III

Petit Jésus qu'il nous faut être,

Si nous voulons voir Dieu le Père,

Accordez-nous d'alors renaître

En purs bébés, nus, sans repaire

Qu'une étable, et sans compagnie

Qu'une âne et qu'un boeuf, humble paire;

D'avoir l'ignorance infinie

Et l'immense toute-faiblesse

Par quoi l'humble enfance est bénie;

De n'agir sans qu'un rien ne blesse

Notre chair pourtant innocente

Encor même d'une caresse,

Sans que notre oeil chétif ne sente

Douloureusement l'éclat même

De l'aube à peine pâlissante,

Du soir venant, lueur suprême,

Sans éprouver aucune envie

Que d'un long sommeil tiède et blême...

En purs bébés que l'âpre vie

Destine,--pour quel but sévère

Ou bienheureux?--foule asservie

Ou troupe libre, à quel calvaire?

Poésies religieuses Préface de J. K. Huÿsmans · 第 107 / 164 题