OLIVIER PUJOL (Paris)

#PDG de la société Cytale et promoteur du Cybook, livre électronique

Conçu par la société Cytale, le Cybook est le premier livre électronique

européen à être mis sur le marché (date exacte de commercialisation: 23 janvier

2001). Il a les caractéristiques suivantes: 21 x 16 cm, 1 kg, un écran couleur

10 pouces, tactile, rétro-éclairé, à cristaux liquides (LCD), avec une

résolution de 600*800, quatre boutons de commande, une mémoire de 32 Mo

permettant de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, une

batterie lithium-ion d'une autonomie de 5 h, un modem 56 K intégré avec un

connecteur son, un port infrarouge, des extensions pour carte PCMCIA et port USB

permettant de brancher des périphériques, et enfin un prix: 867 euros. Il suffit

d'une prise téléphonique pour connecter le Cybook à l'internet et télécharger

des livres à partir de la librairie électronique située sur le site de Cytale,

qui a conclu des partenariats avec plusieurs éditeurs et sociétés de presse et

qui espère constituer rapidement un catalogue de plusieurs milliers de titres.

*Entretien du 2 décembre 2000

= Pouvez-vous vous présenter?

Olivier Pujol, PDG de Cytale, lecteur frénétique, et internaute. J'ai croisé il

y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le livre

électronique. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce

nouveau mode d'accès à l'écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture

numérique se développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque,

librairie nomade, livre "adaptable", et aussi moyen d'accès à tous les sites

littéraires (ou non), et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car

c'est également une fenêtre sur le web. Et ceci n'aurait pu exister sans

internet!

= Pouvez-vous décrire l'activité de Cytale?

Conception et commercialisation d'un livre électronique, conception,

développement et gestion d'un site internet de diffusion de livres numériques,

préparation et formatage de livres numériques.

= Pouvez-vous décrire son site web?

- Le premier site - "institutionnel" - a été créé en octobre 1999, à destination

des professionnels et des investisseurs.

- Le deuxième site (relookage du premier) a été créé en mai 2000, pour tester un

look différent.

- Le troisième site - "libraire" - est en cours de réalisation.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Développer la lecture numérique en France, Europe, et plus.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de

développement majeur. La société a pour vocation de développer une base de

contenu en provenance d'éditeurs, et de les diffuser vers des supports de

lecture sécurisés.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui.

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Les jours du papier ne sont pas comptés. Le support papier est parfaitement

adapté à certains usages: la lecture numérique sur ordinateur n'est pas

pratique, et ce pour de nombreuses raisons. Elle ne s'est d'ailleurs pas

développée du tout depuis dix ans.

Par ailleurs, le papier n'est pas seulement un support "obligé". C'est également

un matériau noble, agréable, avec des qualités propres (toucher, odeur,

flexibilité) qui font que son usage n'est en rien menacé (il s'impose même

parfois dans des secteurs inattendus comme la confection!).

Le livre électronique, permettant la lecture numérique, ne concurrence pas le

papier. C'est un complément de lecture, qui ouvre de nouvelles perspectives pour

la diffusion de l'écrit et des oeuvres mêlant le mot et d'autres médias (image,

son, image animée...).

Les projections montrent une stabilité de l'usage du papier pour la lecture,

mais une croissance de l'industrie de l'édition, tirée par la lecture numérique,

et le livre électronique (de la même façon que la musique numérique a permis aux

mélomanes d'accéder plus facilement à la musique, la lecture numérique supprime,

pour les jeunes générations commme pour les autres, beaucoup de freins à l'accès

à l'écrit).

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le

web?

Utiliser des balladeurs dédiés et sécurisés pour la musique, et des livres

électroniques sécurisés pour la lecture.

Les mesures de protection des droits développées pour l'ordinateur sont

systématiquement détournées un jour ou l'autre, et ce, universellement. Une

solution de piratage trouvée à un bout de la planète peut être instantanément

mise à la disposition de tous, et à portée d'un simple clic. Le PC connecté sur

internet aura beaucoup de mal à être sécurisé valablement dans un avenir proche.

Une autre solution serait d'imposer une "police planétaire du web", avec accès

égal à tous les pays, et à tous les ordinateurs personnels. C'est orwellien, et

un peu inquiétant, mais heureusement peu facile à mettre en place.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le

web?

Le concept même de répartition des langues est absurde. Par sa nature ouverte,

le web est déjà aujourd'hui le meilleur outil de propagation et donc de

préservation de langues qui, sans le web, pourraient être menacées d'extinction.

La seule solution pour qu'une langue accroisse sa présence sur le web est que

ses promoteurs aient vraiment envie de se bouger!

Il faut se souvenir que l'imprimerie avait été accusée de sonner le glas de

toutes les langues autres que le latin! La réalité a été que l'imprimerie, en

permettant à toutes les langues de se transmettre plus facilement, a provoqué la

mort du latin.

Une suggestion? Les moteurs de recherche multilingues et les traducteurs

automatiques.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux

aveugles et malvoyants?

Le développement des moteurs de type BrailleSurf associés à de la synthèse

vocale, et le respect par les concepteurs de sites de quelques règles

(documentation des images, ou association de commentaires textuels à certaines

applications telles que les animations flash). Dès que notre site atteindra un

niveau opérationnel suffisant, il sera entièrement adapté à cet effet (voir les

directives du gouvernement dans ce sens).

= Comment définissez-vous le cyberespace?

J'ai beaucoup de mal à le définir. C'est un fourre-tout qui englobe des machines

électroniques interconnectées et des sources d'informations.

= Et la société de l'information?

Une société où l'accès à l'information, l'information elle-même et la capacité à

bien utiliser l'information sont des biens plus précieux que les biens

matériels. Il faut noter que l'information a toujours été un avantage

professionnel considérable. Il fut un temps où un avantage concurrentiel pouvait

exister sur un territoire limité, et être protégé pour un temps long, par le

secret, ou l'ignorance des autres. Les voyages, la mondialisation des échanges,

la performance de la logistique ont énormément affaibli la notion de protection

"géographique" d'un avantage concurrentiel. La société de l'information est une

société où la protection de l'information est presque impossible, et où son

usage devient donc la valeur essentielle.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Pas de "meilleur souvenir". Découvrir instantanément une réponse à une question

qui m'aurait demandé des heures de recherche il y a quelques années est un

"meilleur souvenir" quotidien, et recevoir un mail d'un ami brésilien ou

hongrois en est un autre.

= Et votre pire souvenir?

De tomber systématiquement sur des sites pornos ou de pédophilie en faisant

certaines requêtes anodines.

Entretiens (1998-2001) · 第 98 / 132 题