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Victor Hugo
LE ROI S'AMUSE
1832
Table des matières
PERSONNAGES
I MONSIEUR DE SAINT-VALLIER ACTE PREMIER
SCÈNE PREMIÈRE
SCÈNE II.
SCÈNE III.
SCÈNE IV.
SCÈNE V.
II SALTABADIL ACTE DEUXIÈME
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE II.
SCÈNE III.
SCÈNE IV.
SCÈNE V.
III LE ROI ACTE TROISIÈME
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE II.
SCÈNE III.
SCÈNE IV.
IV BLANCHE ACTE QUATRIÈME
SCÈNE PREMIÈRE
SCÈNE II.
SCÈNE III.
SCÈNE IV.
SCÈNE V.
V TRIBOULET ACTE CINQUIÈME
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE II.
SCÈNE III.
SCÈNE IV.
SCÈNE V
NOTES
L'apparition de ce drame au théâtre a donné lieu à un acte ministériel
inouï.
Le lendemain de la première représentation, l'auteur reçut de monsieur
Jouslin de la Salle, directeur de la scène au Théâtre-Français, le
billet suivant, dont il conserve précieusement l'original:
«Il est dix heures et demie, et je reçois à l'instant l'_ordre_[1] de
suspendre les représentations du _Roi s'amuse._
«C'est monsieur Taylor qui me communique cet ordre de la part du
ministre.
«Ce 23 novembre.»
Le premier mouvement de l'auteur fut de douter. L'acte était arbitraire
au point d'être incroyable.
En effet, ce qu'on a appelé la _Charte-Vérité_ dit: «Les Français ont
_le droit de publier»_ Remarquez que le texte ne dit pas seulement _le
droit d'imprimer, _mais largement et grandement _le droit de publier_.
Or, le théâtre n'est qu'un moyen de publication comme la presse, comme
la gravure, comme la lithographie. La liberté du théâtre est donc
implicitement écrite dans la Charte, avec toutes les autres libertés de
la pensée. La loi fondamentale ajoute: «_La censure ne pourra jamais
être rétablie._» Or, le texte ne dit pas _la censure des journaux, la
censure des livres_, il dit _la censure_, la censure en général, toute
censure, celle du théâtre comme celle des écrits. Le théâtre ne saurait
donc désormais être légalement censuré.
Ailleurs la Charte dit: _La confiscation est abolie_. Or, la suppression
d'une pièce de théâtre après la représentation n'est pas seulement un
acte monstrueux de censure et d'arbitraire, c'est une véritable
confiscation, c'est une propriété violemment dérobée au théâtre et à
l'auteur.
Enfin, pour que tout soit net et clair, pour que les quatre ou cinq
grands principes sociaux que la Révolution française a coulés en bronze
restent intacts sur leurs piédestaux de granit, pour qu'on ne puisse
attaquer sournoisement le droit commun des Français avec ces quarante
mille vieilles armes ébréchées que la rouille et la désuétude dévorent
dans l'arsenal de nos lois, la Charte, dans un dernier article, abolit
expressément tout ce qui, dans les lois antérieures, serait contraire à
son texte et à son esprit.
Ceci est formel. La suppression ministérielle d'une pièce de théâtre
attente à la liberté par la censure, à la propriété par la confiscation.
Tout notre droit public se révolte contre une pareille voie de fait.
L'auteur, ne pouvant croire à tant d'insolence et de folie, courut au
théâtre. Là, le fait lui fut confirmé de toutes parts. Le ministre
avait, en effet, de son autorité privée, de son droit divin de ministre,
intimé l_'ordre_ en question. Le ministre n'avait pas de raison à
donner. Le ministre avait pris sa pièce, lui avait pris son droit, lui
avait pris sa chose. Il ne restait plus qu'à le mettre, lui poëte, à la
Bastille.
Nous le répétons, dans le temps où nous vivons lorsqu'un pareil acte
vient vous barrer le passage et vous prendre brusquement au collet, la
première impression est un profond étonnement. Mille questions se
pressent dans votre esprit.--Où est la loi? Où est le droit? Est-ce que
cela peut se passer ainsi? Est-ce qu'il y a eu, en effet, quelque chose
qu'on a appelé la Révolution de juillet? Il est évident que nous ne
sommes plus à Paris. Dans quel pachalik vivons-nous?--
La Comédie-Française, stupéfaite et consternée, voulut essayer encore
quelques démarches auprès du ministre pour obtenir la révocation de
cette étrange décision; mais elle perdit sa peine. Le divan, je me
trompe, le conseil des ministres s'était assemblé dans la journée. Le
23, ce n'était qu'un ordre du ministre; le 24, ce fut un ordre du
ministère. Le 23, la pièce n'était que _suspendue_; le 24, elle fut
définitivement _défendue_. Il fut même enjoint au théâtre de rayer de
son affiche ces quatre mots redoutables: _Le Roi s'amuse_ Il lui fut
enjoint, en outre, à ce malheureux Théâtre-Français, de ne pas se
plaindre et de ne souffler mot. Peut-être serait-il beau, loyal et noble
de résister à un despotisme si asiatique; mais les théâtres n'osent pas.
La crainte du retrait de leurs priviléges les fait serfs et sujets,
taillables et corvéables à merci, eunuques et muets.
L'auteur demeura et dut demeurer étranger à ces démarches du théâtre. Il
ne dépend, lui poëte, d'aucun ministre. Ces prières et ces
sollicitations que son intérêt mesquinement consulté lui conseillait
peut-être, son devoir de libre écrivain les lui défendait. Demander
grâce au pouvoir, c'est le reconnaître. La liberté et la propriété ne
sont pas choses d'antichambre. Un droit ne se traite pas comme une
faveur. Pour une faveur, réclamez devant le ministre; pour un droit,
réclamez devant le pays.
C'est donc au pays qu'il s'adresse. Il a deux voies pour obtenir
justice, l'opinion publique et les tribunaux. Il les choisit toutes
deux.
Devant l'opinion publique, le procès est déjà jugé et gagné. Et ici
l'auteur doit remercier hautement toutes les personnes graves et
indépendantes de la littérature et des arts, qui lui ont donné dans
cette occasion tant de preuves de sympathie et de cordialité. Il
comptait d'avance sur leur appui. Il sait que, lorsqu'il s'agit de
lutter pour la liberté de l'intelligence et de la pensée, il n'ira pas
seul au combat.
Et, disons-le ici en passant, le pouvoir, par un assez lâche calcul,
s'était flatté d'avoir pour auxiliaires, dans cette occasion, jusque
dans les rangs de l'opposition, les passions littéraires soulevées
depuis si longtemps autour de l'auteur. Il avait cru les haines
littéraires plus tenaces encore que les haines politiques, se fondant
sur ce que les premières ont leurs racines dans les amours-propres, et
les secondes seulement dans les intérêts. Le pouvoir s'est trompé. Son
acte brutal a révolté les hommes honnêtes dans tous les camps. L'auteur
a vu se rallier à lui, pour faire face à l'arbitraire et à l'injustice,
ceux-là même qui l'attaquaient le plus violemment la veille. Si par
hasard quelques haines invétérées ont persisté, elles regrettent
maintenant le secours momentané qu'elles ont apporté au pouvoir. Tout ce
qu'il y a d'honorable et de loyal parmi les ennemis de l'auteur est venu
lui tendre la main, quitte à recommencer le combat littéraire aussitôt
que le combat politique sera fini. En France, quiconque est persécuté
n'a plus d'ennemis que le persécuteur.
Si maintenant, après avoir établi que l'acte ministériel est odieux,
inqualifiable, impossible en droit, nous voulons bien descendre pour un
moment à le discuter comme fait matériel et à chercher de quels éléments
ce fait semble devoir être composé, la première question qui se présente
est celle-ci, et il n'est personne qui ne se la soit faite:--Quel peut
être le motif d'une pareille mesure?
Il faut bien le dire, parce que cela est, et que, si l'avenir s'occupe
un jour de nos petits hommes et de nos petites choses, cela ne sera pas
le détail le moins curieux de ce curieux événement; il paraît que nos
faiseurs de censure se prétendent scandalisés dans leur morale par _le
Roi s'amuse_; cette pièce a révolté la pudeur des gendarmes; la brigade
Léotaud y était et l'a trouvée obscène; le bureau des moeurs s'est voilé
la face; monsieur Vidocq a rougi. Enfin le mot d'ordre que la censure a
donné à la police, et que l'on balbutie depuis quelques jours autour de
nous, le voici tout net: _C'est que la pièce est immorale.--_Holà! mes
maîtres! silence sur ce point.
Expliquons-nous pourtant, non pas avec la police à laquelle, moi,
honnête homme, je défends de parler de ces matières, mais avec le petit
nombre de personnes respectables et consciencieuses qui, sur des
ouï-dire ou après avoir mal entrevu la représentation, se sont laissé
entraîner à partager cette opinion, pour laquelle peut-être le nom seul
du poëte inculpé aurait dû être une suffisante réfutation. Le drame est
imprimé aujourd'hui. Si vous n'étiez pas à la représentation, lisez; si
vous y étiez, lisez encore. Souvenez-vous que cette représentation a été
moins une représentation qu'une bataille, une espèce de bataille de
Monthléry (qu'on nous passe cette comparaison un peu ambitieuse) où les
Parisiens et les Bourguignons ont prétendu chacun de leur côté avoir
_empoché la victoire_, comme dit Mathieu.
La pièce est immorale? croyez-vous? Est-ce par le fond? Voici le fond.
Triboulet est difforme, Triboulet est malade, Triboulet est bouffon de
cour; triple misère qui le rend méchant. Triboulet hait le roi parce
qu'il est le roi, les seigneurs parce qu'ils sont les seigneurs, les
hommes parce qu'ils n'ont pas tous une bosse sur le dos. Son seul
passe-temps est d'entre-heurter sans relâche les seigneurs contre le
roi, brisant le plus faible au plus fort. Il déprave le roi, il le
corrompt, il l'abrutit; il le pousse à la tyrannie, à l'ignorance, au
vice; il le lâche à travers toutes les familles des gentilshommes, lui
montrant sans cesse du doigt la femme à séduire, la soeur à enlever, la
fille à déshonorer. Le roi dans les mains de Triboulet n'est qu'un
pantin tout-puissant qui brise toutes les existences au milieu
desquelles le bouffon le fait jouer. Un jour, au milieu d'une fête, au
moment même où Triboulet pousse le roi à enlever la femme de monsieur de
Cossé, monsieur de Saint-Vallier pénètre jusqu'au roi et lui reproche
hautement le déshonneur de Diane de Poitiers. Ce père auquel le roi a
pris sa fille, Triboulet le raille et l'insulte. Le père lève le bras et
maudit Triboulet. De ceci découle toute la pièce. Le sujet véritable du
drame, c'est _la malédiction de monsieur de Saint-Vallier. _Écoutez.
Vous êtes au second acte. Cette malédiction, sur qui est-elle tombée?
Sur Triboulet fou du roi? Non. Sur Triboulet qui est homme, qui est
père, qui a un coeur, qui a une fille. Triboulet a une fille, tout est
là. Triboulet n'a que sa fille au monde; il la cache à tous les yeux,
dans un quartier désert, dans une maison solitaire. Plus il fait
circuler dans la ville la contagion de la débauche et du vice, plus il
tient sa fille isolée et murée. Il élève son enfant dans l'innocence,
dans la foi et dans la pudeur. Sa plus grande crainte est qu'elle ne
tombe dans le mal, car il sait, lui méchant, tout ce qu'on y souffre. Eh
bien! la malédiction du vieillard atteindra Triboulet dans la seule
chose qu'il aime au monde, dans sa fille. Ce même roi que Triboulet
pousse au rapt, ravira sa fille, à Triboulet. Le bouffon sera frappé par
la Providence exactement de la même manière que M. de Saint-Vallier. Et
puis, une fois sa fille séduite et perdue, il tendra un piége au roi
pour la venger; c'est sa fille qui y tombera. Ainsi Triboulet a deux
élèves, le roi et sa fille, le roi qu'il dresse au vice, sa fille qu'il
fait croître pour la vertu. L'un perdra l'autre. Il veut enlever pour le
roi madame de Cossé, c'est sa fille qu'il enlève. Il veut assassiner le
roi pour venger sa fille, c'est sa fille qu'il assassine. Le châtiment
ne s'arrête pas à moitié chemin; la malédiction du père de Diane
s'accomplit sur le père de Blanche.
Sans doute ce n'est pas à nous de décider si c'est là une idée
dramatique, mais à coup sûr c'est là une idée morale.
Au fond de l'un des autres ouvrages de l'auteur, il y a la fatalité. Au
fond de celui-ci, il y a la Providence.
Nous le redisons expressément, ce n'est pas avec la police que nous
discutons ici, nous ne lui faisons pas tant d'honneur, c'est avec la
partie du public à laquelle cette discussion peut sembler nécessaire.
Poursuivons.
Si l'ouvrage est moral par l'invention, est-ce qu'il serait immoral par
l'exécution? La question ainsi posée nous paraît se détruire
d'elle-même, mais voyons. Probablement rien d'immoral au premier et au
second acte. Est-ce la situation du troisième qui vous choque? lisez ce
troisième acte, et dites-nous, en toute probité, si l'impression qui en
résulte n'est pas profondément chaste, vertueuse et honnête?
Est-ce le quatrième acte? Mais depuis quand n'est-il plus permis à un
roi de courtiser sur la scène une servante d'auberge? Cela n'est même
nouveau ni dans l'histoire ni au théâtre. Il y a mieux, l'histoire nous
permettait de vous montrer François Ier ivre dans les bouges de la rue
du Pélican. Mener un roi dans un mauvais lieu, cela ne serait pas même
nouveau non plus. Le théâtre grec, qui est le théâtre classique, l'a
fait; Shakspeare, qui est le théâtre romantique, l'a fait; eh bien!
l'auteur de ce drame ne l'a pas fait. Il sait tout ce qu'on a écrit de
la maison de Saltabadil. Mais pourquoi lui faire dire ce qu'il n'a pas
dit? pourquoi lui faire franchir de force une limite qui est tout en
pareil cas et qu'il n'a pas franchie? Cette bohémienne Maguelonne, tant
calomniée, n'est, assurément, pas plus effrontée que toutes les Lisettes
et toutes les Martons du vieux théâtre. La cabane de Saltabadil est une
hôtellerie, une taverne, le cabaret de _la Pomme du Pin_, une auberge
suspecte, un coupe-gorge, soit; mais non un lupanar. C'est un lieu
sinistre, terrible, horrible, effroyable, si vous voulez, ce n'est pas
un lieu obscène.
Restent donc les détails du style. Lisez[2]. L'auteur accepte pour juges
de la sévérité austère de son style les personnes mêmes qui
s'effarouchent de la nourrice de Juliette et du père d'Ophélia, de
Beaumarchais et de Regnard, de _l'École des Femmes_ et _d'Amphitrion_,
de Dandin et de Sganarelle, et de la grande scène du _Tartufe_, du
_Tartufe_, accusé aussi d'immoralité dans son temps! seulement, là où il
fallait être franc, il a cru devoir l'être, à ses risques et périls,
mais toujours avec gravité et mesure. Il veut l'art chaste, et non l'art
prude.
La voilà pourtant cette pièce contre laquelle le ministère cherche à
soulever tant de préventions! Cette immoralité, cette obscénité, la
voilà mise à nu. Quelle pitié! Le pouvoir avait ses raisons cachées, et
nous les indiquerons tout à l'heure, pour ameuter contre _le Roi
s'amuse_ le plus de préjugés possible. Il aurait bien voulu que le
public en vînt à étouffer cette pièce sans l'entendre pour un tort
imaginaire, comme Othello étouffe Desdémona. _Honest Iago!_
Mais comme il se trouve qu'Othello n'a pas étouffé Desdémona, c'est Iago
qui se démasque et qui s'en charge. Le lendemain de la représentation,
la pièce est défendue _par_ _ordre._
Certes, si nous daignions descendre encore un instant à accepter pour
une minute cette fiction ridicule, que dans cette occasion c'est le soin
de la morale publique qui émeut nos maîtres, et que, scandalisés de
l'état de licence où certains théâtres sont tombés depuis deux ans, ils
ont voulu à la fin, poussés à bout, faire, à travers toutes les lois et
tous les droits, un exemple sur un ouvrage et sur un écrivain, certes,
le choix de l'ouvrage serait singulier, il faut en convenir, mais le
choix de l'écrivain ne le serait pas moins. Et, en effet, quel est
l'homme auquel ce pouvoir myope s'attaque si étrangement? C'est un
écrivain ainsi placé que, si son talent peut être contesté de tous, son
caractère ne l'est de personne. C'est un honnête homme avéré, prouvé et
constaté, chose rare et vénérable en ce temps-ci.
C'est un poëte que cette même licence des théâtres révolterait et
indignerait tout le premier; qui, il y a dix-huit mois, sur le bruit que
l'inquisition des théâtres allait être illégalement rétablie, est allé
de sa personne, en compagnie de plusieurs autres auteurs dramatiques,
avertir le ministre qu'il eût à se garder d'une pareille mesure; et qui,
là, a réclamé hautement une loi répressive des excès du théâtre, tout en
protestant contre la censure avec des paroles sévères que le ministre, à
coup sûr, n'a pas oubliées. C'est un artiste dévoué à l'art, qui n'a
jamais cherché le succès par de pauvres moyens, qui s'est habitué toute
sa vie à regarder le public fixement et en face. C'est un homme sincère
et modéré, qui a déjà livré plus d'un combat pour toute liberté et
contre tout arbitraire, qui, en 1829, dans la dernière année de la
Restauration, a repoussé tout ce que le gouvernement d'alors lui offrait
pour le dédommager de l'interdit lancé sur Marion de Lorme, et qui, un
an plus tard, en 1830, la Révolution de juillet étant faite, a refusé,
malgré tous les conseils de son intérêt matériel, de laisser représenter
cette même Marion de Lorme, tant qu'elle pourrait être une occasion
d'attaque et d'insulte contre le roi tombé qui l'avait proscrite;
conduite bien simple sans doute, que tout homme d'honneur eût tenue à sa
place, mais qui aurait peut-être dû le rendre inviolable désormais à
toute censure, et à propos de laquelle il écrivait, lui, en août 1831:
«Les succès de scandale cherché et d'allusions politiques ne lui
sourient guère, il l'avoue. Ces succès valent peu et durent peu. Et
puis, c'est précisément quand il n'y a plus de censure qu'il faut que
les auteurs se censurent eux-mêmes, honnêtement, consciencieusement,
sévèrement. C'est ainsi qu'ils placeront haut la dignité de l'art. Quand
on a toute liberté, il sied de garder toute mesure[3].»
Jugez maintenant. Vous avez d'un côté l'homme et son oeuvre; de l'autre
le ministère et ses actes.
À présent que la prétendue immoralité de ce drame est réduite à néant, à
présent que tout l'échafaudage des mauvaises et honteuses raisons est
là, gisant sous nos pieds, il serait temps de signaler le véritable
motif de la mesure, le motif d'antichambre, le motif de cour, le motif
secret, le motif qu'on ne dit pas, le motif qu'on n'ose s'avouer à
soi-même, le motif qu'on avait si bien caché sous un prétexte. Ce motif
a déjà transpiré dans le public, et le public a deviné juste. Nous n'en
dirons pas davantage. Il est peut-être utile à notre cause que ce soit
nous qui offrions à nos adversaires l'exemple de la courtoisie et de la
modération. Il est bon que la leçon de dignité et de sagesse soit donnée
par le particulier au gouvernement, par celui qui est persécuté à celui
qui persécute. D'ailleurs nous ne sommes pas de ceux qui pensent guérir
leur blessure en empoisonnant la plaie d'autrui. Il n'est que trop vrai
qu'il y a au troisième acte de cette pièce un vers où la sagacité
maladroite de quelques familiers du palais a découvert une allusion (je
vous demande un peu, moi, une allusion!) à laquelle ni le public ni
l'auteur n'avaient songé jusque-là, mais qui, une fois dénoncée de cette
façon, devient la plus cruelle et la plus sanglante des injures. Il
n'est que trop vrai que ce vers a suffi pour que l'affiche déconcertée
du Théâtre-Français reçût l'ordre de ne plus offrir une seule fois à la
curiosité du public la petite phrase séditieuse: _le Roi s'amuse_. Ce
vers, qui est un fer rouge, nous ne le citerons pas ici; nous ne le
signalerons même ailleurs qu'à la dernière extrémité, et si l'on est
assez imprudent pour y acculer notre défense. Nous ne ferons pas revivre
de vieux scandales historiques. Nous épargnerons autant que possible à
une personne haut placée les conséquences de cette étourderie de
courtisan. On peut faire, même à un roi, une guerre généreuse. Nous
entendons la faire ainsi. Seulement, que les puissants méditent sur
l'inconvénient d'avoir pour ami l'ours qui ne sait écraser qu'avec le
pavé de la censure les allusions imperceptibles qui viennent se poser
sur leur visage.
Nous ne savons même pas si nous n'aurons pas dans la lutte quelque
indulgence pour le ministère lui-même. Tout ceci, à vrai dire, nous
inspire une grande pitié. Le gouvernement de juillet est tout nouveau
né, il n'a que trente-trois mois, il est encore au berceau, il a de
petites fureurs d'enfant. Mérite-t-il en effet qu'on dépense contre lui
beaucoup de colère virile? Quand il sera grand, nous verrons.
Cependant, à n'envisager la question, pour un instant, que sous le point
de vue privé, la confiscation censoriale dont il s'agit cause encore
plus de dommage peut-être à l'auteur de ce drame qu'à tout autre. En
effet, depuis quatorze ans qu'il écrit, il n'est pas un de ses ouvrages
qui n'ait eu l'honneur malheureux d'être choisi pour champ de bataille à
son apparition, et qui n'ait disparu d'abord pendant un temps plus ou
moins long sous la poussière, la fumée et le bruit. Aussi, quand il
donne une pièce au théâtre, ce qui lui importe avant tout, ne pouvant
espérer un auditoire calme dès la première soirée, c'est la série des
représentations. S'il arrive que le premier jour sa voix soit couverte
par le tumulte, que sa pensée ne soit pas comprise, les jours suivants
peuvent corriger le premier jour. _Hernani_ a eu cinquante-trois
représentations; _Marion de Lorme_ a eu soixante et une représentations;
_le Roi s'amuse_, grâce à une violence ministérielle, n'aura eu qu'une
représentation. Assurément le tort fait à l'auteur est grand. Qui lui
rendra intacte et au point où elle en était cette troisième expérience
si importante pour lui? Qui lui dira de quoi eût été suivie cette
première représentation? Qui lui rendra le public du lendemain, ce
public ordinairement impartial, ce public sans amis et sans ennemis, ce
public qui enseigne le poëte et que le poëte enseigne?
Le moment de transition politique où nous sommes est curieux. C'est un
de ces instants de fatigue générale où tous les actes despotiques sont
possibles dans la société même la plus infiltrée d'idées d'émancipation
et de liberté. La France a marché vite en juillet 1830; elle a fait
trois bonnes journées; elle a fait trois grandes étapes dans le champ de
la civilisation et du progrès. Maintenant beaucoup sont essoufflés,
beaucoup demandent à faire halte. On veut retenir les esprits généreux
qui ne se lassent pas et qui vont toujours. On veut attendre les tardifs
qui sont restés en arrière et leur donner le temps de rejoindre. De là
une crainte singulière de tout ce qui marche, de tout ce qui remue, de
tout ce qui parle, de tout ce qui pense. Situation bizarre, facile à
comprendre, difficile à définir. Ce sont toutes les existences qui ont
peur de toutes les idées. C'est la ligue des intérêts froissés du
mouvement des théories. C'est le commerce qui s'effarouche des systèmes;
c'est le marchand qui veut vendre; c'est la rue qui effraye le comptoir;
c'est la boutique armée qui se défend.
À notre avis, le gouvernement abuse de cette disposition au repos et de
cette crainte des révolutions nouvelles. Il en est venu à tyranniser
petitement. Il a tort pour lui et pour nous. S'il croit qu'il y a
maintenant indifférence dans les esprits pour les idées de liberté, il
se trompe; il n'y a que lassitude. Il lui sera demandé sévèrement compte
un jour de tous les actes illégaux que nous voyons s'accumuler depuis
quelque temps. Que de chemin il nous a fait faire! Il y a deux ans on
pouvait craindre pour l'ordre, on en est maintenant à trembler pour la
liberté. Des questions de libre pensée, d'intelligence et d'art, sont
tranchées impérialement par les vizirs du roi des barricades.
Il est profondément triste de voir comment se termine la Révolution de
juillet, _mulier formosa supernè._
Sans doute, si l'on ne considère que le peu d'importance de l'ouvrage et
de l'auteur dont il est ici question, la mesure ministérielle qui les
frappe n'est pas grand'chose. Ce n'est qu'un méchant petit coup d'État
littéraire, qui n'a d'autre mérite que de ne pas trop dépareiller la
collection d'actes arbitraires à laquelle il fait suite. Mais, si l'on
s'élève plus haut, on verra qu'il ne s'agit pas seulement dans cette
affaire d'un drame et d'un poëte, mais, nous l'avons dit en commençant,
que la liberté et la propriété sont toutes deux, sont tout entières
engagées dans la question. Ce sont là de hauts et sérieux intérêts; et,
quoique l'auteur soit obligé d'entamer cette importante affaire par un
simple procès commercial au Théâtre-Français, ne pouvant attaquer
directement le ministère, barricadé derrière les fins de non-recevoir du
conseil d'État, il espère que sa cause sera aux yeux de tous une grande
cause, le jour où il se présentera à la barre du tribunal consulaire,
avec la liberté à sa droite et la propriété à sa gauche. Il parlera
lui-même, au besoin, pour l'indépendance de son art. Il plaidera son
droit fermement, avec gravité et simplicité, sans haine des personnes et
sans crainte aussi. Il compte sur le concours de tous, sur l'appui franc
et cordial de la presse, sur la justice de l'opinion, sur l'équité des
tribunaux. Il réussira, il n'en doute pas. L'état de siége sera levé
dans la cité littéraire comme dans la cité politique.
Quand cela sera fait, quand il aura rapporté chez lui, intacte,
inviolable et sacrée, sa liberté de poëte et de citoyen, il se remettra
paisiblement à l'oeuvre de sa vie dont on l'arrache violemment et qu'il
eût voulu ne jamais quitter un instant. Il a sa besogne à faire, il le
sait, et rien ne l'en distraira. Pour le moment un rôle politique lui
vient; il ne l'a pas cherché, il l'accepte. Vraiment, le pouvoir qui
s'attaque à nous n'aura pas gagné grand'chose à ce que nous, hommes
d'art, nous quittions notre tâche consciencieuse, tranquille, sincère,
profonde, notre tâche sainte, notre tâche du passé et de l'avenir, pour
aller nous mêler, indignés, offensés et sévères, à cet auditoire
irrévérent et railleur qui depuis quinze ans regarde passer, avec des
huées et des sifflets, quelques pauvres diables de gâcheurs politiques,
lesquels s'imaginent qu'ils bâtissent un édifice social parce qu'ils
vont tous les jours à grand'peine, suant et soufflant, brouetter des tas
de projets de lois des Tuileries au Palais-Bourbon et du Palais-Bourbon
au Luxembourg!
30 novembre 1832
PERSONNAGES
FRANÇOIS PREMIER.
TRIBOULET.
BLANCHE.
MONSIEUR DE SAINT-VALLIER.
SALTABADIL.
MAGUELONNE.
CLÉMENT MAROT.
MONSIEUR DE PIENNE.
MONSIEUR DE GORDES.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
MONSIEUR DE BRION.
MONSIEUR DE MONTCHENU.
MONSIEUR DE MONTMORENCY.
MONSIEUR DE COSSÉ.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
MADAME DE COSSÉ.
DAME BÉRARDE.
Un Gentilhomme de la reine.
Un Valet du roi.
Un médecin.
Seigneurs, Pages.
Gens du Peuple.
Paris, 152..
I
MONSIEUR DE SAINT-VALLIER
ACTE PREMIER
_Une fête de nuit au Louvre. Salles magnifiques pleines d'hommes et de
femmes en parure. Flambeaux, musique, danse, éclats de rire--des valets
portent des plats d'or et des vaisselles d'émail; des groupes de
seigneurs et de dames passent sur le théâtre.--La fête tire à sa fin;
l'aube blanchit les vitraux. Une certaine liberté règne; la fête a un
peu le caractère d'une orgie.--Dans l'architecture, dans les
ameublements, dans les vêtements, le goût de la renaissance._
SCÈNE PREMIÈRE
LE ROI,--_comme l'a peint Titien_.--MONSIEUR DE LA
TOUR-LANDRY.
LE ROI.
Comte, je veux mener à fin cette aventure.
Une femme bourgeoise, et de naissance obscure
Sans doute, mais charmante!
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Et vous la rencontrez
Le dimanche à l'église?
LE ROI.
À Saint-Germain-des-Prés.
J'y vais chaque dimanche.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Et voilà tout à l'heure
Deux mois que cela dure?
LE ROI.
Oui.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
La belle demeure?
LE ROI.
Au cul-de-sac Bussy.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Près de l'hôtel Cossé?
LE ROI, _avec un signe affirmatif._
Dans l'endroit où l'on trouve un grand mur.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Ah! je sais,
Et vous la suivez, sire?
LE ROI.
Une farouche vieille
Qui lui garde les yeux, et la bouche et l'oreille,
Est toujours là.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Vraiment?
LE ROI.
Et le plus curieux,
C'est que le soir un homme, à l'air mystérieux,
Très-bien enveloppé, pour se glisser dans l'ombre,
D'une cape fort noire et de la nuit fort sombre,
Entre dans la maison.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Hé! faites de même!
LE ROI.
Hein!
La maison est fermée et murée au prochain!
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Par Votre Majesté quand la dame est suivie,
Vous a-t-elle parfois donné signe de vie?
LE ROI.
Mais, à certains regards, je crois, sans trop d'erreur,
Qu'elle n'a pas pour moi d'insurmontable horreur.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Sait-elle que le roi l'aime?
LE ROI, _avec un signe négatif._
Je me déguise
D'une livrée en laine et d'une robe grise.
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY, _riant_.
Je vois que vous aimez d'un amour épuré
Quelque auguste Toinon, maîtresse d'un curé!
_Entrent plusieurs seigneurs et Triboulet._
LE ROI, _à monsieur de la Tour-Landry._
Chut! on vient.--En amour il faut savoir se taire
Quand on veut réussir.
_Se tournant vers Triboulet, qui s'est approché pendant ces dernières
paroles et les a entendues._
N'est-ce pas?
TRIBOULET.
Le mystère
Est la seule enveloppe où la fragilité
D'une intrigue d'amour puisse être en sûreté.
SCÈNE II.
LE ROI, TRIBOULET, MONSIEUR DE GORDES, _plusieurs
Seigneurs. Les seigneurs superbement vêtus. Triboulet, dans son
costume de fou, comme l'a peint Boniface._
_Le roi regarde passer un groupe de femmes._
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY.
Madame de Vendosme est divine!
MONSIEUR DE GORDES.
Mesdames
D'Albe et de Montchevreuil sont de fort belles femmes.
LE ROI.
Madame de Cossé les passe toutes trois.
MONSIEUR DE GORDES.
Madame de Cossé! sire, baissez la voix.
_Lui montrant monsieur de Cossé, qui passe au fond du théâtre.
__--Monsieur de Cossé, court et ventru, «un des quatre plus gros
gentilhommes de France,» dit Brantôme._
Le mari vous entend.
LE ROI.
Hé! mon cher Simiane,
Qu'importe!
MONSIEUR DE GORDES.
Il l'ira dire à madame Diane.
LE ROI.
Qu'importe!
_Il va au fond du théâtre parler à d'autres femmes qui passent._
TRIBOULET, _à monsieur de Gordes._
Il va fâcher Diane de Poitiers.
Il ne lui parle pas depuis huit jours entiers.
MONSIEUR DE GORDES.
S'il l'allait renvoyer à son mari?
TRIBOULET.
J'espère
Que non.
MONSIEUR DE GORDES.
Elle a payé la grâce de son père.
Partant, quitte.
TRIBOULET.
À propos du sieur de Saint-Vallier,
Quelle idée avait-il, ce vieillard singulier,
De mettre dans un lit nuptial sa Diane,
Sa fille, une beauté choisie et diaphane,
Un ange que du ciel la terre avait reçu,
Tout pêle-mêle avec un sénéchal bossu!
MONSIEUR DE GORDES.
C'est un vieux fou.--J'étais sur son échafaud même
Quand il reçut sa grâce.--Un vieillard grave et blême.
--J'étais plus près de lui que je ne suis de toi.
--Il ne dit rien, sinon: Que Dieu garde le roi!
Il est fou maintenant tout à fait.
LE ROI, _passant avec madame de Cossé._
Inhumaine!
Vous partez!
MADAME DE COSSÉ, _soupirant._
Pour Soissons, où mon mari m'emmène.
LE ROI.
N'est-ce pas une honte, alors que tout Paris,
Et les plus grands seigneurs et les plus beaux esprits,
Fixent sur vous des yeux pleins d'amoureuse envie,
À l'instant le plus beau d'une si belle vie,
Quand tous faiseurs de duels et de sonnets, pour vous,
Gardent leurs plus beaux vers et leurs plus fameux coups,
À l'heure où vos beaux yeux, semant partout les flammes,
Font sur tous leurs amants veiller toutes les femmes,
Que vous, qui d'un tel lustre éblouissez la cour,
Que, ce soleil parti, l'on doute s'il fait jour,
Vous alliez, méprisant duc, empereur, roi, prince,
Briller, astre bourgeois, dans un ciel de province!
MADAME DE COSSÉ.
Calmez-vous!
LE ROI.
Non, non, rien. Caprice original
Que d'éteindre le lustre au beau milieu du bal!
_Entre monsieur de Cossé._
MADAME DE COSSÉ.
Voici mon jaloux, sire!
_Elle quitte vivement le roi._
LE ROI.
Ah! le diable ait son âme!
_À Triboulet._
Je n'en ai pas moins fait un quatrain à sa femme!
Marot t'a-t-il montré ces derniers vers de moi?
TRIBOULET.
Je ne lis pas de vers de vous.--Des vers de roi
Sont toujours très-mauvais.
LE ROI.
Drôle!
TRIBOULET.
Que la canaille
Fasse rimer amour et jour vaille que vaille.
Mais près de la beauté gardez vos lots divers,
Sire, faites l'amour, Marot fera les vers.
Roi qui rime déroge.
LE ROI, _avec enthousiasme._
Ah! rimer pour les belles,
Cela hausse le coeur.--Je veux mettre des ailes
À mon donjon royal.
TRIBOULET.
C'est en faire un moulin.
LE ROI.
Si je ne voyais là madame de Coislin,
Je te ferais fouetter.
_Il court à madame de Coislin et paraît lui adresser quelques
galanteries._
TRIBOULET, _à part_
Suis le vent qui t'emporte
Aussi vers celle-là.
MONSIEUR DE GORDES, _s'approchant de Triboulet et lui
faisant remarquer ce qui se passe au fond du théâtre._
Voici par l'autre porte
Madame de Cossé. Je te gage ma foi
Qu'elle laisse tomber son gant pour que le roi
Le ramasse.
TRIBOULET.
Observons.
_Madame de Cossé, qui voit avec dépit les intentions du roi pour
madame de Coislin, laisse en effet tomber son bouquet. Le roi quitte
madame de Coislin et ramasse le bouquet de madame de Cossé, avec qui
il entame une conversation qui paraît fort tendre._
MONSIEUR DE GORDES, _à Triboulet._
L'ai-je dit?
TRIBOULET.
Admirable!
MONSIEUR DE GORDES.
Voilà le roi repris!
TRIBOULET.
Une femme est un diable
Très-perfectionné.
_Le roi serre la taille de madame de Cossé, et lui baise la main. Elle
rit et babille gaiement. Tout à coup monsieur de Cossé entre par la
porte du fond. Monsieur de Gordes le fait remarquer à
Triboulet.--Monsieur de Cossé s'arrête, l'oeil fixé sur le groupe du roi
et de sa femme._
MONSIEUR DE GORDES, _à Triboulet._
Le mari!
MADAME DE COSSÉ, _apercevant son mari, au roi, qui la
tient presque embrassée._
Quittons-nous!
_Elle glisse des mains du roi et s'enfuit._
TRIBOULET.
Que vient-il faire ici, ce gros ventru jaloux?
_Le roi s'approche du buffet au fond et se fait verser à boire._
MONSIEUR DE COSSÉ, _s'avançant sur le devant du théâtre,
tout rêveur._
_À part._
Que se disaient-ils?
_Il s'approche avec vivacité de monsieur de la Tour-Landry, qui
lui fait signe qu'il a quelque chose à lui dire._
Quoi?
MONSIEUR DE LA TOUR-LANDRY, _mystérieusement._
Votre femme est bien belle!
_Monsieur de Cossé se rebiffe et va à monsieur de Gordes, qui
paraît avoir quelque chose à lui confier._
MONSIEUR DE GORDES, _bas._
Qu'est-ce donc qui vous trotte ainsi par la cervelle?
Pourquoi regardez-vous si souvent de côté?
_Monsieur de Cossé le quitte avec humeur et se trouve face à face avec
Triboulet, qui l'attire d'un air discret dans un coin du théâtre,
pendant que messieurs de Gordes et de la Tour-Landry rient à gorge
déployée._
TRIBOULET, _bas à monsieur de Cossé._
Monsieur, vous avez l'air tout encharibotté!
_Il éclate de rire et tourne le dos à monsieur de Cossé, qui sort
furieux._
LE ROI, _revenant._
Oh! que je suis heureux! Près de moi, non, Hercules
Et Jupiter ne sont que des fats ridicules!
L'Olympe est un taudis!--Ces femmes, c'est charmant!
Je suis heureux! et toi?
TRIBOULET.
Considérablement.
Je ris tout bas du bal, des jeux, des amourettes;
Moi, je critique, et vous, vous jouissez; vous êtes
Heureux comme un roi, sire, et moi, comme un bossu.
LE ROI.
Jour de joie où ma mère en riant m'a conçu!
_Regardant monsieur de Cossé, qui sort._
Ce monsieur de Cossé seul dérange la fête.
Comment te semble-t-il?
TRIBOULET.
Outrageusement bête.
LE ROI.
Ah! n'importe! excepté ce jaloux, tout me plaît.
Tout pouvoir, tout vouloir, tout avoir, Triboulet!
Quel plaisir d'être au monde, et qu'il fait bon de vivre!
Quel bonheur!
TRIBOULET.
Je crois bien, sire, vous êtes ivre!
LE ROI.
Mais là-bas j'aperçois... les beaux yeux! les beaux bras!
TRIBOULET.
Madame de Cossé?
LE ROI.
Viens, tu nous garderas!
_Il chante._
Vivent les gais dimanches
Du peuple de Paris!
Quand les femmes sont blanches
TRIBOULET, _chantant._
Quand les hommes sont gris.
_Ils sortent. Entrent plusieurs gentilhommes._
SCÈNE III.
MONSIEUR DE GORDES, MONSIEUR DE PARDAILLAN, _jeune
page blond_; MONSIEUR DE VIC, _maître_ CLÉMENT MAROT,
_en habit de valet de chambre du roi; puis_ MONSIEUR DE PIENNE,
_un ou deux gentilhommes. De temps en temps_ MONSIEUR DE
COSSÉ, _qui se promène d'un air rêveur et très-sérieux._
CLÉMENT MAROT, _saluant monsieur de Gordes._
Que savez-vous ce soir?
MONSIEUR DE GORDES.
Rien; que la fête est belle,
Que le roi s'amuse.
MAROT.
Ah! c'est une nouvelle!
Le roi s'amuse? Ah! diable!
MONSIEUR DE COSSÉ, _qui passe derrière eux._
Et c'est très-malheureux;
Car un roi qui s'amuse est un roi dangereux.
_Il passe outre._
MONSIEUR DE GORDES.
Ce pauvre gros Cossé me met la mort dans l'âme.
MAROT, _bas._
Il paraît que le roi serre de près sa femme?
_Monsieur de Gordes lui fait un signe affirmatif. Entre monsieur de
Pienne._
MONSIEUR DE GORDES.
Eh! voilà ce cher duc!
_Ils se saluent._
MONSIEUR DE PIENNE, d'un air mystérieux.
Mes amis! du nouveau!
Une chose à brouiller le plus sage cerveau!
Une chose admirable! une chose risible!
Une chose amoureuse! une chose impossible!
MONSIEUR DE GORDES.
Quoi donc?
MONSIEUR DE PIENNE.
_Il les ramasse en groupe autour de lui._
Chut!
_À Marot, qui est allé causer avec d'autres dans un coin._
Venez çà, maître Clément Marot!
MAROT, _approchant_.
Que me veut monseigneur?
MONSIEUR PIENNE.
Vous êtes un grand sot.
MAROT.
Je ne me croyais grand en aucune manière.
MONSIEUR PIENNE.
J'ai lu dans votre écrit du siége de Peschière
Ces vers sur Triboulet? «Fou de tête écorné,
Aussi sage à trente ans que le jour qu'il est né...--»
Vous êtes un grand sot!
MAROT.
Que Cupido me damne
Si je vous comprends!
MONSIEUR DE PIENNE.
Soit!
_À monsieur de Gordes._
Monsieur de Simiane,
_À monsieur de Pardaillan._
Monsieur de Pardaillan,
_Monsieur de Gordes, monsieur de Pardaillan, Marot et
monsieur de Cossé, qui est venu se joindre au groupe, font cercle autour
du duc._
devinez, s'il vous plaît.
Une chose inouïe arrive à Triboulet.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
Il est devenu droit?
MONSIEUR DE COSSÉ.
On l'a fait connétable?
MAROT.
On l'a servi tout cuit par hasard sur la table?
MONSIEUR DE PIENNE.
Non. C'est plus drôle. Il a...--Devinez ce qu'il a.--
C'est incroyable!
MONSIEUR DE GORDES.
Un duel avec Gargantua!
MONSIEUR DE PIENNE.
Point.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
Un singe plus laid que lui?
MONSIEUR DE PIENNE.
Non pas.
MAROT.
Sa poche
Pleine d'écus?
MONSIEUR DE COSSÉ.
L'emploi du chien du tourne-broche?
MAROT.
Un rendez-vous avec la Vierge au Paradis?
MONSIEUR DE GORDES.
Une âme, par hasard?
MONSIEUR DE PIENNE.
Je vous le donne en dix!
Triboulet le bouffon, Triboulet le difforme,
Cherchez bien ce qu'il a...--quelque chose d'énorme!
MAROT.
Sa bosse?
MONSIEUR DE PIENNE.
Non, il a...--Je vous le donne en cent!
Une maîtresse!
_Tous éclatent de rire._
MAROT.
Ah! ah! le duc est fort plaisant.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
Le bon conte!
MONSIEUR DE PIENNE.
Messieurs, j'en jure sur mon âme,
Et je vous ferai voir la porte de la dame.
Il y va tous les soirs, vêtu d'un manteau brun,
L'air sombre et furieux, comme un poëte à jeun.
Je lui veux faire un tour. Rôdant à la nuit close,
Près de l'hôtel Cossé, j'ai découvert la chose.
Gardez-moi le secret.
MAROT.
Quel sujet de rondeau!
Quoi! Triboulet la nuit se change en Cupido!
MONSIEUR DE PARDAILLAN, _riant._
Une femme à messer Triboulet
MONSIEUR DE GORDES, _riant._
Une selle
Sur un cheval de bois!
MAROT, riant.
Je crois que la donzelle,
Si quelque autre Bedfort débarquait à Calais,
Aurait tout ce qu'il faut pour chasser les Anglais!
_Tous rient. Survient monsieur de Vic. Monsieur de Pienne met son
doigt sur sa bouche._
MONSIEUR DE PIENNE.
Chut!
MONSIEUR DE PARDAILLAN, _à monsieur de Pienne._
D'où vient que le roi sort aussi vers la brune,
Tous les jours et tout seul, comme cherchant fortune?
MONSIEUR DE PIENNE.
Vic nous dira cela.
MONSIEUR DE VIC.
Ce que je sais d'abord,
C'est que Sa Majesté paraît s'amuser fort.
MONSIEUR DE COSSÉ.
Ah! ne m'en parlez pas!
MONSIEUR DE VIC.
Mais que je me soucie
De quel côté le vent pousse sa fantaisie,
Pourquoi le soir il sort, dans sa cape d'hiver,
Méconnaissable en tout de vêtements et d'air,
Si de quelque fenêtre il se fait une porte,
N'étant pas marié, mes amis, que m'importe!
MONSIEUR DE COSSÉ, _hochant la tête._
Un roi,--les vieux seigneurs, messieurs, savent cela,--
Prend toujours chez quelqu'un tout le plaisir qu'il a.
Gare à quiconque a soeur, femme ou fille à séduire!
Un puissant en gaîté ne peut songer qu'à nuire.
Il est bien des sujets de craindre là dedans.
D'une bouche qui rit on voit toutes les dents.
MONSIEUR DE VIC, _bas aux autres._
Comme il a peur du roi!
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
Sa femme fort charmante
En a moins peur que lui.
MAROT.
C'est ce qui l'épouvante.
MONSIEUR DE GORDES.
Cossé, vous avez tort. Il est très-important
De maintenir le roi gai, prodigue et content.
MONSIEUR DE PIENNE, _à monsieur de Gordes._
Je suis de ton avis, comte! un roi qui s'ennuie,
C'est une jeune fille en noir, c'est un été de pluie.
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
C'est un amour sans duel.
MONSIEUR DE VIC.
C'est un flacon plein d'eau.
MAROT, _bas._
Le roi revient avec Triboulet-Cupido.
_Entrent le roi et Triboulet. Les courtisans s'écartent avec respect._
SCÈNE IV.
LES MÊMES, LE ROI, TRIBOULET.
TRIBOULET, _entrant, et comme poursuivant une
conversation commencée._
Des savants à la cour! monstruosité rare!
LE ROI.
Fais entendre raison à ma soeur de Navarre.
Elle veut m'entourer de savants
TRIBOULET.
Entre nous,
Convenez de ceci,--que j'ai bu moins que vous.
Donc, sire, j'ai sur vous, pour bien juger les choses,
Dans tous leurs résultats et dans toutes leurs causes,
Un avantage immense, et même deux, je crois
C'est de n'être pas gris et de n'être pas roi.
--Plutôt que des savants, ayez ici la peste,
La fièvre, et cætera!
LE ROI.
L'avis est un peu leste.
Ma soeur veut m'entourer de savants!
TRIBOULET.
C'est bien mal
De la part d'une soeur.--Il n'est pas d'animal,
Pas de corbeau goulu, pas de loup, pas de chouette,
Pas d'oison, pas de boeuf, pas même de poëte,
Pas de mahométan, pas de théologien,
Pas d'échevin flamand, pas d'ours et pas de chien,
Plus laid, plus chevelu, plus repoussant de formes,
Plus carapaçonné d'absurdités énormes,
Plus hérissé, plus sale, et plus gonflé de vent,
Que cet âne bâté qu'on appelle un savant!
--Manquez-vous de plaisirs, de pouvoir, de conquêtes,
Et de femmes en fleur pour parfumer vos fêtes?
LE ROI.
Hai... ma soeur Marguerite un soir m'a dit très-bas
Que les femmes toujours ne me suffiraient pas,
Et quand je m'ennuirai
TRIBOULET.
Médecine inouïe!
Conseiller les savants à quelqu'un qui s'ennuie!
Madame Marguerite est, vous en conviendrez,
Toujours pour les partis les plus désespérés.
LE ROI.
Eh bien! pas de savants, mais cinq ou six poëtes
TRIBOULET.
Sire! j'aurais plus peur, étant ce que vous êtes,
D'un poëte, toujours de rime barbouillé,
Que Belzébuth n'a pas peur d'un goupillon mouillé.
LE ROI.
Cinq ou six
TRIBOULET.
Cinq ou six! c'est toute une écurie!
C'est une académie, une ménagerie!
_Montrant Marot._
N'avons-nous pas assez de Marot que voici,
Sans nous empoisonner de poëtes ainsi!
MAROT.
Grand merci!
_À part._
Le bouffon eût mieux fait de se taire!
TRIBOULET.
Les femmes, sire! ah Dieu! c'est le ciel, c'est la terre!
C'est tout! Mais vous avez les femmes! vous avez
Les femmes! laissez-moi tranquille! vous rêvez,
De vouloir des savants!
LE ROI.
Moi, foi de gentilhomme!
Je m'en soucie autant qu'un poisson d'une pomme.
_Éclats de rire dans un groupe au fond.--À Triboulet._
Tiens, voilà des muguets qui se raillent de toi.
_Triboulet va les écouter et revient._
TRIBOULET.
Non, c'est d'un autre fou.
LE ROI.
Bah! de qui donc?
TRIBOULET.
Du roi.
LE ROI.
Vrai! que chantent-ils?
TRIBOULET.
Sire, ils vous disent avare,
Et qu'argent et faveurs s'en vont dans la Navarre,
Qu'on ne fait rien pour eux.
LE ROI.
Oui, je les vois d'ici
Tous les trois.--Montchenu, Brion, Montmorency
TRIBOULET.
Juste.
LE ROI.
Ces courtisans! engeance détestable!
J'ai fait l'un amiral, le second connétable,
Et l'autre, Montchenu, maître de mon hôtel.
Ils ne sont pas contents! as-tu vu rien de tel?
TRIBOULET.
Mais vous pouvez encor, c'est justice à leur rendre,
Les faire quelque chose.
LE ROI.
Et quoi?
TRIBOULET.
Faites-les pendre.
MONSIEUR DE PIENNE, _riant, aux trois seigneurs qui sont
toujours au fond du théâtre_.
Messieurs, entendez-vous ce que dit Triboulet?
MONSIEUR DE BRION.
_Il jette sur le fou un regard de colère._
Oui, certe!
MONSIEUR DE MONTMORENCY.
Il le paîra!
MONSIEUR DE MONTCHENU.
Misérable valet!
TRIBOULET, _au roi._
Mais, sire, vous devez avoir parfois dans l'âme
Un vide...--Autour de vous n'avoir pas de femme
Dont l'oeil vous dise non, dont le coeur dise oui!
LE ROI.
Qu'en sais-tu?
TRIBOULET.
N'être aimé que d'un coeur ébloui,
Ce n'est pas être aimé.
LE ROI.
Sais-tu si pour moi-même
Il n'est pas dans ce monde une femme qui m'aime?
TRIBOULET.
Sans vous connaître?
LE ROI.
Eh! oui.
_À part._
Sans compromettre ici
Ma petite beauté du cul-de-sac Bussy.
TRIBOULET.
Une bourgeoise donc?
LE ROI.
Pourquoi non?
TRIBOULET, _vivement._
Prenez garde.
Une bourgeoise! ô ciel! votre amour se hasarde.
Les bourgeois sont parfois de farouches Romains.
Quand on touche à leur bien, la marque en reste aux mains.
Tenez, contentons-nous, fous et rois que nous sommes,
Des femmes et des soeurs de vos bons gentilhommes.
LE ROI.
Oui, je m'arrangerais de la femme à Cossé.
TRIBOULET.
Prenez-la.
LE ROI, _riant._
C'est facile à dire et malaisé
À faire.
TRIBOULET.
Enlevons-la cette nuit.
LE ROI, _montrant monsieur de Cossé_
Et le comte?
TRIBOULET.
Et la Bastille?
LE ROI.
Oh! non.
TRIBOULET.
Pour régler votre compte,
Faites-le duc.
LE ROI.
Il est jaloux comme un bourgeois.
Il refusera tout, et crîra sur les toits.
TRIBOULET, _rêveur._
Cet homme est fort gênant: qu'on le paye ou l'exile
_Depuis quelques instants, monsieur de Cossé s'est rapproché par
derrière du roi et du fou, il écoute leur conversation. Triboulet se
frappe le front avec joie._
Mais il est un moyen commode, très-facile,
Simple, auquel je devrais avoir déjà pensé.
_Monsieur de Cossé se rapproche et écoute._
--Faites couper la tête à monsieur de Cossé.
_Monsieur de Cossé recule tout effaré._
--... On suppose un complot avec l'Espagne ou Rome
MONSIEUR DE COSSÉ, _éclatant._
Oh! le petit satan!
LE ROI, _riant, et frappant sur l'épaule de monsieur Cossé._
_À Triboulet._
Là, foi de gentilhomme,
Y penses-tu? couper la tête que voilà!
Regarde cette tête, ami: vois-tu cela?
S'il en sort une idée, elle est toute cornue.
TRIBOULET.
Comme le moule auquel elle était contenue.
MONSIEUR DE COSSÉ.
Couper ma tête!
TRIBOULET.
Eh bien?
LE ROI, _à Triboulet_.
Tu le pousses à bout?
TRIBOULET.
Que diable! on n'est pas roi pour se gêner en tout,
Pour ne point se passer la moindre fantaisie.
MONSIEUR DE COSSÉ.
Me couper la tête! ah! j'en ai l'âme saisie!
TRIBOULET.
Mais c'est tout simple.--Où donc est la nécessité
De ne vous pas couper la tête?
MONSIEUR DE COSSÉ.
En vérité!
Je te châtirai, drôle!
TRIBOULET.
Oh! je ne vous crains guère!
Entouré de puissants auxquels je fais la guerre,
Je ne crains rien, monsieur, car je n'ai sur le cou
Autre chose à risquer que la tête d'un fou.
Je ne crains rien, sinon que ma bosse me rentre
Au corps, et comme à vous me tombe dans le ventre,
Ce qui m'enlaidirait.
MONSIEUR DE COSSÉ, _la main sur son épée._
Maraud!
LE ROI.
Comte, arrêtez.--
Viens, fou!
_Il s'éloigne avec Triboulet en riant._
MONSIEUR DE GORDES.
Le roi se tient de rire les côtés!
MONSIEUR DE PARDAILLAN.
Comme à la moindre chose il rit, il s'abandonne!
MAROT.
C'est curieux, un roi qui s'amuse en personne!
_Une fois le fou et le roi éloignés, les courtisans se rapprochent, et
suivent Triboulet d'un regard de haine._
MONSIEUR DE BRION.
Vengeons-nous du bouffon!
TOUS.
Hun!
MAROT.
Il est cuirassé.
Par où le prendre? où donc le frapper?
MONSIEUR DE PIENNE.
Je le sai.
Nous avons contre lui chacun quelque rancune,
Nous pouvons nous venger.
_Tous se rapprochent avec curiosité de monsieur de Pienne._
Trouvez-vous à la brune,
Ce soir, tous bien armés, au cul-de-sac Bussy,--
Près de l'hôtel Cossé.--Plus un mot de ceci.
MAROT.
Je devine.
MONSIEUR DE PIENNE.
C'est dit?
TOUS.
C'est dit.
MONSIEUR DE PIENNE.
Silence! il rentre.
_Rentrent Triboulet, et le roi entouré de femmes._
TRIBOULET, _seul de son côté, à part._
À qui jouer un tour maintenant?--au roi...--Diantre!
UN VALET, _entrant, bas à Triboulet._
Monsieur de Saint-Vallier, un vieillard tout en noir,
Demande à voir le roi.
TRIBOULET, _se frottant les mains_.
Mortdieu! laissez-nous voir
Monsieur de Saint-Vallier.
_Le valet sort._
C'est charmant! comment diable!
Mais cela va nous faire un esclandre effroyable!