[Illustration: M. Vadécard.--_Phot. Marius._]
M. Vadécard, dont le nom vient d'acquérir, à la suite d'incidents
retentissants, une notoriété quasi universelle, est, nul ne l'ignore
aujourd'hui, le secrétaire général du Grand-Orient de France.
L'importance soudainement révélée de son rôle dans l'affaire désormais
historique dite «des fiches» l'ayant mis au premier plan de l'actualité,
sa personne ne pouvait rester à l'abri de la curiosité des profanes,
derrière les murailles du Temple où il exerce ses fonctions avec une
activité discrète. De ce jour, la publication de sa biographie
s'imposait. Déjà la presse quotidienne l'a répandue à des milliers
d'exemplaires; bornons-nous donc à en résumer les points exacts.
Fils de travailleurs de modeste condition, M. Vadécard est né dans la
Seine-Inférieure. Des bancs de l'école primaire, il passa au pupitre
d'une étude de notaire, puis, appelé sous les drapeaux, fit son service
comme artilleur; à sa sortie du régiment, il obtint un emploi à
l'administration centrale du Grand-Orient, devint sous-chef du
sous-secrétariat et enfin secrétaire général. Ce titre, ses qualités
d'ancien administrateur de la caisse des écoles du quatorzième
arrondissement de Paris, sa collaboration à divers journaux et revues
d'un républicanisme plutôt foncé lui valaient le ruban rouge, au mois de
janvier de l'an dernier.
Mais rien ne saurait mieux compléter cette notice sommaire que la
physionomie même du personnage, et, s'il est un soin qui tout
particulièrement incombe à un grand périodique illustré, c'est de la
faire connaître au public. Nous donnons donc son portrait, document rare
et presque inédit, jusqu'à présent, d'après une photographie récente,
ressemblance garantie. Cette fidèle image d'un des plus fervents
zélateurs d'un genre d'apostolat qu'il ne nous appartient pas
d'apprécier ici nous montre un homme encore jeune (trente-huit ans), un
visage d'apparence bénigne au premier abord, mais où les traits
caractéristiques, à les observer de près, annoncent un esprit réfléchi,
méthodique et ferme en ses desseins.
Loin de renier son humble origine, M. Vadécard s'honore d'être un enfant
du peuple; il se flatte de devoir surtout à son labeur la haute
situation qu'il occupe aujourd'hui dans la puissante association
maçonnique de la rue Cadet. Certes, sa place n'est point une sinécure, à
n'en juger que par l'organisation du fameux système de «fiches» dont il
fut la cheville ouvrière. A ce sujet, d'ailleurs, le secrétaire général
du Grand-Orient, soucieux de départir les responsabilités, déclare en
propres termes que, «si, depuis février 1901, il a contribué à fournir
au ministère de la guerre les moyens de contrôler les sentiments et les
tendances politiques des officiers de l'armée française, c'est sur la
demande expresse du ministre, au vu et au su de son entourage immédiat».
[Illustrations (4): Mme Barnay, M. Sylvain Périssé, ingénieur, M. le Dr
Pouchet, M. Girard.]
[Illustration: La dernière lettre écrite par M. Gabriel Syveton à son
père, quatre jours avant sa mort.]
[Illustration: LA CHEMINEE A GAZ DU CABINET DE TRAVAIL DE M. SYVETON.
_La tache noire que l'on aperçoit au milieu du manteau blanc de la
cheminée est un débris des scellés de justice qui fermaient le tablier
et qui ont été brisés pour les expertises judiciaires._]
[Illustration: LE CABINET DE TRAVAIL DE M. SYVETON
Photographie officielle prise par M. Bertillon après la mise en place
devant la cheminée d'un agent de la sûreté figurant le cadavre.]
[Illustration: Casbah de Saïdia. Village des Bocoyas. Phare
Panorama de Port-Say et de la plaine des Oulad-Mansours.]
Le prétendant Moulay-Mohammed, celui que les Merarbas appellent le Rogui
(le Révolté), après une assez longue période d'inaction, est rentré en
scène à la frontière algéro-marocaine. Le 31 décembre dernier, il avait
envoyé 500 cavaliers attaquer la casbah de Saïdia, située à l'embouchure
de l'oued Kiss, qui forme en cet endroit près du rivage méditerranéen la
frontière entre l'Algérie et le Maroc.
Il fut d'abord repoussé avec de grandes pertes par le pacha El Hadj
Allai, commandant militaire de la casbah. Mais, quelques jours après,
grâce aux cavaliers de Rou Amama, il fut vainqueur de la mahalla
d'Oudjda et prit sa revanche sur les troupes du pacha, qu'il battit
complètement dans la plaine des Triffas.
Les dépêches, qui nous apportaient ces nouvelles de Port-Say, ajoutaient
que les Marocains, démoralisés, franchissaient l'oued Kiss et
s'établissaient sur le territoire algérien.
En présence de ces événements le général Servières, chef du 19e corps,
ordonna au capitaine Quoniam commandant les zouaves d'Adjeroud de
déplacer son camp et de prendre position à l'entrée de Port-Say, pour
protéger la petite colonie.
Port-Say est situé, en effet, à 1.200 mètres environ de la casbah de
Saïdia, d'où l'on aperçoit les petites maisons blanches et les tuiles
rouges de la ville naissante.
Fondée, il y a cinq ans, par M. Louis Say, lieutenant de vaisseau de
réserve, à l'extrémité orientale de la plaine des Oulad-Mansours et de
la plage du Kiss; située à l'embouchure d'un oued, route naturelle en
Algérie qui, par le cirque d'Adjeroud, la met en communication avec la
plaine des Triffas et la grande plaine des Angads où se trouvent Marnia
et Oudjda, la nouvelle ville est le débouché de tous les produits
agricoles de la région.
L'énergie de M. Louis Say et l'activité intelligente de ses
collaborateurs, dont l'un des principaux est M. Bourmancé, facilitent
aux négociants les transactions commerciales.
Un port est en construction et un abri temporaire permet à de petits
bateaux plats, en usage aussi à Tanger et appelés «gondoles», les
embarquements d'orge, de bestiaux, ou les débarquements de matériaux et
d'approvisionnements, destinés au camp des zouaves et au bordj des
spahis.
[Illustration: Port-Say, vu de la plage du Kiss.]
[Illustration: Débarquement d'orge à l'abri de la première jetée de
Port-Say.]
Le pacha El Hadj Allai lui même a souvent recours aux marins bocoyas de
M. Say. Récemment les Bocoyas, des Riffains établis à Port-Say,
opérèrent le débarquement de plusieurs milliers de quintaux d'orge
achetés en Algérie pour ravitailler la casbah et les silos de la plaine
des Oulad-Mansours, dévastés par la guerre actuelle.
Non seulement les Marocains viennent à Port-Say pour échanger leurs
produits, mais encore, lorsqu'ils sont malades, ils y trouvent les soins
et les remèdes nécessaires. Il existe même à Port-Say une école où les
petits Marocains apprennent le français.
Enfin, à l'entrée de la grande avenue, dite de Marnia, s'élève une
construction élégante de style barbaresque: c'est le «Colonial Club» où
chaque soir, après le dur labeur de la journée, M. Say se réunit avec
ses collaborateurs.
Tout cela est bien de la vraie «pénétration pacifique» et l'on voit que
nos colons algériens, comme nos diplomates, ne restent pas inactifs dans
l'accomplissement de la mission dévolue à la France.