#Fondateur du Projet Gutenberg, la plus ancienne bibliothèque numérique sur
l'internet
Créé par Michael Hart en 1971 alors qu'il était étudiant à l'Université
d'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg s'est donné comme mission de mettre
à la disposition de tous le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine
public. La plus ancienne bibliothèque numérique sur l'internet est aussi la plus
importante puisqu'elle propose en téléchargement libre et gratuit 3.700 oeuvres
(chiffres de juillet 2001) patiemment numérisées en mode texte par 600
volontaires de nombreux pays. Un total de 1.000 nouveaux livres devrait être
traité en 2001. Si certains documents anciens sont parfois saisis ligne après
ligne, le plus souvent parce que le texte original manque de clarté, les oeuvres
sont en général scannées en utilisant un logiciel OCR (optical character
recognition), puis elles sont relues et corrigées à double reprise, parfois par
deux personnes différentes. D'abord essentiellement anglophones, les collections
deviennent peu à peu multilingues. Michael Hart se définit lui-même comme un fou
de travail dédiant toute sa vie à son projet, qu'il voit comme étant à l'origine
d'une révolution néo-industrielle.
*Entretien du 23 août 1998 (entretien original en anglais)
= Comment voyez-vous la relation entre l'imprimé et l'internet?
Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable
relation avec le papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes
oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte
électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les
établissements d'enseignement.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Ma carrière n'aurait pas existé sans l'internet, et le Projet Gutenberg n'aurait
jamais eu lieu... Vous savez sûrement que le Projet Gutenberg a été le premier
site d'information sur l'internet.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Mon projet est de mettre 10.000 textes électroniques sur l'internet. Si je
pouvais avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu'à un million
et étendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x% à 10% de la
population mondiale, ce qui représenterait la diffusion de 1.000 fois un
milliard de textes électroniques au lieu d'un milliard seulement.
*Entretien du 23 juillet 1999 (entretien original en anglais)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Les débats actuels sont totalement irréalistes. Ils sont menés par
"l'aristocratie terrienne de l'âge de l'information" et servent uniquement ses
intérêts. Un âge de l'information? Et pour qui? J'ai été le principal opposant
aux extensions du copyright (loi du 27 octobre 1998, ndlr), mais Hollywood et
les grands éditeurs ont fait en sorte que le Congrès ne mentionne pas mon action
en public.
= En quoi consiste exactement cette loi?
Le copyright a été augmenté de 20 ans. Aupararant on devait attendre 75 ans, on
est maintenant passé à 95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une
extension de 28 ans si on la demandait avant l'expiration du délai) et il avait
lui-même remplacé un copyright de 14 ans (plus une extension de 14 ans si on la
demandait avant l'expiration du délai). Comme vous le voyez, on assiste à une
dégradation régulière et constante du domaine public.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
J'espère que nous aurons un jour un bon Babelfish (le service de traduction
automatique d'Altavista, ndlr). Pour notre bibliothèque numérique, j'introduis
une nouvelle langue par mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique
aussi longtemps que possible.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Le courrier que je reçois me montre combien les gens apprécient que j'aie passé
ma vie à mettre des livres sur l'internet. Certaines lettres sont vraiment
émouvantes, et elles me rendent heureux pour toute la journée.
= Et votre pire souvenir?
Etre convoqué par le président de l'Université d'Illinois suite à une plainte
déposée par l'Université d'Oxford. Mais j'ai été défendu par une équipe de six
avocats, la moitié étant de l'Université d'Illinois, et j'ai gagné le procès. On
pourrait voir cela comme un bon souvenir, mais je hais ce genre de politique
politicienne... Le président de l'université se trouvait être l'oncle de Tom
Cruise, amusant, non?