JACKY MINIER (Orléans)

#Créateur de Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et littéraires

"Conçu dès 1997, le site Diamedit (Delta Industries Arts Media) vit le jour

l'année suivante, quand son grand frère - le portail historique Royalement Vôtre

- fut vraiment lancé, explique Jacky Minier, son créateur. "Le présent a

maintenant rattrapé l'histoire, et le nombre sans cesse croissant de nouveaux

écrivains sur le web m'a amené à promouvoir beaucoup plus cette année l'édition

littéraire. Consacré uniquement aux inédits artistiques et littéraires, Diamedit

prend aujourd'hui toute sa dimension. La qualité des auteurs sévèrement

sélectionnés pour leur indiscutable talent et leur originalité, la sobriété des

écrans, les corrections effectuées, la présentation professionnelle, tout est

tourné vers la mise en valeur des textes proposés. Cela apporte à ce site une

empreinte de sérieux rarement trouvée ailleurs."

Outre Diamedit, site de promotion d'inédits artistiques et littéraires, Jacky

Minier gère Royalement Vôtre, site de promotion des patrimoines historiques

régionaux, et Beau Céans, une initiative d'internautes pour une vie nouvelle.

*Entretien du 10 octobre 2000

= Pouvez-vous décrire Diamedit?

J'ai imaginé ce site d'édition virtuelle il y a maintenant plusieurs années, à

l'aube de l'ère internautique francophone. A l'époque, il n'y avait aucun site

de ce genre sur la toile à l'exception du site québécois Editel de Pierre

François Gagnon. J'avais alors écrit un roman et quelques nouvelles que j'aurais

aimé publier mais, le système français d'édition classique papier étant ce qu'il

est, frileux et à la remorque de l'Audimat, il est devenu de plus en plus

difficile de faire connaître son travail lorsqu'on n'est pas déjà connu

médiatiquement. J'ai donc imaginé d'utiliser le web pour faire la promotion

d'auteurs inconnus qui, comme moi, avaient envie d'être lus. Diamedit est fait

pour les inédits. Rien que des inédits. Pour encourager avant tout la création.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je suis, comme beaucoup de pionniers du net sans doute, autodidacte et

multiforme. A la fois informaticien, écrivain, auteur de contenus, webmestre,

graphiste au besoin, lecteur, correcteur pour les tapuscrits des autres, et

commercial, tout à la fois.

Mon activité est donc un mélange de ces diverses facettes. Toutefois, de plus en

plus, je suis amené à me consacrer davantage à la promotion de mes sites que

j'avais jusque-là tendance à négliger un peu, et j'envisage de déléguer

largement la sélection des tapuscrits aux auteurs eux-mêmes, qui coopteraient

ainsi entre eux les nouveaux venus. De cette manière, le cercle grandissant de

passionnés de l'écriture devrait maintenir de lui-même un niveau de qualité

suffisant pour conserver ou amplifier l'attrait que Diamedit exerce sur ses

lecteurs.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Souriant. Je le vois très souriant. Je crois que le plus dur est fait et que le

savoir-faire cumulé depuis les années de débroussaillage verra bientôt la

valorisation de ces efforts. Le nombre des branchés francophones augmente très

vite maintenant et, même si en France on a encore beaucoup de retard sur les

Amériques, on a aussi quelques atouts spécifiques. En matière de créativité

notamment. C'est pile poil le créneau de Diamedit. De plus, je me sens moins

seul maintenant qu'il y a seulement deux ans. Des confrères sérieux ont fait

leur apparition dans le domaine de la publication d'inédits. Tant mieux! Plus on

sera et plus l'expression artistique et créatrice prendra son envol. En la

matière, la concurrence n'est à craindre que si on ne maintient pas le niveau

d'excellence. Il ne faut pas publier n'importe quoi si on veut que les visiteurs

comme les auteurs s'y retrouvent.

= Utilisez-vous encore des documents papier?

Oui, j'en utilise quand même, bien sûr. La lecture directe à l'écran est encore

assez vite fatigante pour de nombreuses paires d'yeux, même avec l'amélioration

des capacités d'affichage des moniteurs et les lissages de polices d'écran. Et

puis, pour un roman par exemple, rien n'en vaut la lecture dans un bon fauteuil

au coin de sa cheminée...

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Le livre papier a encore de beaux jours devant lui. Mais l'accès par le net à

toutes ces offres inédites est une nouvelle richesse, inimaginable il y a

quelques années, tant pour les lecteurs que pour les auteurs. Ça permet de

sélectionner beaucoup plus tranquillement que dans une librairie (à condition

que l'oeuvre y soit éditée) et surtout d'accéder à des ouvrages qui n'auraient

jamais été publiés autrement. Selon moi, le papier n'est pas l'ennemi du net en

matière de littérature. Il en est le prolongement et l'aboutissement. En fait,

le net peut être considéré comme un formidable moyen de promotion et de relance

de la lecture, par les découvertes qu'il permet de faire. Mais c'est maintenant

l'internaute lui-même qui décide de ce qu'il veut lire. Il choisit, il imprime,

et il lit tranquillement dans son fauteuil au coin de sa cheminée...

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

L'e-book est sans aucun doute un support extraordinaire. Il aura son rôle à

jouer dans la diffusion des oeuvres ou des journaux électroniques, mais il ne

remplacera jamais le véritable bouquin papier de papa. Il le complétera. A mon

sens, il menace beaucoup plus la presse que la librairie. Ce sera certainement

un outil de substitution formidable pour les scolaires, étudiants, etc., qui

auront beaucoup moins lourd à transporter dans leurs sacs que les tonnes de

manuels actuels. Mais quant au plaisir de lire dessus des ouvrages de nature

littéraire, poésies, romans, récits, SF, BD, etc., je n'y crois pas dans

l'immédiat. Il faudra encore attendre quelques améliorations techniques au plan

de l'ergonomie et surtout des changements de comportements humains. Et ça, c'est

l'affaire d'au moins une à deux générations. Voyez la monnaie électronique: on

ne paie pas encore son boulanger ou ses cigarettes avec sa carte de crédit et on

a toujours besoin d'un peu de monnaie dans sa poche, en plus de sa carte Visa.

L'achat d'un livre n'est pas un acte purement intellectuel, c'est aussi un acte

de sensualité que ne comblera jamais un e-book. Naturellement, l'édition

classique devra en tenir compte sur le plan marketing pour se différencier

davantage, mais je crois que l'utilisation des deux types de supports sera bien

distincte. Le téléphone n'a pas tué le courrier, la radio n'a pas tué la presse,

la télévision n'a pas tué la radio ni le cinéma... Il y a de la place pour tout,

simplement, ça oblige à chaque fois à une adaptation et à un regain de

créativité. Et c'est tant mieux!

= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le

web?

Le problème est simple. La solution l'est aussi. Avant l'invention du net, les

contrats d'édition ne tenaient pas compte de ce nouveau support, et pour cause.

Cette nouvelle interface fait craindre aux éditeurs la perte de sources de

profits par les risques de copies pirates. Mais quel est ce risque? Est-il réel?

Ce n'est pas un risque de "manque à gagner", c'est une opportunité de promotion.

La plupart des gens qui accèdent à une oeuvre de manière illégale sont des

lecteurs ou auditeurs qui n'auraient sans doute jamais acheté l'oeuvre en

question, parfois même n'en auraient jamais entendu parler! Le simple fait

qu'ils aient l'opportunité de la lire (ou de l'écouter en MP3) - et de la faire

lire ou écouter à leurs amis - constitue de la promotion gratuite, du bouche à

oreille qui participe de la découverte et de la promotion des artistes. Les

grandes maisons de logiciels le savent bien, qui distribuent leurs programmes

entiers, gratuitement pour une période limitée. Ceux qui peuvent les acheter les

achètent, ceux qui ne peuvent pas les utilisent quand même et leur font de la

publicité quand le produit est bon. (Quand le produit n'est pas bon, ils ne

l'auraient pas acheté de toute manière!) Alors, où est le problème? Le seul

problème réside dans les prix prohibitifs pratiqués par les sociétés d'édition,

dans les marges commerciales de produits qui n'ont plus rien à voir avec la

création artistique ou les droits d'auteurs, mais relèvent de marketing, de

parts de marché, de ratios comptables et de marges de profits. Certains artistes

l'ont d'ailleurs parfaitement compris qui mettent leurs oeuvres directement sur

le net.

En matière d'édition numérique, il suffit de créer des droits spécifiques,

distincts des droits relatifs aux éditions ordinaires sur support papier. Le

tatouage des oeuvres lors de l'impression personnelle est un excellent moyen de

limiter la diffusion d'impressions excessives. En même temps, permettre cette

impression pour utilisation personnelle est aussi un excellent moyen de

promotion de l'auteur et de son oeuvre. Même si c'est un exemplaire gratuit. Et

quand cet auteur (ou artiste) deviendra très connu, les mêmes éditeurs papier

qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils auraient à peine

lu son manuscrit auparavant!

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le

web?

Je ne sais pas pour les autres langues mais, pour le français, il est certain

que quand nous aurons atteint la proportion américaine de foyers connectés

(50%), nous pourrons espérer une plus grande représentativité sur le web. Pour

l'instant, heureusement qu'il y a les Québécois et les Belges pour maintenir la

présence de la langue française. C'est tout de même un comble.

Si je devais donner un conseil (mais conseiller qui, quel organisme?), je

suggérerais de porter davantage d'attention à la qualité des contenus. La France

a de tous temps été un pays de culture et d'invention, d'imagination. Même dans

les secteurs où nous n'avons pas été pionniers comme en informatique, nous avons

de belles réussites. Soyons aussi performants dans l'expression de la culture,

dans la mise en valeur de notre patrimoine, historique, scientifique,

littéraire, etc.

Si nous pouvons mettre en ligne les multiples facettes de la richesse culturelle

qui a fait notre civilisation, nul doute que le tourisme internautique vers les

contenus français serait amplifié et la présence française plus opérante. C'est

une des voies dans laquelle j'essaie, avec Royalement Vôtre, de créer une

attraction.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux

aveugles et malvoyants?

Il faut distinguer malvoyants et aveugles. Pour les malvoyants jusqu'à un

certain degré, il est assez simple de prévoir des moyens de grossissement des

caractères et des illustrations. Pour les aveugles, c'est une toute autre

affaire. Il faut envisager des fichiers vocaux qui permettront à ces derniers

d'accéder aux contenus des pages enregistrés oralement. Un simple avertissement

sonore à l'entrée du site demanderait au handicapé visuel de frapper une touche

et de lancer ainsi le "son" de la page. C'est une chose très facile à réaliser

avec la technologie RealAudio ou autre.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

C'est un espace de liberté pour l'imaginaire, une dimension inexplorée de la

planète, une jungle et un paradis tout à la fois, où tout est possible même si

tout n'est pas permis par l'éthique, où le contenu du portefeuille des

intervenants n'a aucun rapport direct avec la valeur des contenus des sites.

C'est avant tout une vaste agora, une place publique où l'on s'informe et où

l'on informe.

Ça peut être également une place de foires et marchés, mais l'argent n'y a cours

que très accessoirement, même si la possibilité de vendre en ligne est réelle et

ne doit pas être négligée ni méprisée. Il n'y est pas la seule valeur de

référence, contrairement au monde réel et, même dans les cas très médiatiques de

start-up multimillionnaires, le rapport à l'argent n'est qu'une conséquence, la

matérialisation d'espérances financières, très vite sanctionnée en cas

d'ambitions excessives comme on le voit régulièrement sur le site Vakooler: Ki

Vakooler aujourd'hui? (Qui va couler aujourd'hui?), après les envolées lyriques

et délirantes des premiers temps.

A terme, je pense que le cyberespace restera un lieu beaucoup plus convivial que

la société réelle.

= Et la société de l'information?

La société de l'information amène un recadrage des hiérarchies dans les rapports

qui s'établissent entre les gens, de manière beaucoup plus naturelle, à partir

des discussions en forums notamment. Dans la vie réelle, on est souvent

influencé, voire impressionné, par les titres ou la largeur du bureau d'un

interlocuteur "installé" dans le système. Sur le net, seuls comptent le sens

contenu dans le propos et la manière de l'exprimer. On distingue très vite les

véritables intelligences raffinées des clowns ou autres mythomanes. Une forme de

pédagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non magistrale, s'en dégage

généralement qui profite au visiteur lambda, lequel parfois apporte aussi sa

propre expérience. Tout ça laisse augurer d'une créativité multiforme, dans un

bouillonnement commun à des milliers de cerveaux reliés fonctionnant à la

manière d'une fourmilière. C'est non seulement un véritable moyen d'échange du

savoir, mais de surcroît un moyen de l'augmenter en quantité, de l'approfondir,

de l'intégrer entre différentes disciplines. Le net va rendre les gens plus

intelligents en favorisant leur plus grande convivialité, en cassant les

départements et domaines réservés de certains mandarins. Mais il est clair qu'il

faudra aussi faire attention aux dérives que cette liberté implique.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

L'écriture d'une pièce de théâtre "carabinée" (genre chansons de carabins ;c))

en 1.300 alexandrins, avec un ami rencontré sur le net sans jamais l'avoir

rencontré de visu. En symbiose complète avec un parfait inconnu, et une grande

jubilation éprouvée à cette écriture à quatre mains.

= Et votre pire souvenir?

Les consommations téléphoniques des débuts, avant que je ne sois câblé, ou

quelques engueulades sur certains forums avec des paranos.

Entretiens (1998-2001) · 第 91 / 132 题