DIX HEURES MOINS LE QUART

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Mais soudain Lycidas devient plus diaphane,

Éric se décolore, Amaryllis se fane,

Les cheveux de Daphnide en vapeurs se défont,

Alcimadure avec Lindamor se confond;

Et, tandis qu’un ruban dont flotte l’adieu tendre

Désigne seul, au loin, la place où fut Sylvandre,

Et que de Céladon il ne reste plus rien,

Lui-même le Pays s’envole, aérien.

Tout disparaît. Le Faune accoudé sur un cippe,

Au coin du carrefour bleuâtre, se dissipe.

Le Pont s’évanouit ainsi qu’un arc-en-ciel.

L’indispensable Bois, le Banc essentiel

S’effondrent doucement, suivis par les Fontaines.

Un doigt mystérieux efface les grands Chênes

Avec tous les sonnets qui sont écrits dessus...

Et sur le fond, alors, où ne se dresse plus

Le vieil Arbre creusé qui sert de boîte à lettres,

Commencent à monter lentement deux fenêtres:

On voit se préciser peu à peu leurs carreaux;

Un restant de bergers, de mages, de héros,

Fond sur leur verre ainsi qu’un givre de décembre;

Le jour entre; il repousse aux angles de la chambre,

Où la nuit les reprend, les débris du décor;

Le bout d’une houlette, un instant, danse encor;

L’œil d’un sorcier devient un clou qui s’ensoleille...

Et Sibylle-Anne Ogier de Mirmande s’éveille.

Elle s’éveille. Elle est éveillée.

Et pourtant

Elle doute de l’être, à cause qu’elle entend

Son rêve s’obstiner à mêler des théorbes

Au piaillis des moineaux qui picorent des sorbes

Dans le jardin voisin d’un hôtel du Marais.

Le songe, quand Phœbus l’a percé de ses rais,

Survit-il à demi? Peut-on, quand on s’éveille,

Les yeux ne rêvant plus, rêver avec l’oreille?

Quelle est cette aventure?... Et, brusque, son talon,

Hors de l’immense lit aussi large que long,

Tombe, comme une rose, au tapis de l’estrade;

Elle fait quatre pas hors de la balustrade

Qui sépare la chambre, avec pompe, du lit,

Regarde d’un peu loin par la fenêtre, rit,

Refait ses quatre pas en arrière, plus lente,

Et se revient coucher en disant: «C’est Phylante.»

Elle bâille. Ses yeux vont au cadran de bois

Qui laisse pendre au mur l’ombre de ses deux poids.

Et Sibylle connaît, pendant qu’elle s’étire,

Qu’il n’est pas tout à fait dix heures, c’est-à-dire

Qu’il n’est pas l’heure où, noble, elle doit s’éveiller.

Lors, renfonçant sa tête un peu dans l’oreiller,

Doralise... (Il convient maintenant qu’on le dise:

C’est le nom qu’on lui donne en phébus), Doralise...

(Conservons-lui ce nom puisqu’il lui va des mieux

Et que c’est son vrai nom au pays précieux),

Doralise, voyant qu’elle a, selon l’horloge,

Le temps d’interroger son âme, l’interroge.

Son âme?... Où donc au juste en est-elle à présent?

Ce Phylante, éveilleur en musique, est plaisant.

Il semble--sa musique est vraiment excellente!--

Qu’elle l’aime et qu’il l’aime. Et pourtant, ce Phylante...

Le Cantique de l'Aile · 第 82 / 131 题