sommeil!

Les mûriers sont pleins de jeunes filles que le beau temps rend gaies et

rieuses, telles qu'un essaim de blondes abeilles qui dérobent leur miel

dans les champs pierreux.»

X

Ici Vincent, dans des stances timides et indirectes, compare la beauté de

sa soeur à celle de Mireille, et, à chaque compliment qui l'étonne et la

flatte, laissant de nouveau échapper la branche de l'olivier: «Oh!

voyez-vous ce Vincent!» dit en rougissant Mireille.

Et cependant le jour grandissait, et le soleil que les jeunes filles

avaient devancé faisait fumer les brumes du matin sur les roches nues des

Alpines. «Oh! nous n'avons rien fait! Quelle honte! dit Mireille en

regardant les mûriers encore touffus de feuilles. Cet enfant dit qu'il est

monté pour m'aider, et tout son travail ensuite est de me faire rire.

--«Eh bien! à qui cueillera plus vite, Mademoiselle. Nous allons le voir.»

Et vite, de deux mains passionnées, ardentes à l'ouvrage, ils tordent les

branches, ils descendent les grands et petits rameaux. Plus de paroles,

plus de repos (brebis qui bêle perd sa dentée d'herbe); le mûrier qui les

porte est à l'instant dépouillé tout nu!

Ils reprirent cependant bientôt haleine. (Dieu que la jeunesse est une

belle chose!) En foulant ensemble la feuille dans le même sac, une fois il

arriva que les jolis doigts effilés de la jeune _magnanarelle_ se

rencontrèrent par hasard emmêlés avec des doigts brûlants, les doigts de

Vincent.

«Elle et lui tressaillirent; leurs joues se colorèrent de la fleur

vermeille d'amour, et tous deux à la fois, d'un feu inconnu, sentirent

l'étincelle ardente s'échapper; mais, comme celle-ci avec effroi retirait

sa main de la feuille, lui par le trouble encore tout ému:

--«Qu'avez-vous? dit-il; une guêpe cachée vous aurait-elle piquée?--Je ne

sais, répondit-elle à voix basse et en baissant le front. Et sans plus en

dire chacun se met à cueillir de nouveau quelque brindille; pourtant, avec

des yeux malins en dessous, ils s'épiaient à qui rirait le

premier..........»

Mais lisez tout entier le passage qui suit cette rencontre involontaire des

deux mains dans les feuilles. Le voilà:

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 253 / 326 题