Oh! oui! Mais il y avait aussi bien des heures pénibles: le berceau était
placé la nuit auprès de mon lit; son moindre mouvement me réveillait; il
fallait lui donner à boire, la coucher à côté de moi, et, si elle ne se
taisait pas vite, se lever du lit et marcher pieds nus à travers la chambre
en la berçant; ce qui n'empêchait pas, sitôt le jour venu, d'être au
lavoir, au marché, et ainsi de suite, comme je serai demain. Dame!
Monsieur, on n'a pas le coeur bien à l'aise, mais on en goûte mieux son
repas et son repos.
Ce charmant babillage de jeune fille, qui paraît oiseux peut-être ici au
lecteur, a un triple but caché dans l'esprit de l'auteur, qui prépare ainsi
son pathétique dans le drame. D'abord il prouve l'innocente et naïve
confiance de la jeune fille; puis il annonce au spectateur qu'elle a un
frère chéri au service, frère dont la mort accidentelle sera bientôt un
crime de son amour pour Faust; puis enfin cette tendresse pour sa petite
soeur, qu'elle élève si maternellement au berceau, prépare un contraste
terrible avec le crime de délire qui lui fera plus tard sacrifier à la
fièvre le propre fruit de ses entrailles. Ce sont les trois coups de
pinceau qui paraissent flotter au hasard sur la toile et qui sont trois
merveilleuses combinaisons calculées du grand peintre de caractère et de
situation!
Pendant cet entretien des deux amants, Méphistophélès s'entretient à
l'écart avec la voisine. Il lui fait astucieusement entendre à demi mot que
son coeur est tendre et libre, et qu'il pourrait bien, s'il l'osait, se
présenter à elle pour finir son dur veuvage. La voisine va au-devant de ces
galanteries de Méphistophélès, et sa ruse diabolique a un complice tout
stylé dans la vanité de la voisine veuve, intéressée à la séduction de
Marguerite pour mieux séduire elle-même le coeur de Méphistophélès. (_Ils
passent._)
Faust et la jeune fille passent à leur tour devant le spectateur en se
promenant dans le jardin.