#Créateur des éditions du Choucas
"Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littérature? les polars? Vous êtes
au bon endroit. Bienvenue!" (extrait du site web) Les éditions du Choucas ont
malheureusement cessé leur activité en mars 2001. Une disparition de plus à
déplorer chez les petits éditeurs indépendants. Fort de son expérience dans le
domaine de la librairie, de l'édition, de l'internet et du numérique, Nicolas
Pewny met maintenant ses compétences au service d'autres organismes.
*Entretien du 8 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Le site des éditions du Choucas (fondées en 1992, ndlr) a été créé fin novembre
1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités que l'internet pouvait
nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un
petit problème: nous n'avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au
prix d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai créé ce site moi-même et l'ai
fait référencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en
même temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matière et
s'est agrandi, et il a commencé à être un peu connu même hors de France et
d'Europe.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Le changement que l'internet a apporté dans notre vie professionnelle est
considérable. Nous sommes une petite maison d'édition installée en province.
L'internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne
soupçonnais pas. Même les médias "classiques" nous ont ouvert un peu leurs
portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique.
Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois. Beaucoup de livres se réalisent
(corrections, illustrations, envoi des documents à l'imprimeur) par ce moyen.
Dès le début de l'existence du site, nous avons reçu des demandes de pays ou
nous ne sommes pas (encore) représentés: Etats-Unis, Japon, Amérique latine,
Mexique, malgré notre volonté de ne pas devenir un site commercial mais un site
d'information et à connotation culturelle (nous n'avons pas de système de
paiement sécurisé, etc., nous avons juste référencé sur une page les libraires
qui vendent en ligne).
= Comment voyez-vous l'avenir?
J'aurais tendance à répondre par deux questions: pouvez-vous me dire comment va
évoluer l'internet Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien
rester aussi peu commercial que possible et augmenter l'interactivité et le
contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des
propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons mis en veille. Mais si
l'évolution va dans ce sens, pourrons-nous résister, ou trouver une voie
moyenne? Honnêtement, je n'en sais rien.
*Entretien du 29 juillet 1999
= Pouvez-vous décrire votre site web?
Il y a bientôt trois ans (déjà...) que nous avons créé notre site web (fin
novembre 1996, ndlr). "Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littérature?
les polars? Vous êtes au bon endroit. Bienvenue!" C'est avec ces mots que nous
accueillons les visiteurs de notre site où nous tentons de faire partager nos
coups de coeur et nos passions. Tous nos titres récents y sont présentés, on
peut contacter nos auteurs, participer à un jeu-concours, consulter le début -
parfois le texte intégral - des nouveautés. Le texte intégral? Oui, nous croyons
à la survie du livre dans son format classique parallèlement au format
électronique. Le livre, ce n'est pas seulement un texte. C'est aussi un objet
que l'on aime toucher, montrer, emmener en voyage, prêter... Nous pensons que le
fait de pouvoir consulter le texte incite à se procurer le livre (si on a aimé
bien sûr).
= Quelle est votre activité sur le réseau?
La maintenance et les mises à jour du site, le courrier électronique, etc. sont
devenus pour moi une tâche quotidienne s'ajoutant aux autres: mise en page des
textes, correction, création des couvertures, rapport avec les auteurs, avec les
médias, suivi de la distribution-diffusion, etc. Car comme dans d'autres petites
maisons d'édition nous faisons tout nous-mêmes (sauf l'impression). A la suite
de la mise en ligne de Corrida, l'exposition virtuelle Lorca-Puig, et plus
récemment du site pour la recherche de sponsors pour Mon copain de Pékin, un
livre de photographies dédié à Pékin, il semblerait que nous soyons amenés à
créer des sites ayant un rapport avec l'art et/ou le livre.
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
A part les réalisations citées plus haut, nous avons acquis un nom de domaine
choucas.com - l'ancienne URL teaser.fr/choucas reste cependant toujours valable.
Nous avons mis le début de chaque livre en format PDF et pour quelques livres le
texte intégral en ligne. Un jeu-concours qui remporte un certain succès a aussi
été mis en place. On peut gagner le livre de son choix. Beaucoup de nos
visiteurs nous reprochaient de ne pouvoir acheter en ligne sur notre site. Après
pas mal d'hésitations nous avons choisi Alapage pour la qualité de son service
et pour la fiabilité de leur base de données. Néanmoins la page des librairies
en ligne est toujours sur notre site si l'on préfère acheter ailleurs. Nous
avons déjà quelques interviews d'auteurs disponibles en RealAudio sur une de nos
pages. Nous allons essayer d'en faire d'autres avec de la vidéo. Enfin une
alternative du site en DHTML, Javascript, Flash, existe. Nous la mettrons
parallèlement en ligne à l'automne (1999).
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Je me demande s'il faut un droit particulier pour le web. Les lois existent
déjà. Et les contrevenants existaient bien avant la popularisation de
l'internet. Enfin, si ces débats plaisent au ministère de la Culture... Le
soutien à la publication, à la distribution, à l'existence du livre me semblent
plus importants, si l'on veut éviter que l'édition, dans le futur, ne soit
l'apanage de deux ou trois grands groupes. Évidemment cette action-là est moins
médiatique.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Chaque langue possède son génie propre. La difficulté, c'est de ne pas le perdre
en route.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Un message enthousiaste d'un prêtre bouddhiste du Tibet qui a adoré l'exposition
Lorca.
= Et votre pire souvenir?
Un orage tandis que j'envoyais l'image de la couverture à un auteur. Plus
rien... le néant. Plus d'ordinateur. Heureusement que je sauvegarde tout au fur
et à mesure. Chez l'auteur tout a "sauté" aussi, et il n'y avait pas d'orage.
Dans la présentation du livre Sanguine sur Toile (d'Alain Bron), on lit: "Les
images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer..."
Le contexte m'avait fait ressentir une peur instinctive, jusqu'à ce que la
logique reprenne le dessus.
*Entretien du 30 juillet 2000
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Notre activité d'éditeur s'est comme prévu enrichie d'activités liées à
l'internet.
Nous venons de mettre en ligne la version française d'un site de montagne et de
vacances. D'autres sites sont en cours de réalisation et nous intervenons
souvent en tant que consultants (référencements, veille concurrentielle, design,
etc.).
Nous avons trois titres en format électronique disponibles en partenariat avec
00h00.com: Perles noires (ouvrage collectif), Les Banquiers du temps, de Daniel
Ichbiah, et Sanguine sur toile, d'Alain Bron (Prix du Lions Club International
2000). D'autres devraient suivre.
Bientôt trois autres titres en partenariat avec MobiPocket seront disponibles en
format MobiPocket Reader compatible Palm OS, Psion, Windows CE: Un, et autres
mécomptes, de Daniel Bouillot, On achève bien les cadavres, de Fred Belin, et
Loto Meurtrier, de François Quentin (Prix Edmond Locard 1999).
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Nous en utilisons bien sûr. Le livre papier, lorsque l'impression avec les
techniques modernes sera meilleur marché, devrait devenir l'allié du livre
électronique.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Cela dépend de quel domaine il s'agit. Je pense que le temps des dictionnaires
et encyclopédies et autres ouvages de références techniques et scientifiques
"papier" est compté. Pour les romans ou les beaux livres, cela dépend de
l'évolution des deux supports.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je pense qu'on est loin des formats et des techniques définitifs. Beaucoup de
recherches sont en cours, et un format et un support idéal verront certainement
le jour sous peu.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux
aveugles et mal-voyants?
Je n'ai pas de suggestion particulière à formuler. Sauf peut-être que l'on donne
plus de moyens pour une meilleure accessibilité. Cela vaut pour l'accès à
l'internet en général, d'ailleurs.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Je reprendrai volontiers une phrase d'Alain Bron, ami et auteur de Sanguine sur
Toile (publié en 1999 par les éditions du Choucas): "un formidable réservoir de
réponses quand on cherche une information et de questions quand on n'en cherche
pas. C'est ainsi que l'imaginaire peut se développer (Ma correspondante en
Nouvelle-Zélande est-elle jolie? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)"
= Et la société de l'information?
Une société qui pourrait apporter beaucoup, si l'on empêche qu'elle ne rime trop
avec "consommation" et tout ce qui accompagne ce mot. Mais il est déjà trop tard
peut-être...
*Entretien du 14 juin 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Je disais en réponse à une de vos questions: "Je me demande s'il faut un droit
particulier pour le web. Les lois existent déjà. Et les contrevenants existaient
bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces débats plaisent au
ministère de la Culture... Le soutien à la publication, à la distribution, à
l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut éviter que
l'édition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes.
Evidemment c'est moins médiatique."
Et ainsi, comme si je le prévoyais, notre distributeur a déposé son bilan. Et
malheureusement les éditions du Choucas (ainsi que d'autres éditeurs) ont cessé
leur activité éditoriale. Je maintiens gracieusement le site web pour témoignage
de mon savoir-faire d'éditeur on- et off-line. L'incompétence des différents
ministres de la Culture et la nullité de ce ministère me sidèrent. Une sorte de
"franc-maçonnerie" au sens large du terme: il est catastrophique de ne pas en
faire partie et - à mon avis - désastreux pour son éthique personnelle d'en
faire partie. Ces gens n'oeuvrent que pour eux-mêmes avec les deniers des
contribuables...
Enfin je ne regrette pas ces dix années de lutte de satisfactions et de malheurs
passés aux éditions du Choucas. J'ai connu des auteurs intéressants dont
certains sont devenus des amis... Maintenant je fais des publications et des
sites internet pour d'autres. En ce moment pour une ONG (organisation non
gouvernementale) internationale caritative; je suis ravi de participer
(modestement) à leur activité à but non lucratif. Enfin on ne parle plus de
profit ou de manque à gagner, c'est reposant.