VLADIVOSTOK

[Illustration: Le port et la ville de Vladivostok: au centre, le

croiseur "Rossia", remis en état; au premier plan, groupe d'officiers et

de fonctionnaires.--_Phot. Marcerou-Schreter et Cie._]

Les Japonais ont souvent annoncé qu'aussitôt après la chute de

Port-Arthur ils dirigeraient leurs efforts contre Vladivostok.

La prise de Port-Arthur leur a coûté huit mois d'efforts et 90.000

hommes de pertes: la prise de Vladivostok serait encore plus difficile.

Cette forteresse, en effet, est dans une situation naturelle bien plus

avantageuse que Port-Arthur et son organisation défensive est également

plus solide.

Elle est située à l'extrémité d'une presqu'île rectangulaire de 30

kilomètres de long sur 10 de large, qui s'avance entre le golfe de

l'Oussouri et celui de l'Amour. Ce dernier, large d'environ 12

kilomètres, est entièrement battu par le feu des forts; en outre il est

semé de petites îles, de rochers à fleur d'eau ou d'écueils cachés, qui

y rendent la navigation extrêmement périlleuse: l'accident du _Bogatyr_

l'a assez prouvé.

La rade est protégée, sur le front de mer, par une grande île montueuse

aux formes tourmentées, l'île Russe (Rouski) qui crée en avant d'elle

deux goulets, le Bosphore oriental et le Bosphore occidental ou détroit

de l'Ouest. Cette île était déjà au début des hostilités couverte de

fortifications, innombrables aujourd'hui.

Le port se trouve, enfin, au fond d'une rade merveilleuse, la Corne

d'Or, de 6 kilomètres de longueur, assez profonde pour être accessible

tout entière et à toute marée aux plus grands navires, assez grande pour

pouvoir donner l'hospitalité à toutes les flottes du monde réunies. La

Corne d'Or est protégée des vents de tous côtés par les sept collines

qui l'entourent, hauteurs couvertes, elles aussi, de forts permanents et

de travaux multiples. On peut donc dire que, du côté de la mer,

Vladivostok est inabordable.

A côté de ces avantages considérables, ce grand port souffre d'un grave

défaut: plus éloigné que Port-Arthur des courants chauds bienfaisants,

il voit tout le long des côtes la mer se geler pendant environ trois

mois par an, généralement de la mi-décembre à la mi-mars. La Corne d'Or,

elle, n'est prise, en moyenne, que pendant une quinzaine de jours.

La glace n'est d'ailleurs pas un obstacle absolu: les Russes au moyen de

deux puissants brise-glace, dont le principal est le _Baïkal_ de 4.000

tonneaux, ont toujours pu assurer, en plein hiver, les actives

transactions commerciales du port, en ouvrant un chenal aux navires;

mais il ne faut pas se dissimuler que ce mode de passage n'est pas très

favorable aux évolutions d'une escadre battue ou poursuivie. C'est pour

cette raison que l'escadre de la Baltique n'a aucun intérêt, fût-elle

même suffisamment renforcée, à tenter la lutte contre la flotte

japonaise avant l'époque du dégel. Du côté de la terre, la situation de

Vladivostok est également fort avantageuse: la péninsule est couverte de

montagnes de 200 à 500 mètres d'altitude, solidement fortifiées, offrant

toute une série de défenses successives qui rappellent celles du Kouang

Toung, avec cette différence qu'elles sont appuyées sur des ouvrages de

fortification permanente construits à loisir, au lieu des ouvrages

improvisés des avant-lignes de Port-Arthur, dont l'enlèvement a

cependant demandé aux Japonais trois mois de lutte sanglante. S.-F.

[Illustration: Carte de Vladivostok et de ses abords, dressée d'après

les documents les plus récents. LA DERNIÈRE BASE NAVALE DES RUSSES EN

EXTRÊME-ORIENT]

[Illustration (2 pages): LA FIN DE LA RÉSISTANCE DE PORT-ARTHUR

Le général Stoessel visite dans les défenses avancées les survivants de

cinq jours et cinq nuits de combat.]

«_Grand souverain, pardonne-nous, nous avons fait ce que humainement il

était possible. Juge-nous, mais miséricordieusement. Pendant presque

onze mois, une lutte ininterrompue a épuisé nos forces; un quart

seulement, dont moitié même sont malades, des défenseurs occupent sans

secours 27 verstes de forteresse sans pouvoir même alterner pour un

court repos. Les hommes sont devenus des ombres._»

Télégramme du général Stoessel à l'empereur Nicolas II. 1er janvier

1905.

[Illustration: Un des candélabres du quai du Léman.--_Phot.

Bonnet-Favaron._]

[Illustration: Le quai du Léman (au fond, à gauche: la jetée).--_Phot.

Bonnet-Favaron._]

[Illustration: Pavillon de la terrasse du parc Mon-Repos.--_Phot.

Borrey._]

[Illustration: Arbustes et massifs devant les villas du quai du

Léman.--_Phot. Quay-Cendre._]

[LES QUAIS DE GENÈVE SOUS LA GLACE

_Une bise violente soufflant sur le lac Léman et chassant l'eau par

rafales, le 1er et le 2 janvier, au moment où la température descendait

à un degré de froid exceptionnel, a produit sur toutes les végétations

proches du rivage et le long des quais de Genève un effet de congélation

véritablement remarquable. Les arbres et les massifs des villas qui

bordent le lac, les parapets et les candélabres des quais de la

ville--ces candélabres ne se dressent pas à moins de 7m,50 au-dessus du

niveau de l'eau--se sont recouverts d'une épaisse couche de glace

offrant un aspect hyperboréen des plus inattendus._]

[Illustration: GRAVURE D'A. TILLY FILS TABLEAU D'ALBERT GUILLAUME

L'Illustration, No. 3229, 14 Janvier 1905 · 第 16 / 31 题