_Notre correspondant de Madrid nous écrit:_
L'Espagne a pu enfin réaliser le rêve, conçu depuis la conquête
sanglante par O'Donnell, en 1860, de Tétouan, de réoccuper cette ville,
ancien refuge des Maures expulsés d'Andalousie et future capitale de sa
zone nord au Maroc.
L'opération a été confiée au général Alfau, qui l'exécuta, à la fin du
mois dernier, avec des forces d'environ deux mille hommes. Après avoir
détaché en avant-garde deux compagnies de tirailleurs indigènes, qui
s'emparèrent de la kasbah, et le tabor de police montée, il fit son
entrée dans la ville, reçu en chemin par les autorités marocaines et
salué par le corps consulaire.
Cette opération sans coup férir a été facilitée par la politique
d'attraction que les représentants de l'Espagne à Tétouan, et notamment
le consul, M. Lopez Ferrer, pratiquaient depuis longtemps à l'égard des
notables indigènes et de la nombreuse population Israélite (8.000
habitants sur un total de 30.000). La colonie espagnole s'élève à
Tétouan à plus de 600 âmes (le 80% de l'élément européen), quoique le
commerce de l'Espagne y reste inférieur à celui de la France et de
l'Angleterre. Malgré tous ces facteurs de succès, le mérite de
l'occupation revient pour une bonne part au général Alfau, désigné comme
futur haut commissaire de la zone espagnole.
Agé de cinquante-cinq ans, marié à une Française originaire d'Algérie,
pays qu'il connaît aussi bien que le Maroc, parlant couramment le
français et l'arabe, le général Alfau a toujours témoigné envers notre
pays des sympathies qui ne peuvent qu'améliorer les rapports et
faciliter la tâche commune des deux nations au Maroc.