Ce monument date de 1402.--La tour a été achevée en 1454

LA MAISON DU ROI (PLACE DE L'HOTEL DE VILLE)

_Ph. N D._

Cet édifice élevé par ordre de Charles-Quint était dénommé autrefois

_Broodhuys_ (Halle au pain)

Villes et Villages saccagés par les Vandales

DINANT, MALINES, TERMONDE, etc., etc.

On ne flétrira jamais assez énergiquement la destruction de tant de

monuments du passé, de tant de souvenirs d'art et d'histoire ordonnés,

généralement sans aucune nécessité militaire, par les chefs de l'armée

allemande partout où ils ont passé. Mais à côté de ce vandalisme

éclatant, il est des ruines qui paraîtront tout aussi douloureuses à

ceux qui aiment leur pays: ce sont les ruines de tant de villages, et de

tant de petites villes sans gloire mais charmantes.

Bien plus encore que la ville, c'est le village en effet qui donne à un

pays sa physionomie. Quelles que soient les différences que l'on

constate de région à région, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest de la

France, les villages, sauf dans les départements où la grande industrie

a brusquement modifié l'aspect du pays, ont partout une physionomie qui

s'apparente. Bourgs normands perdus dans les arbres, hameaux bretons

dont les maisonnettes de pierre grise sont tapies dans une anfractuosité

du roc, villages du Valois ou du Parisis, gracieux et champêtres comme

une bergerette du XVIIIe siècle ou un conte de Gérard de Nerval,

bourgades méridionales aux maisons blanches bien rangées autour du mail,

le forum de l'ancien municipe, villages lorrains serrés autour de leurs

clochers pointus comme pour mieux résister aux invasions, villages de

montagne encadrés dans la combe profonde, villages de la plaine fertile

où tout respire l'abondance et la paix, villages forestiers, villages

maritimes, tous les villages français racontent avec une discrète

éloquence l'histoire intime d'une vieille civilisation agricole et

policée, et d'un pays où depuis longtemps, l'homme des champs aussi est

un homme libre. Et partout ou presque partout, on y trouve dans la

disposition des plus humbles maisons, dans leur architecture, dans un

goût traditionnel pour les arbres, les fleurs et les pampres, la preuve

du goût instinctif d'une race née pour l'art.

A quelques nuances près, c'est une impression analogue qu'on éprouvait

dans les villages de Belgique. Tant en Flandre qu'en Wallonie, il y

avait, avant la guerre, dans ces belles provinces qui semblaient avoir

pour jamais oublié la guerre, quantité de bourgades si heureusement

disposées, si bien patinées par les siècles et si soigneusement

entretenues par les hommes qu'elles apparaissaient comme de véritables

œuvres d'art.

Elles apparaissaient! Il faut, hélas! pour des régions entières, parler

au passé, car presque partout où l'armée allemande passa, il y a

quelques mois, il ne reste plus que des ruines.

On peut vraiment suivre l'invasion à la trace sanglante et charbonneuse

qu'elle a laissée. Partout des massacres, partout des pillages et des

destructions, partout des incendies.

Elle entre en Belgique par Verviers et le plateau de Herve, haute plaine

agricole dont les gras pâturages sont renommés et où les grandes fermes

et les gros bourgs abondent. Verviers, ville ouverte, ne résiste pas: on

la respecte, on se contente de brûler une usine pour l'exemple; dans les

campagnes on fusille quelques otages, on détruit quelques fermes sous

divers prétextes, mais ce ne sont là que de menues gentillesses, sans

importance. A Visé, près de la frontière hollandaise où une division de

l'armée belge tente courageusement de disputer le passage de la Meuse,

les généraux de l'empereur allemand montreront mieux leur savoir-faire.

Visé prise sera plus qu'à moitié détruite. Mais c'est après la reddition

de Liége que la dévastation systématique commença. A la formidable

invasion qui se préparait, toutes les routes de la Belgique étaient

nécessaires; les routes classiques, la Meuse et la Sambre, les routes

plus difficiles des Ardennes; toutes ont presque également souffert du

passage de la horde dévastatrice...

La Vallée de la Meuse! Beaucoup de soldats y ont passé jadis. Henri II

après le sac de Thérouanne par Charles-Quint y entreprit une sorte

d'expédition punitive; les bandes du duc de Nevers n'y allèrent pas de

main morte et avant 1914 on disait dans les livres d'histoire que jamais

on n'avait fait la guerre d'une manière aussi cruelle qu'en ce XVIe

siècle sanglant et passionné. Mais les soldats du Roi de France, pas

plus que les reîtres de l'empereur ne se prétendaient les représentants

de la Culture et aucune conférence de La Haye n'était venue codifier les

lois de la guerre. Les armées de Louis XIV, celles de Guillaume

d'Orange, roi d'Angleterre, celles de la Révolution, qui, elles aussi

passèrent par ces belles vallées, ne firent la guerre qu'aux soldats, et

si quelques châteaux du pays furent brûlés par ces dernières, ce fut

avec la complicité des habitants que les haines sociales égaraient.

Mais ces souvenirs, au printemps dernier, appartenaient à l'histoire,

à une très lointaine histoire, et l'on ne pouvait rien imaginer de plus

paisible que ces rives de la Meuse, qui ressemblaient à un immense parc.

Sur les bords de l'eau, au pied des collines boisées, une quantité de

villas opulentes ou coquettes, s'élevaient dans les jardins et mariaient

heureusement leur rusticité artificielle et bourgeoise avec le charme

des vieux villages de pierre grise. C'était un pays de villégiature, un

pays de repos, de confort, d'opulence, où la prospérité belge s'étalait

avec une complaisance joyeuse. Les villes elles-mêmes avaient toutes un

aspect accueillant de villes d'eaux. Namur riait à l'étranger dans sa

ceinture de forts, et avait converti en parc sa vieille citadelle;

Dinant, qui s'allongeait voluptueusement au pied du rocher autour de sa

vieille église dont l'étrange et charmant clocher bulbeux accrochait le

regard, avait l'air d'une capitale d'opérette. Andenne, Huy, Hastières,

Yvoir, Freyr, Godinne, tous les villages, toutes les villettes de la

contrée avaient le même aspect de gaîté tranquille et saine, de gaîté

wallonne. Ce n'étaient pas précisément des villes d'art, des

villes-musées,--bien que, dans quelques-unes d'entre elles, à Huy, à

Dinant, à Hastières il y eût de fort belles églises, très anciennes et

très curieuses,--mais c'étaient cependant des œuvres d'art en ce sens

que, malgré les erreurs inévitables de la construction moderne, elles

portaient l'empreinte d'une tradition architecturale mosane, qui a

beaucoup de charme et d'originalité...

Illustrations:

ANVERS--FAÇADE D'UNE MAISON BOMBARDÉE, RUE DES TROIS-ROIS

_Ph. Express._

ANVERS--BERCHEM.--(QUARTIERS BURNTED)

_Ph. Express._

GAND--MAISON DES BATELIERS

_Ph. N D._

GAND--L'HOTEL DE VILLE

_Ph. N D._

Toutes, ou presque toutes, ont subi les stigmates de l'invasion. Namur,

qui fut défendue, Namur, qui fut bombardée et prise après un siège en

règle, a relativement peu souffert. Ce sont les villes ouvertes, les

villes où les Allemands sont entrés sans coup férir ou après des

batailles gagnées, qu'ils ont pillées et brûlées. A Dinant où les

Allemands, vaillamment attaqués par une avant-garde française avaient

d'abord subi un sanglant échec, sur quatorze cents maisons que

comptaient la ville et ses faubourgs deux cents à peine sont encore

debout. Près de l'église dont les débris calcinés sont éclaboussés d'une

boue sanglante, cent vingt hommes ont été mitraillés sous les yeux de

leurs femmes; à l'autre extrémité de la place, quatre-vingt-quatre

autres ont été fusillés. Pour qu'ils fussent atteints plus sûrement on

les avaient massés en carré contre un mur: les pelotons allemands

tiraient dans le tas. Suivant le rapport officiel belge, la liste des

victimes civiles de Dinant se monte à huit cents noms et là où s'élevait

une des plus jolies villes de la Meuse il ne reste plus que des ruines

désertes, un fantôme, un squelette de ville.

Andenne, moins pittoresque que Dinant, mais agréablement située sur le

bord de la Meuse entre Liége et Huy et qui n'en était pas moins une

accorte et charmante petite cité wallonne a eu à peu près le même sort.

Et ici le drame est encore plus inexplicable car les Allemands n'avaient

pas eu à se battre autour d'Andenne comme ils avaient eu à se battre

autour de Dinant. «Après deux jours d'une occupation plus ou moins

pacifique, raconte M. Pierre Nothomb dans son terrible livre: _Les

Barbares en Belgique_, le jeudi 20 août à 6 heures du soir, une vive

fusillade éclata de divers côtés à la fois et une douzaine de maisons

entre la Meuse et la gare se mirent à flamber. Les habitants réfugiés

dans leurs caves et qui avaient cru d'abord à une arrivée des alliés sur

la ville virent bientôt que la fusillade était dirigée contre eux. Ceux

qui allèrent à leur seuil pour voir ce qui se passait furent tués. Le

bourgmestre, M. Camus, remonté de sa cave pour fermer sa porte fut

blessé d'une balle égarée; son corps fut aussitôt criblé de vingt coups

de baïonnettes. De véritables feux de salve furent dirigés vers les

caves et les soupiraux.»

Trois cent vingt bourgeois furent ainsi assassinés, la plupart sous les

yeux de leur femme et de leurs enfants, et trois cents maisons furent

brûlées. L'officier qui présida à ce beau fait de guerre s'appelle

Schœnman. Mais le général von Bülow s'empressa d'en prendre la

responsabilité:

«C'est avec mon consentement, déclara ce noble homme de guerre, que le

général en chef a fait brûler toute la localité d'Andenne et que cent

personnes environ ont été fusillées». Il trouvait apparemment que son

subordonné avait un peu exagéré en en tuant plus de trois cents...

Huy fut moins cruellement traitée: on y a fusillé quelques otages, brûlé

et pillé quelques maisons, mais c'est peu de chose, relativement à ce

qui fut fait ailleurs.

Quant aux villages des rives de la Meuse ou des plateaux voisins, quant

aux villas et aux châteaux qui peuplaient les bois à flanc de coteau,

tous ont été pillés.

Mais certaines régions des Ardennes ont peut être souffert davantage.

L'offensive française s'y porta d'abord, et si nos troupes finalement

durent battre en retraite, ce ne fut qu'après de durs combats où les

Allemands perdirent beaucoup de monde.

C'est un pays de bois, de plateaux arides, coupé de vallées profondes,

un pays qui se prêterait merveilleusement à la guerre de partisans. On

sait que les Allemands en ont une peur affreuse: le franc-tireur est

leur cauchemar. Aussi, quand les Français qui avaient à défendre le pays

pied à pied, profitèrent de la disposition du sol pour tendre

d'heureuses embuscades, les attribuèrent-ils aux habitants. Ce fut le

prétexte d'affreuses représailles, massacres, fusillades, incendies,

bombardements qui n'étaient pas tout à fait, du reste, sans effets

militaires, car plus d'une fois nos troupes hésitèrent à défendre un

village ou une ferme sans absolue nécessité dans la certitude où elles

étaient que leur défense causerait la mort ou la ruine des habitants.

Longtemps, on n'a rien su de ce qui s'était passé dans ce malheureux

pays qui fut vraiment isolé du reste du monde. On sait aujourd'hui que

ses villages furent détruits par centaines, et ses habitants

littéralement décimés.

C'étaient aussi de beaux villages, moins riants, moins opulents que ceux

de la Meuse, mais d'un pittoresque délicieux: maisons de pierre grise

aux toits d'ardoise, clochers pointus, moulins à eau, heureusement

situés au bord des claires rivières.

Petits hameaux agrestes et paisibles suspendus au flanc d'une colline,

petites villes agricoles et forestières tassées aux carrefours des

grand'routes, Rossignol, Maissin, Neufchâteau, Etalle, Paliseul,

Herbeumont, Suxy, nous savons que vous aussi vous avez souffert durement

de la guerre; et quand nous pourrons à nouveau parcourir ces hauts

plateaux de l'Ardenne d'où l'on découvre d'immenses paysages pareils à

des fonds de tableaux gothiques, et ces profondes vallées, où tant de

fois, dans la paix des choses, nous avons cru qu'on pourrait oublier le

monde, nous retrouverons bien des ruines. Mais le pays que vos jolis

noms évoquent ne nous en sera que plus cher. Il n'aura rien perdu de son

charme qu'il doit à la nature même, à la configuration de son rude sol,

à la beauté de son ciel changeant plus qu'à l'effort des hommes, et

d'avoir souffert du passage des Barbares il ne nous paraîtra que plus

émouvant.

*

* *

En pays flamand, au contraire, les ravages sont irréparables. Là, la

guerre n'a pas seulement causé des ruines et semé des deuils, elle a

modifié tout l'aspect d'un pays. En quelques semaines, elle a détruit

l'effort patient de plusieurs siècles.

Illustrations:

F. WILLAERTS--RENTRÉE DU BÉGUINAGE--GAND (PEINTURE)

_Cl. Braun et Cie._ _Musée du Luxembourg._

FRANK BRANGWYN--VIEILLES MAISONS A GAND (EAU-FORTE)

_Ph. Vizzavona._

A. BOERTSOEN--LE DÉGEL (PEINTURE)

Aspect d'un vieux quartier de Gand sous la neige

_Cl. Braun et Cie._ _Musée du Luxembourg._

La Belgique héroïque et martyre · 第 8 / 26 题