CHANSON DE FOU

Les rats du cimetière proche,

Midi sonnant,

Bourdonnent dans la cloche.

Ils ont mordu le cœur des morts

Et s'engraissent de ses remords.

Ils dévorent le ver qui mange tout

Et leur faim dure jusqu'au bout.

Ce sont des rats

Mangeant le monde

De haut en bas.

L'église?--elle était large et solennelle

Avec la foi des pauvres gens en elle,

Et la voici anéantie

Depuis qu'ils ont, les rats,

Mangé l'hostie.

Les blocs de granit se déchaussent

Les niches d'or comme des fosses

S'entr'ouvrent vides;

Toute la gloire évocatoire

Tombe des hauts piliers et des absides

A bas.

Les rats,

Ils ont rongé les auréoles bénévoles,

Les jointes mains

De la croyance aux lendemains,

Les tendresses mystiques

Au fond des yeux des extatiques

Et les lèvres de la prière

En baisers d'or sur les bouches de la misère;

Les rats,

Ils ont rongé des bourgs entiers

De haut en bas,

Comme un grenier.

Aussi

Que maintenant s'en aillent

Les tocsins fous ou les sonnailles

Criant pitié, criant merci,

Hurlant, par au delà des toits,

Jusqu'aux échos qui meuglent,

Nul plus n'entend et personne ne voit:

Puisqu'elle est l'âme des champs,

Pour bien longtemps,

Aveugle.

Et les seuls rats du cimetière proche,

A l'Angelus hoquetant et tintant,

Causent avec la cloche.

Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées · 第 24 / 53 题