XXXVIII

La scène se transforme: on voit Marguerite seule dans sa petite chambre,

filant au rouet; elle chante une complainte délicieuse et mélancolique sur

son propre sort:

Adieu mes jours de paix!

Mon âme est navrée! etc.

Où il n'est pas,

Là est ma tombe! etc.

C'est lui qu'à ma fenêtre

Je cherche à l'horizon! etc.

Et son air noble!

Et sa parole pénétrante!

Et sa main qui presse la mienne!

Ô ciel! Et son baiser! etc.

Adieu mes jours de paix!

Mon âme est navrée! etc.

Après cette apparition et cette complainte mélancolique qui fait lire dans

le coeur muet de Marguerite, la scène est transportée de nouveau au jardin

de Marthe, la voisine veuve, entremetteuse des entrevues. Écoutez ce

dialogue que Goethe a surpris mot à mot entre les lèvres de l'amant et

l'oreille de l'amante. Qui ne l'a pas entendu une fois au moins dans sa

vie? L'âme pieuse de la femme, être plus divin que nous dans ses

aspirations, parce qu'il est moins distrait et plus sensible, s'y retrouve

tout entière. Dans quel drame antique, dans quel drame français

trouverez-vous une telle scène? Racine lui-même, qu'on appelle tendre,

a-t-il soupiré ainsi dans _Esther_? Il y a aussi loin de ces tragédies

d'apparat à cette tragédie de l'âme qu'il y a loin de la déclamation

théâtrale au sang chaud qui crie en suintant de la blessure secrète du

coeur.

MARGUERITE, FAUST, _seuls au jardin_.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 124 / 326 题