A
* AARBRER. Se cabrer. Terme de Manége, qui se dit des chevaux qui se
dressent sur les pieds de derrière quand on leur tire trop la bride.
Ce mot, plus énergique que celui qui nous est resté, et dont la double
voyelle rend la construction plus imitative, est depuis long-temps hors
d'usage. On le trouve dans le vieux roman de Perceval.
ABOI, ABOIEMENT, ABOIER. En vieux langage, _Abai_.
C'est une des Onomatopées qui expriment le cri du chien. Quelques
Étymologistes dérivent ce mot de _ad baubare_, forme de _baubare_, que
les Latins ont dit, ainsi que _boare_. Ces mots eux-mêmes sont des
Onomatopées.
On peut présumer, au reste, que les Grecs de la colonie de Massilia
introduisirent dans les Gaules le mot _bauzein_, moins expressif
qu'_aboier_, mais dont celui-ci doit être fait.
Dans les Langues Canadiennes, un chien s'appelle _gagnenou_, autre
Onomatopée qui a beaucoup de rapport avec le _canis_ des Latins.
ABOIEMENT, est plus d'usage qu'_aboi_, qui ne s'emploie plus guère qu'au
figuré. Un de nos poètes dit cependant en parlant du chien:
De ton champêtre enclos, sentinelle assidue,
A toute heure, en tous sens, il parcourt l'étendue:
Quelquefois en silence, il rôde; et quelquefois
La forêt s'épouvante au bruit de ses _abois_.
ACHOPPEMENT. Ce mot qui était une Onomatopée faite du bruit d'un corps
qui en heurte un autre, ne s'emploie plus au sens propre. On ne s'en
sert même que dans cette façon proverbiale de parler: une pierre
d'_achoppement_, pour dire, Un obstacle inattendu.
CHOPPER, est presque tout-à-fait hors d'usage.
AFFRES. Il ne se dit guères qu'au pluriel. C'est un grand effroi, une
émotion extrême, causée par quelque terrible vision. L'Onomatopée
exprime le frémissement qu'excitent l'épouvante et l'horreur. On a donc
eu tort de dériver ce mot du latin _affari_ ou du grec _phren_ et
_afronos_, comme Voltaire, qui regrette d'ailleurs qu'on ne l'emploie
pas plus souvent.
Pourquoi ne dirait-on pas les _affres_ de la mort que l'Académie
autorise? Il n'y a rien qui puisse mieux représenter les frissons de
l'agonie. D'_affres_, on a fait
AFFREUX, qui se dit des objets qu'on ne peut voir sans éprouver un
sentiment de crainte ou d'aversion.
AGACEMENT, AGACER. Du son dont on se sert pour irriter ou _agacer_ les
animaux, ou bien du bruit que produit sous les dents un fruit acide, ou
un fruit qui n'est point à sa maturité, et dont l'effet est d'_agacer_
les dents.
On a dit assez hardiment, au style figuré, les _agaceries_ d'une
coquette, des regards, des propos _agaçans_, des manières _agaçantes_.
Ménage a très-bien dérivé ce mot du latin _acaciare_, qui a la même
racine. Il aurait pu remonter jusqu'au grec où elle se trouve également.
On disait _hegaçç_ en celtique.
AGOUTI. C'est un quadrupède des Antilles, qui a beaucoup de rapport avec
le lièvre. Son nom est formé d'après son cri qu'on exprime à-peu-près
par le mot _couy_. M. de Buffon compare ce cri au grognement du cochon.
Pison et Marcgrave disent qu'au Brésil on appelle cet animal _cotia_.
Souchu de Rennefort l'appelle _couti_, dont on a fait _acouti_ et
_agouti_.
Il est bon de remarquer en passant, sur ce mot, que la plupart des
animaux sont caractérisés par l'Onomatopée, et que l'énumération en
serait devenue fatigante si je ne m'en étais tenu aux indigênes et à
ceux qui sont tellement connus, que leur nom est devenu propre à la
Langue. Celui-ci est de cette dernière espèce.
AGRAFFE, AGRAFFER. L'_agraffe_ est une espèce de crochet qui sert
ordinairement à fixer ensemble les deux côtés d'une robe ou d'un
manteau. L'Onomatopée consiste dans l'imitation du bruit produit par le
déchirement de l'objet que les pointes de l'_agraffe_ saisissent.
Le père Labbe croit qu'_agraffer_ a été pris pour _agriffer_. Budée le
fait venir du grec _agra_, qui signifie l'action de saisir vivement, et
qui a la même racine naturelle. On peut la reconnaître encore dans le
verbe hébreu _garah_ ou _garaph_ que Saint Jérôme exprime par le mot
_arripere_, au cinquième chapitre des Juges.
RAFLER, mot ignoble de notre Langue, se rapporte à ceux-ci par le sens
et par le son. Les vieux Dictionnaires disent aussi _riffler_.
* RAFLE ou RAPHE, qui n'est plus français, est un mot ancien de la même
famille. Nicod rapporte ces paroles de Nicole Gilles en la vie de
Dagobert: «Notre Seigneur Jésus-Christ, afin qu'ils l'en voulsissent
croire, s'approcha du ladre, et lui passa la main par-dessus le visage,
et lui osta une _raphe_ de la maladie de lèpre qu'il avoit au visage, si
que la face lui demeura belle, claire et nette, et le restitua en santé.
Laquelle _raphe_ est encore gardée en un reliquaire en ladite église
Saint-Denys». Par lequel mot, ajoute Nicod, il semble vouloir dire une
poingnée, un plein poing. «Car on dit _rapher_ quand au jeu de dez qu'on
appelle la _raphe_, ayant gaigné, on prend hastivement ou bien plustost
rapidement la mise qui est sur le jeu. Ce qu'on dit aussi _raphler_ ou
_rafler_, et par métaphore, _rafler_ tout, quand on prend rapidement
tout ce qu'on trouve en un lieu».
Dans le vieux langage, _raphe_ signifiait encore la poignée, le manche
d'un outil, l'endroit par où on le saisissait.
AGRIPPER. Du bruit que produit le frottement des griffes ou des mains
contre les corps dont elles s'emparent. _Voyez_ GRIFFE et AGRAFFE.
GRAPPILLER, est peut-être un diminutif de ce verbe, et de là on aurait
fait
GRAPPE, un fruit sujet à être _grappillé_,
GRAPPILLEUR, celui qui _grappille_,
GRAPPILLON, ce que l'on rejette d'une _grappe_,
GRAPPE, instrument de Menuiserie qui présente plusieurs pointes propres
à saisir ou _agripper_ le bois,
GRAPPIN, instrument de fer dont on se sert pour accrocher un vaisseau,
soit pour l'aborder, soit pour y attacher un brûlot.
Je n'ai pas besoin de faire observer que presque tous ces mots sont du
style le plus bas.
GRAVIR, s'aider avec les ongles dans les anfractuosités d'un chemin
raboteux.
GRAVIER, le sable qui se détache sous les ongles d'un homme qui
_gravit_.
GRIMPER, _gravir_ difficilement une route roide et montueuse, me
paraissent autant d'Onomatopées qui se rapportent à la même racine, et
que je rassemble autour d'elle pour mettre ici autant d'ordre que la
méthode alphabétique en permet. Ce qui rend cette analogie plus
sensible, c'est que le peuple emploie bassement le mot _grappiller_ au
sens de _gravir_ dans un grand nombre de provinces, et que _gravir_
s'est même dit _grapir_ en français, selon Borel.
Nicod rapporte _grip_, qui se disait autrefois en style trivial pour
piraterie et rapine. Les Grecs avaient construit beaucoup de mots sur le
même son et d'après le même esprit; _gripos_, qui étoit un filet à
prendre du poisson; _gripeus_, le preneur de poissons; _grupès_, l'ancre
du navire, et le _grappin_ dont on saisissait un navire ennemi;
_grupaï_, les aires des vautours et des oiseaux carnassiers.
Nos vieux Écrivains ont employé plus communément encore _grippe_, qui
signifiait vol et filouterie.
Je sais bien tous les biais
Desquels on se sert pour la _grippe_,
dit Chevalier dans la _désolation des filous_. Cholières, tome II de ses
Contes, applique _gripperie_ au même usage.
La _grupée_, c'était le produit, le revenant bon de la _grippe_. On dit
dans la _comédie de la Passion_:
Pour mettre mignons en alaine,
Voici fine espice sucrée,
Et tel y laissera la laine
Qui n'en aura jà la _grupée_.
On a dit aussi _gruper_ pour, agraffer, et plus souvent pour _agripper_
ou saisir avec les griffes. «Qui sait, dit Rabelais, s'ils useroient de
qui pro quo, et en lieu de rominagrobis _grupperoient_ paovre Panurge?»
Les Bretons ont _krapa_, _krafa_, _gripper_, _grimper_, égratigner;
_kraf_, égratignure; _craban_, griffe; _crib_, peigne; _criba_, peigner;
_cribin_, peigne de fer; _crabb_, cancre, écrevisse, qui s'est conservé
dans le français. _Craff_ est le nom gallois du _grappin_, du harpon des
mariniers.
* AHALER. Pousser l'haleine au dehors. Quelques Écrivains ont dit
_adhaler_. Ce mot très-expressif a un autre sens qu'_exhaler_, et n'a
point d'équivalent en français. _Haleter_ donne l'idée d'une respiration
forte et pressée. C'est l'_anhelare_ des Latins qui avaient aussi
_halare_ et _halitus_.
Il semble que l'hiatus considérable qu'on remarque dans l'expression
proposée, lui donne quelque chose de pittoresque qui n'est pas dans
cette dernière Langue.
AHAN, AHANER. Ahan représente un grand effort qui ôte presque la faculté
de respirer. C'est l'expression du bucheron, des manoeuvres pour
reprendre leur souffle, et se donner la force nécessaire pour bien
porter leur coup. De là on a fait _ahaner_, travailler avec peine, avec
_ahan_, comme dans ces vers de Dubellay:
De votre doulce haleine
Esventez cette plaine,
Esventez ce séjour,
Cependant que j'_ahane_
A mon blé que je vanne
En la chaleur du jour.
_Ahaner_ un champ, s'est dit par extension pour, Cultiver une terre
difficile.
_Ahan_, est passé au style figuré pour exprimer de pénibles travaux
d'esprit, et l'agitation d'un homme qui a de la peine à se résoudre à
quelque chose.
On a fait venir ce mot du grec _ao_ et du latin _anhelare_. C'est
l'opinion de du Cange. Ménage en a cherché l'étymologie dans l'italien
_affanno_, peine, douleur. On aurait pu le retrouver tout entier dans le
dictionnaire des Caraïbes et dans beaucoup d'autres, puisqu'il est tiré
du dictionnaire de la Nature. C'est la plus évidente des Onomatopées.
Pasquier et Nicod ne s'y sont pas mépris.
Dans des lettres de rémission de l'an 1375, on trouve: «Après ce que
ledit Jehan fut deschaucié, entra ondit gué, et tant se y efforça pour
mettre hors laditte charrette, que il entra en fièvre en icelui gué,
pour le grant _ahan_ que il avoit eu».
On ne se sert plus de ce mot qui était très-familier à nos anciens
Écrivains. Rabelais, Montaigne, Amyot l'ont singulièrement affectionné.
Il est encore dans Costar. Jupiter, dit-il, en sua d'_ahan_.
AÏ. C'est le quadrupède, autrement nommé le _Paresseux_, qui est un des
_anthropomorphes_ de Linné.
Il articule les syllabes dont on a formé son nom avec des modulations si
justes, que cela a donné lieu à Clusius de dire très-ridiculement que
c'était le _Paresseux_ qui avait inventé la musique. Il aurait pu
d'ailleurs appuyer cette bizarre présomption d'une analogie curieuse de
la Langue grecque ou _aïo_ s'est dit quelquefois pour _cano_, et il faut
observer que ce mot est passé dans la Langue latine avec le sens de
_loquor_. Il n'appartenait qu'à ces peuples d'harmonieux langage
d'attacher la même expression aux idées de chant et de parole.
AME. Le principe de la vie dans l'homme et dans les animaux.
L'opinion qui range ce mot au nombre des Onomatopées, repose sur une
théorie bizarre et curieuse. La lettre labiale _M_ est une consonne qui
résulte, comme on le sait, de la jonction des lèvres, en sorte que la
bouche très-ouverte doit produire en se fermant le son composé _am_:
savoir, la voyelle par le moyen du souffle émis dans le moment où
l'organe est ouvert, et la consonne par le contact des deux parties de
la touche, dans le moment où l'organe se resserre. C'est ce qu'on
appelle rendre l'_ame_, car telle est la figure de l'expiration de
l'homme, et l'esprit de cette racine.
Au contraire, pour prononcer _M_ initiale suivie d'une voyelle, il faut
que les deux parties de la touche labiale agissent mutuellement l'une
sur l'autre, et se séparent pour l'émission du bruit vocal qui succède
au bruit consonnant. Ainsi se prononcera _ma_, qui est une racine dont
l'esprit est diamétralement opposé à celui de la précédente, puisqu'au
lieu d'exprimer le dernier acte physique de l'homme, elle exprime, par
la figure et par le son, le premier acte, et, en quelque sorte, la prise
de possession de la vie.
Cette racine _ma_ seroit donc la désignation nécessaire de l'existence
_matérielle_, comme cette racine _am_ de l'existence spirituelle. La
première appartiendra aux idées purement corporelles; la seconde aux
idées morales, à celles des principes _animans_, de l'_amour_, de
l'_amitié_, de toutes les affections.
En appuyant la racine _ma_ sur la touche dentale, ou en fera _mat_, qui
est le son typique du nom de la mort dans la plus grande partie des
Langues premières.
En la nazalant, on en fera _man_, qui est le signe presque universel du
nom de l'homme.
Je donne, au reste, ces hypothèses comme plus ingénieuses que probables,
et M. Court de Gébelin, qui les a suggérées, se livre trop souvent et
avec trop d'abandon à son imagination, pour être toujours un guide sûr.
Ce qu'il y a de certain, c'est que les différens noms de l'ame chez
presque tous les peuples, sont autant de modifications du souffle et
d'Onomatopées de la respiration, diversement modulées. Tels sont le
_Psyché_ des Grecs, le _Seele_ des Allemands, le _Soul_ des Anglais,
l'_ayre_ des Espagnols, l'_alma_ et le _fiato_ des Italiens. Il serait,
à la vérité, difficile d'en dire autant de l'_anima_ des Latins, dont le
mot _ame_ est une contraction évidente.
ANCHE. Partie d'un instrument à vent, faite de deux pièces de canne,
jointes de si près, qu'elles ne laissent qu'un espace très-resserré pour
le souffle; ce qui a fait penser à de savans Étymologistes que ce mot
venait du celtique _anc_, étroit, resserré, affilé. Il paraît plus
vraisemblable qu'il a été formé par Onomatopée; et ce qui me porte à le
croire, c'est que je trouve une Onomatopée grecque absolument semblable
à celle-ci, qui exprime l'idée que nous rendons par notre verbe
_suffoquer_. L'air étouffé dans l'étroit canal de l'_anche_, séparé de
l'instrument auquel elle appartient, imite très-bien le gémissement aigu
et forcé d'un homme qui suffoque. De là, la conformité de ces deux
Onomatopées.
ASTHME. L'_asthme_ est une infirmité qui consiste dans une grande
difficulté de respirer dans de certains temps. Cette Onomatopée imite le
bruit de la respiration brusquement interrompue. Elle nous vient
immédiatement, et sans changement, d'une Onomatopée grecque qui
représente la même chose.
B
BABIL, BABILLARD, BABILLER. _Babil_, abondance de paroles sur des choses
inutiles, manie importune de parler continuellement.
De la lettre _b_ qui résulte de la simple disjonction des lèvres, et qui
est la première que les enfans combinent avec les sons vocaux. Aussi
est-elle la première consonne de tous les alphabets.
Nicod dérive ce mot de _Babel_, à cause de la confusion des Langues qui
y eut lieu. Ménage le fait venir de _bambinare_, qui a été fait de
_bambino_, diminutif de _bambo_, transféré selon lui dans l'italien du
syriaque _babion_, qui signifie _enfant_. De la même racine, nous avons
créé
BABIOLE, une chose de peu de conséquence, une bagatelle qui ne peut
occuper que des enfans;
BABOUIN, BAMBIN, un petit enfant qui articule à peine; en gallois
_bach_, d'où vient le nom de _Bacchus_ qu'on représente ordinairement
comme un enfant gros et joufflu;
BAMBOCHE, un enfant grotesque et contrefait, une marionnette ridicule;
BAMBOCHADE, un genre de Peinture qui ne s'exerce que sur des formes
triviales, sur des marionnettes et des _bambins_.
Ménage aurait trouvé d'ailleurs une étymologie plus exacte et plus
naturelle encore dans le grec, où l'on dit _bao_, _babazo_, _babalo_ et
_bambaino_ pour _loquor_. Mais le fait est que tous ces mots et leur
immense famille sont composés d'après le son naturel.
_Baba_, _babe_, en arabe, signifient _bouche_, ouverture; _be_ a le même
sens en Langue celtique. Dans la même Langue, _enfant_ se dit _map_,
_vap_, _mab_, _vab_, et avec le diminutif, _babic_, _un petit enfant_.
On dit dans le latin _garrulitas_, _garrulus_, _garrire_, autres
Onomatopées; dans l'italien, _garrire_, _cicalare_, _ciarlare_ et
_ciachierare_; dans l'espagnol, _babillar_, _charlar_, _chicarrar_.
Amyot a dit _rebabiller_. «Si un _babillard_ escoute un peu, ce n'est
que comme un reflux de _babil_ qui prend haleine pour _rebabiller_ puis
après encore davantage».
Madame Pernelle dit dans le _Tartuffe_:
C'est véritablement la tour de Babylone,
Car chacun y _babille_ et tout du long de l'aune.
Voilà l'étymologie de Nicod consacrée par deux vers de Molière.
BÂILLEMENT, BÂILLER. De l'action d'ouvrir involontairement la bouche
dans le sommeil ou dans l'ennui.
Observez que la première syllabe de ce mot est longue, et qu'autrefois
on disait _baailler_ et _baaillement_, ce qui donnait plus d'expression
à l'Onomatopée.
En latin, _hiare_, _hiatus_; en italien, _sbadigliare_,
_sbadigliamento_.
BÉER, ou plutôt, BAYER, mot fait pour peindre une curiosité vaine et un
peu niaise, qui se manifeste par la même émission vocale et par la même
figuration de la bouche, appartiennent à la même racine. _Bayer aux
corneilles_, est une expression proverbiale assez en usage dans notre
langue. On lit dans un de nos plus anciens dictionnaires: _bayer_ à la
mamelle, _appetere mammam_. «C'est proprement ouvrir la bouche, mais
parce que quand plusieurs regardent par grande affection quelque chose,
ils ouvrent la bouche; de là est que _bayer_ signifie aucunes fois
autant que regarder».
BAH, est un mot factice ou artificiel qui échappe aux gens étonnés. De
là
BADAUD, homme simple et sans expérience, qui s'étonne de tout,
S'ÉBAHIR, ÊTRE ÉBAHI, termes attachés au même sens. S'il est vrai qu'ils
remontent à l'hébreu _Schebasch_, comme l'ont prétendu les
Etymologistes, c'est que celui-ci a été fait sur le son commun, et n'a
pas d'autre type naturel.
BARBOTER. Ce mot, dit Ménage, est formé du bruit que font les cannes
quand elles cherchent dans la boue de quoi manger, et on appelle de là
_barboteur_, un canard privé. _Barboter_ en cette signification semble
être une Onomatopée.
_Baret_. On emploie presqu'indistinctement _baret_, _barret_, ou
_barri_. C'est le cri de l'éléphant. On appelait autrefois l'éléphant
_barre_ aux Indes orientales. En latin, on l'appelle _barrus_, et son
cri _barritus_.
Nous avons perdu ce mot.
BEFFROI. Espèce de tocsin. «Quasi _bée effroi_, dit Nicod, car il est
expressément fait pour _béer_ et regarder, ou faire le guet en temps
soupçonneux, et pour sonner à l'_effroi_».
Il est à remarquer cependant qu'un instrument d'airain creux et sonore
s'appelait _bel_ en breton, et que de là peuvent venir l'anglais
_belfry_ et le français _beffroi_.
BÊLEMENT, BÊLER. On disait beaucoup mieux autrefois _béellement_,
_béeller_. Onomatopée du cri du mouton. Elle est parfaitement naturelle,
et Pasquier la préfère avec raison au _balare_ des Latins.
BÉGAYEMENT, BÉGAYER, ont été pris de la même racine, parce que le défaut
de prononciation que ces mots désignent consiste à répéter souvent le
même son avec des inflexions tremblantes, comme les animaux _bêlans_.
BELIER. Le nom de cet animal est certainement formé d'après son cri,
d'après son _bêlement_. Il est donc ridicule de l'avoir cherché dans
_vellus_ qui signifie _toison_; dans _bahal_, hebreu, qui est notre mot
_Seigneur_ ou _chef_, parce que le _belier_ est le maître du troupeau.
Le _belier_, colonel de la laineuse troupe,
dit Ronsard; et dans _Jobel_, autre terme de la même langue, qui était
un des noms de ce quadrupède.
_Belin_, est l'ancien nom du _belier_. On le dit encore en certains
lieux, des agneaux, et il s'est conservé long-tems au figuré où il
signifiait _doucereux_. C'est un nom d'amitié, que l'on donne aux
enfans, mon _belin_, ma _beline_; on a employé _beliner_, _faire le
doucereux_, dans quelques occasions, et Rabelais l'a étendu à des
acceptions très-variées. Il est absolument hors d'usage.
BEUGLEMENT, BEUGLER. Cri du taureau, du _boeuf_, de la vache, mugir
comme les taureaux.
Ménage dérive ce mot de _baculare_, _à bacula_; mais c'est une
Onomatopée qui est également dans le latin _boare_, d'où _bos_ a été
tiré.
BOEUF, est le nom d'un animal qui _beugle_.
BOA, est celui d'un serpent énorme dont le cri ressemble au _beuglement_
des taureaux.
MEUGLEMENT, MEUGLER, qui se prononcent sur la même touche avec une bien
légère modification, s'emploient indistinctement. On a même dit
_muglement_ en vieux langage, comme dans ce passage d'Amadis: «La
blanche biche qui en la forest craintive eslevoit ses _muglements_
contre le ciel, sera retirée et rappellée».
BIBERON. Homme qui aime à boire, qui boit avec excès.
Du bruit que fait le vin en coulant goutte à goutte. Le _bibax_ et
sur-tout le _bibulus_ des Latins, représentent bien cette expression.
Ces mots dérivaient de leur _bibere_, qui était aussi fort imitatif, et
dont nous avons dégradé la valeur en le contractant dans le mot _boire_.
Leur joli mot _bilbire_ était de la même famille.
En celtique, le mot _boire_ se rend par _ef_, _ev_, Onomatopées du bruit
que fait la bouche en aspirant un liquide. C'est de là que vient
probablement le verbe _avaler_.
C'est une idée d'une hardiesse bien plaisante et bien ridicule, que
celle de ce savant d'ailleurs estimable, qui explique le nom d'_Eve_ par
ce petit verbe de la Langue celtique, et qui se sert de ce rapprochement
pour prouver que cette Langue est la première que les hommes aient
parlée.
BIFFER. Effacer une écriture en passant la plume dessus.
Un habile Etymologiste regarde ce mot comme pris de _buffare_, souffler,
qui est une Onomatopée latine: ainsi, _biffer_ signifierait, détruire un
objet, et le faire disparaître, comme en soufflant dessus. Sans aller en
fixer si loin l'origine, on l'aurait trouvée dans le bruit que fait une
plume passée brusquement sur le papier. Cette conjecture est d'autant
plus vraisemblable, que le mot _biffer_ n'a point d'analogie de
consonnance avec les mots anciens qui ont été attachés à une idée de
même espèce, et peut passer pour une Onomatopée très moderne.
BOMBE. Ce mot dérive du bruit de la _bombe_ qui éclate.
Il était au moins inutile d'en chercher ailleurs l'étymologie, et de la
dériver, soit de _Lombardie_, parce qu'on croit qu'elle y a été
inventée, soit de _bomba_ dont quelques Auteurs ont usé pour parler de
certaines coquilles qui servaient de trompettes, ou de _bombus_ qui
exprime le bruit du même instrument, ou de l'allemand _bomber_ qui
signifiait _baliste_. Il est étonnant qu'on ne l'ait pas fait remonter
aussi aux belles Onomatopées italienne et espagnole, _rimbomba_ et
_zumbido_ avec lesquelles il a tout autant de rapport; mais le fait est
qu'on devait le chercher, aussi bien que ses différens analogues, dans
le son naturel qui les a tous produits.
BOND, BONDIR, BONDISSEMENT. L'Onomatopée est prise du retentissement de
la terre sous un corps dur qui la frappe, et se relève aussitôt.
Le mot _bondir_ revient au _subsilire_ des Latins qui est moins
imitatif.
BORBORIGME. On dit aussi _borborisme_. Bruit de l'air contenu dans les
intestins.
BOUC. La grande conformité des différens noms de cet animal dans presque
toutes les Langues, prouve qu'ils ont dû avoir une racine commune et
naturelle. C'est l'imitation de son cri. Les Grecs qui l'appelaient
communément _tragon_, l'ont aussi nommé _bekkos_. Ménage dit que
_buccus_ se trouve dans la loi salique, et _bouch_ dans le Celtique. En
Langue franque, c'est _buk_, en allemand, _bock_, en italien, _becco_.
BOUFFÉE, BOUFFI. «Ces mots, suivant Nicod, sont par raison d'Onomatopée,
et représentent tant le son du vent qui vient à _bouffées_, que de la
flamme _bouffant_, ainsi que de la bouche de l'homme quand il _bouffe_,
c'est-à-dire, souffle ou le feu, ou la poudre, ou autre chose».
OUF, est le son radical converti en interjection pour exprimer
l'émission de l'air, poussé par un homme essoufflé. Les Latins en
avaient fait _buffare_ ou _bouffare_, que nous avons fidèlement
transporté en notre langue dans le vieux verbe _bouffer_.
_Buffe_, se dit fort anciennement pour un soufflet, pour un coup sur les
joues, comme en ce passage de Marot:
Vien donc, déclare toy
Qui de _buffes_ renverses
Mes ennemis mordans,
Et qui leur moult les dents
En leurs gueules perverses.
Et observez que _buffe_ et soufflet ont été faits analogiquement, et
d'après le même principe, parce que la joue frappée paraît souffler ou
_bouffer_ sous la main qui la comprime.
On a employé _buffoi_ au figuré, pour orgueil et présomption; et en
perdant l'expression, nous avons conservé la métaphore. _Bouffi_ de
vanité, est une figure d'un usage très-commun.
BOUFFON, doit se rapporter à la même racine, suivant Ménage qui, d'après
Saumaise, le dérive du _bocca infiata_ des Italiens. Ils appellent
encore _buffo magro_, un maigre _bouffon_, le mauvais plaisant qui ne
les fait pas rire; soit, comme le dit Voltaire, qu'on veuille dans un
_bouffon_ un visage rond et une joue rebondie; soit que cette
_bouffissure_ des joues, qui est une des _bouffonneries_ les plus
triviales des plus grossiers saltinbanques, ait déterminé leur nom
générique. Il serait tout au moins difficile d'en donner une autre
explication.