Le monde parisien vient de perdre une de ses personnalités les plus
marquantes, la duchesse de Talleyrand et Sagan, qui s'est éteinte, la
semaine dernière, à Loches.
Fille du baron Seillière, un financier notoire du siècle dernier, elle
avait épousé le prince de Sagan, appelé beaucoup plus tard à l'héritage
d'une couronne ducale, alors que l'état de sa santé l'avait déjà
contraint à la retraite où depuis quelques années il s'est
définitivement effacé, après avoir longtemps brillé parmi les hommes de
sport, les habitués des «premières», les viveurs de qualité, ayant
conquis la réputation légendaire d'un arbitre des élégances et d'un type
achevé de ce qu'on appelait autrefois le dandysme.
De même que, dans la mémoire des contemporains et dans la chronique
rétrospective, ce titre de prince semble inséparable de la notoriété du
gentilhomme, le titre de princesse reste attaché au renom de la grande
dame qu'on citait au nombre des beautés célèbres, des reines de la mode,
sous le second Empire et au commencement du régime actuel. Le luxe de
ses toilettes, ses façons de donner le ton, les réunions où sa présence
faisait sensation, les réceptions, les bals, les fêtes de charité de
l'hôtel fameux de la rue Saint-Dominique, ont, en leur temps, largement
défrayé les échos mondains des gazettes, les frivoles conversations des
cercles et des salons. Toutes ces splendeurs vivantes n'étaient déjà
plus que des souvenirs déjà lointains avant même la disparition de celle
qui fut l'âme de la maison. Là où son règne s'accomplit avec tant
d'éclat, il n'y a plus aujourd'hui qu'une somptueuse demeure, où, dans
le magnifique décor, muet témoin du passé, l'ombre mélancolique
s'épaissit autour d'un vieillard survivant... La duchesse laisse deux
fils: le prince Hélie de Sagan et le duc de Valençay.
[Illustration: La duchesse de Talleyrand et Sagan.]