XVII

Ces vrais vivants qui sont les saints,

Et les vrais morts qui seront nous,

C'est notre double fête à tous,

Comme la fleur de nos desseins,

Comme le drapeau symbolique

Que l'ouvrier plante gaîment

Au faîte neuf du bâtiment,

Mais, au lieu de pierre et de brique,

C'est de notre chair qu'il s'agit,

Et de notre âme en ce nôtre oeuvre

Qui, narguant la vieille couleuvre,

A force de travaux surgit.

Notre âme et notre chair domptées

Par la truelle et le ciment

Du patient renoncement

Et des heures dûment comptées.

Mais il est des âmes encor,

Il est des chairs encore comme

En chantier, qu'à tort on dénomme

Les morts, puisqu'ils vivent, trésor

Au repos, mais que nos prières

Seulement peuvent monnayer

Pour, l'architecte, l'employer

Aux grandes dépenses dernières.

Prions, entre les morts, pour maints

De la terre et du Purgatoire,

Prions de façon méritoire

Ceux de là-haut qui sont les saints.

Poésies religieuses Préface de J. K. Huÿsmans · 第 133 / 164 题