XXI

Un homme d'un âge plus mûr, quoique jeune encore, est assis, les jambes

pendantes, sur la croupe du second buffle: c'est le gendre du père de

famille; sa femme est derrière lui, debout sur le plancher du chariot;

adossée aux ridelles, elle tient entre ses mains un petit enfant de trois

mois, emmaillotté comme une chrysalide.

La figure de cette _sposa_, toute majestueuse et maternelle, rappelle la

chaste matrone impassible aux légèretés de la jeunesse; elle a quelque

chose de saint et de froid qui imite une Madone de pierre dans sa niche sur

le chemin.

Elle écoute cependant aussi la _zampogna_, mais comme un souvenir de ses

jeunes années, ou plutôt elle la fait écouter à son enfant, dont le sourire

est toute sa joie.

Au fond du char, le vieillard maître du champ, et père, beau-père ou aïeul

de toute cette famille, gouverne. Assis sur une botte de foin des buffles,

il témoigne de son rang et de son autorité en posant avec une impérieuse

douceur la main sur le bras d'un serviteur qui replie, à l'ordre de son

maître, les toiles étendues tout à l'heure sur le char pour le garantir

contre le soleil. Nous ne connaissons pas, dans toute la sculpture antique,

ni dans toute la peinture moderne, de groupe pastoral plus simple et plus

classique à la fois que ces buffles, ce bouvier, ce gendre, cette jeune

femme, ce vieillard, ce serviteur, ces glaneuses, dans leurs attitudes,

dans leurs perspectives, dans leurs contrastes, dans leurs expressions

différentes et concordantes sur le char et autour du char de la moisson.

C'est un poëme plus qu'un tableau. Le poëme expose, mais il faut qu'il

chante. Il va chanter.

Cours familier de Littérature - Volume 07 · 第 26 / 326 题