-- Vive M. de Longueville! cria-t-on aussitôt.
-- Mes amis, dit le duc en saluant de la main, retirez-vous en
paix, et ne donnez pas la joie du désordre à nos ennemis.
-- Bien! monsieur le duc, dit Broussel de son lit; voilà qui est
parlé en bon Français. -- Oui, messieurs les Parisiens, dit le
prince de Conti allant à son tour à la fenêtre pour avoir sa part
des applaudissements; oui, M. Broussel vous en prie. D'ailleurs il
a besoin de repos, et le bruit pourrait l'incommoder.
-- Vive M. le prince de Conti! cria la foule. Le prince salua.
Tous trois prirent alors congé du conseiller, et la foule qu'ils
avaient renvoyée au nom de Broussel leur fit escorte. Ils étaient
sur les quais que Broussel de son lit saluait encore.
La vieille servante, stupéfaite, regardait son maître avec
admiration. Le conseiller avait grandi d'un pied à ses yeux.
-- Voilà ce que c'est que de servir son pays selon sa conscience,
dit Broussel avec satisfaction.
Les médecins sortirent après une heure de délibération et
ordonnèrent de bassiner les contusions avec de l'eau et du sel.
Ce fut toute la journée une procession de carrosses. Toute la
Fronde se fit inscrire chez Broussel.
-- Quel beau triomphe, mon père! dit le jeune homme, qui, ne
comprenant pas le véritable motif qui poussait tous ces gens-là
chez son père, prenait au sérieux cette démonstration des grands,
des princes et de leurs amis. -- Hélas! mon cher Jacques, dit
Broussel, j'ai bien peur de payer ce triomphe-là un peu cher, et
je m'abuse fort, ou M. Mazarin, à cette heure, est en train de me
faire la carte des chagrins que je lui cause.
Friquet rentra à minuit, il n'avait pas pu trouver de médecin.