ARRONDISSEMENT.

ROUTE, chemin.

ROUTIER, 1º. qui connaît les routes, expérimenté; 2º. livre de routes.

ROUTINE, habitude, connaissance acquise par la pratique seule; chemin

battu.

ROUTINIER, qui n'a que la routine.

DÉROUTER, faire perdre à quelqu'un la route, etc.

* * * * *

Cette racine me suggère d'ailleurs une réflexion qui vient à l'appui de

ma théorie de l'extension des sons naturels, dans la qualification des

êtres insonores. Nous avons vu se composer d'un son radical qui est le

signe du mouvement, et qui s'opère lui-même par le roulement de la

langue sur le palais, deux familles de mots distincts, dont l'une

appartient à une idée de mouvement, et l'autre à une idée de forme. Il

n'était pas difficile de reconnaître le point de contact de ces deux

familles, et nous avons compris que le signe des bruits qui résultent

d'un mouvement circulaire, avait dû devenir dans le langage,

l'indicateur des formes rondes. Mais si le rapport des mouvemens et des

formes semble d'abord assez naturel pour expliquer la ressemblance des

expressions qui les caractérisent, il est également vrai que la nature a

établi de frappantes harmonies entre ces deux premières sortes de

sensations et celles des couleurs. Le langage figuré nous en offre assez

de preuves. Nous avons dit, entr'autres exemples, de _sombres_

gémissemens, et des lueurs _éclatantes_. La première de ces tournures

présente une idée de bruit, spécifiée par une circonstance tirée de

l'ordre des couleurs, et la seconde, une idée de couleur déterminée par

une épithète qui appartient à l'idée du bruit. Le fameux aveugle-né

Saunderson, après avoir cherché long-temps à se faire un sentiment juste

des couleurs, finit par comparer la couleur rouge au son de la

trompette; et il y a peu d'années que l'intéressant sourd-muet Massieu,

interrogé sur l'opinion qu'il se formait des bruits, et celui de la

trompette en particulier, le compara sans hésiter à la couleur rouge.

S'il y a de l'harmonie entre ces effets, pourquoi ces effets

n'auraient-ils pas été exprimés par des sons de la même espèce?

Le mot _rouge_ et ses dérivés sont donc, selon moi, des Onomatopées

construites par extension du son radical du roulement. En vieux

français, _ro_ s'est dit pour _rouge_, et _roe_ pour _roue_. Toutes les

Langues fourniraient de pareils rapports.

M. Bernardin de Saint-Pierre a reconnu l'harmonie du mouvement

circulaire, de la forme ronde, et de la couleur rouge. Il se plaît même

à étayer ce rapprochement ingénieux des observations les plus agréables;

et s'il a négligé de prouver que les mots qui désignent chez la plupart

des peuples ce mouvement, cette forme et cette couleur, ont une racine

commune, c'est sans doute parce que cette espèce de démonstration

empruntée des froides études de la Grammaire, lui a paru trop sèche pour

une matière si élégante et si poétique.

[6] Le mot _fixer_ n'est point français dans le sens de regarder

fixement, d'attacher un regard _fixe_ sur une personne ou sur une chose;

mais c'est une de ces expressions que l'usage devrait avoir consacrées.

Ce verbe offre une des figures les plus énergiques, une des hyperboles

les plus éloquentes de la Langue; c'est non-seulement saisir l'objet sur

lequel nous portons la vue, c'est encore l'arrêter, le rendre immobile,

nous l'approprier, nous l'identifier par le seul effet de nos regards,

_habere in oculis_, disaient tout aussi hardiment les Latins.

Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Rivarol, madame de Genlis l'ont

fréquemment employé. M. de Châteaubriand, tout en le condamnant dans un

autre, l'avait laissé échapper deux fois dans la première édition du

_Génie du Christianisme_; et les termes qu'il y a substitués depuis,

sont bien loin de racheter le sacrifice que cet Ecrivain a cru devoir en

faire à la correction. Il lui appartenait, il appartient à quelques

hommes qui doivent à leurs talens le privilége de donner aux mots le

droit de cité, d'accueillir celui-ci dont rien ne nous offre

l'équivalent: je le recommande aux Lexicographes.

Il n'est guères possible, au reste, de parler de la formation des mots

dans les Langues premières, sans être obligé de s'arrêter un moment à ce

qu'on appelle la néologie ou création des mots nouveaux. Cette néologie

est une des choses dont on a parlé le plus diversement, et dont on peut

effectivement porter les jugemens les plus opposés. Elle est à la fois

le génie protecteur et le fléau des Langues; elle les enrichit et les

dénature. Par elle, tout se dégrade, tout se confond; et sans elle,

l'imagination asservie se traîne impatiemment dans ses lisières.

Il est certain que tous les mots ayant été formés pour exprimer la

pensée prise sous certain aspect, ou l'être pris dans certaine qualité,

et que rien n'étant plus mobile que les aspects de la pensée et plus

varié que les qualités de l'être, il n'y a pas un seul homme qui n'ait

souvent besoin, pour rendre sa sensation avec justesse, d'improviser une

expression qui la peigne. Otez cette ressource à l'esprit, et vous

détruisez tout ce qui reste de poésie dans vos Langues. Vous condamnez

Racine à parler le patois de Jodelle, et à quelqu'époque même que la

Langue soit prise, vous donnez d'injustes entraves à la pensée, car les

idées se succèdent sans cesse en variant leur ordre et leurs rapports.

Si j'ai vu ce qui n'a point été aperçu jusqu'à moi, si j'ai découvert

entre des choses connues un rapport frappant et cependant nouveau, ce

qui est le propre d'une organisation poétique, le tour et le mot dont

j'ai besoin n'ont pas pu être prévus. Il faut donc que j'imite l'homme

primitif dans ses essais, et que je crée un signe pour ma perception; ou

bien si vous me forcez à n'employer que des signes déjà convenus, il

faut que je délaye une idée forte et ingénieuse dans une périphrase

languissante.

D'un autre côté, la néologie sera d'un plus grand secours à ces

Ecrivains sans talens, qui, incapables de saisir des effets nouveaux,

parviennent cependant à faire croire au vulgaire qu'ils y ont réussi, en

revêtant d'un tour audacieux et d'une expression inusitée des idées

communes et souvent triviales et populaires. De là ces locutions

barbares, ces mots bizarrement composés, ces néologismes intolérables

qui frappent l'esprit sans l'instruire, et que la manie des nouveautés

perpétue quelquefois dans le langage qu'ils finissent par corrompre.

Il y a donc beaucoup de choses à observer dans l'admission des mots

nouveaux: qu'ils soient indispensables, que leur construction ne soit

point étrangère à l'esprit de la Langue, qu'elle rappelle distinctement

leur racine, que des Ecrivains estimés en aient fait usage.

Au reste, je regarderais un dictionnaire des mots à admettre dans la

Langue comme une entreprise peu philosophique et mal mesurée. Les mots,

interprètes de la pensée, doivent s'élancer avec elle, et c'est dans la

chaleur d'une conception rapide qu'un néologisme heureux se fait

pardonner. L'invention ne procède point par ordre alphabétique; mais ce

serait peut-être un livre assez curieux que celui qui réunirait les

expressions vives, caractéristiques et originales qui sont propres à un

seul Ecrivain, qui n'ont point été mises en oeuvre depuis lui, ou qui

l'ont été rarement, et qui ne se sont point conservées dans les

vocabulaires. On en tirerait beaucoup de ce genre des écrits de Cicéron,

de Sénèque, de Rabelais, de Montaigne, de Sterne, de Milton, de

Schiller, du Dante et d'Alfieri.

Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises · 第 33 / 38 题