I
_Message du Président des États-Unis, Jackson._
Depuis la dernière session du Congrès, la validité de nos réclamations
contre la France, telles qu'elles ont été liquidées par le traité de
1831, a été reconnue par les deux branches de sa législature, et
l'argent a été voté pour les acquitter, mais je regrette d'avoir à vous
faire connaître que le paiement n'a pas encore eu lieu.
Une courte récapitulation des incidents les plus importants de cette
controverse prolongée montrera combien les motifs par lesquels on
cherche à justifier cette marche sont absolument insoutenables.
Lorsque j'entrai en fonctions, je trouvai les États-Unis s'adressant en
vain à la justice de la France, pour qu'il fût satisfait à des
réclamations dont la validité n'a jamais été douteuse, et a maintenant
été admise par la France elle-même de la manière la plus solennelle.
L'ancienneté de ces réclamations, leur haute justice, et les
circonstances aggravantes qui leur ont donné naissance, sont trop
connues du peuple américain, pour qu'il soit nécessaire de les décrire.
Il suffit de dire que, pendant une période de dix années et plus, notre
commerce a été, à de courtes interruptions près, l'objet d'agressions
constantes de la part de la France, agressions dont les formes
ordinaires étaient la condamnation de navires et de cargaisons, en vertu
de décrets arbitraires adoptés en contravention, tant au droit des gens
qu'aux stipulations des traités, l'incendie en pleine mer, les saisies
et les confiscations, en vertu de rescrits impériaux particuliers, dans
les ports d'autres nations occupés par les armées françaises ou sous le
contrôle de la France.
Tel est, et ceci est maintenant concédé, le caractère des griefs que
nous avons soufferts; griefs, en beaucoup de cas, tellement flagrants,
que même leurs auteurs n'ont jamais dénié notre droit à des réparations.
On peut se former quelque idée de l'étendue de ces pertes par ce fait
que, avec l'incendie en mer, les propriétés américaines ainsi saisies et
sacrifiées dans des ventes forcées, ont produit au Trésor français, sans
compter ce qui a été adjugé à des corsaires, avant ou sans condamnation,
près de vingt-quatre millions de francs, en outre de droits de douane
considérables.
L'affaire avait déjà été, pendant vingt ans, l'objet de négociations non
interrompues, excepté pendant la courte période où la France était
accablée par la puissance militaire de l'Europe unie. Pendant cette
période, alors que d'autres nations extorquaient d'elle le paiement de
leurs réclamations à la pointe de leurs baïonnettes, les États-Unis
suspendirent leur demande par égard pour l'état d'oppression d'un
vaillant peuple envers lequel ils se sentaient obligés, pour
l'assistance fraternelle qu'ils en avaient reçue dans leurs propres
jours de souffrances et de périls. Les fâcheux effets de ces discussions
prolongées et sans résultat, tant par rapport à nos relations avec la
France que par rapport à notre caractère national, étaient évidents, et
la ligne de mon devoir ne l'était pas moins à mon esprit. Il consistait,
soit à insister sur le règlement de nos réclamations, dans un délai
raisonnable, soit à les abandonner tout à fait. Je ne pouvais douter que
cette marche était la plus conforme aux intérêts et à l'honneur des deux
pays.
Des instructions furent données, en conséquence, dans cet esprit, au
Ministre qui fut envoyé encore une fois demander des réparations. Lors
de la réunion du Congrès, le 10 octobre 1829, je jugeai de mon devoir de
parler de ces réclamations et des délais de la France, en termes propres
à appeler l'attention sérieuse des deux pays sur l'affaire. Le Ministère
français d'alors s'offensa du Message, par le motif qu'il contenait une
menace, sous laquelle il n'était pas agréable au gouvernement français
de négocier. Le Ministère américain réfuta l'interprétation que l'on
avait cherché à donner au Message, et rappela au souvenir du Ministère
français que le Message du Président était une communication adressée,
non à des gouvernements étrangers, mais au Congrès des États-Unis, et
dans laquelle il lui était enjoint, par la Constitution, de fournir à ce
corps des informations sur l'état de l'Union, comprenant ses relations
étrangères aussi bien que ses relations domestiques, et que si, dans
l'accomplissement de ce devoir, il se croyait obligé d'appeler
l'attention du Congrès sur les conséquences qui pourraient résulter des
difficultés existantes avec un gouvernement étranger, on pouvait,
équitablement, supposer qu'il le faisait par suite du sentiment de ce
qu'on devait attendre de lui, dans une communication franche avec une
autre branche de son gouvernement, et non par l'intention de menacer une
Puissance étrangère. Le gouvernement français fut satisfait, et la
négociation fut continuée. Elle se termina par le traité du 4 juillet
1831, qui reconnut, en partie, la justice de nos réclamations, et en
promit le paiement, jusqu'à concurrence de vingt-cinq millions de
francs, en six termes annuels. Les ratifications du traité furent
échangées à Washington, le 2 février 1832, et cinq jours après, il fut
présenté au Congrès, qui passa immédiatement les actes nécessaires pour
assurer à la France les avantages commerciaux qui lui étaient concédés
par l'arrangement. Le traité avait été préalablement ratifié d'une
manière solennelle par le Roi des Français, en termes qui, certainement,
ne sont pas une simple affaire de forme: «Nous, ayant pour agréable la
susdite convention, en toutes et chacune des dispositions qui y sont
contenues, déclarons, tant pour nous que pour nos héritiers et
successeurs, qu'elle est acceptée, approuvée, ratifiée et confirmée, et
par ces présentes, signées de notre main, nous l'acceptons, approuvons,
ratifions et confirmons, promettant, en foi et parole de Roi, de
l'observer et de la faire observer inviolablement, sans jamais y
contrevenir, et permettre qu'il y soit contrevenu, directement ni
indirectement, pour quelque cause ou quelque prétexte que ce soit.»
L'avis officiel de l'échange des ratifications aux États-Unis est
parvenu à Paris pendant que les Chambres étaient en session. Les délais
extraordinaires, et préjudiciables pour nous, apportés par le
gouvernement français, à agir pour assurer l'exécution du traité, ont
été précédemment exposés au Congrès; il suffit de faire observer qu'on
laissa passer la session alors ouverte, sans même faire un effort pour
obtenir les fonds nécessaires; qu'on laissa également passer les deux
sessions suivantes, sans rien faire qui ressemblât à une tentative
sérieuse pour obtenir une décision sur l'affaire, et que ce ne fut pas
avant la quatrième session, près de quatre ans après la conclusion du
traité, et plus de deux après l'échange des ratifications, que la loi
relative à l'exécution du traité, fut poursuivie jusqu'à un vote et
rejetée.
En attendant, le gouvernement des États-Unis, ayant la pleine confiance
qu'un traité conclu serait exécuté de bonne foi, et ne doutant pas que
des mesures seraient prises pour le paiement du premier terme, qui
devait échoir le 2 février 1833, négocia une traite pour le montant, par
l'intermédiaire de la Banque des États-Unis. Lorsque cette traite fut
présentée par le porteur, le gouvernement français la laissa protester.
Outre le dommage de non-paiement, les États-Unis furent exposés à une
forte réclamation de la part de la Banque, sous prétexte de
dommages-intérêts, en paiement desquels cette institution saisit, et
retient encore, un montant égal des deniers de l'État.
Le Congrès était en session lorsque la décision des Chambres parvint à
Washington, et une communication immédiate de cette décision de la
France était la marche que l'on devait naturellement attendre du
Président. Le mécontentement profond manifesté par l'opinion publique et
l'excitation analogue produite dans le Congrès rendaient plus que
probable qu'un recours à des mesures immédiates de redressement serait
la conséquence d'un appel fait, à ce sujet, à l'attention du Congrès.
Désirant sincèrement conserver les relations pacifiques qui avaient si
longtemps existé entre les deux pays, je voulais éviter cette démarche,
si je pouvais être convaincu qu'en agissant ainsi, ni l'intérêt, ni
l'honneur de mon pays ne seraient compromis. Sans les assurances les
plus complètes sur ce point, je ne pouvais point espérer de me décharger
de la responsabilité que j'encourais en laissant le Congrès s'ajourner
sans lui rendre compte de l'affaire. Ce caractère semblait appartenir
aux assurances qui me furent données.
Le gouvernement français avait prévu que les sentiments produits aux
États-Unis, par la nouvelle du rejet du crédit, seraient tels que je les
ai décrits, et de promptes mesures avaient été prises par lui pour
prévenir les conséquences. Le Roi, en personne, exprima, par
l'intermédiaire de notre Ministre à Paris, son profond regret de la
décision des Chambres, et promit d'envoyer sur-le-champ un bâtiment de
guerre avec des dépêches pour son Ministre ici, à l'effet de l'autoriser
à donner des assurances propres à convaincre le gouvernement et le
peuple des États-Unis que le traité serait néanmoins fidèlement exécuté
par la France. Le bâtiment de guerre arriva, et le Ministre reçut ses
instructions. Prétendant agir en vertu de l'autorisation qu'elles lui
conféraient, il donna les assurances les plus solennelles qu'aussitôt
après les nouvelles élections, et le plus promptement que la Chambre le
permettrait, les Chambres françaises seraient convoquées, et que la
tentative, à l'effet d'obtenir le crédit nécessaire, serait renouvelée;
que tous les pouvoirs constitutionnels du Roi et de ses Ministres
seraient mis en action pour obtenir cet objet; on comprit qu'il
contractait l'engagement, et ce gouvernement l'en informa expressément,
que la question serait poussée à une décision, à une époque suffisamment
rapprochée pour que l'avis du résultat pût être communiqué au Congrès au
commencement de la session.
Me reposant sur ces assurances, j'encourus la responsabilité de laisser
le Congrès se séparer sans lui faire aucune communication sur l'affaire.
L'attente, justement fondée sur les promesses ainsi solennellement
faites, ne fut point réalisée. Les Chambres françaises se rassemblèrent
le 31 juillet 1834, et quoique notre Ministre à Paris pressât les
Ministres français de porter l'affaire devant elles, ils s'y refusèrent.
Il insista ensuite pour que les Chambres, si elles étaient prorogées
sans avoir pris de décision sur l'affaire, fussent convoquées de
nouveau, à une époque assez rapprochée pour que leur vote pût être connu
à Washington avant la réunion du Congrès. Cette demande raisonnable fut
non seulement refusée, mais les Chambres furent prorogées au 29
décembre, jour tellement éloigné que leur décision ne pouvait, selon
toutes probabilités, être obtenue à temps pour parvenir à Washington
avant l'ajournement forcé du Congrès, aux termes de la Constitution. Les
raisons données par le Ministère pour refuser de convoquer les Chambres
à une époque plus rapprochée, furent, plus tard, démontrées n'avoir pas
été insurmontables, par la convocation effective des Chambres au 1er
décembre, en vertu de l'appel spécial dans l'intérêt d'affaires
domestiques, ce qui, cependant, ne parvint à la connaissance de ce
gouvernement qu'après la dernière session du Congrès. Ainsi trompés dans
notre juste attente, mon devoir impératif m'obligea à consulter le
Congrès sur la convenance d'un recours à des mesures de rétorsion, dans
le cas où les stipulations du traité ne seraient pas promptement
exécutées. A cet effet, une communication devint indispensable. Avoir
reculé, en la faisant, devant l'exposé de tout ce qui était nécessaire
pour la comprendre exactement, et de ce qui était conforme à la vérité
par crainte de donner offense à d'autres, eût été indigne de nous. Avoir
été, d'un autre côté, un pas au delà, dans le but de blesser la fierté
d'un gouvernement et d'un peuple avec lesquels nous avions tant de
motifs de cultiver des relations amicales, et d'un avantage réciproque,
eût été imprudent et inconvenant.
Averti, par le passé, de la difficulté de faire même le plus simple
exposé de nos griefs, sans affecter la sensibilité de ceux qui étaient,
par leur position, devenus responsables de leur redressement, je fis ce
que je pus pour rendre impossible toute interprétation du Message, par
laquelle la recommandation, faite au Congrès, pût être considérée comme
une menace pour la France, en désavouant un tel dessein, et en
déclarant, encore, que sa fierté et sa puissance étaient trop bien
connues pour rien attendre d'elle par la crainte. Le Message ne parvint
à Paris que plus d'un mois après la réunion des Chambres, et telle était
l'insensibilité du Ministère à l'égard de nos légitimes réclamations,
que notre Ministre avait été informé que l'affaire, lorsqu'elle serait
présentée, ne serait point poursuivie comme mesure de Cabinet.
Bien que le Message n'eut pas été communiqué officiellement au
gouvernement, et nonobstant les déclarations contraires qui y étaient
énoncées, les Ministres français résolurent de considérer la proposition
conditionnelle de représailles comme une menace et une insulte que
l'honneur national leur faisait un devoir de repousser.
Les mesures auxquelles ils eurent recours, pour montrer combien ils
avaient ressenti cette prétendue offense, furent le rappel immédiat de
leur Ministre à Washington, l'offre de ses passeports au Ministre
américain à Paris, et la déclaration, aux Chambres législatives, de la
suspension de tous rapports diplomatiques avec le gouvernement des
États-Unis.
Après avoir, de cette manière, vengé la dignité de la France, ils
s'occupèrent de faire ressortir sa justice. Dans ce but, un projet de
loi fut immédiatement présenté à la Chambre des Députés, pour demander
les fonds nécessaires à l'exécution du traité. Comme ce projet est
devenu plus tard une loi dont les dispositions forment aujourd'hui le
sujet principal des discussions qui subsistent entre les deux nations,
je dois retracer l'histoire de cette loi.
Le Ministre des Finances, dans son exposé des motifs, fait allusion aux
mesures qui avaient été prises pour repousser l'offense prétendue, et il
représente l'exécution du traité comme réclamée par l'honneur et la
justice de la France. En sa qualité d'organe du Ministère, il déclare
que le Message, aussi longtemps qu'il n'avait pas reçu la sanction du
Congrès, n'était que la simple expression des opinions personnelles du
Président, et, d'un autre côté, il déclare que l'on avait pris des
engagements à l'exécution desquels l'honneur de la France était engagé.
Conformément à cette manière de voir, la seule condition à laquelle le
Ministère français proposait de soumettre le paiement de l'argent, était
de différer ce paiement, jusqu'à ce qu'on eût acquis la certitude que le
gouvernement des États-Unis n'avait rien fait qui pût nuire aux intérêts
de la France, ou, en d'autres termes, que le Congrès n'avait autorisé
aucune mesure hostile envers la France.
Le Cabinet français ignorait, à cette époque, quelles pourraient être
les dispositions ou les décisions du Congrès; mais le 14 janvier, le
Sénat décida qu'il n'y aurait lieu à adopter, pour le moment, aucune
mesure législative, par rapport à l'état des affaires entre les
États-Unis et la France, et aucune décision à ce sujet n'était
intervenue dans la Chambre des Représentants. Ces faits étaient connus à
Paris avant le 28 mars 1835, au moment où la Commission à laquelle le
_Bill d'indemnité_ avait été soumis, présenta son rapport à la Chambre
des Députés. Cette Commission reproduisit les opinions du Ministre,
déclara que le Congrès avait écarté les propositions du Président, et
proposa l'adoption du projet de loi, sans autre restriction que celle
originairement proposée. Le Ministère français et les Chambres savaient
donc que si la position qu'ils avaient prise, et qui avait été si
fréquemment annoncée comme la seule compatible avec l'honneur de la
France, était maintenue, et si la loi était adoptée telle qu'elle avait
été originairement proposée, l'argent serait payé, et cette malheureuse
discussion serait terminée. Mais cette flatteuse espérance fut bientôt
détruite par un amendement, introduit dans la loi au moment de son
adoption, et portant que l'argent ne serait pas payé jusqu'à ce que le
gouvernement ait reçu des explications satisfaisantes sur le Message du
Président du 2 décembre 1834; et, ce qui est encore plus extraordinaire,
le Président du Conseil des Ministres[159] adopta cet amendement, et
consentit à son insertion dans la loi. Quant à la prétendue insulte dont
ils s'étaient prévalu pour rappeler leur Ministre, et pour offrir des
passeports au nôtre, ils proposèrent alors, pour la première fois, de
demander des explications. Des propositions et des opinions qu'ils
avaient déclaré ne pouvoir être, avec fondement, imputées au
gouvernement ou au peuple américain, sont mises en avant comme des
obstacles à l'accomplissement d'un acte rendant justice à ce
gouvernement et à ce peuple. Ils avaient déclaré que l'honneur de la
France exigeait l'exécution d'un engagement pris par le Roi, à moins que
le Congrès n'adoptât les propositions du Message. Ils avaient la
certitude que le Congrès ne les avait pas adoptées, et néanmoins
l'exécution est refusée, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu du Président des
explications sur une opinion caractérisée par eux-mêmes comme
personnelle et sans effet. La supposition que j'avais l'intention de
menacer ou d'insulter le gouvernement français est aussi peu fondée,
qu'une tentative pour extorquer des craintes de cette nation ce que ses
sentiments de justice devaient lui faire refuser, eût été vaine et
ridicule. Mais la Constitution des États-Unis impose au Président le
devoir d'exposer au Congrès la situation du pays, et le peuple américain
ne saurait admettre l'intervention d'un gouvernement quelconque du
globe, dans le libre accomplissement des devoirs domestiques que la
Constitution a imposés à ses fonctionnaires publics. Les discussions qui
interviennent entre les diverses branches de notre gouvernement nous
regardent seuls, et pour toutes les paroles qu'ils prononcent, nos
mandataires ne sont responsables qu'envers leurs propres constituants,
ou les uns envers les autres. Si, dans le cours de leurs discussions,
des faits sont inexactement rapportés, ou que l'on en ait tiré
d'injustes déductions, ils n'ont besoin pour les corriger, lorsqu'ils
reconnaissent leurs erreurs, que de leur amour de la justice, et du
sentiment de ce qu'ils doivent à leur caractère, mais ils ne peuvent
jamais se soumettre à être interrogés à ce sujet, comme une chose de
droit, par une Puissance étrangère. Quand ces discussions se terminent
par des actes, alors commence notre responsabilité envers les Puissances
étrangères, mais elle n'est plus individuelle, elle devient nationale.
Le principe sur lequel on se fonde pour demander des explications sur
les termes de mon Message, justifierait également la prétention
qu'élèverait une Puissance étrangère, à demander des explications sur
les termes employés dans le rapport d'une commission, ou dans le
discours d'un membre du Congrès.
[159] Alors le duc de Broglie.
Ce n'est pas la première fois que le gouvernement français a pris
offense des Messages des Présidents américains. Le Président Washington
et le Président Adams, dans l'accomplissement de leurs devoirs envers le
peuple américain, ont encouru l'animadversion du Directoire français. Le
grief élevé par le Ministère de Charles X, et écarté par les
explications données par notre Ministre à Paris, a déjà été mentionné,
lorsqu'on eut appris que le Ministère du Roi actuel prenait offense de
mon Message de l'année dernière, en lui donnant une interprétation que
ses termes mêmes désavouaient; notre dernier Ministre à Paris, en
réponse à la dernière note qui témoigna du mécontentement au sujet du
langage dont on s'était servi dans le Message, adressa au gouvernement
français, sous la date du 28 janvier 1835, une communication de nature à
écarter toutes les impressions qu'avait pu produire une injuste
susceptibilité. Il réitéra et rappela à l'attention du gouvernement
français, le désaveu, contenu dans le Message même, de toute intention
d'intimider par la menace. Il déclara, en toute vérité, que le Message
ne contenait, ni de fait ni d'intention, aucune accusation de mauvaise
foi contre le Roi des Français, et établit une distinction très juste
entre le droit de se plaindre, en termes très mesurés, de la
non-exécution d'une convention, et une imputation de mauvais motifs, en
suspendant cette exécution; enfin, il démontra que l'exercice nécessaire
de ce droit ne devait pas être envisagé comme une imputation offensante.
Quoique cette communication ait été faite par notre Ministre, sans
instructions, et entièrement sous sa propre responsabilité, elle est
devenue, depuis, un acte de ce gouvernement par ma complète approbation,
et cette approbation a été notifiée officiellement au gouvernement
français, le 25 avril 1835. Cependant, elle a manqué son effet. La loi a
passé, avec le fâcheux amendement soutenu par les Ministres du Roi, et
elle a été définitivement approuvée par le Roi.
Le peuple des États-Unis est justement attaché à un système pacifique
dans ses relations avec les nations étrangères; il est donc convenable
qu'il sache si son gouvernement y a été fidèle. Dans la circonstance
actuelle, il a été poussé jusqu'aux dernières limites compatibles avec
un juste respect de soi-même. La note du 28 janvier n'est pas la seule
que notre Ministre ait pris sous sa responsabilité de présenter, sur le
même sujet et dans le même esprit. Trouvant qu'on avait l'intention de
rendre le paiement d'une juste dette dépendant de l'accomplissement
d'une condition qu'il savait ne pouvoir jamais être exécutée, il jugea
de son devoir de faire une nouvelle tentative, pour convaincre le
gouvernement français que, si le respect de nous-mêmes et nos égards
pour la dignité des autres nations nous empêcheraient toujours de nous
servir d'un langage qui pourrait offenser, cependant nous ne
reconnaîtrions jamais à un gouvernement étranger le droit de demander
des explications sur les communications faites par une branche de nos
conseils publics à l'autre; et, pour prévenir tout malentendu, il
rappela les termes employés dans une note précédente, ajoutant que, par
conséquent, toute explication qui pourrait raisonnablement être demandée
ou honorablement donnée, avait déjà été fournie, et était non seulement
inutile, mais pourrait même être jugée offensante, et ne serait
certainement pas accomplie, si elle était annexée à la loi comme
condition.
Lorsque cette dernière communication, sur laquelle j'appelle
spécialement l'attention du Congrès, me fut soumise, je conçus l'espoir
que le moyen qu'elle avait évidemment pour objet d'arriver à un
règlement prompt et honorable des difficultés existant entre les deux
nations, aurait été accepté, et je n'hésitai donc pas à lui donner ma
sanction et mon entière approbation. Je devais cela au Ministre qui
s'était rendu responsable de l'acte; le peuple des États-Unis en a été
publiquement informé, et j'en fais part, en ce moment, à ses
représentants, pour montrer jusqu'où le pouvoir exécutif a porté ses
efforts pour rétablir la bonne intelligence entre les deux pays. Mon
approbation aurait été communiquée au gouvernement français, si elle eût
été officiellement réclamée.
Le gouvernement français ayant reçu toutes les explications que
l'honneur et les principes permettaient, on espérait qu'il n'hésiterait
pas plus longtemps à payer les termes échus. L'agent autorisé à recevoir
l'argent fut invité à informer le gouvernement français qu'il était prêt
à le toucher. En réponse à cet avis, il fut prévenu que l'argent ne
pouvait alors être payé, parce que les formalités requises par l'acte
des Chambres n'avaient point été accomplies.
N'ayant reçu aucune communication officielle sur les intentions du
gouvernement français, et désireux de conduire cette désagréable affaire
à un terme avant la réunion du Congrès, j'ai fait donner à notre chargé
d'affaires à Paris l'instruction de s'enquérir de la détermination
finale du gouvernement français, et, dans le cas où il refuserait les
termes échus, de revenir sans autres explications aux États-Unis.
Le résultat de cette dernière démarche ne nous est pas encore parvenu,
mais nous l'attendons journellement. Je désire sincèrement qu'il soit
favorable. Lorsque ses différents pouvoirs ont reconnu la justice de nos
droits, les obligations que leur impose le traité de 1831, et lorsqu'il
n'existe réellement aucune cause qui puisse motiver de nouveaux délais,
la France adoptera enfin, on doit l'espérer, la marche que les intérêts
des deux nations n'exigent pas moins impérieusement que les principes de
la justice. Une fois le traité exécuté par la France, il restera peu de
causes de désaccord entre les deux pays, rien, au fond, qui ne puisse
céder aux conseils d'une politique pacifique et éclairée, et à
l'influence de cette bienveillance mutuelle et de ces généreux
souvenirs, qui, nous devons l'espérer, se ranimeront alors dans toute
leur force première. Dans tous les cas, cependant, la question de
principe soulevée par la nouvelle face qu'a prise la discussion est
d'une importance tellement vitale à l'action indépendante du
gouvernement, qu'elle ne peut être, de notre part, l'objet d'un abandon
ou d'une transaction, sans déshonneur pour la nation. Je n'ai pas besoin
de dire que ce ne sera jamais par mon organe que se fera un pareil
sacrifice. Je ne souillerai jamais l'honneur de mon pays, en m'excusant
d'avoir dit la vérité et d'avoir accompli mon devoir, et je ne puis
donner d'autres explications de mes actes officiels que celles que
commandent l'honneur et la justice. Cette détermination, j'en ai la
confiance, recevra l'approbation de mes constituants. Je connais bien
mal, en effet, leur caractère, si la somme de vingt-cinq millions de
francs balance un instant, à leurs yeux, une question qui se rattache à
leur indépendance nationale, et si, malheureusement, une impression
différente venait à prévaloir, ils se rallieront, j'en suis sûr, autour
du gouvernement de leur choix, avec empressement et unanimité, et feront
taire à jamais cette imputation dégradante.
Ayant ainsi franchement soumis au Congrès les circonstances qui, depuis
sa dernière session, sont survenues dans cette intéressante et
importante affaire, ainsi que les vues du pouvoir exécutif y relatives,
il ne me reste qu'à ajouter, que dès que les avis attendus de la part de
notre chargé d'affaires auront été reçus, ils deviendront l'objet d'une
communication spéciale.
(Nous reproduisons cette pièce d'après le _Journal des Débats_ du
1er janvier 1836.)