CHEZ ARTHÉNICE

Elle arrive à l’hôtel. La _Loge de Zyrphée_

Est pleine. On va partir. Et la Marquise-Fée

Sourit à Doralise et la reçoit au seuil.

Doralise a le temps d’admirer d’un coup d’œil

La célèbre hauteur des fenêtres, les lustres

Vantés, les paravents fameux, les fleurs illustres.

Le murmure qui court plein de noms glorieux

L’enchante. Et tout de suite elle cherche des yeux

Madame Cornuel, Gombaud, Godeau, Ménage.

Elle est parmi ces gens; c’est bien elle; elle nage.

Elle aperçoit Phylante et Tiridate, mais

Tels que dans sa ruelle on ne les vit jamais:

Celui-ci moins pompeux, celui-là plus modeste.

Elle-même se sent moins pédante, plus leste.

Et, le premier moment passé de vanité,

Elle éprouve une étrange et noble alacrité,

La satisfaction fine d’être mêlée

A je ne sais quelle œuvre exquise, heureuse, ailée.

Dans ce grand cabinet splendide et bruissant,

On se sent vaguement dans une ruche; on sent

Que là, pendant qu’il rit doucement et qu’il cause,

Ce monde, pour plus tard, fabrique quelque chose.

Et parfois il semblait à Doralise encor

Que quelques-uns des mots qu’en ce joli décor

Lançaient tous ces coquets à toutes ces coquettes,

Dépassaient l’arc prévu par les frêles raquettes,

Et, devenus vivants, qu’ils s’envolaient, ces mots,

Comme si des volants devenaient des oiseaux!

Le Cantique de l'Aile · 第 101 / 131 题