Séjour dans Éden.--Départ de ce Paradis terrestre.--Martin quitte
l'Amérique.
(Suite et fin.--Voir t. II, p. 28, 56, 103, 139, 155, 214, 325, 347, et
t. III, p. 37.)
Un peu ranimé par la contemplation de leurs communs malheurs, et
laissant le pauvre Martin au bureau de l'agence générale d'architecture
et de cadastre, Mark Tapley poursuivit sa course en quête de secours.
Chemin faisant, il se félicitait de la situation digne d'envie à
laquelle il se voyait parvenu.
«J'ai bien souvent songé, se disait-il, que rien ne m'irait mieux que
d'échouer en quelque île déserte; mais là je n'aurais eu, au bout du
compte, à m'inquiéter que de moi-même; moi, si peu difficile, si aisé à
contenter, le beau mérite! Au lieu qu'ici, il me faudra prendre soin de
mon associé, et c'est presque juste mon fait. Que me fallait-il? un
homme dont les jambes fléchissent à l'heure où il en a le plus besoin;
un homme si mal dans ses affaires, que le premier chiffre posé sur son
livre de recette ne puisse jamais gagner de compagnon; un homme fait
comme son manteau et son habit, même étoffe dessus que dessous, l'un
n'enveloppant jamais que l'autre, et cet homme, poursuivit Mark Tapley
après un moment de silence, l'homme qu'il me faut, je l'ai trouvé, je le
tiens! quelle chance!»
Il s'arrêta pour regarder autour de lui, se demandant vers laquelle de
ces misérables huttes il valait mieux se diriger d'abord.
«Je ne sais où frapper, sur ma foi, reprit-il. Toutes d'un extérieur
aussi engageant, également commodes à l'intérieur sans doute,
approvisionnées de tout le luxe, de tout le confortable que pourrait
désirer un alligator dans l'état de nature! Voyons un peu: le citoyen
que nous avons rencontré hier dans sa tournée du soir demeure au-dessous
de l'eau, dans ce chenil là-bas, au tournant. Si je le puis, je voudrais
éviter de déranger celui-là. Pauvre hère! Il fait une si triste figure;
vrai colon dans toutes les règles! Ah! ici nous avons une hutte à
fenêtre, c'est de quoi rendre les propriétaires trop fiers; et par là
une porte! pure aristocratie! C'est égal, en avant, et va pour le
premier bouge venu!»
Il marcha droit à la cabane la plus proche, heurta de la main; on lui
cria d'entrer; il entra.
«Voisin! dit Mark, car je suis votre voisin, quoique vous ne me
connaissiez pas; je viens vous demander... Eh! holà! oh!... Suis-je au
lit? Rêvé-je?...»
Son nom venait d'être prononcé; ses pans d'habit étaient tiraillés, ses
jambes embrassées par deux petits garçons dont il avait fréquemment
débarbouillé les riants visages, et fait souvent chauffer la soupe à
bord du noble et rapide paquebot le _Screw._
«Ai-je la berlue? poursuivit Mark, se récriant toujours. C'est à n'en
pas croire ses yeux! Mais, si ce n'est pas là ma compagne de voyage,
soignant sa petite fille, que j'ai regret à voir si délicate; si ce
n'est pas la son mari, qui était venu à sa rencontre à New--York: si ces
petits drôles ne sont pas mes ci-devant jeunes amis, certes, il faut
convenir que la ressemblance est à tromper.»
Dans sa joie de le revoir, la femme avait laissé échapper quelques
larmes; le mari serrait cordialement les deux mains de Mark dans les
siennes, et il les y retint tandis que les marmots se pendaient aux
jambes du nouveau venu, et que l'enfant malade, bercée sur les genoux de
sa mère, étendait vers lui ses petits doigts amaigris et brûlants, tout
en murmurant du fond de sa gorge desséchée le nom si souvent répété de
Mark Tapley.
Il était bien la même famille, passablement changée, grâce au salubre
climat d'Éden, mais cependant toujours la même.
«Eh bien! je dis que voilà un réveil-matin qui compte! s'écria Mark
reprenant haleine; il y a de quoi perdre l'esprit. Attendez, une minute
seulement, et dans un tour de main je suis à vous. Nous y voilà!... Ces
messieurs ne sont, pas de ma société? seraient-ils sur la liste des amis
de la maison?»
Ces derniers mois avaient trait à certains cochons étiques, entrés à la
suite de Mark, et qui paraissaient s'affectionner beaucoup aux talons de
la famille. Comme ils n'appartenaient point au logis, ils furent chassés
par les petits garçons.
«Je n'entretiens nulle prévention contre les crapauds, reprit Mark, qui
d'un coup d'oeil avait parcouru la chambre, pas la moindre; mais si mes
deux jeunes amis pouvaient engager à sortir, par la même occasion, ceux
qui nous tiennent compagnie, ils trouveraient l'air du dehors
rafraîchissant, je n'en fais nul doute. Ce n'est pas, encore une fois,
que je nourrisse contre eux aucune inimitié, poursuivit-il, s'asseyant
sur un escabeau. Le crapaud est, j'en conviens, un joli animal,
agréablement tacheté, à l'oeil brillant, à la peau lisse et polie, tout
lustré, des plus frais, et qui se rengorge à la façon d'un vieux
gentilhomme; mais n'importe, ses qualités se déploient avec plus
d'avantage dehors que dedans, à mon avis du moins.»
Affichant, à l'aide de ce bavardage, autant d'insouciance et de gaieté
que possible, Mark avait cependant l'oeil à tout. L'aspect débile et
abattu de la malheureuse famille, le déplorable changement de la pauvre
mère, l'état désespéré de l'enfant fébrile qu'elle tenait sur son sein,
l'air de découragement répandu sur toutes choses, lui allaient au coeur;
leurs souffrances, leur misère, étaient aussi évidentes à ses yeux que
la tonne de farine en fermentation qui servait de table, que les
couvertures moisissantes et les instruments de labourage rouillés qui
pendaient aux murs, que l'humidité malsaine qui tachetait le sol, que la
moisson de végétations croupissantes qui tapissaient chaque trou.
«Mais, dites-moi donc un peu qui vous amène? demanda l'homme, après les
premières exclamations de surprise.
--Tout uniment le dernier bateau à vapeur. Nous venons ici faire
fortune, à force d'exactitude et d'activité, puis réaliser au plus vite
et nous retirer sur notre petit bien. Et vous autres, comment vous va?
Comme des princes, on dirait?
--Nous sommes un peu maladifs pour l'instant, répliqua la pauvre femme
en se penchant sur sa petite fille. Quand nous serons acclimatés, cela
ira mieux.
--Le climat en dévorera plus d'un d'ici là, pensa Mark tout bas; tout
haut il ajouta gaiement: Mieux, dites-vous? certainement que cela ira
mieux pour tous. Nous n'avons qu'à nous maintenir en bonne humeur et bon
courage, à vivre en bons voisins, et tout tournera à merveille. A
propos, cela me rappelle, mon pauvre associé, assez mal en ce moment, et
pour lequel je venais vous demander secours. Je voudrais bien, maître,
que vous pussiez venir le voir tout de suite, et nous en dire votre
avis.»
Il eût fallu une demande bien déraisonnable pour que les reconnaissants
amis de Mark n'y fissent pas droit sur-le-champ. L'homme se leva prêta
l'accompagner, non sans que Mark eût d'abord soulevé l'enfant malade
entre ses bras, en s'efforçant de réconforter la mère; mais la main de
la mort était déjà sur la pauvre petite créature, et il le vit.
Ils trouvèrent Martin étendu par terre, enveloppé de ses couvertures. Il
paraissait fort malade; ses dents claquaient, et le frisson convulsif
qui ébranlait tous ses membres ressemblait plutôt à un terrible spasme
qu'au frémissement que donne le froid. L'ami de Mark déclara que c'était
une fièvre d'accès du caractère le plus grave, assez commune dans le
canton. Il prédit que le lendemain n'apporterait nul soulagement au
malade, qui, pendant plusieurs jours encore, irait de mal en pis.
Lui-même, atteint de cette fièvre, avait langui une couple d'années
entre la vie et la mort, heureux, après en avoir vu succomber tant
d'autres, d'en pouvoir retirer ses os.
«Et peu de chose avec, pensa Mark, regardant les formes amaigries du
colon. Vive Éden!»
Le coffre des nouveaux arrivés contenait quelques médicaments; et, guidé
par l'expérience personnelle de son ami, Mark put les employer au
soulagement, de Martin. Les services de l'habitant d'Éden ne se
bornèrent pas là; il allait et venait sans relâche, rendant à Mark
toutes sortes de bons offices dans les tentatives variées du brave
garçon pour améliorer leur situation, qui semblait désespérée. Cependant
l'homme ne pouvait offrir d'espoir dans l'avenir, car la mauvaise saison
commençait et la colonie n'était qu'une vaste tombe. La nuit même
l'enfant du colon mourut, et Mark, qui aida le père le lendemain à
enterrer le pauvre petit cadavre sous un arbre, eut grand soin d'en
faire un secret à Martin.
Indépendamment de ses nombreux devoirs, en sa qualité de garde-malade
d'un associé qui ne le laissait pas manquer d'occupations, et qui
devenait plus exigeant à mesure qu'il souffrait davantage, Mark, de
grand matin et tard dans la nuit, travaillait au dehors. Avec l'aide de
son ami et de quelques autres, il labourait, s'efforçant de tirer partie
de leur misérable terroir. Ce n'était pas que la moindre espérance
stimulât son énergie, ce n'était pas qu'il eût quelque but fixe pour
tendre ses nerfs et raffermir son courage, il agissait sous l'habituelle
impulsion de son inaltérable bonne humeur, de son activité joyeuse, de
l'étonnante élasticité de ses esprits. Au fond, il regardait leur
position comme sans ressource; et, fidèle à sa devise, il se retrempait
dans la souffrance.
«Quant à me faire fort, là, bien à ma guise, disait-il à Martin en
confidence, dans un de ses moments de loisir (c'est-à-dire un soir, en
lavant le linge de la maison, après une rude journée de travail), c'est
à quoi je renonce, voyez-vous. C'est un coup de fortune sur lequel
j'aurais tort de compter.
--En êtes-vous à souhaiter des circonstances plus difficiles? demanda
faiblement Martin, de dessous sa couverture, en poussant un gémissement.
--Eh! monsieur, elles pouvaient si aisément le devenir, n'eut été le
bonheur dont je suis enguignonné! La nuit de notre arrivée promettait,
j'en conviens; je pensais vraiment que cela allait en valoir la peine,
et que les choses prenaient tournure.
--Que vous faut-il donc, si vous n'en trouvez pas assez? murmura
tristement Martin.
--Oh! monsieur, regardez comme tout a tourné maintenant! voyez plutôt! A
peine ai-je mis le pied dehors, qu'il faut que je tombe sur une famille
de connaissance; bonnes gens, toujours en l'air, toujours prêts à nous
venir en aide: était-ce à cela que je devais m'attendre? Si j'avais
trébuché sur un serpent pour m'en faire mordre; sur un patriote de
première volée, pour y gagner un bon coup de couteau de Bowie; ou sur
une bande d'associés du club de Sympathie universelle, pour qu'ils
fissent de moi une bête curieuse, à la bonne heure! il y avait occasion
de montrer son courage, de gagner quelque crédit à ses propres yeux. A
présent, comme vont les choses, le grand but de mon voyage est manqué.
Toujours même guignon! Mais vous, monsieur, comment vous sentez-vous ce
soir?
--Pis que jamais, dit le pauvre Martin.
--Cela peut compter, assurément, reprit Mark; mais ce n'est pas assez,
il me faudrait tomber grièvement malade moi-même, et n'en demeurer pas
moins gaillard et joyeux jusqu'au bout!
--Au nom du ciel, ne parlez pas ainsi! s'écria Martin avec un
tressaillement d'horreur. Et que ferais-je, moi, si vous tombiez
malade?»
Quoique l'exclamation n'eût rien de bien flatteur, elle releva
singulièrement les esprits de Mark; et, frottant son linge avec un
redoublement de vigueur, il déclara que son baromètre était en train de
remonter.
«Car il y a une chose encore qui me va dans ce canton, poursuivi t-il,
c'est qu'on y trouve un petit échantillon au grand complet de la
meilleure des républiques. Il nous est resté trois colons américains
dans toute la force du terme. Ils vous jureront sérieusement et de
sang-froid, ici-même, monsieur, que nous sommes dans le plus salubre et
le plus agréable coin du globe. Comme ce coq qui se cachait pour sauver
sa vie, et que son chant fit découvrir, à tout prix il faut qu'ils se
vantent; ils sont nés et mis au monde pour cela.»
En parlant il regardait à travers la porte ouverte, et ses veux
tombèrent sur un maigre individu, en souquenille bleue, coiffé d'un
chapeau de paille, ayant entre ses lèvres une courte pipe noire, et à la
main un immense gourdin en bois d'hickory des plus noueux. Le personnage
marchait, fumait, chiquait, crachait, tout à la fois, marquant son
passage par une longue trace de tabac décomposé.
«Justement, en voilà un! cria Mark. Hannibal Chollop, en personne.
--Ne le laissez pas entrer! murmura faiblement Martin.
--Oh! il n'en demandera pas la permission,» répliqua Mark.
Il avait dit juste; Hannibal Chollop entra gravement. Sa figure était
presque aussi dure, aussi noueuse que son bâton, ses mains à l'avenant;
sa tête ressemblait à un vieux balai de bruyère noire, et un
inébranlable chapeau la surmontait. Il s'assit sur le coffre des
Anglais, croisa ses jambes, regarda Mark, et dit, sans déranger sa pipe:
«Eh bien, monsieur _Compagnie_ (Mark s'était sérieusement présenté sous
ce nom à tous les Édennéens), comment vous tirez-vous d'affaires?
--A merveille! répondit celui-ci.
--N'est-ce pas M. Chuzzlewit que vous avez là? demanda à haute voix le
visiteur. Et vous, monsieur, comment vous tirez-vous d'affaires?»
Martin secoua la tête, en s'abritant instinctivement sous sa couverture,
il s'apercevait qu'Hannibal, l'oeil fixé sur lui, se préparait à
cracher, et comme le recommande la chanson, «il prenait garde.»
«Ces précautions sont superflues, monsieur, dit M. Chollop avec
complaisance; je suis à l'épreuve de la fièvre, même la plus maligne.
--J'agissais par un motif tout personnel, reprit Martin, levant les yeux
de nouveau avec inquiétude; vous sembliez sur le point de...
--Je sais calculer mes distances à un pouce près, monsieur.»
Et sur l'heure, M. Chollop donna la preuve de cette merveilleuse
faculté.
«Je ne demande monsieur, poursuivit-il, que deux pieds dans une
direction circulaire, et je m'engage à ne pas les dépasser. J'ai pris
une fois dix pieds, en cercle bien entendu, mais c'était une gageure.
--J'espère que vous l'avez gagnée, monsieur? dit Mark.
--Moi, monsieur? j'ai raflé les enjeux. Oui, monsieur.» Chollop garda le
silence quelques instants, qu'il employa activement à compléter le
cercle magique au centre duquel il siégeait; puis il reprit la parole.
«Comment aimez-vous ma patrie, monsieur? demanda-t-il, fixant ses
regards sur Martin.
--Pas du tout,» répondit le malade.
L'Américain continua de fumer sans la moindre émotion, attendant que
l'envie de parler lui revint. Le moment arrivé, il ôta sa pipe et
reprit:
«C'est tout simple; pour nous apprécier, il faut une certaine
élévation.... L'âme de l'homme doit être préparée à la liberté, monsieur
Compagnie.»
Ces derniers mots s'adressaient à Mark; car, sous l'excitation d'une
fièvre ardente, que le bourdonnement monotone de cette insupportable
voix poussait jusqu'au délire, Martin, plus qu'à demi fou, fermait les
yeux, et, souhaitant le visiteur à tous les diables, s'était retourné
sur son misérable grabat.
«Et le corps, répliqua Mark, qu'en dites-vous? ne lui faudrait-il pas
aussi quelque utile préparation? surtout s'il est destiné à habiter un
béni petit marécage dans le genre de celui-ci?
--Appelez-vous Éden un marécage, monsieur? demanda gravement M Chollop.
--Mais il me semble qu'il n'y a pas de doute là-dessus, du moins pour
moi.
--Opinion tout à fait européenne, dit le major: aussi ne me
surprend-elle nullement. Que diraient vos millions d'Anglais s'ils
possédaient un pareil marécage au milieu de leur île mesquine, monsieur?
--Ils diraient que c'est un horrible trou, repartit Mark, et
préféreraient, je gage, qu'on leur inoculât la fièvre de toute autre
façon.
--_Europien!_ répéta Chollop avec une pitié sardonique: de plus en plus
_europien!_»
Il demeura alors immobile, silencieux, sombre, fumant; vraie cheminée de
haut fourneau.
«Vous ne vous sentez pas à l'aise, comme chez vous, dans Éden, pas vrai?
reprit enfin M. Chollop.
--Non, dit Mark; non assurément.
--Il vous manque les abus du vieux pays, n'est-ce pas? la taxe sur les
maisons?
--Les maisons, plutôt.
--Vous n'avez pas ici d'impôts sur les fenêtres! dit Chollop.
--Ni de fenêtres, ajouta Mark.
--Point de gibet, donjons, potences, tortures, menottes, poucettes,
échafauds, piloris! dit Chollop.
--Il faut nous contenter des pistolets à double batterie, des serpents à
sonnettes et des couteaux de Bowie; mais est-ce la peine d'en parler!»
dit Mark.
Il fut heureux pour l'Anglais que la conversation ne se terminât pas
d'une manière funeste. M. Chollop, fougueux patriote, muni d'une canne à
épée qu'il appelait agréablement sa _chatouilleuse_; d'un grand couteau
que, dans ses jours de bonne humeur, il nommait son _bistouri_, portait
constamment en poche, entre autre hochets, une paire de pistolets à sept
coups, et, par une singulière logique, se trouvait être tout à la fois
ardent avocat de la liberté et de l'esclavage, de la démocratie et de la
loi de Lynch. Lorsqu'il avait, selon sa phraséologie, coupé le sifflet,
ou frotté les oreilles d'un homme d'une opinion contraire à la sienne,
et réfuté les arguments d'un adversaire par l'envoi de quelques balles,
il s'applaudissait d'avoir «planté l'étendard de la civilisation dans
les jardins sans bornes de sa patrie.» Par bonheur, devançant toujours
les institutions de la grande république. Chollop se préparait à pousser
plus loin, et vu ses apprêts de départ et l'état de désolation de la
colonie, il se contenta de rire de bon coeur de l'admirable astuce dont
Scadder avait fait preuve en _flouant_ les Anglais. Après quoi, M.
Hannibal Chollop demeura silencieux, aussi fidèle à sa double occupation
qu'une des machines à vapeur de sa patrie et convaincu, à ce qu'il
paraissait, que la plus grande marque de déférence que l'on pût donner à
des étrangers était de passer trois heures à convertir leur maison en
crachoir.
A peine avait-il enfin disparu, lui, sa chatouilleuse, son bistouri et
ses pistolets à ressorts, que Mark s'adressa à Martin;
«Oh! vous pouvez mettre le nez hors de la couverture, monsieur, à
présent, nous en voilà débarrassés. Mais qu'est ceci? poursuivit-il,
s'agenouillant pour mieux voir les traits bouleversés de son associé, et
pour soulever sa main brûlante. «Beau résultat de tant de bavardage et
de rodomontades! Il a le transport maintenant, et ne me reconnaît plus!»
En effet, Martin, au plus mal, fut plusieurs jours à l'agonie, soigné
tout le temps par les pauvres amis de Mark, qui s'oubliaient eux-mêmes.
Quant à celui-ci, fatigué d'esprit et de corps, travaillant tout le
jour, veillant toute la nuit, soumis au plus maigre régime et aux plus
durs labeurs, entouré des circonstances les plus décourageantes, jamais
il ne laissa échapper un murmure, jamais il ne se montra las ou abattu.
Si parfois Martin lui avait paru égoïste ou brusque, s'il avait eu lieu
de juger que l'énergie de son compagnon, toute de boutade, tombait au
premier choc de la mauvaise fortune, il oublia tout pour ne plus se
souvenir que des meilleures qualités du malade et se dévouer à lui corps
et âme.
Plusieurs semaines s'écoulèrent avant que Martin eût repris assez de
forces pour faite quelques pas aidé d'une canne et soutenu par le bras
de Mark. Faute de bon air et d'une nourriture saine, son rétablissement
fut des plus lents, et sa convalescence durait encore, lorsque le coup
qu'il avait tant redouté les frappa; Mark tomba malade.
Il avait bravement lutté, mais la fièvre fut la plus forte.
«Tout à plat pour l'heure, monsieur, dit-il un matin en retombant sur
son lit, mais joyeux tout de même!»
Abattu de fait et sous un lourd fardeau, comme personne ne devait le
savoir mieux que Martin.
Si les amis de Mark s'étaient montrés bons et tendres pour un compagnon,
pour lui ils le furent cent fois davantage. Maintenant le tour de Martin
était venu: à lui de s'asseoir et de veiller près du triste chevet,
écoutant pendant les longues nuits chaque lugubre son qui vibrait à
travers la vaste et sombre solitude; à lui d'entendre le pauvre Mark,
dans ses rêveries délirantes, tour à tour jouer aux quilles dans la cour
du Dragon, faire de tendres remontrances à mistriss Lupin, chanceler à
bord du paquebot, parcourir les routes de la vieille Angleterre avec
l'ancien ami Tom Pinch, incendier les souches pourries des arbres de
l'Éden, tout cela à la fois.
Mais dès que Martin lui donnait à boire, lui administrait quelque
médicament, lui rendait n'importe quel service, ou rentrait au logis
après les corvées du dehors, l'inébranlable Mark se réveillait pour
s'écrier: «Toujours gaillard, monsieur, toujours content!»
A la fin le nouveau garde-malade ne put s'empêcher de remarquer la
conduite de celui qui jamais ne lui avait fait l'ombre d'un reproche,
jamais n'avait laissé échapper un soupir de regret, et qui s'efforçait
encore de demeurer immuable et ferme. Martin s'étonna qu'un homme, né
sans aucun des avantages qu'il possédait lui-même, montrât une aussi
réelle supériorité. La ruelle d'un malade, surtout celle du joyeux
compagnon que Martin avait toujours vu agir, et toujours pour autrui,
offre de favorables chances à la réflexion. Le maître en vint à se
demander pourquoi cette différence entre son serviteur et lui.
Les fréquentes visites de leur compagne de traversée, l'ancienne amie de
Mark, contribuèrent à la solution du problème, en suggérant à Martin
l'idée que, dans l'aide qu'il avait, ou plutôt qu'il n'avait pas prêtée
à cette femme, et celle qu'il en recevait, la différence n'était pas
moins saillante, et pas plus en sa faveur; de pensées en pensées, ces
méditations finirent par l'affecter profondément.
La nature de Martin était originairement généreuse et franche; mais il
avait été élevé dans la maison de son grand-père, et fréquemment les
vices domestiques les plus bas se propagent pour s'entre-dévorer
ensuite, l'égoïsme surtout. Martin, dès l'enfance, avait instinctivement
raisonné ainsi: «Mon tuteur pense tellement à lui, que si je ne songe à
moi de mon côté, je serai infailliblement oublié.» En conséquence, il
avait grandi pour devenir personnel. Mais il ne se l'était jamais avoué.
Si quelqu'un l'eût taxé d'égoïsme, il eût repoussé l'accusation comme une
infâme calomnie. Pour ébranler la bonne opinion qu'il avait de lui-même,
pour qu'il s'interrogeât sérieusement et à fond, il fallut qu'à peine
relevé de son lit de souffrance, il eût à veiller près de celui d'un
autre moribond, et pût toucher au doigt tout ce qu'avait de pauvre, de
dépendant, de misérable, ce _Moi_, qui venait à peine d'échapper à la
tombe.
En passe de réfléchir (il eut de longs mois pour le faire) sur sa propre
guérison et sur l'état désespéré de Mark il fut enfin amené à considérer
lequel des deux il eût mieux valu qui fut épargné, et pourquoi. L'épais
rideau tiré entre lui et sa conscience se leva alors quelque peu, et le
_Moi_, toujours le _Moi_ si perfectionné de nos jours, à l'étrange
satisfaction de nos modernes philosophes, commença à se laisser
entrevoir.
Durant ces longues heures où il semblait qu'il n'eût plus qu'à attendre
le dernier soupir de Mark, il se demanda, comme tout homme se serait
senti poussé à le faire en pareil cas, s'il avait rempli ses devoirs
envers cet ami dévoué. Avait-il mérité cette fidélité, ce zèle sans
bornes? y avait-il répondu?--Non.--Quelque courtes qu'eussent été leurs
relations, il s'avoua qu'en mainte et mainte circonstance, il avait
encouru le blâme: et comme il s'efforçait toujours de remonter à la
cause, le rideau lentement levé lui découvrit le _Moi_, encore le _Moi_,
toujours le _Moi_, de plus en plus élargi.
Il se passa longtemps, néanmoins, avant que Martin pénétrât assez avant
dans la connaissance de lui-même pour discerner l'entière vérité. Mais,
dans la terrible solitude de ce hideux désert, toute espérance brisée,
toute ambition éteinte, et la mort râlant constamment à la porte, la
réflexion régnait, comme sur une ville assiégée de la peste; et, frappé
à la fin de ce qui, en tout temps, avait manqué à sa vie, Martin
découvrit en plein la tache gangrenée.
Pour cette dure leçon, Éden était la bonne école, et cachait, dans ses
marécages infects, dans ses impénétrables taillis, dans son air
pestilentiel, d'admirables précepteurs, armés d'arguments sans réplique.
Convaincu qu'il avait nourri dans son sein un profond égoïsme, Martin
s'arrêta à la résolution solennelle, si jamais il recouvrait la santé,
de ne plus songer qu'à déraciner ce vice. En attendant, se déliant à
juste titre de lui-même, il ne voulut parler à son malade ni de repentir
du passé, ni de projets pour l'avenir, et se contenta de tenir les yeux
fermement attachés à son but. L'orgueil n'était pour rien dans cette
décision, c'était humilité pure, vrai courage, tant Éden l'avait jeté
bas, tant Éden le relevait haut.
Après de longues souffrances, de mortelles crises, pendant lesquelles,
lorsque la force de parler manquait au patient, il s'essayait à tracer,
sur l'ardoise, d'une main défaillante; «Toujours joyeux!» Mark commença
à aller moins mal; puis il retomba. Les symptômes, plus ou moins
favorables, alternèrent; enfin, la convalescence prit le dessus.
Dès que son compagnon fut en état de parler sans fatigue. Martin le
consulta sur un plan que, peu de mois auparavant, il eût exécuté sans
s'inquiéter de l'opinion de personne.
Notre situation est évidemment désespérée, lui dit-il; le lieu est
désert, le déplorable état de la colonie est connu; vendre le lot que
nous avons acheté, n'importe à quel rabais, deviendrait impossible,
quand ce ne serait pas déloyal. Le point vers lequel doivent tendre
toutes nos pensées, c'est de quitter Éden pour jamais, et d'aller revoir
l'Angleterre. Mais comment, par quels moyens? Il s'agit seulement de
retourner au pays, Mark!
--Seulement, monsieur: mais c'est tout! dit celui-ci. en insistant sur
le dernier mot.
--De ce côté de l'Océan, un seul homme nous peut venir en aide,
poursuivit Martin; c'est M. Bevan.
--J'y pensais lorsque vous étiez malade, dit Mark.
--Si ce n'était la perte de temps, j'écrirais à mon grand-père, et
j'implorerais de sa boute ce qu'il faut pour nous tirer de la trappe où
nous nous sommes si cruellement laissés prendre. Essaierons-nous d'abord
de M. Bevan?
--C'est un véritable gentilhomme, qui m'a toujours plu, répondit Mark.
--La petite cargaison, que tout notre avoir a payée, pourrait peut-être
encore produire quelque argent, ce qui aiderait à nous acquitter; mais,
ici, impossible de rien vendre.
--Pour chalands, on n'aurait que des cadavres, répliqua Mark, en
branlant tristement la tête; des cadavres et des pourceaux!
--Faut-il écrire et demander uniquement la somme nécessaire pour nous
faire atteindre New-York, ou tout autre port, ou nous pourrions ensuite
gagner notre passage par n'importe quel travail? D'ailleurs, je puis
expliquer à M. Bevan quelles sont mes relations de famille, et m'engager
à le rembourser dès que j'aurai mis le pied en Angleterre.
--Le pire serait qu'il dît non, et il peut dire oui. Si donc ce n'est
pas trop à contre-coeur que vous en essayez, monsieur...
--A contre-coeur! se récria Martin. Non, non: c'est par ma faute que
nous sommes ici, et il n'est rien que je ne fasse pour nous en tirer. Le
souvenir du passé est pour moi un remords. Ah! Mark, si je vous eusse
consulté plus tôt, jamais nous ne serions venus ici.»
Ebahi de cet aveu, Mark n'en protesta pas moins de toutes ses forces
qu'en tous cas les choses se seraient passées de même, puisqu'il avait
mis dans sa tête de voir Éden du moment qu'il en avait entendu parler.
Laissant de côté la lettre à M. Bevan, l'anxieuse attente de la réponse,
les étonnements de Mark à mesure qu'il s'apercevait du changement de son
associé, et acquérait la certitude que désormais il n'y aurait plus
aucun mérite à se maintenir de bonne humeur et joyeux auprès de lui;
passant même sur la triste mort des deux petits camarades qui avaient si
tendrement accueilli M. Tapley à sa première promenade dans Éden, nous
contemplerons nos voyageurs debout, au soleil levant, sur le pont du
navire qui les ramenait à New-York.
«Courage! cria Martin saluant de la main les deux maigres figures dont
les ombres s'allongeaient sur la rive aplatie, nous nous retrouverons
encore quelque jour dans le vieux monde!
--Ou plutôt dans l'autre, murmura Mark. Cela saigne le coeur de les voir
là côte à côte, immobiles, seuls! ah! c'est pis que tout!»
Les deux amis échangeront un regard, tandis que le vaisseau fuyait
rapidement; puis leurs yeux se reportèrent sur la plage qu'ils venaient
de quitter. La hutte, avec sa porte toute grande ouverte et les arbres
abattus à l'entour, la stagnante brume du malin et le rouge soleil
entrevu au travers, les vapeurs qui s'élevaient du rivage et du fleuve,
les rapides flots qui faisaient paraître et plus plate et plus triste la
boueuse grève qu'ils lavaient en courant; Éden enfin, plus d'une fois
depuis, hanta leurs rêves; et à quelle joie alors de s'éveiller et de
voir que ce n'était qu'une ombre, un mirage du passé!
Nos voyageurs atteignirent enfin New-York, où les attendait l'excellent
M. Bevan, et nous les retrouvons en sûreté à bord du même paquebot qui
les avait amenés jadis, heureux de voir l'Amérique disparaître et se
fondre avec les images.
«Eh bien! Mark, à quoi pensez-vous donc avec votre air grave? demanda
Martin.
--Eh! monsieur, je me demandais comment je m'y prendrais si j'étais
peintre, et chargé de faire le portrait de l'aigle américaine. Quelle
mine lui donnerais-je?
--La mine d'un aigle, à ce que je présumé.
--Non, monsieur, non, cela ne m'irait pas; je la ferais rassembler à la
chauve-souris, à cause de sa courte vue; au coq-d'inde, attendu sa
jactance, vu sa probité, à la pie; au paon, à cause de sa vanité; à
l'autruche, parce qu'elle croit, en cachant sa tête dans la boue, que
personne ne la verra.
--Et au phénix, interrompit Martin. Comme lui, elle peut s'élancer du
milieu ses cendres accumulées par ses fautes et par ses vices, et
prendre un nouvel essor vers le ciel.»
Modes.
Chaque jour amène une révélation sur les modes d'été, et cette mode,
nous la reconnaissons jolie et distinguée dans son ensemble, lorsqu'elle
se compose, d'abord, d'une redingote en soie changeante ou à larges
rayures nuées; ensuite d'une capote de crêpe couverte d'Angleterre, et
enfin d'un mantelet écharpe de dentelle noire.
Quant aux chapeaux, la paille à jour ornée de rubans et de fleurs forme
la coiffure du matin, comme le chapeau de crêpe sur lequel est posé un
saule marabout compose l'une des principales parures du soir. On
commence à voir aussi quelques chapeaux en paille de riz, ornés, pour la
plupart, de rubans de nuances foncées; quelquefois pour adoucir ce que
ces teintes ont de trop dur, on y mêle du tulle illusion.
[Illustration.]
Entre une foule de robes, nous signalerons les redingotes à revers très
décolletés, dans le genre de celle qui est représentée par notre dessin.
Puis les robes en taffetas broché, à rayure pompadour, garnies de hauts
volants en biais et dentelés, presque sans fronces, bordés, soit d'un
effilé, soit d'un ruban assorti à l'étoffe et plissés au bord; le
corsage plat décolleté et à pointe, avec berthe dentelée, ouverte sur
l'épaule et lacée.
On voit encore sur les robes du soir beaucoup de garnitures en
dentelles, et cela a très-bon air; mais dans cette saison, nous leur
préférons les garnitures de rubans, de fleurs ou de tulle illusion,
posées en biais et en forme de tablier.
Pour les toilettes de campagne dont un s'occupe déjà, il se fait des
redingotes amazones en coutil de fil blanc rayé de couleur. Les corsages
en sont très-montants et fermés par une rangée de boutons en ivoire; les
manches en amadis ont au bas un revers boutonné de même que le corsage.
Antiquités trouvées à Hérouval.
Lorsqu'on va de Paris à Rouen par la route d'_en haut_, on remarque,
avant d'arriver à Gisors, sur la gauche, une haute colline couronnée
d'une vieille tour en ruines. Comme tous les lieux élevés et faciles à
défendre, cette colline a été habitée dès les temps les plus reculés.
Les druides y construisirent un collège qui, si l'on en croit la
tradition, communiquait, par des signaux, avec celui de Montmartre. Plus
tard, un temple de Jupiter remplaça ce premier établissement druidique,
et à ce temple païen succéda, pendant l'ère chrétienne, la tour dont les
ruines existent encore, et qui prit le nom de _Montjavoult._
Sept hameaux composent le village disséminé autour du vieux château de
Montjavoult. De ces hameaux, le plus intéressant pour le géologue et
pour l'antiquaire est, sans contredit, celui de Hérouval, situé dans une
position charmante, à l'entrée d'un étroit vallon qui dut autrefois
servir d'amphithéâtre et de cirque. On ne peut y remuer profondément la
terre sans trouver des antiquités gauloises ou romaines. Il y a quelques
années, on y découvrit cinq tombeaux gaulois; tout récemment encore, un
cheval, en traînant la charrue, s'enfonça subitement dans une excavation
ouverte sous ses pieds, c'était un ancien tombeau. Un homme d'esprit et
de goût, qui a le bonheur de posséder une propriété dans ce beau pays,
ordonna immédiatement des fouilles, que ses ouvriers viennent d'achever.
Nous avons vu, dans son salon de Paris, les curieuses antiquités dont
nous croyons devoir offrir à nos abonnés un dessin fidèle.
[Illustration: Urnes en terre rouge et noire, épée en fer et chaise en
bronze provenant d'un tombeau antique découvert à Hérouval.]
[Illustration: Bracelet de verroterie, boucles et bague en bronze
trouvés à Hérouval.]
On trouva successivement, à un mètre environ au-dessous du sol, neuf
sarcophages en pierre placés du levant au couchant; mais les pierres
brisées avaient laissé pénétrer les terres, qui se trouvaient mêlées aux
débris humains. Un seul tombeau était intact. On l'ouvrit. Il renfermait
deux crânes, qu'à leurs dimensions différentes, on reconnut aisément
pour le crâne d'un homme et celui d'une femme; des bracelets de
verroterie de diverses couleurs étaient mêlés aux ossements de la femme
à la hauteur des bras.
Près des ossements de l'homme se trouvaient une épée en fer, des
anneaux, de nombreux ornements en bronze antique, un style et des
boucles de même métal parfaitement travaillés.
Parmi ces anneaux, on en remarquait un d'une forme si gracieuse, qu'on
pourrait le prendre pour une bague moderne. Il est surmonté d'un chaton
creux, destiné sans doute à renfermer des cheveux, des parfums ou du
poison. Enfin ce tombeau contenait encore, dit le journal auquel nous
empruntons ces détails, un ornement de bronze, garni de petites pierres
qu'on croirait montées sur argent et ayant la forme des médaillons que
les femmes du dix-neuvième siècle portent au col ou des broches qui leur
servent à attacher leurs châles et leurs robes.
Cette sépulture était sans doute celle d'une femme gauloise et d'un
guerrier romain. Le crâne de l'homme paraissait fracturé par une
blessure. Il était entouré d' ornements en fer rongés par la rouille, et
dont on ne pourrait reconnaître aujourd'hui l'usage; puis, enfin, près
de ses ossements était placée une urne en terre rouge, ornée de légers
dessins en creux. Les tombeaux voisins renfermaient deux autres urnes en
terre bleue de formes assez élégantes. Une médaille de
Faustiana-Augusta, trouvée à quelques pas de là et très-bien conservée,
peut indiquer l'époque à laquelle ces sépultures appartiennent.
Rébus.