CHAPITRE XC.

1365, OCTOBRE-1366, MAI. EXPÉDITION DE DU GUESCLIN ET DES

COMPAGNIES EN ESPAGNE.--1366, 5 AVRIL. DON PÈDRE EST DÉTRÔNÉ ET

DON HENRI, COMTE DE TRASTAMARE, EST PROCLAMÉ ROI DE CASTILLE.--14

AOUT. VICTOIRE REMPORTÉE PAR LES COMPAGNIES ANGLO-GASCONNES

PRÈS DE MONTAUBAN.--23 SEPTEMBRE. TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE

PRINCE D’AQUITAINE ET DE GALLES, DON PÈDRE ET LE ROI DE NAVARRE;

PRÉPARATIFS MILITAIRES DU PRINCE DE GALLES ET DÉMÊLÉS AVEC LE SIRE

D’ALBRET (§§ 546 à 559).

Redoublement des ravages des Compagnies dans le royaume de France à

la suite des traités qui ont mis fin aux guerres de Navarre et de

Bretagne; la principauté d’Aquitaine seule est à l’abri du fléau;

plaintes et récriminations contre le roi d’Angleterre[279] et le

prince de Galles son fils. Charles V et Urbain V essayent en vain

d’envoyer les gens des Compagnies en Hongrie faire la guerre contre les

Turcs[280]. P. 183 à 185, 353, 354.

[279] Le 24 novembre 1364, Édouard III somma Eustache

d’Auberchicourt, Robert Scot et Hugh de Calverly, chevaliers

anglais, qui faisaient la guerre au royaume de France, «à l’ombre

du roy de Navarre», de licencier leurs bandes. _Bibl. Nat._,

collection Bréquigny, XV, 38.

[280] Froissart semble faire allusion ici à un projet

d’expédition contre les infidèles conçu vers le milieu de 1365

par le pape Urbain V. Le trop fameux Arnaud de Cervolle, dit

l’Archiprêtre, devait être le chef de cette expédition (V. plus

haut, p. XXXV, note 141). Le samedi 5 avril 1365, Urbain fulmina

une bulle d’excommunication contre les Compagnies (_Arch. Nat._,

J711, nº 302²).

Lutte entre don Pèdre, roi de Castille et Henri, comte de Trastamare,

frère naturel de don Pèdre[281].--Griefs du roi de France et du

pape contre don Pèdre, meurtrier de sa femme Blanche de Bourbon[282]

et excommunié par le Saint-Père[283]. Bertrand du Guesclin, fait

prisonnier par Jean Chandos à Auray, dont Charles V, Urbain V et don

Henri de Trastamare ont payé la rançon fixée à cent mille francs[284],

se met à la tête des gens des Compagnies pour les emmener en Espagne

au secours de don Henri contre don Pèdre. A du Guesclin se joignent

plusieurs chevaliers anglais ou à la solde du prince de Galles,

Hugh de Calverly[285], Gautier Hewet, Mathieu de Gournay, Eustache

d’Auberchicourt[286], Bertucat d’Albret[287]. De cette expédition font

aussi partie un certain nombre de seigneurs français, en première

ligne le jeune comte de la Marche qui veut venger la mort de sa cousine

Blanche de Bourbon[288], Antoine, sire de Beaujeu[289], Arnoul, sire

d’Audrehem, maréchal de France[290], le Bègue de Villaines[291], le

Bègue de Villiers[292], le sire d’Antoing[293], en Hainaut, Alard de

Briffœuil[294], Jean de Neuville[295], Gauvain de Bailleul, Jean de

Berguette, Lallemand de Saint-Venant[296]. Le rassemblement général

a lieu à Perpignan[297], sur les confins de l’Aragon. L’effectif de

toutes ces bandes s’élève à trente mille hommes. Là sont tous les chefs

des Compagnies, Robert Briquet[298], Jean Creswey, Naudon de Bageran,

Lami, Maleterre, le Petit Meschin, les bours Camus, de Lesparre et

de Breteuil, Bataillé, Espiote, Amanieu d’Ortigue, Perrot de Savoie.

Le roi d’Aragon, allié de don Henri, fait le meilleur accueil aux

Compagnies[299] avec l’aide desquelles il reconquiert les villes et

forteresses de son royaume, occupées naguère par don Pèdre. Celui-ci

se voit bientôt abandonné de l’immense majorité de ses sujets qui se

déclarent pour le comte de Trastamare. Accompagné de don Fernand de

Castro[300], le seul de ses courtisans qui lui soit resté fidèle, de

sa femme[301] et de ses deux filles Constance[302] et Isabelle[303], il

s’enferme avec ses trésors dans le château de Séville[304] d’où il fait

voile[305] bientôt vers la Galice et se réfugie à la Corogne. P. 185 à

192, 354 à 360.

[281] Don Alphonse XI du nom, roi de Castille, était mort à la

fleur de l’âge le vendredi saint, 27 mars 1350. Il ne laissait

qu’un fils légitime, don Pèdre, alors âgé de quinze ans et

quelques mois, dont la mère doña Maria était une infante de

Portugal, fille du roi Alphonse IV, surnommé _le Brave_. Don

Alphonse avait eu en outre de son union illégitime avec une

jeune veuve d’une illustre maison de Séville, doña Léonor de

Guzman, dix enfants naturels, neuf garçons et une fille. L’aîné

de ces bâtards, don Henri, avait été fait de bonne heure comte de

Trastamare et, aussitôt après l’avénement au trône de l’héritier

légitime, s’était posé en rival de don Pèdre.

[282] Blanche de Bourbon, la seconde des filles de Pierre Ier,

duc de Bourbon, et d’Isabelle de Valois, sœur cadette de Jeanne

de Bourbon, mariée à Lyon en juillet 1349 à Charles dauphin,

depuis Charles V, avait épousé don Pèdre, roi de Castille, par

contrat passé en l’abbaye de Preuilly, le 23 juillet 1352 (_Arch.

Nat._, J603, nº 55). Abandonnée dès les premiers mois de son

mariage en faveur d’une maîtresse, nommée doña Maria de Padilla,

cette princesse mourut en 1361, et la rumeur publique accusa don

Pèdre de cette mort, «jussu Petri mariti crudelis», ainsi que

portait l’inscription tracée à Jerez sur le tombeau de Blanche

(Llaguno, _ad Ayala_, p. 328, note 3).

[283] Innocent VI avait été pendant les dernières années de son

pontificat en lutte presque continuelle avec don Pèdre, auprès

duquel il avait député avec le titre de légat le célèbre Gui de

Boulogne, cardinal évêque de Porto (Martène, _Thes. Anecdot._,

II, 964, 997 et 998; _Arch. Nat._, L377, caps. 217, nº 57).

Urbain V, successeur d’Innocent VI, prit ouvertement parti pour

Pierre IV, roi d’Aragon, et même pour le comte de Trastamare

contre don Pèdre.

[284] Charles V contribua au payement de cette rançon pour

une somme de quarante mille florins d’or, dont nous avons les

quittances délivrées par Jean Chandos; et en retour Bertrand

du Guesclin fit le serment, par acte daté de son château de la

Roche-Tesson le 22 août 1365, d’emmener les Compagnies hors du

royaume, engageant au roi le comté de Longueville en cas de

non exécution de cette promesse (_Arch. Nat._, J281, nºs 4, 5

et 6; Charrière, _Chronique de B. du Guesclin_, II, 393 à 395:

Charrière a daté à tort du 20 et du 27 août deux pièces qui ont

été l’une et l’autre libellées à la Roche Tesson le 22 août).

Bertrand renouvela cet engagement par acte passé à Paris le

mardi 30 septembre, dans l’hôtel à l’enseigne du _Papegaut_,

près de Sainte-Opportune (_Ibid._, J381, nº 4bis). Aussitôt

après l’accomplissement de cette formalité, il se mit en route

pour l’Espagne; il était de passage à Auxerre, le 10 octobre

(_Arch. Nat._, X1a38, fº 246), à Avignon, du 12 au 16 novembre

(_Ibid._, K49, nº 5, fº 7), à Montpellier, du 29 novembre au 3

décembre (_Thalamus parvus_, p. 369), enfin à Barcelone, à la

cour de Pierre, roi d’Aragon, du 1er au 9 janvier 1366 (Zurita,

_Annales_, l. IX, c. 61; _Arch. Nat._, X1a38, fº 246). Prosper

Mérimée a supposé par erreur que du Guesclin avait levé, à

l’occasion de son passage à Avignon vers la fin de 1365, une

rançon de 5000 florins sur les habitants du Comtat. Du Guesclin

ne commit cette exaction que deux ans plus tard, dans le cours

d’une campagne qui se termina le 8 avril 1368 par la prise de

Tarascon. V. _Hist. de don Pèdre Ier_, p. 407, note 1.

[285] Ce chevalier accompagna du Guesclin sans l’aveu et même

contre le gré du roi d’Angleterre, puisque celui-ci, par acte

daté du 6 décembre 1365, alors que Bertrand et ses compagnons

d’aventure étaient déjà en route pour l’Espagne, manda à Jean

Chandos, à _Hugh de Calverlé_, à Nicol de Dagworth et à William

de Elmham, chevaliers, de prendre des mesures pour que nuls gens

d’armes de sa ligeance, assemblés en certaines Compagnies, ne

pussent entrer au royaume d’Espagne pour faire guerre à noble

prince le roi de Castille son cousin. Rymer, III, 779.

[286] Dans le courant du mois d’août 1365, Bertrand du Guesclin,

en vertu d’un traité passé avec Louis de Navarre et Eustache

d’Auberchicourt, lieutenants de Charles le Mauvais en basse

Normandie, avait consenti à rendre les château et ville de

Carentan au roi de Navarre, moyennant une rançon de 14 000

francs; et en outre Olivier de Mauny, capitaine de Carentan pour

son cousin, s’était fait donner 3535 francs à titre d’arrérages

des rançons (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 367, fº 20).

[287] Ce Bertucat était un cadet, sinon même un bâtard, de la

puissante maison d’Albret, et le père Anselme ne l’a pas classé

dans sa généalogie de cette famille. Parmi ces seigneurs anglais

ou anglo-gascons qui accompagnèrent du Guesclin en Espagne,

Froissart n’a pas mentionné le plus important. Nous voulons

parler de Guardia Raymond, cher, seigneur d’Aubeterre (auj.

Aubeterre-sur-Dronne, Charente, arr. Barbezieux), qui paraît

avoir été le grand recruteur et condottière des compagnies

anglo-gasconnes. Il prétendit plus tard que, le 10 octobre

1365, à Auxerre, Bertrand lui avait souscrit une obligation de

2400 francs d’or; le 6 et le 9 janvier 1366, à Barcelone, deux

autres obligations l’une de 6066 francs d’or et l’autre de 2060

florins du coin du roi d’Aragon, cette dernière de moitié avec

Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France; enfin, le 20 juillet

suivant, à Albatera, en Castille, une quatrième obligation de

4000 florins d’or. L’année suivante, le sire d’Aubeterre ayant

combattu à Najera dans l’armée du prince de Galles contre don

Henri de Trastamare, du Guesclin avait différé de payer le

chevalier anglo-gascon, qui mourut sans avoir pu réussir à se

faire rembourser. Plus de vingt ans après ces événements, en

1390, Jean Raymond, frère et héritier de Guardia Raymond, intenta

pour ce fait devant le Parlement à Olivier du Guesclin, comte

de Longueville, le principal héritier du connétable, un procès

dont les pièces, qui seront analysées à la fin du second volume

de notre _Histoire de du Guesclin_, nous ont permis d’établir

pour la première fois d’une manière sûre les principales étapes

ainsi que les dates précises de l’expédition de du Guesclin et

des Compagnies en Espagne (_Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº

87, vº; X1a 37, fºs 333 vº et 334; X1a 1475, fºs 176, 178 vº et

179; X1a 38, fºs 246 et 247). Une fois arrivés à Montpellier, les

brigands des Compagnies voulurent être payés avant de continuer

leur route; et du Guesclin fut obligé, pour les satisfaire,

d’emprunter 10 000 francs aux bourgeois de cette ville: «Et

alèrent à Montpellier dont ne vouldrent partir, se ilz n’avoient

argent; et pour ce emprunta (Bertrand) à certains bourgois dix

mille francs, et lors partirent.» X1a 1475, fº 176.

[288] Jean de Bourbon, Ier du nom, comte de la Marche, fils de

Jacques de Bourbon blessé mortellement à la bataille de Brignais,

et de Jeanne de Châtillon-Saint-Pol, était le cousin germain de

Blanche de Bourbon, fille de Pierre Ier, frère aîné de Jacques de

Bourbon. Anselme, _Hist. généal._, I, 298, 300, 319.

[289] Antoine, sire de Beaujeu, fils d’Édouard, sire de Beaujeu,

tué au combat d’Ardres en 1351, et de Marie du Thil, passa à

Montpellier, en faisant route pour l’Espagne, le 13 janvier 1366;

mais l’auteur de la chronique romane l’a sans doute confondu

avec son oncle Louis auquel il donne à tort le titre de seigneur

de Beaujeu qu’Antoine seul avait le droit de porter: «Item, a

XIII del dich mes (de janvier 1366), passet a Montpellier M.

Loys, senhor de Beljoc, en Bergonha, am sa companha, e segui los

autres.» _Thalamus parvus_, p. 370.--Le sire de Beaujeu retourna

en Espagne trois ans plus tard et, avant de partir pour ce pays,

fit son second testament daté de Beaujeu le 12 mai 1369. _Arch.

Nat._, P. 1368¹, nº 1586; _Musée des Archives_, p. 220 à 223.

[290] Arnoul, sire d’Audrehem, l’un des premiers protecteurs de

du Guesclin qu’il avait pu apprécier dès la fin de 1353, pendant

qu’il était lieutenant du roi Jean en basse Normandie (_Hist.

de du Guesclin_, p. 118 et 119), avait été envoyé en Languedoc

vers le mois de janvier 1361 (voyez plus haut, p. XXXII, note

127), en compagnie de Robert, dit Moreau, sire de Fiennes,

connétable de France, avec le titre de capitaine de la Langue

d’Oc (dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 314), de capitaine

général dans toute la Langue d’Oc (_Ibid._, Preuves, 276), enfin

de lieutenant du roi ès parties de Langue d’Oc (_Arch. Nat._,

JJ93, nº 216). Le 23 juillet 1362, de concert avec Henri, comte

de Trastamare, il avait passé à Clermont en Auvergne avec les

principaux routiers un traité tendant à faire évacuer le royaume

par les Compagnies (voyez p. XXIII, note 97). Le 13 août 1362,

il avait été nommé par le roi Jean lieutenant général en toute

la Langue d’Oc (_Arch. Nat._, JJ93, nº 241), et depuis lors il

n’avait cessé de lutter avec plus de courage que de succès contre

les bandes qui infestaient le midi. Le sire d’Audrehem, aussi

modeste que brave, dut contribuer plus peut-être que personne à

faire charger du Guesclin d’une entreprise aussi difficile que la

conduite des Compagnies en Espagne.

[291] Pierre de Villaines, chevalier, dit le Bègue, qui tirait

son nom du fief de Villaines (Seine-et-Oise, arr. Pontoise, c.

Écouen), mentionné dès le mois de mai 1360 comme sénéchal de

Carcassonne et de Béziers (_Arch. Nat._, JJ91, nº 302), paraît

avoir conservé cette charge jusque vers la fin de 1362. Créé

chambellan du dauphin, duc de Normandie, il guerroyait dans les

premiers mois de 1363 aux environs de Falaise où il fut fait

prisonnier (_Ibid._, JJ92, nº 208). Là sans doute il connut du

Guesclin, qui l’entraîna en Espagne où il devint comte de Ribadeo.

[292] Adam de Villiers, dit le Bègue, seigneur de

Villiers-le-Bel, de Vitry en Brie et de la Tour de Chaumont. Le

Bègue de Villiers fit montre à Pontorson le 1er février 1356

(n. st.) avec cinq écuyers et donna quittance au même lieu

le 11 avril suivant (_Bibl. Nat._, Titres originaux, au mot

_Villiers_). Adam servait sous son frère aîné Pierre de Villiers,

capitaine de Pontorson, et c’est alors sans doute que les deux

frères eurent l’occasion d’apprécier Bertrand, et se lièrent avec

le chevalier breton. Par acte daté d’Avignon le 26 janvier 1366,

Pierre de Villiers, qualifié «officier procureur de Bertrand de

Clesquin, comte de Longueville et seigneur de la Roche Tesson»,

donna quittance au trésorier du pape de trente-deux florins

(_Arch. Nat._, L377, d’après Arch. du Vatican, Miscell., boîte

222, nº 3).

[293] Auj. Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, à 7 kil. de

Tournay.

[294] Auj. dép. de Vasmes-Audemez, Belgique, prov. Hainaut, arr.

Tournay, c. Péruwelz.

[295] Jean de Neuville était le neveu d’Arnoul, sire d’Audrehem,

et après la prise de son oncle à Poitiers, il exerça par intérim

l’office de maréchal de France de 1356 à 1360. _Arch. Nat._,

JJ86, nº 283; JJ90, nºs 101 et 232; JJ95, nº 11.

[296] Bailleul, Berguette, Saint-Venant, sont des localités

situées dans la même région que Valenciennes, et Froissart a pris

soin de mentionner les chevaliers qui portent ces noms, parce

qu’ils étaient ses compatriotes.

[297] Les Compagnies touchèrent à Perpignan ce qu’on peut appeler

leur solde d’entrée en campagne ou du moins un à-compte sur cette

solde; mais il arriva qu’après avoir reçu l’argent, quelques-unes

de ces bandes n’eurent rien de plus pressé que de revenir sur

leurs pas et de rentrer en France: «... alie certe Societates,

_que pagamentum_, ut dicebatur, ceperant _in Perpigniaco,

retrocedebant in regno Francie_ (24 décembre 1365).» _Arch.

Nat._, K49, nº 5, fº 8 vº.

[298] Ces Compagnies s’avançaient vers l’Espagne par bandes

isolées et se comportaient partout où elles passaient comme

si elles avaient été déjà en pays ennemi. C’est ainsi que

Robert Briquet occupa entre le 5 et le 8 novembre le fort de

Belesgar près de Montpellier; «Item, a V de novembre, Robert

Briquet, capitani d’una autra companha de Bretos, pres lo fort

de Belesgar et aqui estet entro a VIII de dezembre.» _Thalamus

parvus_, p. 369.--Quelques jours auparavant, le 1er novembre,

c’étaient G. d’Aignay, Aufret de Guébriant et Henri de Dinan qui

passaient devant Montpellier à la tête de Compagnies bretonnes;

le 13, d’autres Bretons occupaient Aigremont (Gard, arr. Alais,

c. Ledignan) et y restaient plusieurs jours; le 18, c’était

le Gascon Bras de Fer, lieutenant du bour de Caupène (Gers,

arr. Condom, c. Nogaro), qui mettait au pillage les environs

de Montpellier (_Ibid._); le 3 décembre, c’était le Limousin

qui entrait dans cette ville et s’y arrêtait deux jours; le 6

décembre, apparaissait Robert Lescot avec une compagnie d’Anglais

(_Ibid._, p. 370); le 9, c’était le tour du seigneur d’Aubeterre,

capitaine d’une bande d’Anglo-gascons; le 18, c’étaient le

vicomte de Lomagne et un chevalier d’Auvergne, nommé Jean de la

Roche, qui se logeaient à Saint-Martin-de-Londres (Hérault, arr.

Montpellier); enfin, du 7 au 10 janvier 1366, l’Anglo-gascon

Raynaud de Vignolles et les Bretons Eon Budes et Thibaud du Pont

venaient camper entre les Matelles et Montarnaud. Les dernières

bandes, composées d’Allemands et de Bretons, dont le chroniqueur

de Montpellier nous ait signalé le passage, s’écoulèrent les 18

et 19 février 1366 (_Ibid._, p. 371).

[299] Pierre IV, roi d’Aragon, contribua aussi bien que le comte

de Trastamare au payement de la solde des Compagnies: «Et alèrent

jusques à Barsalonne, et par le tresorier du roy Henry furent

paiez... Et après eurent un aultre paiement à Sarragosse dont

il ne vouldrent partir jusquez à ce que de tout le temps passé

eussent esté paiez, _et le furent par le roy d’Aragon_ et messire

Bertran.» _Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº 176.--Par un

traité conclu à Monzon le vendredi saint 31 mars 1363, Pierre

IV et le comte de Trastamare s’étaient engagés à détrôner don

Pèdre à frais communs et à se partager la Castille (_Arch. génér.

d’Aragon_, legajo de Autografos, appendice G). Mérimée, _Histoire

de don Pèdre I_er, éd. de 1874, p. 346, 545 et 546.--Dans un

festin que Pierre IV offrit aux chefs des Compagnies à Barcelone

le 1er janvier 1366, du Guesclin s’assit à la droite du roi,

qui avait à sa gauche l’infant Raymond Berenger, son oncle

(Chronique de Pedro IV rédigée par lui-même en catalan et publiée

par Carbonell, _Chroniques de Espanya_, p. 196). Pour payer les

mercenaires français, le roi d’Aragon fut obligé de vendre ses

biens patrimoniaux par acte daté de Saragosse le 12 mars 1366

(_Archiv. génér. d’Aragon_, reg. 1213, p. 42 et suiv.), car il

lui fallut ajouter aux 100 000 florins qu’il avait promis aux

chefs des Compagnies un supplément de 20 000 florins. Mérimée,

_Hist. de don Pèdre_, p. 411.

[300] Ce Fernand de Castro était le frère de la célèbre Inez de

Castro, surnommée _Port du Héron_, dont les tragiques aventures,

racontées avec une naïveté pleine de saveur par l’excellent

chroniqueur portugais Fernan Lopes, sont devenues de bonne heure

une sorte de légende romanesque où les poëtes de tous les pays,

à l’exemple de Camoëns, ont aimé à puiser des inspirations.

Quelques-unes des plus belles pages de la chronique de Fernan

Lopes ont été traduites par M. Ferdinand Denis (_Chroniques

chevaleresques de l’Espagne et du Portugal_, Paris, 1839, in-8,

I, 107 à 165). Quoiqu’en dise Froissart, don Fernand de Castro

n’accompagna pas don Pèdre dans sa retraite sur Séville; il se

trouvait alors en Galice dont il était gouverneur pour le roi de

Castille.

[301] Ce titre de femme ne peut s’appliquer ni à Blanche de

Bourbon, épouse légitime de don Pèdre, morte en 1361, ni à la

fameuse doña Maria de Padilla, la principale concubine du roi de

Castille. Dans son testament écrit à Séville pendant l’hiver de

1362, don Pèdre désigne, il est vrai, doña Maria comme sa femme,

mais on sait que l’heureuse rivale de Blanche de Bourbon n’avait

survécu que quelques mois à cette infortunée princesse. Lorsqu’il

rédigea son testament, don Pèdre entretenait quatre maîtresses,

Mari Ortiz, Mari Alfon de Fermosilla, Juana Garcia de Sotomayor

et Urraca Alfon Carrillo; il fit à la première un legs de 2000

doubles castillanes, aux trois autres un legs de 1000 doubles

seulement, à la condition qu’elles entreraient en religion toutes

les quatre après la mort de leur bienfaiteur, jaloux jusque dans

la mort. Si don Pèdre n’emmena qu’une femme avec lui en 1366 dans

sa retraite sur Séville, ce fut sans doute Mari Ortiz qui paraît

avoir été une sorte de sultane favorite.

[302] Constance devait épouser plus tard Jean de Gand, duc de

Lancastre, fils d’Édouard III.

[303] Isabelle fut mariée dans la suite à Edmond, duc d’Yorck,

frère du duc de Lancastre.

[304] Le 28 mars 1366, veille du dimanche des Rameaux, don Pèdre,

qui se trouvait alors à Burgos, avait fait charger ce qu’il avait

de plus précieux sur des mules et s’était sauvé précipitamment

avec les infantes ses filles, n’ayant pour toute escorte que

les six cents cavaliers maures qui composaient sa garde. Il

avait gagné Tolède, d’où il n’avait pas tardé à reculer jusqu’à

Séville. Ayant fait venir dans cette ville tout l’or et l’argent

monnayés qu’il gardait dans le château d’Almodovar del Rio, il

l’avait fait embarquer sur une galère et avait chargé Martin

Yanez de se rendre avec ce trésor à Tavira, en Portugal; mais le

propre amiral de don Pèdre, le Génois Boccanegra, s’étant mis à

la poursuite de Martin Yanez, captura le trésor, qu’il s’empressa

de livrer à don Henri, pour se concilier les bonnes grâces de son

nouveau maître. Ce trésor s’élevait à trente-six quintaux d’or,

sans compter une quantité considérable de pierreries. Boccanegra

reçut comme salaire de sa trahison la riche seigneurie d’Otiel.

Salazar, _Casa de Lara_, t. II, lib. XII. Mérimée, _Hist. de don

Pèdre_, p. 486.

[305] Don Pèdre ne s’embarqua point pour se rendre en Galice;

il prit la voie de terre et essaya d’abord de chercher un

refuge en Portugal. Presque assiégé dans l’Alcazar de Séville

par ses sujets ameutés contre lui, il monta à cheval et sortit

pour ainsi dire furtivement de la capitale de l’Andalousie

avec les deux infantes et une fille naturelle de don Henri son

rival, surnommé doña Léonor des Lions. Il était suivi du maître

d’Alcantara, Martin Lopez, de son chancelier et de deux cents

cavaliers seulement. Repoussé par le roi de Portugal Pierre Ier,

le monarque fugitif n’eut d’autre parti à prendre que de gagner

la Galice où commandait en maître don Fernand de Castro qui lui

était entièrement dévoué.

Gomez Carrillo[306], les grands maîtres de Calatrava[307] et de

Saint-Jacques[308] prennent parti pour le comte de Trastamare devant

qui toutes les villes ouvrent leurs portes[309]. Don Henri est couronné

roi, fait comtes ses deux frères don Sanche[310] et don Tello[311],

sans oublier les chefs des Compagnies[312] auxiliaires qu’il comble de

faveurs. P. 192, 193, 360.

[306] Gomez Carillo était camarero mayor du prétendant don Henri,

comte de Trastamare.

[307] Don Diego Garcia de Padilla, frère de doña Maria de

Padilla, grand maître de Calatrava sous don Pèdre. Pero Lopez de

Ayala (_Cronica del rey don Pedro_, p. 410) confirme sur ce point

le témoignage de Froissart.

[308] Don Garcia Alvarez de Tolède, grand maître de Santiago,

laissé par don Pèdre dans Tolède avec 600 hommes d’armes,

s’empressa de livrer, après un semblant de résistance, cette

ville à don Henri et résigna son office en faveur de Gonzalo

Mexia, vieux serviteur du prétendant, moyennant quoi il fut

gratifié de deux domaines considérables et d’une grosse somme

d’argent.

[309] Le comte de Trastamare et ses auxiliaires avaient occupé

successivement Borja, Calahorra, où don Henri s’était fait

proclamer roi de Castille, Briviesca, enfin Burgos où le

prétendant avait été couronné en grande pompe dans le monastère

de las Huelgas le jour de Pâques 5 avril 1366.

[310] Don Sanche fut fait comte d’Albuquerque (Espagne, province

d’Estramadure, sur la frontière de Portugal). Il recueillit ainsi

l’important héritage de don Juan d’Albuquerque qui, depuis la

mort du fils de ce célèbre capitaine, avait été réuni au domaine

royal de Castille.

[311] Don Tello reçut le titre de seigneur de Biscaye et fut en

outre pourvu du fief de Castaneda.

[312] Tous les érudits prétendent, sur la foi d’Ayala, que don

Henri donna alors à Bertrand du Guesclin le titre de comte de

Trastamare et la seigneurie de Molina avec d’immenses domaines

(Buchon, _Chroniques de Froissart_, éd. du Panthéon, I, 506,

note 5; Mérimée, _Hist. de don Pèdre_, p. 421). Cette assertion

n’est pas tout à fait exacte. Le titre qui fut alors conféré

au comte de Longueville est celui de duc, non de comte, de

Trastamare (_Arch. Nat._, J381, nº 7; L377, d’après Arch. du

Vatican, Miscellanea, arm. XV, caps. 2, nº 22; _Thalamus parvus_,

p. 382). Quant au duché de Molina, Bertrand n’en fut investi,

du moins à perpétuité et à titre héréditaire, que par acte daté

de Séville le 4 mai 1369 (dom Morice, _Preuves de l’histoire de

Bretagne_, I, 1628 à 1631). D’après Ayala, Hugh de Calverly,

chef des bandes anglo-gasconnes, fut fait comte de Carrion (auj.

Carrion-de-los-Condes, Espagne, prov. Léon, à 64 kil. O. de

Burgos), et le comte de Denia, qui commandait les auxiliaires

aragonais, devint marquis de Villena (Espagne, prov. Murcie, à

64 kil. N. N. E. de Murcie et à 88 kil. S. O. de Valence). Le

nouveau marquis eut en partage tous les biens qui avaient composé

la dot de la comtesse de Trastamare.

Après le couronnement de don Henri, le comte de la Marche, Arnoul,

sire d’Audrehem, et le sire de Beaujeu retournent en France[313]; mais

Bertrand du Guesclin[314] et Olivier de Mauny[315] avec les Bretons,

Hugh de Galverly et Eustache d’Auberchicourt avec les Anglais,

restent en Espagne pour aller faire la guerre contre les Sarrasins

de Grenade.--Retiré à la Corogne avec sa femme, ses deux filles et

don Fernand de Castro, don Pèdre envoie des messagers vers le prince

d’Aquitaine et de Galles pour le prier de venir à son secours contre

le bâtard Henri. Le prince, après en avoir délibéré avec les gens de

son conseil, accueille favorablement cette demande, et cinq chevaliers

anglais partent pour la Corogne afin de ramener à Bordeaux le roi

détrôné de Castille. Sur ces entrefaites, don Pèdre se rend lui-même à

Bayonne. P. 193 à 199, 360 à 365.

[313] Le licenciement des Compagnies eut lieu vers le mois de

mai 1366, après l’entrée de don Henri à Séville où le trésor de

don Pèdre livré par l’amiral Boccanegra fournit les moyens de

payer la solde de ces bandes: «Et de là alèrent à Burges (Burgos)

où ilz entrèrent et orent grant finance, tant des Sarrazins que

Chrestians que des Juis. Et avoient juré et promis non faire

guerre à messire Bertran ne au roy Henry jusquez un an après leur

retour. Et après avoient prise Tolète (Tolède) et y orent grant

finance. Après, _prindrent Sebille_ (Séville) _où ilz trouvèrent

le tresor du roi Pietre, dont ils furent paiez_, POUR EULX

RETOURNER.» _Arch. Nat._, X1a 1475, fº 176.

[314] Ayala (p. 422), d’accord sur ce point avec Froissart, dit

que don Henri garda à son service Bertrand du Guesclin et Hugh de

Calverly ainsi que quinze cents lances choisies surtout parmi les

bandes françaises et bretonnes. Le sire d’Audrehem resta aussi en

Espagne.

[315] Lorsque Bertrand était parti pour l’Espagne à la fin

de 1365, Olivier de Mauny, alors capitaine de Carentan pour

le comte de Longueville, n’avait pas accompagné son cousin.

Olivier de Mauny, seigneur de Lesnen (fief situé en Saint-Thual,

Ille-et-Vilaine, arr. Saint-Malo, c. Tinténiac), n’arriva en

Languedoc que vers le milieu de 1366. Il passa devant Montpellier

le premier juin de cette année et, après avoir mis au pillage

tous les environs de cette ville récemment cédée au roi de

Navarre, se remit en route, le 5, dans la direction d’Agde:

«Item, le primier jorn de junh (1366), M. Olivier de Mauni et

M. G. Boten (il faut sans doute lire: Geffroi Budes, d’Uzel,

Côtes-du-Nord, arr. Loudéac, le même qui déposa le 17 septembre

1371 dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois;

dom Morice, _Preuves_, II, 10), cavaliers de Bretanha, capitanis

d’alcunas grans companhas, am las dichas companhas se alojeron

als barris deis Augustis et en los autres de Montpellier et à

Castel Nou et en los autres luocs entorn Montpellier, et estant

aqui gasteron motas tozelieyras et motas sivadieyras et autres

camps de Montpellier et dels dichs autres luocs, et y feron motz

autres mals, e puoys a V jorns del dich mes, s’en desalotjeron et

aneron s’en en Agades (Agde, Hérault, arr. Béziers), per seguir

las autras companhas.» _Thalamus parvus_, p. 372.--Olivier de

Mauny se rendait en Aragon où il allait prendre possession du

poste de capitaine et châtelain de Borja (Aragon, sur la Huccha,

à 25 kil. S. E. de Taraçona, à la limite de l’Aragon et de la

Navarre), que venait de lui confier son cousin Bertrand nommé

par Pierre IV comte de Borja, en récompense de ses services. En

1375, du Guesclin vendit ce comté à l’archevêque de Saragosse,

moyennant le prix de 27 000 florins d’or (communication de M. le

marquis de Santa Coloma).

Arrivée et séjour de don Pèdre à Bordeaux[316]. Il promet de faire

roi de Castille Édouard, le jeune fils du prince de Galles, et de

distribuer ce qu’il a conservé de ses trésors[317] aux gens d’armes

du prince. Celui-ci, malgré les avis de ses conseillers qui le

détournent d’une intervention armée en faveur du roi détrôné, est

disposé à prendre parti pour ce dernier, d’abord parce que, souverain

légitime, don Pèdre a été supplanté par un bâtard, ensuite, parce

que l’adversaire de don Henri de Trastamare a été de tout temps pour

l’Angleterre un allié fidèle. Toutefois, avant de mettre ce dessein à

exécution, le prince d’Aquitaine veut avoir l’avis de ses vassaux et

des grands feudataires de sa principauté. P. 199 à 204, 365.

[316] La relation de Lopez de Ayala diffère un peu de celle de

Froissart. Le chroniqueur espagnol prétend que don Pèdre se

rendit d’abord de Santiago à la Corogne où il reçut le sire de

Poyane et un autre chevalier gascon députés par le prince de

Galles pour l’inviter à se rendre dans ses États d’Aquitaine. De

la Corogne le roi détrôné de Castille gagna Saint-Sébastien et

de là Bayonne. Arrivé dans cette dernière ville, il fit savoir

son arrivée au prince et, sans attendre que celui-ci vînt à

sa rencontre, alla au-devant de lui jusqu’au Cap Breton (auj.

Landes, arr. Dax, c. Saint-Vincent-de-Tyrosse). Quelques jours

après l’entrevue de Capbreton, le prince d’Aquitaine, don Pèdre

et Charles, roi de Navarre, se donnèrent rendez-vous à Bayonne,

et ce ne fut qu’après cette conférence que l’ex-roi de Castille

alla lui-même à Bordeaux. Froissart, qui se trouvait alors dans

cette ville à la cour du prince, devait, selon la judicieuse

remarque de Buchon, être mieux informé de ces détails que Lopez

de Ayala attaché au service personnel de don Henri de Trastamare.

[317] Don Pèdre n’avait emporté que trente-six mille doubles; la

plus forte partie de son trésor et ses joyaux, confiés à Martin

Yanez et saisis par l’amiral Boccanegra, étaient devenus, comme

nous l’avons dit plus haut, la proie de don Henri de Trastamare.

Le prince d’Aquitaine convoque à un parlement à Bordeaux les

seigneurs et barons, tant de Poitou, de Saintonge, de Rouergue, de

Quercy, de Limousin, que de Gascogne. On lui conseille d’en référer

au roi d’Angleterre, son père, et quatre chevaliers sont envoyés à

cette fin à Londres. Édouard III, après avoir consulté les gens de

son Parlement, est d’avis que son fils donne suite à son projet et

entreprenne une expédition pour remettre don Pèdre sur le trône.

Les barons d’Aquitaine, convoqués de nouveau, demandent qui payera

leur solde. Don Pèdre promet d’employer tous ses trésors, qui sont

immenses, au payement de cette solde; et le prince anglais, de son

côté, se charge de pourvoir aux frais de l’expédition et de faire

les avances nécessaires jusqu’à l’arrivée en Castille. Jean Chandos

et Thomas de Felton vont à Pampelune inviter Charles le Mauvais à se

rendre à Bayonne, afin qu’on s’entende avec lui sur les conditions du

passage à travers ses états; car l’armée du prince ne peut pénétrer

en Espagne sans traverser la Navarre en franchissant les défilés de

Roncevaux[318]. P. 204 à 209, 366, 367.

[318] Roncevaux ou Roncesvalles, vallée et port ou passage situé

en Navarre, sur le versant espagnol des Pyrénées, entre Pampelune

et Saint-Jean-Pied-de-Port. Roland, chef de l’arrière-garde de

l’armée de Charlemagne, y fut vaincu par les Sarrasins et y périt

le 15 août 778.

Le prince d’Aquitaine, don Pèdre et le roi de Navarre ont ensemble à

Bayonne[319] des conférences qui durent plusieurs jours. Moyennant le

payement d’une somme de cent vingt mille francs[320] et la cession de

Logroño[321], de Salvatierra[322] et de Saint-Jean-Pied-de-Port[323],

Charles le Mauvais consent à laisser passer à travers son royaume

l’armée qui doit se rendre en Espagne pour rétablir don Pèdre sur le

trône de Castille. L’allié de don Pèdre s’empresse de rappeler près

de lui ceux de ses hommes d’armes que du Guesclin a enrôlés sous la

bannière du comte de Trastamare. Eustache d’Auberchicourt, Hugh de

Calverly, Gautier Hewet, Mathieu de Gournay[324], Jean Devereux,

répondent les premiers à l’appel du prince et quittent l’Espagne pour

retourner à Bordeaux. Bientôt après le départ de ces chevaliers,

quelques-uns des principaux capitaines d’aventure, Robert Briquet, Jean

Creswey, Robert Ceni, Bertucat d’Albret, Garciot du Castel, Naudon

de Bageran, les bours de Lesparre, Camus et de Breteuil, reprennent

aussi le chemin de la Gascogne pour aller offrir leurs services au

prince d’Aquitaine.--Du Guesclin, de son côté, se rend auprès du roi

d’Aragon, du duc d’Anjou qui se tient alors à Montpellier, et du roi de

France[325], afin d’engager ces princes à prendre parti pour Henri de

Trastamare et à lui envoyer des renforts. P. 209 à 213, 367 à 369.

[319] «Nos igitur Petrus, rex Castellæ et Legionis, Carolus, rex

Navarræ et Edwardus, princeps Aquitaniæ, supradicti, convenientes

in unum _in civitate Baionensi_.» Rymer, III, 800.--Cette

citation prouve que les conférences préliminaires, où le prince

d’Aquitaine, les rois de Castille et de Navarre s’entendirent

sur les conditions de leur alliance, se tinrent, comme le dit

Froissart, à Bayonne; mais le traité lui-même ne fut rédigé et

signé par les plénipotentiaires des trois contractants qu’à

Libourne, dans le couvent des Frères Mineurs du dit lieu, le 23

septembre 1366. _Ibid._, 800 à 807.

[320] _Le traité porte_ 200 000 _florins d’or vieux_: «El rey don

Pedro pagara al rey de Navarra _dozientas vezes mil florines de

oro_.» Rymer, III, 801, 1re col., I. 21 et 22.

[321] Espagne, prov. Burgos, sur l’Ebre, à 88 kil. E. de Burgos.

[322] Espagne, prov. Alava, à 240 kil. E. N. E. de Vittoria.

Ayala dit que don Pèdre s’engagea à céder au roi de Navarre la

province de Guipuzcoa (cap. Saint-Sébastien) et celle de Logroño.

[323] Basses-Pyrénées, arr. Mauléon. Don Pèdre s’engageait,

d’un autre côté, à céder au prince d’Aquitaine une partie de

la Biscaye, particulièrement les ports de mer et le château

d’Ordiales; il se reconnaissait en outre le débiteur du prince

pour une somme de 550 000 florins d’or au coin de Florence. Cette

somme et 56 000 florins, avancés par le prince et payés au roi

de Navarre, devaient être remboursés dans le délai d’un an. Les

jeunes infantes, filles de Marie de Padilla, ainsi que les femmes

et les enfants des seigneurs castillans émigrés, demeureraient

en otage à Bordeaux jusqu’au payement intégral de cette dette.

Rymer, III, 802, 703. Ayala, p. 433.

[324] Vers le milieu de 1366, don Henri de Trastamare avait

dépêché ce Mathieu de Gournay à Lisbonne pour obtenir du roi de

Portugal qu’il demeurât neutre dans la lutte qui allait s’ouvrir.

Vicomte de Santarem, _Quadro de relações politicas_, III,

26, d’après Mérimée, p. 439.

[325] Il y a tout lieu de croire, malgré l’assertion de

Froissart, que du Guesclin ne se rendit pas de sa personne auprès

du roi de France à la fin de 1366.

A la nouvelle de l’expédition projetée par le prince d’Aquitaine et de

Galles pour rétablir don Pèdre sur le trône de Castille, Pierre, roi

d’Aragon, fait alliance avec don Henri de Trastamare[326], et interdit

aux Compagnies anglo-gasconnes, qui veulent quitter l’Espagne pour

rejoindre la bannière du prince, le passage à travers l’Aragon et la

Catalogne. Ces Compagnies sont enrôlées définitivement au service du

prince d’Aquitaine par Jean Chandos envoyé en mission dans le pays

basque auprès de leurs chefs; et à la prière de ce chevalier, Gaston

Phœbus, comte de Foix, consent à laisser passer les routiers et leurs

bandes sur son territoire. P. 213 à 216, 369, 370.

[326] Le 10 octobre 1363, don Henri de Trastamare s’était obligé

par le traité de Benifar, de livrer à Pierre IV, roi d’Aragon,

le royaume de Murcie et en outre dix villes importantes des deux

Castilles, Requena, Moya, Otiel, Canyet, Cuenca, Molina, Medina

Celi, Almazan, Soria, Agreda. Sommé vers le milieu de 1366 de

mettre ce traité à exécution (_Arch. génér. d’Aragon_, reg. 1293

_Secretorum_, p. 127), le rival de don Pèdre, pour s’assurer

l’alliance de Pierre IV dans la lutte qui allait s’ouvrir, avait

consenti à céder au roi d’Aragon le royaume de Murcie.

Par le conseil de Jean Chandos et de Thomas de Felton, le prince

de Galles, non content d’avoir fait fondre les deux tiers de son

argenterie, sollicite et obtient d’Édouard III cent mille francs[327]

pour subvenir aux frais de l’expédition projetée. P. 216 à 218, 371,

372.

[327] La somme que le roi d’Angleterre mit à la disposition de

son fils fut prélevée sur une des échéances de la rançon du roi

Jean. Le 1er mars 1366, Édouard III, confirmant un acte en date

du 13 décembre 1363, assigna à son fils aîné Édouard, prince de

Galles, 60 000 écus d’or à prendre sur le premier payement du

second million dû par le roi de France, _ou qui premièrement se

doit faire du second million_ (Rymer, III, 787). Par acte daté

d’Ax (Ax-sur-Ariége, Ariége, arr. Foix), le 29 janvier 1367 (n.

st.), Édouard, prince d’Aquitaine et de Galles, donna procuration

à Jean des Roches, sénéchal de Bigorre, pour recevoir en son lieu

et place 30 000 francs sur la rançon du roi Jean (_Arch. Nat._,

J642, nº 2{7}).

Le sire d’Albret s’engage à servir le prince d’Aquitaine et de Galles

à la tête de mille lances. Apprenant que les gens des Compagnies, au

nombre de trois mille, après avoir franchi les Pyrénées, doivent passer

entre Toulouse et Montauban, Gui d’Azay, sénéchal de Toulouse, les

sénéchaux de Carcassonne[328], de Nîmes[329] et le [vicomte[330]] de

Narbonne marchent à la poursuite de ces pillards[331] à la tête de

cinq cents lances et de quatre mille bidaus. P. 218 à 220, 372 à 374.

[328] C’est Arnaud d’Espagne qui était alors sénéchal de

Carcassonne.

[329] Le sénéchal de Beaucaire et de Nîmes s’appelait Gui de

Prohins.

[330] Aimeri de Lara, vicomte de Narbonne, à qui Froissart donne

par erreur le titre de comte, amiral de France du 28 octobre

1369 à février 1373, mourut en 1382 et fut enterré à l’abbaye de

Fontfroide, au diocèse de Narbonne (auj. château de la commune de

Narbonne). Anselme, _Histoire généal._, VII, 759, 760.

[331] Olivier de Mauny, avant d’aller prendre possession de son

poste de capitaine de Borja pour Bertrand du Guesclin, s’était

mis à la poursuite des Compagnies anglo-gasconnes, et était

accouru au secours de Louis, duc d’Anjou, frère du roi de France

et son lieutenant en Languedoc, dont ces bandes avaient envahi le

gouvernement. Le 13 août 1366, Olivier, à la tête de ses Bretons

renforcés des gens d’armes du duc d’Anjou et des arbalétriers de

la commune de Toulouse, attaqua l’une de ces bandes retranchée

derrière les palissades de Montech (Tarn-et-Garonne, arr.

Castelsarrasin, à 12 kil. S. O. de Montauban), la mit en déroute,

lui tua cent hommes, fit quatre-vingt prisonniers et captura cinq

cents chevaux «Item en aquel an meteys (1366), a XIII d’aost, los

gens d’armas de mossenhor Olivier de Mauni et de la comuna de

Tholoza, aneron armatz combattre una companha d’Angles que era en

los barris de Montuoch, en Tolzan, e los desconfiron si que n’i

ac entorn LXXX pres e C mortz et entorn Vc cavalguaduras prezas:

els autres fugiron.» _Thalamus parvus_, p. 372.

Traquée par les Français, une des bandes anglo-gasconnes se réfugie

dans Montauban; et Jean Trivet, capitaine anglais de cette forteresse,

dans une entrevue qu’il a avec Gui d’Azay et le vicomte de Narbonne,

refuse de livrer des gens d’armes qui viennent rallier la bannière du

prince son maître[332]. P. 220 à 223, 374 à 376.

[332] Charles V s’étant plaint au roi d’Angleterre, précisément

à l’occasion de l’affaire de Montauban, de ce que les Compagnies

s’autorisaient du prince d’Aquitaine pour faire guerre au royaume

de France, Édouard III adressa à son fils aîné une lettre assez

sévère où on lit ce qui suit: «Et les dites gentz d’armes et

Compaignies, requis paravant (le combat livré devant Montauban)

par les gentz de nostre dit frère (le roi de France) par quoi et

par qui et en quel noun il venoient faire guerre en la terre de

nostre dit frère, respondirent que c’estoit de par vous et pur

vous et en vostre noun, et que de ce il avoient voz lettres et

mandement: lesquelles choses seroient, se il est ainsi, contre la

paix et alliances, à grant deshonour et esclaundre de nous et de

nostre estat, et aussi de vous et de noz filz, prelatz et autres

gentz de nostre roialme, et nous desplairoit très durement, ne ne

pourriens en nulle manère ces choses par dissimulacion passer,

sans y mettre remède.» Rymer, III, 808.

Une bataille se livre sous les murs de Montauban entre les Français et

les gens des Compagnies commandés par Robert Ceni[333] et Bertucat

d’Albret[334]. Les Français sont bien trois contre un; mais Jean Trivet

et les soudoyers de la garnison viennent à la rescousse des routiers,

et les habitants de la ville eux-mêmes font pleuvoir sur les Français

une grêle de pierres[335]. En outre, le bour de Breteuil, Naudon de

Bageran amènent aux Anglo-gascons pendant l’action un renfort de quatre

cents combattants de troupes fraîches[336]. Les Français sont mis en

pleine déroute. Gui d’Azay, les vicomtes de Narbonne et d’Uzès, le

seigneur de Montmorillon, les sénéchaux de Carcassonne, de Beaucaire et

plus de cent chevaliers sont faits prisonniers. Cet engagement a lieu

devant de Montauban la veille de la mi-août 1366. P. 223 à 226, 376 à

379.

[333] En 1368, ce Robert Ceni ou Cheni fut fait prisonnier

dans l’abbaye fortifiée d’Olivet (auj. lieu-dit de la commune

de Saint-Julien-sur-Cher, Loir-et-Cher, arr. de Romorantin, c.

Menetou-sur-Cher, sur la rive gauche du Cher), par Louis de

Sancerre, Gui le Baveux et le gouverneur de Blois. Robert Cheni

eut la tête tranchée ainsi que tous les routiers placés sous ses

ordres. _Bibl. Nat._, ms. fr. nº 4987, fº 87 vº.

[334] La lettre du roi d’Angleterre, dont nous venons de citer

un fragment, mentionne en outre parmi les chefs de ces bandes

Rocamadour, le bour Camus, Garciot du Castel et un routier nommé

Frère Darrère, que dom Vaissete appelle Fierderrière. _Hist. du

Languedoc_, IV, 332.

[335] Le combat n’eut pas lieu au pied des remparts de Montauban,

comme le raconte Froissart, mais à la Villedieu (Tarn-et-Garonne,

arr. Castelsarrasin, c. Montech), à 12 kil. à l’ouest de

Montauban. «Et l’endemain (14 août 1366), ledit seneschal (de

Toulouse) et ses gentz chevauchèrent après les dites gentz

d’armes et compaignes _jusqes près d’une ville appelée la Ville

Dieu, près de Montauban, en la terre et obeissance de nostre

dit frère_, et illoec s’arrestèrent les dites gentz d’armes et

Compaignes et se mistrent en arroy de combattre...» Rymer, III,

808, col. 1.

[336] La défaite fut amenée par la défection d’une bande de

routiers à la solde du duc d’Anjou qui, après avoir promis de

rester simples spectateurs du combat, prirent parti pour les

Anglo-gascons, aussitôt que l’action fut engagée et chargèrent en

queue les Français. «Deux centz combattantz anglais, qui avoient

au commencement esté avecques les gentz de nostre dit frère (le

roi de France) et s’estoient retraitz, parceq’il disoient qu’il

ne se combatroient point encontre les ditz gentz d’armes et

Compaignes, parceq’il estoient de leur alliance et serement, et

q’il venoient de vostre principauté (c’est Édouard III qui écrit

au prince d’Aquitaine), corurent par darrère sur les gentz de

nostre dit frère, et adonc furent les gentz de nostre dit frère

desconfiz et pris et mors une partie.» Rymer, III, 808, col.

2.--L’auteur de la chronique romane de Montpellier dit, de son

côté, que Gui d’Azay, sénéchal de Toulouse, Arnaud d’Espagne,

sénéchal de Carcassonne, le bour de Béarn, les vicomtes de

Narbonne et de Caraman et beaucoup d’autres vaillants hommes «y

foron nafratz et apreyzonatz per la tracion de IIc homes d’armas

angles loscals anavon am los Frances; els Frances, cofizan

se d’els, los avian meses en l’arieregarda, e quant venc al

combatre, els feriron sus los Frances.» _Thalamus parvus_, p. 372.

Bertucat d’Albret, Robert Ceni, Jean Trivet, Robert d’Aubeterre[337],

le bour de Breteuil et Naudon de Bageran se partagent le butin.

Les prisonniers s’engagent à payer rançon à Bordeaux dans un délai

convenu et sont mis en liberté à cette condition; mais le pape Urbain

V leur défend sous peine d’excommunication de verser les sommes

promises et déclare nuls tous engagements pris envers les gens des

Compagnies[338]. Ceux-ci adressent des réclamations à Jean Chandos,

connétable d’Aquitaine, qui élude leurs plaintes pour ne pas froisser

le Saint-Père. P. 226 à 228, 379, 380.

[337] Ce Robert d’Aubeterre appartenait sans doute à la même

famille que Guardia Raymond, sire d’Aubeterre, qui avait été

comme nous l’avons dit plus haut, le principal condottière des

Compagnies anglo-gasconnes emmenées en Espagne par Bertrand du

Guesclin, à moins que Froissart n’ait fait confusion et n’ait

voulu désigner le sire d’Aubeterre lui-même. Il est certain que

celui-ci alla rejoindre le prince de Galles sous les ordres

duquel il combattit à Najera: «Toutes les debtes d’Aubeterre

furent confisquéez, car le sire estoit juré messire Bertran et se

tourna contre lui. _Oultre, il fu depuis ou royaulme de France

avec les Compaignes._» _Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº 176.

[338] Urbain V, l’un des papes les plus grands et les plus saints

qui aient régi la chrétienté, combattait alors les Compagnies

sans trêve ni merci et lançait contre elles à coups redoublés les

foudres apostoliques. Par une bulle datée d’Avignon le 2 mai 1366

et adressée à l’archevêque de Toulouse, il venait d’excommunier

et de frapper des plus terribles anathèmes les bandes de pillards

cantonnées en France et spécialement dans le Languedoc (_Arch.

Nat._, L312, nº 9). S’il fallait en croire le duc d’Anjou dans

les instructions qu’il remit en 1376 à ses ambassadeurs auprès

de don Henri, roi de Castille, l’affaire de la Villedieu aurait

coûté plus de trois millions au royaume de France.

L’effectif des Compagnies anglo-gasconnes s’élève à douze mille

soudoyers: le prince de Galles les prend à ses gages depuis la fin

d’août 1366 jusqu’à l’entrée de février 1367. D’un autre côté, don

Henri de Trastamare retient à son service les soudoyers français et

surtout les bandes bretonnes dont les principaux chefs sont, après

Bertrand du Guesclin, Silvestre Budes[339], Alain de Saint-Pol,

Guillaume du Bruel et Alain de Lakouet[340].--Sur ces entrefaites,

Jean, duc de Lancastre[341], vient amener au prince de Galles son

frère un renfort de quatre cents hommes d’armes et de quatre cents

archers. Le roi de Majorque, dépouillé de ses états par le roi

d’Aragon, se rend aussi, vers la même époque, à la cour de Bordeaux

où il expose ses griefs, et on lui donne l’assurance qu’au retour de

l’expédition d’Espagne on l’aidera à recouvrer son royaume[342]. Le

prince d’Aquitaine reçoit continuellement des plaintes au sujet des

désordres de tout genre commis par les gens des Compagnies qu’il a

enrôlés à son service; mais il attend la délivrance de la princesse

sa femme, qui est sur le point d’accoucher, et on lui conseille de

laisser passer la fête de Noël avant de s’engager dans les défilés

de Roncevaux[343]. Le 7 décembre, il écrit au sire d’Albret de lui

amener deux cents lances, au lieu de mille, comme il avait été convenu

d’abord. Le sire d’Albret se fâche et répond qu’il renonce à servir

le prince, car il ne saurait trier ces deux cents lances parmi les

mille qu’il avait retenues pour faire partie de l’expédition. Le prince

d’Aquitaine est outré de dépit d’une telle réponse et se montre bien

résolu à ne pas laisser cette insolence impunie; toutefois, le comte

d’Armagnac accourt à Bordeaux et réussit à obtenir la grâce du sire

d’Albret, son neveu[344], grâce à l’entremise de Jean Chandos et de

Thomas de Felton. Cet incident n’en doit pas moins être considéré comme

le point de départ de la brouille entre le prince de Galles et le sire

d’Albret[345]. P. 228 à 234, 380 à 382.

[339] Silvestre Budes, fils de Guillaume Budes et de Jeanne du

Guesclin, seigneur d’Uzel (auj. Uzel-près-l’Oust, Côtes-du-Nord,

arr. Loudéac), était le cousin de Bertrand du Guesclin dont, s’il

faut en croire d’Argentré, il porta la bannière à la bataille de

Najera. Il était frère de Geffroi Budes dont nous avons eu déjà

l’occasion de parler.

[340] Cet Alain de Lakonet ou de Lakouet était sans doute le

frère de Yon ou Yvon de Lacouet, «chevalier de Bretaigne», dont

Olivier de Mauny se porta garant vis-à-vis du roi de France le 26

avril 1368. _Arch. Nat._, J621, nº 72.

[341] Par acte daté de Westminster le 20 octobre 1366, Édouard

III mande à deux de ses sergents d’armer dans les ports de

Plymouth, de Dartmouth, de Weymouth et de Fowey, vingt navires

destinés à transporter en Aquitaine Jean, duc de Lancastre,

avec des hommes d’armes et des archers (Rymer, III, 810). Le

départ d’Angleterre de Jean de Gand dut avoir lieu peu après le

2 novembre, jour où le roi son père lui accorda un sauf-conduit

(_Ibid._, 812). Cf. p. LXXVIII, note 278.

[342] Jayme II, roi de Majorque, père de Jayme dont il est

question dans ce passage de Froissart, avait été détrôné par

Pierre IV, roi d’Aragon, dit le Cérémonieux, qui avait réuni

le royaume de Majorque à l’Aragon par un acte solennel du 29

mars 1344. Dans une campagne entreprise pour reconquérir ses

États, Jayme II fut blessé grièvement et mourut des suites de

ses blessures le 25 octobre 1349. Pour subvenir aux frais de

cette dernière et malheureuse tentative, il avait vendu au roi

de France, le 18 avril 1349, pour 120 000 écus d’or, tout ce

qui lui restait de son royaume, c’est-à-dire les seigneuries de

Montpellier et de Lattes (Hérault, arr. et c. Montpellier). Sa

veuve Yolande, qui continuait de s’intituler reine de Majorque,

se remaria à Othon, duc de Brunswick, et celui-ci autorisa sa

femme, le 20 novembre 1353, à traiter avec le roi de France au

sujet de 1000 livres de rente viagère qu’elle réclamait du dit

roi pour son douaire (_Arch. Nat._, J598, nº 21). Jayme, fils

de Jayme II, qui prit part à l’expédition du prince de Galles

en Espagne, était le troisième mari de Jeanne I de Naples,

petite-fille de Robert, roi de Naples, qu’il avait épousée le

14 décembre 1362. Jeanne avait succédé comme reine de Naples à

Robert son aïeul mort le 19 janvier 1343.

[343] Pour se rendre de Guyenne en Castille, il n’y avait

au quatorzième siècle qu’une seule route où une armée pût

s’engager avec de la cavalerie; c’était celle qui, passant par

Saint-Jean-Pied-de-Port, longe la fameuse vallée de Roncevaux, et

qui, après avoir franchi la cime des Pyrénées par un col élevé,

suit le cours de l’Arga pour venir déboucher sur Pampelune.

[344] Mathe d’Armagnac, seconde femme de Bernard Ezy et mère

d’Arnaud Amanieu, sire d’Albret, vicomte de Tartas, fille de

Bernard VI, comte d’Armagnac et de sa première femme Isabelle

d’Albret, était l’aînée des deux sœurs de Jean I, comte

d’Armagnac. Par conséquent, Arnaud Amanieu, sire d’Albret, qui

figure dans ce récit, était bien, comme le dit Froissart, le

neveu du comte d’Armagnac. Anselme, _Hist. généal._, III, 415,

VI, 209.

[345] Le mécontentement du sire d’Albret avait une cause

moins chevaleresque que celle qui est indiquée ici par le

secrétaire de la reine d’Angleterre, alors l’un des hôtes et des

historiographes de la cour de Bordeaux. Arnaud Amanieu avait été

gratifié d’une rente annuelle de 1000 livres sterling, équivalant

à 6000 francs d’or, sur la cassette d’Édouard III, mais cette

rente était si mal payée, qu’à la fin de 1368, on devait au

titulaire dix ans d’arrérages, soit 60 000 francs. Le 4 mai 1368,

Charles V maria Marguerite de Bourbon, l’une des sœurs cadettes

de sa femme, au sire d’Albret et, le 19 novembre suivant, il

s’engagea à verser entre les mains de son nouveau beau-frère les

60 000 francs d’arrérages dus par le roi d’Angleterre, et en

outre à lui servir la rente annuelle de 6000 francs promise, mais

non payée, par Édouard III: c’est en reconnaissance de ces deux

actes si profondément politiques qu’Arnaud Amanieu se décida,

vers la fin de cette année, à porter appel devant le Parlement

de Paris de ses démêlés avec le prince d’Aquitaine, en d’autres

termes, à fournir au roi de France, qui était prêt, un prétexte

pour se faire attaquer et pour poursuivre, sous les apparences

d’une guerre défensive, la revanche de Poitiers et de Brétigny.

_Arch. Nat._, JJ99, nº 345.

[1] CHRONIQUES

DE J. FROISSART.

Chroniques de J. Froissart, tome 06/13 · 第 15 / 43 题