FOOTNOTES:

[1] Une partie de ce travail a été publiée dans un de nos recueils

périodiques, le _Correspondant_. J'ai fait depuis des additions et des

changements importants.

[2] Voici l'indication des ouvrages dont je veux parler:

1º _Recherches et considérations sur les finances de France, par

Forbonnais_.--L'examen seul de l'administration de Colbert remplit la

moitié d'un fort volume in-4º.

2º _Vies des Surintendants des finances et des Contrôleurs généraux_, 3

vol. in-12--_Particularités sur les minisires des finances célèbres_,

par M. de Montyon, 1 vol. in-8º.

3º _OEuvres complètes de Lemontey_, t. V. _Notice sur Colbert_.

4º _Biographie universelle de Michaud_, article _Colbert_, par M.

Villenave.

5º _Histoire financière de la France_, par M. Bailly; t. I,

_Administration de Colbert_.

6º _Histoire de l'économie politique en Europe, depuis les anciens

jusqu'à nos jours_ par M. Blanqui; t. I et II; chap. XXVI et XXVII;

_Administration de Colbert_.

7º _Histoire de l'économie politique, ou études historiques,

philosophiques et religieuses sur l'économie politique des peuples,

anciens et modernes_, par M. le Vic Alban de Villeneuve-Bargemont; t, I,

chap. XV. _Administration de Colbert_.

8º _Système financier de la France_, par M. d'Audiffret, t. II. _Notice

historique sur la vie de Colbert_.

9º _Histoire de Colbert_. par M. A. de Serviez; 1 vol. in-18.

Il y a encore plusieurs éloges de ce ministre, entre autres celui de

Necker, couronné, en 1773, par l'Académie Française; le _tableau du

ministère de Colbert_, 1774, par M. Brunet; l'_Éloge politique de

Colbert_, par M. de Pelissery, 1775, etc.

[3] _Catalogue raisonné des manuscrits françois de la Bibliothèque du

Roi_, par M. Paulin Paris; t. I, p. 7 et suiv.

[4] Bibliothèque royale, Mss. _Lettres de Mazarin_, Baluze, Arm. VI.

[5] _Colbert et Seignelay_, Mss.--1669 à 1677.--_Collection de pièces

originales sur la marine émanées de Colbert et du marquis de Seignelay,

de 1669 à 1677_.6 vol. in-folio.

Cette collection composée de 403 pièces est divisée en vingt-deux cotes

où chaque pièce est classée selon la matière principale qu'elle traite

ou l'année à laquelle elle appartient.

[6] Pièces justificatives; pièce nº XV; p. 503.--Cet ouvrage était en

grande partie imprimé, lorsque M. Champollion-Figeac a eu la bonté de me

communiquer un manuscrit original de Colbert, manuscrit

très-considérable, d'une grande importance historique, et resté

entièrement inconnu jusqu'à ce jour. Il est intitulé: _Mémoires sur les

affaires des finances de France pour servir à l'histoire_. Ces mémoires

renferment de curieux détails sur l'administration des finances depuis

Henri IV, mais principalement à partir de 1648, époque où Colbert a été

attaché à Mazarin, jusqu'en 1663. L'administration de Fouquet y est

surtout jugée avec une sévérité extrême où l'on croit voir même percer

de la passion. Sous ce rapport, les mémoires dont il s'agit présentent

donc le plus vif intérêt. J'ai reproduit à la fin du volume, (pièce

justificative nº II, p. 427) les parties les plus importantes de ce

travail, où l'on trouvera l'appréciation faite par Colbert lui-même de

l'administration de Fouquet, pendant que celui-ci était en prison et que

la Chambre de justice instruisait son procès.

[7] Vers 1783, à l'époque des négociations auxquelles donna lieu le

traité de commerce entra la France et l'Angleterre signé en 1786, le

secrétaire de M. de Vergennes, alors ministre des affaires étrangères,

M. le comte Mollien, qui a été depuis ministre du Trésor sous l'Empire,

eut à sa disposition plusieurs volumes contenant la correspondance

commerciale de Colbert et prit copie des lettres les plus importantes.

Plus tard, après la Révolution, M. le comte Mollien chercha cette

correspondance et la copie qu'il en avait faite; mais l'une et l'autre

avaient été égarées. Il est probable que ces volumes étaient précisément

du nombre de ceux qui manquent aujourd'hui, et voici une particularité

qui paraît confirmer cette hypothèse. M. Hippolyte Passy, qui a bien

voulu me donner ces détails, se rappelle avoir entendu dire à M. le

comte Mollien que, dans une de ses lettres, Colbert engageait les

échevins de Lyon à considérer les faveurs dont leur industrie était

l'objet comme des _béquilles_ à l'aide desquelles ils devaient se mettre

en mesure d'apprendre à marcher le plus tôt possible et qu'il leur

retirerait ensuite. Cette restriction était, en effet, toute logique.

Malheureusement, les registres de correspondance de Colbert, ses

manuscrits, les dépêches qui lui ont été adressées, sont muets à ce

sujet. La perte des registres dont il s'agit est donc des plus

fâcheuses, et force m'a été, dans l'absence de ces précieux documents,

de m'appuyer, en ce qui touche cette partie si importante de

l'administration de Colbert, sur les pièces, très-nombreuses et

parfaitement concordantes, du reste, qui m'ont été communiquées.

[8] Mr Eugène Sue a publié dans son _Histoire de la marine au

XVIIe siècle_ (1re édition, 5 vol. in-8º), un grand nombre de

pièces très curieuses sur cette époque et sur Colbert. J'ai indiqué,

d'ailleurs, dans le courant de l'ouvrage, les pièces que j'ai

reproduites après lui, et celles qui sont entièrement inédites.

[9] Je dois faire remarquer, au sujet de ces pièces et des nombreuses

citations éparses dans l'ouvrage, que j'ai reproduit très-fidèlement

l'orthographe de tous les _documents originaux_ auxquels j'ai pu

remonter. Quant aux copies ou aux pièces déjà imprimées, dans

l'impossibilité de recourir à tous les documents originaux, je les ai

reproduites comme elles ont été copiées ou imprimées. Cela est cause,

plus d'une fois, que des documents de la même époque, cités dans la même

page, ont une orthographe différente. C'est, je l'avoue, une anomalie;

mais il était impossible de l'éviter, et il aura suffi d'en donner

l'explication.

[10] _De l'Industrie française_, par M. le comte Chaptal, t. I;

_Discours préliminaire_, p. XLVII.

[11] Dans tous les manuscrits du temps et dans le plus grand nombre des

pièces imprimées à l'occasion de son procès, le nom du surintendant est

écrit comme il suit: _Foucquet_. J'ai cru néanmoins devoir adopter

l'orthographe qui a prévalu.

[12] _Abrégé chronologique_ du président Hénault, année 1661.

[13] _Défenses de M. Fouquet sur tous les points de son procès_. 15 vol.

in-18. Édition à la Sphère, 1665; t. II, p. 356.

[14] Pélisson, dans son second discours au roi pour Fouquet, et celui-ci

dans ses _Défenses_, t. II: donnent à ce sujet les plus grands détails.

Dans ses _Mémoires sur la vie et les écrits de madame de Sévigné_, M. le

baron Walckenaer les a analysés avec beaucoup de clarté et je n'ai eu en

quelque sorte qu'à résumer cette partie de son travail.

[15] _Mémoires de Gourville_ (t. LII de la collection Petitot).

[16] _Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV_, par l'abbé

Choisy. «On croit, dit l'abbé de Choisy, qu'une des choses qui gâta

autant Fouquet dans l'esprit du roi, fut une querelle qu'il eut dans

l'antichambre du cardinal deux mois avant sa mort, avec l'abbé Fouquet,

son frère. Cet abbé était fort insolent de son naturel, et prétendait

que son frère lui devait sa fortune. Ils s'étaient brouillés, et se

dirent publiquement tout ce que leurs ennemis pensaient dans le coeur.

L'abbé, entre autres choses, reprocha à son frère, qu'il avait dépensé

quinze millions à Vaux, qu'il donnait plus de pensions que le roi, et

qu'il avait envoyé tantôt trois, tantôt quatre mille pistoles à des

dames qu'il nomma tout haut. Le surintendant, piqué au vif, reprocha à

l'abbé les dépenses excessives qu'il avait faites pour faire l'agréable

auprès de madame de Châtillon, et fort inutilement» (Liv. II, p. 135 et

136). Voir aussi, au sujet des profusions de Fouquet, un document

contemporain intitulé: _Portraits de la cour_ qui a été publié dans _les

Archives curieuses de l'histoire de France_, par MM. Cimber et Danjou,

IIe série, t. VIII, p. 415. Il y est dit entre autres choses, que,

d'après Fouquet, il n'y avait aucune fidélité à l'épreuve de _cinquante

mille écus_, et que _la collation de Vaux_ avait coûté, au dire de tout

le monde, _quarante mille écus_.

[17] _Mémoires de Gourville_, etc.

[18] M. Hervart était intendant des finances et l'un des plus intrépides

joueurs de l'époque, avec Fouquet, Gourville et le marquis de

Clérambault (_Mémoires de Gourville_).

[19] Bibliothèque royale, manuscrit. _Lettres de Mazarin_. Cette lettre

et la réponse de Colbert ont été publiées par M. Champollion-Figeac:

_Documents inédits sur l'histoire de France_, t. II, p. 501 et suiv.--On

voit par la réponse de Colbert, publiée également dans les _Documents

inédits_, que la lettre du cardinal, qui ne porte point de date, était

du 20 octobre 1659.

[20] On lit ce qui suit au sujet de la fortune du cardinal Mazarin dans

les _Remontrances du parlement de Paris au roi et à la reine régente_,

en date du 21 janvier 1649. «Quant à l'abus et à la deprédation des

finances, le cardinal Mazarin oserait-il dire qu'il y ait eu quelques

limites à sa convoitise?... Il suffit de dire qu'il est le maître, qu'il

prend tout ce qu'il peut toucher comme s'il était sien; qu'il a conservé

et augmenté le nombre des partisans et gens d'affaires, qui sont les

sangsues qui lui facilitent les moyens pour avoir de l'argent comptant,

et qu'on ne trouve presque plus d'or ni de bonne monnaie en France.

_Jugez de là, sire, où il est_.» Le parlement ajoute que, grâce à ces

concussions, le royaume est si fort épuisé qu'il y a peu de personnes à

la campagne auxquelles il reste un lit pour se coucher, moins encore qui

aient du pain pour se nourrir en travaillant, et qu'il n'y en a point du

tout qui puissent vivre sans incommodité, (_Collection des anciennes

lois françaises_, etc., par MM. Isambert, Decrusy et Taillandier, t.

XVII, année 1649). Enfin, on cite un mot très-naïvement plaisant du duc

de Mazarin, héritier des biens immenses du cardinal, «_Je suis bien

aise_, disait-il, _qu'on me fasse des procès sur tous les biens que

j'ai eus de M. le cardinal. Je les crois tous mal acquis, et du moins

quand j'ai un arrêt en ma faveur, c'est un titre, et ma, conscience est

en repos_» (_Mémoires_ de l'abbé de Choisy, liv. II).

[21] _Mémoires de madame de Motteville, de l'abbé de Choisy, de

Gourville, de Brienne_, etc. Madame de Motteville, si calme et si

circonspecte d'ordinaire, appelle Fouquet _un grand voleur_. Dans un

autre passage de ses mémoires, on lit ce qui suit: «On a dit qu'on avait

trouvé du poison chez lui et on a quelque soupçon qu'il avait empoisonné

le cardinal.»

[22] _Défenses de M. Fouquet_, t. II, p. 98. Il est à remarquer que,

dans tout le cours de ses _défences_, Fouquet parle de Colbert dans les

termes les plus méprisants, l'accuse à son tour de concussion, de vol,

l'appelle le _domestique de Mazarin, qui avait sa bourse et son coeur_.

Il semble donc que si Colbert était perfidement intervenu auprès de

Fouquet pour l'engager à vendre sa charge de procureur général, celui-ci

n'eût pas manqué de le lui reprocher. Cependant, car il faut tout dire,

on lit dans le _premier discours au roi_ de Pélisson en faveur de

Fouquet, que Louis XIV avait insinué au surintendant _de loin, et comme

en passant_, que peut-être il ne ferait pas mal de quitter sa charge de

procureur général, étant obligé désormais d'employer tout son temps à

autre chose. C'est alors que, suivant Pélisson, fermant l'oreille aux

conseils de ses amis alarmés, Fouquet se serait défait sans hésitation

de _la chose du monde qu'il avoit toujours tenue pour la plus

précieuse_.

[23] _OEuvres de Louis XIV_. T. I. _Instructions au Dauphin_.

[24] _Mémoires inédits de Brienne_, publiés par M.F. Barrière; t. II, p.

186.

[25] Mémoires inédits de Brienne, t. II, p, 200.

[26] _OEuvres de Louis XIV_, t. I, p. 101. Les _Instructions au Dauphin_

ont été dictées par Louis XIV à Pélisson et rédigées par ce dernier.

C'est un document historique des plus intéressants et dont

l'authenticité a été établie d'une manière irréfutable par les éditeurs

des _OEuvres de Louis XIV_. Comment Pélisson, qui avait publié des

plaidoyers si touchants en faveur de Fouquet, eut-il le triste courage

d'écrire les accusations que l'on vient de lire? C'est ce que l'on a

peine à comprendre. Lors de la révocation de l'édit de Nantes, Pélisson,

protestant converti, fut chargé de diriger les conversions de ses

anciens coreligionnaires, et reçut, en raison des services qu'il rendit

alors, des gratifications considérables (V. _Histoire de Colbert_, chap.

III). C'est de lui que Voltaire a dit: «Il eut le bonheur d'être éclairé

et de changer de religion dans un temps où ce changement pouvait le

mener aux dignités et à la fortune» (_Siècle de Louis XIV_, chap. XXVI).

[27] _OEuvres de Louis XIV_, t. V.

[28] _Mémoires de Brienne, de Gourville_, etc. Voici un quatrain que

l'on fit sur cette arrestation. On sait que Fouquet avait dans ses

armoiries un écureuil et Colbert une couleuvre; Le Tellier avait trois

lézards dans les siennes.

Le petit écureuil est pour longtemps en cage;

Le lézard plus adroit fait mieux son personnage;

Mais le plus fin des trois est un vilain serpent,

Qui, s'abaissant, s'élève et s'avance en rampant.

[29] Biblioth. roy. Mss. _Discours sommaire de ce qui s'est passé, et a

été inventorié à Saint-Mandé_. A la suite du _Journal d'Ormesson_.

Suppl. Franç. 1096.

[30] Biblioth. roy. Mss. _Inventaire et estimation de la bibliothèque de

Saint-Mandé_. 2611.

[31] Biblioth. roy. Mss. _Discours sommaire, etc._ Ce livre était

intitulé: _L'École des Filles_.

[32] Biblioth. roy. Mss. R.B., n. 3,184. Ce manuscrit a été acquis

récemment par la Bibliothèque royale. En voici le titre exact: «_Procez

verbal de la levée du sellé apposé par MM. Payet et Dalbertas,

conseillers du Roy en ses conseils sur un coffre trouvé dans la maison

de Vaux, avec l'inventaire et description faicte des papiers trouvez en

celui par MM. Poncet et Delafosse, commissaires à ce depputez_.» C'est,

je le répète, le procès-verbal original, signé par MM. Poncet et

Delafosse. L'inventaire des papiers dont il s'agit fut fait par liasses

et non par ordre de dates. J'ai reproduit les fragments de lettres qu'on

va lire dans l'ordre adopté par le procès-verbal.

[33] On lit dans une lettre d'Artagnan à Colbert, datée d'Angers, du 17

septembre 1661; «J'ay esté obligé de luy acheter un peu de vaisselle et

je suis après luy chercher un lit, celuy où il couche n'estant pas des

plus honnestes et c'est un lit qu'il a loué» (Biblioth. roy. Mss.

_Lettres adressées à Colbert_).

[34] C'étaient des ordonnances que la Cour des comptes était obligée

d'admettre, bien qu'elles ne fissent pas mention des motifs de la

dépense. Il en sera parlé avec détail dans l'_Histoire de Colbert_;

chap. III.

[35] Droit établi sur les bestiaux à pied fourché. _Encyclopédie

méthodique_. Finances.

[36] Droit spécial établi à Bordeaux sur le sel et plusieurs autres

marchandises. Dans l'origine, après la conquête de la Guyenne par

Charles VII, le produit de ce droit fut appliqué à l'entretien de

plusieurs navires dont la destination était de _convoyer_ les bâtiments

marchands qui naviguaient le long des côtes, et pour les protéger contre

les incursions des Anglais auxquels la Guyenne venait d'être enlevée.

_Encyclopédie Méthodique_.

[37] Biblioth. roy., Mss. _Procès Fouquet_, collection des pièces,

ordres, inventaires, rapports, significations, relatifs à cette affaire.

8 vol. in-fol. Il y a dans le nombre quelques pièces imprimées à

l'époque du procès.

[38] Voici de curieux extraits de ces comptes. En dix mois, Vatel avait

reçu, en sa qualité de maître d'hôtel, 336,212 livres; en 1660 la

dépense pour les domestiques seulement s'élève à 371,407 livres; de 1653

à 1656, il est dépensé à Saint-Mandé, pour divers ouvrages, 327,607

livres; argent donné à madame Duplessis-Bellière, 204,499 livres; à la

même, 31,260 livres; sommes payées à des dames, 32,506 livres; au sieur

de Graves, pour _affaires secrètes et particulières_, 152,800 livres; à

Jarnay, pour _idem_, 66,300 livres; à Gargot, pour _idem_, 13,500

livres, etc., etc. (_Extrait du réquisitoire de M. Talon_). Il faut

ajouter que Bruant des Carrières, le principal commis de Fouquet, avait

eu le temps de brûler tous ses registres.

[39] Biblioth. roy., Mss. _Procès Fouquet_.--Réquisitoire de M. Talon.

[40] Biblioth. roy., Mss. _Collection des lettres adressées à Colbert_.

11662.

[41] Biblioth. roy., Mss. _Registres de la Chambre de justice_, aux

armes de Colbert. _Procès Fouquet_. 3 vol. in-fol., n. 235, 236, 237. T.

I.

[42] Fouquet s'était d'abord servi de chiffres pour désigner les noms

propres; plus tard, en corrigeant son projet, il fit usage de caractères

ordinaires. Voici quel était primitivement le début du projet: _La

foiblesse de l'esprit de 1032 (le cardinal), le pouvoir absolu qu'il a

sur 2000 et sur 1500 (le roi et la reine), et par conséquent l'autorité

souveraine dans 1600 (le royaume), etc., etc._

[43] Le projet portait d'abord: «_Dont le crédit seul fait subsister

l'État et qui ne peut qu'il n'ait une infinité d'ennemis_»

[44] Il y avait d'abord: «_Si j'estois mis en prison et que mon frère

l'abbé n'y fust pas, il faudroit suivre son avis et le laisser faire,

s'il estoit en estat d'agir et qu'il conservast pour moi l'amitié qu'il

est obligé et dont je ne puis doubter._»

[45] «_M'a dit avoir sur M. de Bellebrune, gouverneur de Hesdin._» Mots

effacés et remplacés par ceux qui suivent.

[46] Par écrit. Toujours le même système pour s'assurer les gens!

[47] «_Tant de sa compagnie que de celles de ses amis_.» Mots effacés.

[48] Il y avait d'abord: «_est de savoir s'il n'est pas meilleur que M.

de Gourville ne tesmoigne pas trop estre dans mes intèrests, au

contraire, à l'extèrieur assez d'indiffèrence quelques jours, afin qu'il

se conserve en estat d'exécuter quelque entreprise considérable s'il en

estoit besoin._»

[49] Il y avait primitivement: «_Lequel à mon advis se trouvera lors à

ta teste des vaisseaux, au convoy de Bordeaux, qui sont à moi, acheptez

de mes deniers, sous son nom_.»

[50] Il y avait à la suite de ces mots: «_ou au Havre, mais ce dernier

seroit le meilleur_.» Effacés.

[51] L'Évêque d'Agde était un frère de Fouquet.

[52] Hénault était un littérateur contemporain, connu seulement

aujourd'hui par un sonnet plein de fiel qu'il fit contre Colbert à

l'occasion du procès de Fouquet. Ce sonnet débute ainsi: «_Ministre

avare et lâche_.» J'en citerai seulement les derniers vers:

«Sa chute quelque jour te peut être commune;

Crains ton poste, ton rang, la cour et la fortune:

Nul ne tombe innocent d'où l'on te voit monté.

Cesse donc d'animer ton prince à son supplice,

Et, près d'avoir besoin de toute sa bonté,

Ne le fais pas user de toute sa justice.»

[53] Biblioth. roy., Mss. 3 vol. in-fol. déjà cités.

[54] Biblioth. roy., Mss. _Journal de M. d'Ormesson_. 1 vol. in-Fol. nº

216. A la fin du volume il y a quelques autres pièces relatives au

procès de Fouquet, et une lettre écrite par lui à sa femme plusieurs

années après sa translation à Pignerol. M. de Lamoignon avait aussi

laissé, sur les opérations de la Chambre de justice, un journal dont

l'auteur de sa vie a eu connaissance. Ce journal n'est pas à la

Bibliothèque royale; peut-être appartient-il à quelque collection

particulière. Les fragments qu'on en trouve dans la _vie de M. de

Lamoignon_ permettent d'affirmer que la publication de ce journal, si

toutefois il existe encore, offrirait un vif intérêt. Voir les _Arrêtés

du président de Lamoignon_; édition de 1785, 2. vol. in-4o. T. I. _Vie

de M. de Lamoignon_.--La 1re édition n'a qu'un volume et ne renferme

pas la vie de M. de Lamoignon.

[55] Lettre du 17 décembre 1664.

[56] On publia en 1675 un _Recueil de recettes choisies_, attribué à la

mère de Fouquet. Ce recueil eut cinq éditions.

[57] _Arrêtés du président de Lamoignon_ et _vie de M. de Lamoignon_.

[58] Biblioth. roy., Mss. _Lettres adressées à Colbert_.

[59] Biblioth. roy., Mss. _Journal d'Ormesson_.

[60] _Ibidem_.

[61] _Ibidem_.

[62] La pièce originale existe aux archives du royaume, _section

historique, carton K, nº 127_. Voir l'_Histoire de la détention des

philosophes, des gens de lettres, etc., etc._ Par M. Delort, t. 1, p.

22.

[63] Voici un fragment d'une de ces publications dont se plaignait

Fouquet. Si l'on n'était suffisamment averti par ce qui précède, le ton

même de cette lettre prouverait jusqu'à l'évidence qu'elle est l'oeuvre

d'un pamphlétaire de l'époque. C'est madame du Plessis-Bellière qui

écrivait au surintendant. «Je ne sais plus ce que je dis ni ce que je

fais lorsqu'on résiste à vos intentions. Je ne puis sortir de colère

lorsque je songe que cette demoiselle de la Vallière a fait la capable

avec moy. Pour captiver sa bienveillance, je l'ay encensée par sa

beauté, qui n'est pourtant pas grande; et puis, luy ayant fait

connoistre que vous empescheriez qu'il ne luy manquast jamais de rien,

et que vous aviez vingt mille pistolles pour elle, elle se gendarma

contre moy, disant que vingt-cinq mille n'étoient pas capables de luy

faire faire un faux pas; et elle le répéta avec tant de fierté que,

quoique je n'aye rien oublié pour la radoucir avant de me séparer

d'elle, je crains fort qu'elle n'en parle au Roy, de sorte qu'il faudra

prendre le devant. Pour cela ne trouvez-vous pas à propos de dire, pour

la prévenir, qu'elle vous a demandé de l'argent, et que vous luy en avez

refusé?» (_La Bastille dévoilée_, t. I.) La publication de ce livre eut

lieu dans les premières années de la Révolution. La plupart des pièces

qu'il contient, sont évidemment apocryphes. (Cité dans l'_Histoire de la

détention des philosophes_, etc.)

[64] _Lettre de madame de Sevigné, à M. de Pomponne_, du 9 décembre

1664.--Le _Journal d'Ormesson_ raconte le même incident en termes

presque identiques.

[65] _Lettre à M. de Pomponne_, du 26 novembre 1664.

[66] Le 27 septembre 1661, un sieur Lazare Belin, capitaine d'un des

navires appartenant à Fouquet, écrivait d'Amsterdam à Colbert pour lui

rendre compte des achats qu'il était chargé de faire quand son navire

fut saisi, et proposait «_de lui envoyer des mémoires qu'il avait

fournis à M. le surintendant pour pouvoir former, en peu de temps, une

flotte considérable en France sans qu'il en coûtât rien à S. M_.»

(Biblioth. roy., Mss. _Lettres adressées à Colbert_). On trouve dans la

même collection, à la date du 8 juin 1663, une lettre de Bordeaux, dans

laquelle il est dit que le jour de l'arrestation de Fouquet un navire

lui appartenant, bien que n'étant pas sous son nom, et qu'on n'avait pu

visiter à cause de cela, avait été expédié à la Martinique où le

surintendant possédait des habitations, et l'on croyait que ce navire

renfermait plus de dix millions. «_La quantité fait peur_, ajoutait la

lettre, _mais l'apparence est véritable_.» Ecrivait-on cela pour flatter

les passions du jour? Cela n'aurait rien d'étonnant.

[67] _Défenses_, etc., t. II, p. 335 et suivantes.

[68] _Défenses_, etc., t. II, p. 95.

[69] _OEuvres choisies de Pélisson_; notice par Desessarts.

[70] _OEuvres choisies de Pélisson_, etc., péroraison du _premier

discours au roi_.

[71] _Lettre du 5 décembre_.

[72] Biblioth. roy., Mss. _Registres de la Chambre de justice, Procès

Fouquet_. T. III, pages 168 et 169.

[73] Biblioth. roy., Mss. _Journal d'Ormesson_.

[74] Voici le portrait que M. de Lamoignon fait de ce conseiller,

«C'était assurément un homme de beaucoup d'intégrité et de capacité,

mais si féroce, d'un naturel si peu sociable, si emporté dans ses

préventions, et si éloigné de l'honnêteté et de la déférence qu'on doit

avoir dans une compagnie, et d'ailleurs si prévenu de son bon sens et si

persuadé qu'il n'y avait que lui seul qui eût bonne intention, qu'il

était toujours prêt à perdre le respect dû à la compagnie et à la place

que j'y tenais» (_Arrêtés du pr. de Lamoignon_, etc. t. I. _Vie de M. de

Lamoignan_). J'ai dit que M. de Lamoignon avait tenu aussi un journal

sur les opérations de la Chambre de justice. L'auteur de sa vie, (sans

doute M. de Malesherbes), avait ce journal en sa possession, car il en

donne plusieurs extraits. M. de Lamoignon y raconte, en outre, que dans

les dernières années de son ministère, Fouquet avait voulu l'obliger à

lui céder _d'avance_ la place de chancelier, si le roi la lui offrait.

M. de Lamoignon s'y refusa, trouvant, dit-il, qu'il y aurait eu du

ridicule à disposer ainsi d'une place à laquelle il lui convenait encore

moins de renoncer. Ces prétentions de Fouquet, amenèrent entre eux une

rupture presque ouverte, et depuis, le surintendant avait cherché tous

les moyens de lui nuire. M. de Lamoignon appelle Fouquet _le plus

vigoureux acteur qui fût à la cour_.

[75] D'après une loi de Henry IV, les fonctionnaires pouvaient se

réserver le droit de disposer de leurs charges ou de les léguer à leurs

héritiers, en payant tous les ans au Trésor la _soixantième partie_ de

leur traitement. C'est ce qu'on appelait le _droit annuel_.

[76] Les chansonniers du temps ne laissèrent pas échapper cette occasion

de donner carrière à leur verve. Dans une espèce de complainte _en

vingt-deux couplets_, un d'eux loua ou critiqua chacun des vingt-deux

juges, suivant qu'il avait voté pour ou contre Fouquet. Voici deux de

ces couplets; ils suffiront pour donner une idée des autres:

Monsieur Pussort

Haranguai fort,

Mais par malheur il prit l'essor,

Et sa sotte harangue

Fit bien voir au barreau

Qu'il a beaucoup de langue

Et fort peu de cerveau.

Ne finissons

Cette chanson

Sans bien exalter d'Ormesson,

Et que Dieu le bénisse,

Avecque tous les gens de bien

Qui rendent la justice

Et qui ne craignent rien.

[77] Voir, à la fin du volume, la pièce justificative intitulée _le Cid_

enragé; pièce nº 2.

[78] La pièce originale, signée Louis et contre-signée le Tellier,

existe aux archives du royaume; carton K, 129.

[79] Cette correspondance des plus curieuses a été recueillie aux

archives du royaume, section historique, carton K, 129. M. Delort l'a

publiée le premier dans son ouvrage intitulé: _Histoire de la détention

des philosophes et des gens de lettres, précédée de celle de Fouquet, de

Pélisson et de Lauzun_. Postérieurement à cette publication, le

bibliophile Jacob a cru pouvoir soutenir que le masque de fer n'était

autre que Fouquet. Il y a pourtant, dans le volume de M.Delort, vingt

lettres qui prouvent positivement, catégoriquement, le contraire; celle,

entre autres, où Louvois parle de la permission accordée à madame

Fouquet et à ses enfants de demeurer avec le prisonnier, celle où le

même ministre répond à l'avis que Saint-Mars lui a donné de la mort de

l'ancien surintendant, une autre enfin où il autorise la famille à

emporter le corps partout où bon lui semblera. Les originaux de ces

lettres existent, et tout le monde peut les voir aux archives du

royaume. L'objection que la date _a pu_ en être falsifiée dans le but de

mieux masquer le redoublement de cruauté de Louis XIV à l'égard de son

malheureux ministre n'est pas admissible, car il faudrait prouver cette

altération. Je ne parle pas d'un extrait des registres mortuaires de

l'église du couvent des _Dames de Sainte Marie,_ grande rue

Saint-Antoine, à Paris, extrait conçu en ces termes: «Le 20 mars 1681

fut inhumé dans notre église, en la chapelle de Saint-François de Sales,

messire Nicolas Fouquet, qui fut élevé à tous les degrés d'honneur de la

magistrature, conseiller du Parlement, maître des requêtes, procureur

général, surintendant des finances et ministre d'État.» D'ailleurs, les

recherches faites aussi par M. Delort, et les pièces qu'il a publiées à

l'appui, ne laissent plus aucun doute sur la qualité du mystérieux

personnage qui, depuis Voltaire, a tant préoccupé les esprits sous le

nom de l'homme au masque de fer. Ce prisonnier était une espèce de

diplomate piémontais, nommé Marchiali, que le gouvernement français fit

enlever par surprise pour le punir d'avoir ébruité une négociation

importante qu'il avait provoquée (il s'agissait d'une place de guerre

qu'il proposait de livrer à la France), négociation dans laquelle le nom

du roi se trouvait compromis.

[80] Arch. du roy. _Lettre de Louvois du 24 avril 1675_.--Voir

l'_Histoire de la détention des philosophes, etc.,_ t. I.

[81] Arch. du roy. _Lettre de Le Tellier du 26 octobre 1666_.

[82] _Lettre de Guy Patin du 16 mars 1666_.

[83] Arch. du roy. _Lettre de Louvois du 8 avril 1680_.

[84] La bibliothèque royale possède une pièce extrêmement curieuse,

c'est le 118º psaume de David, traduit par Fouquet dans sa prison, _et

écrit en entier de sa main_, avec des notes relatives à sa position. On

le trouvera à la fin de ce volume; pièce justificative, n. 3.

[85] _Collection des anciennes lois françaises_, par MM. Isambert,

Taillandier et Decrusy.--De 1599 à 1641 il avait déjà été publié

plusieurs édits concernant le dessèchement des marais.

[86] Mémoires du marquis de Villette, page lii. 1 vol in-8. Ce volume

renferme en outre un intéressant mémoire sur la marine, de M. de

Valincourt, secrétaire général de la marine en 1715, et un autre mémoire

des plus curieux sur l'état de la marine française au commencement du

XVIIIe siècle, par le comte de Toulouse, grand-maître de la marine.

[87] Biblioth. roy. Mss. _Lettres adressées à Colbert_, année 1661.

[88] Biblioth. roy., _Journal des bienfaits du Roy_, suppl. français, p.

576.--C'est un journal tenu par Dangeau de toutes les nominations et

gratifications faites par le roi dans le cercle de la cour. Ce journal

qu'il ne faut pas confondre avec les _Mémoires de Dangeau_, n'a pas été

publié; malheureusement les registres de 1670 à 1691 manquent.

[89] Archives de la marine. _Registre des despesches concernant le

commerce_, année 1671.

[90] Dans son _Histoire de la marine française_, M. Eugène Sue,

s'appuyant sur une _Instruction de Colbert à son fils_, dont il va être

question, avait adopté, relativement à la naissance de Colbert,

l'opinion des contemporains et celle que Colbert paraissait en avoir

lui-même. A ce sujet, la famille de Colbert a adressé à M. Eugène Sue

une note de laquelle il résulte qu'elle possède les trois pièces

suivante: 1º l'acte de naissance de Colbert, du 29 août 1619; 2º les

preuves de noblesse pour l'ordre de Malte de Gabriel Colbert de

Saint-Pouange, du 18 Septembre 1647, antérieurement au crédit de

Colbert; 3º les preuves pour le même ordre du propre fils de Colbert, du

1er août 1667.--Voir la note dont il s'agit, aux pièces

justificatives, pièce nº 4.

[91] _Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV_, par l'abbé de

Choisy, de l'Académie française. Liv. II.

[92] Biblioth. du Roi, Mss. _Instruction pour mon fils pour bien faire

la première commission de ma charge_. C'est une pièce de douze pages

d'écriture. Elle ne porte pas de date, mais, selon toutes les

apparences, elle est de 1671, époque à laquelle le marquis de Seigneley

revint d'Italie et où le roi lui accorda la survivance de la charge de

secrétaire d'État de la marine, en l'autorisant à travailler, dès ce

moment, avec son père.--Voir aux pièces justificatives, pièce n. 12.

[93] Epitaphe faite à la mort de Colbert. Elle commence ainsi:

J'ai vu Colbert sur son lit de parade....

L'auteur de l'épitaphe est surpris de voir tant de _draps_ entourer ce

lit; alors, un _Badaud_ lui dit:

Cesse de t'étonner; ce fameux politique

Était le fils d'un courtaut de boutique.

(_Vie de Jean-Baptiste Colbert_, etc. Voir la note suivante).

[94] _Vie de Jean-Baptiste Colbert, ministre d'État sous Louis XIV, roy

de France_. Cologne, 1695. L'exemplaire de la Bibliothèque du Roi porte

en note, à la main: _Cette vie est un libelle plein d'injures et de

faussetés_, etc. Cet exemplaire est curieux par deux gravures, à peu

près semblables du reste, représentant Colbert occupé à compter de

l'argent dont il remplit un coffre. La gravure est intitulée: _la

Surprise de la mort_. Au-dessus de Colbert, une espèce d'ange déploie

cette inscription sur deux lignes: _Memorare novissima et in æternum non

peccabis_, et au-dessous: _Pense, plustost qu'à compter tes thrésors,

qu'il faict entrer dans le nombre des morts_. Derrière Colbert, un

squelette debout tient un sablier ailé autour duquel on lit ces mots:

_Les heures s'envollent sans qu'on y pense_. Au-dessous de Colbert sont

quatre autres inscriptions, dont deux en latin et deux en français.

Voici les dernières: _Le fil de ma vie a esté coupé comme la trame d'une

toile, lorsque je commençois à faire ma fortune_. Puis, tout au bas, ce

mauvais quatrain:

Eh! que vous serviront, avare insatiable,

Ces grands biens amassez avec tant de sueurs?

Car une prompte mort, par les ruses du diable,

Vous plonge en un instant dans un gouffre de pleurs.

J'oubliais de mentionner un diable cornu qui, placé derrière le bureau

de Colbert, tranche la trame de sa vie et le précipite dans le GOUFFRE

D'ENFER.

Telles étaient les caricatures politiques du temps, plus brutales que

spirituelles. Il faut ajouter qu'on lit dans la marge de la gravure ces

mots écrits à la main: _L'on fit cette estampe à la mort de M. Colbert,

dont cette figure a quelque air. On la deffendit aussitost et l'on en

saisit les exemplaires_. Cette vie de J.-B. Colbert, attribuée dans

quelques catalogues au marquis D... est du plus fécond pamphlétaire de

l'époque, Gatien de Courtilz, sieur de Sandras, plus communément désigné

sous le nom de Sandras de Courtilz. «Né à Paris en 1644, de Courtilz

passa en Hollande en 1683, y publia un grand nombre d'ouvrages remplis

de mensonges et d'impostures, revint en France en 1702, fut enfermé à la

Bastille pendant neuf ans, en sortit en 1711 et mourut le 6 mai 1712»

(Gabriel Peignet, _Choix de testaments remarquables_, t. II, p. 297).

Sandras de Courtilz est aussi l'auteur du _Testament politique de J.-B.

Colbert, où l'on voit ce qui s'est passé sous le règne de Louis le Grand

jusqu'en 1683_. La Haye, 1694, et 1711, in-12. Ce livre est évidemment

apocryphe, et il est à regretter que plusieurs écrivains sérieux aient

pris les élucubrations de l'auteur pour les propres vues de Colbert. On

lui attribue également le _Testament politique du marquis de Louvois_,

les _Mémoires de d'Artagnan_, et près de quarante autres ouvrages ou

pamphlets dont la _Biographie universelle_ donne les titres. Sandras de

Courtilz aurait fait les _Testaments politiques de Romulus_ ou de

_Gengis-Kan_, si les libraires de la Hollande les lui eussent commandés.

Il est inutile de dire que je n'ai consulté la _Vie de Colbert_ dont il

s'agit qu'avec la plus grande circonspection. Cependant, il faut se

garder de croire qu'elle soit systématiquement hostile à ce ministre,

qui s'y trouve franchement loué en plusieurs endroits. De plus, ayant

été écrite peu après sa mort, elle contient quelques faits curieux,

quelques anecdotes intéressantes, et c'est le seul profit que j'en aie

tiré. La _Vie de Jean-Baptiste Colbert_ a été reproduite en entier dans

les _Archives curieuses de l'histoire de France_, par MM. Cimber et

Danjou, IIe série.

[95] _OEuvres inédites de P.-J. Grosley, de Troyes_, 2 vol, in-8º, t. 1,

p. 25 et suiv., article Colbert.--Voir aux pièces justificatives, la

pièce n. 5.

[96] Un savant très-distingué, l'abbé Le Laboureur, s'est aussi rangé à

l'opinion des contemporains au sujet de l'origine toute plébéienne de

J.-B. Colbert, en lui appliquant ces vers de Fortunat à la louange de

Covido, que son mérite avait élevé au ministère sous les rois Théodebert

et Clotaire.

Mens generosa tibi pretioso lumine fulget,

Quæ meritis propriis amplificavit avos.

Nam si præfertur generis qui servat honorem,

Quanto laus magis est nobilitare genus.

A parvo existens, existis semper in altum,

Perque gradus omnes culmina summa tenes.

L'abbé Le Laboureur est mort en 1675. Il fut d'abord gentilhomme,

ensuite aumônier de Louis XIV, et on le voit inscrit pour 1500 livres

sur la liste des pensions données aux gens de lettres par Colbert. Son

opinion a donc le plus grand poids dans la question.--Enfin, voici ce

qu'on lit dans les _Soupirs de la France esclave qui aspire après sa

liberté_, pamphlet contemporain dont il sera question plus loin: «On

n'admet au gouvernement que des gens propres à faire des esclaves, des

hommes d'une naissance au-dessous de la médiocre; tel est un monsieur

Louvoy, petit-fils d'un bourgeois de Paris, en son temps occupant une

charge de judicature au Chastelet; tel est un monsieur Colbert, _fils

d'un marchand de Reims_.»

[97] _Vie de J.-B. Colbert_, etc.

[98] C'étaient les trésoriers des droits payés au roi pour obtenir un

office resté ou dévolu au fisc, par quelque cause que ce soit, pour

acquérir une maîtrise, ou pour être admis à exercer une profession

quelconque (_Encyclopédie méthodique_, Finances).--_Vie de J.-B.

Colbert_, etc.--_Mémoires de Charles Perrault_, livre IV.--Perrault

raconte qu'un de ses frères avait travaillé longtemps chez ce M.

Sabatier comme premier commis, _en même temps que Colbert qui était son

subalterne_.

[99] _Archives curieuses_, etc., par MM. Cimber et Danjou, IIe série,

t. VIII, _Portraits de la Cour_, p. 411.--_Mémoires de Gourville_, etc.

l'auteur de la _Vie de J.-B. Colbert_ raconte d'une manière beaucoup

plus romanesque la première rencontre de Colbert avec le cardinal

Mazarin. Voici l'aventure en quelques mots. Le cardinal avait été exilé

_à perpétuité_ par le Parlement. Néanmoins, de Sedan il gouvernait le

royaume, tant bien que mal, il est vrai, car son autorité n'était pas

grande, mais personne n'en avait autant que lui, pas même ceux qui

l'avaient forcé de quitter Paris. Pendant cet exil, dit Sandras de

Courtilz, Le Tellier envoya Colbert porter à Son Éminence une lettre de

la reine qu'il était très-expressément chargé de rapporter quoi qu'on

pût faire pour l'en empêcher. Colbert remit d'abord la lettre, puis le

lendemain il se présenta au cardinal qui lui donna une dépêche en lui

disant qu'il pouvait partir et que tout était dedans. Colbert se douta

qu'on le trompait; mais comment s'en assurer? Il alla droit à la

difficulté et rompit le cachet de la dépêche en présence du cardinal,

qui le traita d'insolent et la lui reprit des mains. Colbert, sans

s'émouvoir, lui répondit que, le paquet n'ayant pas été fermé par lui,

son secrétaire pouvait fort bien avoir oublié d'y insérer la lettre de

la reine. Mazarin le remit à quelques jours et finit par lui donner

cette lettre. Peu de temps après, le cardinal, de retour à Paris,

demanda un employé de confiance à Le Tellier qui lui présenta Colbert.

Au lieu de nuire à celui-ci, le souvenir de la scène de Sedan le servit

au contraire, et Mazarin, le reconnaissant, le prit à son service en lui

disant qu'il attendait de lui le même zèle et la même fidélité dont il

avait fait preuve à l'égard de son premier maître.--Telle est

l'anecdote; mais, elle est tout simplement impossible, Colbert ayant été

attaché au cardinal, on le verra tout à l'heure, au moins deux ans avant

l'exil de celui-ci. Suivant d'autres historiens, Colbert aurait d'abord

travaillé chez Lumagna depuis longtemps lié d'affaires avec sa famille

et banquier du cardinal Mazarin, auquel il se serait fait un plaisir de

le recommander.

[100] _Lettres du cardinal Mazarin à la reine, à la princesse Palatine,

etc., etc., écrites pendant sa retraite hors de France en 1651 et 1652_,

publiées par M. Ravenel, Lettre LVII, p. 514.

[101] Qui n'est pas un _sot_, un _niais_.

[102] _Histoire de Colbert_, par M. A. de Serviez; chap. III.

[103] Biblioth. roy. Mss. _Lettres de Mazarin_, Baluze, Arm. VI, p. 2,

nº 1. Ce sont les lettres originales. Colbert écrivait au cardinal à

mi-marge et celui-ci expliquait ses intentions en regard, tantôt les

développant, tantôt se bornant à approuver par un mot; puis il renvoyait

la dépêche à Colbert. Ces lettres n'ont pas encore été publiées. Celles

de Colbert ne sont pas de sa main: il se bornait à écrire le mot

_Monseigneur_, soit en tête, soit dans le corps de la lettre, et le

protocole. Les réponses du cardinal, quelquefois assez longues, sont

toutes de sa main. Colbert avait une des écritures les plus difficiles à

déchiffrer qu'on puisse voir; mais il attachait une très-grande

importance à s'entourer de bons copistes. Dans une de ses lettres il

envoie deux modèles d'écriture au cardinal, qui lui répond brièvement,

en marge, de faire là-dessus ce qu'il voudra, donnant même à entendre

que cela lui était fort égal, pourvu que ses affaires se fissent bien.

Les nombreux registres où sont transcrites ses lettres sont de

véritables merveilles calligraphiques, et bien supérieurs, pour la

nettete et la simplicité, à toutes les écritures de fantaisie

d'aujourd'hui.

[104] D'après l'abbé de Choisy (_Mémoires_, liv. II), l'animosité de

Colbert contre le Parlement serait venue de ce que, ayant voulu acheter

une charge de président des comptes, il apprit que toute la chambre en

avait murmuré et menaçait de lui faire cent difficultés à sa

réception.--On peut voir par là combien il faut se méfier des jugements

contemporains sur le mobile qui guide les ministres dans la plupart de

leurs actes.

[105] Biblioth. roy. Mss. _Lettres de Mazarin_, etc.

[106] Biblioth. roy. Mss. _Lettres de Mazarin_, etc.

[107] _Vie de J.-B. Colbert_, etc.

[108] _Vie de J.-B. Colbert_, etc.

[109] Cette lettre a été réimprimée pour la première fois par M. Eugène

Sue dans son _Histoire de la Marine française_ (1re édition en cinq

volumes), d'après un exemplaire que possède la Bibliothèque royale.

[110] Le cardinal de Richelieu avait été pendant quelque temps

aumônier-intendant de la reine mère, position que Colbert considérait

sans doute comme analogue à la sienne près de Mazarin.

[111] Voir ci-dessus, page 82, la lettre du cardinal Mazarin à la

princesse Palatine.

[112] Colbert de Mauleuvrier.

[113] Colbert de Croissy.

[114] Colbert du Terron.

[115] Ainsi l'on organisait la maison de la _reine à venir_ cinq ans

avant le mariage de Louis XIV! L'abbé de Choisy raconte que le cardinal

vendit toutes les charges de la maison de la reine, à l'exception de

celle dont il gratifia Colbert. Au commencement de 1661, celui-ci jugea

à propos de s'en défaire. «Brisacier, à qui on venoit de rembourser la

moitié de sa charge d'intendant des finances, la lui acheta 500,000

livres et 20,000 livres de pot-de-vin à madame Colbert, croyant faire sa

cour au cardinal et à Colbert, qui bientôt après lui en témoigna sa

profonde reconnaissance en lui ôtant, d'un trait de plume, plus de

50,000 livres de rente qu'il avait en bon bien sur le roi, et trouva le

moyen, en ne lui faisant payer que 100,000 écus, de le rembourser

pleinement par ses imputations (_Mémoires de l'abbé de Choisy_, liv.

II).

[116] Cette résistance est une pure fiction. Voir ci-dessus la lettre du

19 juin 1654 par laquelle Colbert sollicite du cardinal une abbaye de

quatre mille livres de pente. Il y a dans le recueil des lettres

originales de Mazarin plusieurs demandes de ce genre, postérieures à

celle du 19 juin.

[117] Biblioth. roy. Mss. _Lettres du Mazarin_, Baluze, arm. XI.

[118] _Ibidem_.

[119] _Tableau du ministère de Colbert_, note 7, page 119. Cet ouvrage,

sans nom d'auteur, porte ces mots pour épigraphe: _Mens agitat molem_.

Il est attribué à M. de Bruny, directeur de la Compagnie des Indes, en

1774. Il concourut avec celui de Necker, qui remporta le prix de

l'Académie Française, en 1773. Après les savantes recherches de

Forbonnais sur l'administration de Colbert, à laquelle cet écrivain a

consacré près d'un volume in-4º, le modeste ouvrage de M. de Bruny suivi

de notes étendues, précieuses, est un de ceux qui, malgré les erreurs

économiques qu'on pourrait y relever, donnent l'idée la plus complète

des travaux de ce ministre.

[120] Colbert fut de retour probablement vers les premiers mois de 1660.

Je n'ai pu découvrir aucune pièce authentique sur cette mission, et on

ne la voit mentionnée que dans les notes de M. de Bruny, qui ne cite pas

son autorité.

[121] Le _Testament du cardinal Mazarin_, se trouve dans les _OEuvres de

Louis XIV_, t. VI, pièces justifiatives.--_Mémoires pour servir à

l'histoire de Louis XIV_, par l'abbé de Choisy, liv. II.

[122] _Histoire de Louis XIV_, par l'abbé de Choisy.

[123] _Mémoires de Gourville_, LII, p. 529.

[124] _Recherches sur les finances_, par Forbonnais, années 1660 et

1661.

[125] «Un malheureux journalier qui ne possède aucun bien-fonds dans une

paroisse, qui y manque de travail, ne peut aller dans une autre où il

trouve une existence, sans payer la taille en deux endroits pendant deux

ans, et pendant trois, s'il passe dans une autre élection.» (_Recherches

sur les finances_, année 1664).

[126] _La Chasse aux larrons_, par I. Bourgoin. Paris, 1616. C'est un

pamphlet in-8º de quatre-vingt-seize pages pleines de lamentations et

déclamations sur les _pilleries, voleries et forceneries des

financiers_. Il y a sur le frontispice un dessin assez caractéristique.

Sur le premier plan on voit trois juges auxquels l'auteur présente sa

demande d'établissement d'une Chambre de justice; au-dessus, Louis XIII,

enfant, est assis sur un nuage d'où il lance des foudres; en face de lui

deux financiers pendus à un gibet complètent cet agréable tableau. _La

Chasse aux larrons_ fait partie d'un volume appartenant à la

Bibliothèque royale et indiqué sous ce titre: _Chambre de justice de

1661_, F. 2,953-2 sous chiffre. Ce volume renferme une grande partie des

arrêts de la Chambre de justice et quelques manuscrits dont j'aurai

occasion de parler plus loin, entre autres la liste de toutes les

personnes qui ont été taxées par la Chambre, avec le montant de leur

taxe, et un monologue, parodie du Cid, intitulé _le Cid enragé_. Le Cid

n'est autre que Colbert. Voir aux pièces justificatives, pièce n. 5.

[127] C'est le nom que l'on donnait à ceux qui prenaient _en parti_,

c'est-à-dire affermaient les _traites_ ou douanes de l'État.

[128] Biblioth. roy. _Chambre de justice 1661_, F. 2,955-1 sous chiffre.

Il y a à la Biblioth. roy. deux volumes renfermant des pièces relatives

à la Chambre de justice de 1661. On trouve dans celui-ci plusieurs

pièces qui ne sont pas dans celui dont j'ai déjà parlé, notamment deux

curieux _Monitoires publiés dans les paroisses de Paris_ relativement

aux opérations de la Chambre. _Voir plus loin_.

[129] La Chambre de justice fut composée comme il suit: MM. Lamoignon,

premier président du Parlement de Paris; de Nesmond, second président;

Phelipeaux Pontchartrain, président à la Chanbre des comptes; Poncet,

d'Ormesson, Voisin et Bernard de Rézé, maîtres des requêtes ordinaires;

Renard, Catinat, de Brillac et Fayet, conseillers au Parlement de Paris;

Mazenau, conseiller au Parlement de Toulouse; Francon, conseiller à

Grenoble; du Verdier, conseiller à Bordeaux; de la Thoison, conseiller à

Dijon; Sainte-Héleine, conseiller à Rouen; Roquesante, conseiller à Aix;

Ayrault, conseiller à Rennes; Noguez, conseiller à Pau; de Fériol,

conseiller à Metz; de Gisancourt, conseiller au grand-conseil; de Moussy

et de Bossu-le-Iau, maîtres en la Chambre des comptes; le Ferron et de

Bausson, conseillers à la cour des aides; Denis Talon, procureur

général, et Joseph Foucault, secrétaire et greffier. En tout, vingt-sept

personnes (COMMISSION DU ROY, _contenant les noms des juges et officiers

qui composent la Chambre de justice_).

[130] _Chambre de justice de 1661_, F. 2,593-1.

[131] _Chambre de justice de 1661_, F. 2,953-1. Ce monitoire se termine

par une exhortation en latin; en voici la partie principale: «UT IPSI et

eorum quilibet infra novem dies proxime venturos. postquam hæ nostræ

præsentes litteræ ad eorum notitiam devenerint, et quidquid de præmissis

viderint, fecerint, vel dici audiverint, dicant, declarent, revelent et

not ficent dicto domino conquerenti (_le procureur général_) aut

præsentium publicatori, seu eoram notario piblico et testibus fide

dignis, ita ut dictus dominus conquerens, si de hujusmodi revelationibus

juvare possit et valeat in judicio et extra. Alioquin dictis novem

dicbus elapsis, illos omnes et singulos malefactores, præmissa scientes

et non revelantes, eorumque adjutores et fautores, his inscriptis,

auctoritate apostolica, qua fungimur in hac parte, EXCOMMUNICAVIMUS.

Quam excommunicationis sententiam si per alios novem dies sustinuerint

ipsos AGGRAVAMUS. Si vero præfatas excommunicationis et aggravationis

sententias per alios novem dies præfatos octodecim immediate sequentes

corde et animo induratis, sustinnerint (quod absit), ipsos REAGGRAVAMUS,

etc.» Des monitoires de ce genre furent lus dans toutes les paroisses du

royaume. (_Arrests de la Chambre de justice du 11 août 1662_.)

[132] On lit dans le journal de M. d'Ormesson, mois d'avril 1664, que

ces messieurs se plaignaient vivement de ne pouvoir boire à la glace

dans leur prison.

[133] _Arrest de la Chambre de justice qui déclare un service de vermeil

doré, appartenant au sieur Boylesve, accusé défaillant, acquis et

confisqué au profit du Roy_ (Chambre de justice de 1661, F. 2,953-1). Il

y a dans le volume (Chambre de justice de 1661, F. 2,953-2) une

justification de M. de Boylesve, intitulée: _Défenses pour Monsieur de

Boylesve, cy-devant intendant des finances_. Cet intendant cherche à

établir que, dans un grand nombre de circonstances pressantes dont il

donne le détail, il a prêté des sommes considérables au roi sur les

vives instances du cardinal et du surintendant. Il est vrai, dit-il,

qu'il possède environ 4 millions, mais il a plus de 3 millions de

dettes, et ses biens mêmes ne pourront suffire à tout payer, car déjà la

justice y a établi des garnisaires, on a saisi les effets, les terres,

les baux; enfin, les procureurs y vont mettre les mains et la misère

s'ensuivra. Le Mémoire de M. de Boylesve est surtout curieux en ce qu'il

donne une idée des embarras et de l'inconcevable pénurie d'argent où se

trouva le gouvernement de 1650 à 1660. Sous ce rapport, on peut dire que

les financiers lui avaient rendu d'immenses services, et il y avait au

moins de l'ingratitude à profiter du moment où leurs avances n'étaient

plus nécessaires, pour les poursuivre en raison des intérêts usuraires

qu'ils avaient exigés au jour du besoin et du danger.

[134] _Mémoire pour l'éclaircissement des demandes formées par M. le

procureur général en la Chambre de justice contre les intéressez aux

fermes générales des gabelles de France, sous les noms de Philippe Hamel

et Jacques Datin_ (Chambre de justice de 1661).

[135] _Arrest de la Chamtre de justice du 9 décembre 1661, leu et publié

à son de trompe et cry public en tous les carrefours ordinaires et

extraordinaires de cette ville et faux-bourgs de Paris_.

[136] _Arrest de la Chambre de justice de condamnation de mort contre

Pierre Sergent et Jean Chailly de la ville d'Orléans, portant règlement

général contre les sergents, huissiers et porteurs de contraintes, du 26

février 1661, exécuté à Orléans, le mardy gras, 26 du mois de février_

(Chambre de justice de 1661, F. 2,953-1). Cet arrêt fut rendu par appel

_a minima_ devant la Chambre de justice de Paris. Le subdélégué

d'Orléans avait condamné l'un des accusés à faire amende honorable,

«nud, en chemise, avec une torche ardente du poids de trois livres, et

l'autre à être battu et fustigé de verges, à nud, par l'exécuteur de la

haute justice, sur la place du Martroy.» Comme, à la suite des exactions

qui leur étaient reprochées, les accusés avaient commis un meurtre sur

une pauvre femme de campagne, il y eut appel, et la Chambre de justice

les condamna à mort.

[137] _Chambre de justice de_ 1661, F. 2, 953-2.

[138] Grâce à la précaution qu'il avait prise de brûler, avant le voyage

de Nantes, tous les papiers qui auraient pu le compromettre, Gourville

ne fut inquiété qu'environ un an après la disgrâce de Fouquet. Il

raconte même que, peu de jours après cet événement, Colbert lui ayant

demandé 500,000 livres à emprunter, il les lui prêta volontiers dans

l'espoir de se le rendre favorable; mais il ne fut remboursé que du

tiers de cette somme. C'est ce qui explique sans doute pourquoi il ne

fut pas taxé à une somme plus élevée.

[139] Chambre de justice de 1661: _Edict du Roy portant révocation de la

Chambre de justice, vérifié en Parlement le 13 août 1669_.

[140] Le roi, en ce temps-là, avoit supprimé un quartier des rentes.

_Note de Despréaux_.--En 1664, le roi supprima un quartier des rentes

constituées sur l'Hôtel-de-ville. Le chevalier de Cailly fit alors cette

épigramme dont M. Despréaux faisait cas:

De nos rentes, pour nos péchés,

Si les quartiers sont retranchés,

Pourquoi s'en émouvoir la bile?

Nous n'aurons qu'à changer de lieu:

Nous allions à l'Hôtel-de-Ville,

Et nous irons à l'Hôtel-Dieu.

(_Note de Brossette_.)

[141] Biblioth. roy., _Recueil de déclarations, édits et arrêts du

Conseil sur les rentes_, 1 vol. in-4º, F. 2, 752-2.

[142] _Déclaration du Roy du 4 décembre 1664, portant réduction et

modération des restitutions dues à Sa Majesté, à cause des

remboursements de rentes, offices, droits et de debtes, remboursez par

sadite Majesté depuis le 1er janvier 1630; avec confirmation desdits

remboursements et décharge de toutes recherches pour raisons d'iceux.

(Recueil de déclarations, édits et arrêts du Conseil sur les

rentes).--Estat de l'évaluation des restitutions dues à Sa Majesté,

etc., etc._ (Même Recueil).

[143] _Instruction sommaire du droit qu'a le Roy pour faire restituer

les quartiers non ouverts sur les tailles_ (_Recueil sur les rentes_).

[144] Arch. du Roy. _Registres de l'Hôtel-de-Ville de Paris._ 13 juin

1661, p. 517.--On ne sait pas généralement combien cette importante

collection, qui remonte à la fin du XVe siècle, est riche en précieux

documents historiques. Quant à l'histoire de Paris, il ne paraît pas

possible qu'on puisse l'écrire comme elle doit l'être jusqu'au jour où

tous les volumineux registres de l'Hôtel-de-Ville auront été

consciencieusement explorés. Ce serait là, au surplus, un beau et

curieux travail, bien digne, sous tous les rapports, des encouragements

du gouvernement.

[145] Édit de décembre 1663, arrêts des 22 mai et 11 juin 1664,

déclaration du 9 décembre 1664 et du 30 janvier 1663.--_Histoire

financière de la France_, par M. Bailly, année 1661.

[146] Biblioth. roy. Mss. _Journal de M. d'Ormesson._ «Les traitants

furent taxés à 110 millions. On les imposait approximativement, eu égard

à leurs biens présumés. Leurs créanciers furent en partie ruinés par

cette mesure, l'hypothèque du roi ayant été déclarée en première ligne.»

[147a] Arrêts du Conseil des 12 mars 1663, 6 novembre 1664, 31 octobre

et décembre 1665. _Histoire financière de la France_, par M. Bailly,

année 1661.

[147b] _Arrest de la Chambre de justice qui ordonne que le Roy rentrera

dans la propriété des octroys aliénez_, Chambre de justice de 1661, F.

2, 953-1.

[148] Arch. du Roy. _Registres de l'Hôtel de ville de Paris_, 20 mai

1661.

[149] _Registres de l'Hôtel de ville_, juin 1662.--De son côté, Colbert

fit venir à Paris, de la Guyenne, vingt-cinq mille sacs de blé, mais ce

ne fut pas sans difficulté. Le parlement de Bordeaux s'y opposait et il

fallut que l'intendant sévit contre quelques communes récalcitrantes.

Biblioth. roy. Mss. _Lettre de M. Hotman à Colbert, du 25 février 1662._

[150] Arch. du Roy. _Registres de l'Hôtel de ville de Paris_, 11 mai

1662.--_Lettres de Guy-Patin_, 1662, p. 294 et 303: «La moisson n'a pas

été bonne; le blé sera encore cher toute l'année.... Le pain est si cher

qu'on craint une sédition.»

[151] _Edict du Roy portant establissement de l'hôpital général pour le

renfermement des pauvres mendians de la ville et faux-bourgs de Paris,

donné à Paris au mois d'avril 1656 vérifié en Parlement le 1er

septembre ensuivant._ Bibliothèque de l'Arsenal, _Recueil de pièces_, n.

9675 bis.

[152] _Collection des anciennes lois françaises_, etc.

[153] Voici une naïve peinture de leurs moeurs d'après une brochure

publiée en 1657, dans le but de réchauffer le zèle des Parisiens en

faveur de l'Hôpital général: «Peut-on, doit-on souffrir des gens qui

vivent en païens dans le christianisme, qui sont toujours en adultère,

en concubinage, en meslange et communauté de sexes? qui n'ont point de

baptesme ny aucune participation des sacremens, qui puisent

l'abomination avec le laict, ont le larcin par habitide et l'impiété par

nature? qui font commerce des pauvres enfans et font sur ces âmes

innocentes des violences et des contorsions pour exciter la compassion

des plus faibles et fléchir la dureté des autres? Les magistrats de

police ont mesmes appris depuis peu de temps que parmy eux il n'y a plus

d'intégrité du sexe, après l'âge de cinq à six ans, pensée qui donne de

l'horreur et qui seule doit porter les âmes qui ont crainte de Dieu à

soutenir cet oeuvre» (Bibliothèque de l'Arsenal, _Recueil de pièces_, n.

1,675 _bis_). Ne croirait-on pas, en lisant ces lignes, assister à la

vie privée des Truands, dans la Cour des Miracles, au XIIe siècle? Et

cela se passait en 1657! Je doute que les détracteurs du temps présent

puissent reprocher à une classe entière d'hommes, même en descendant

jusqu'à la population la plus infime de nos grandes villes

manufacturières, des moeurs qui ressemblent à celles-là.

[154] Bibliothèque de l'Arsenal, _Recueil de pièces_, n. 1,675 bis.

[155] Au mois de février 1659, le prix du muid de blé était de 158 liv.

Dans l'année 1662, il se vendit, au mois de mars, 285 liv.; au mois de

juin, 346 liv.; au mois de septembre, 339 liv. et au mois de décembre,

294 liv. Le muid de blé, mesure de Paris, pesaut 800 liv. équivaut à

18-72 hectol.--12 setiers composaient un muid.--Contenance du setier

1-56 hectol.

[156] Bibliothèque de l'Arsenal, _Recueil de pièces_, n. 1, 675 _bis_.

_Procès-verbal sur les urgentes nécessités de l'Hôpital général, le 22

janvier_ 1663.

[157] _Discours chrétien sur l'establissement du bureau des pauvres de

Beauvais._--Il existe au moins deux éditions de cette brochure

extrêmement curieuse; l'une a été imprimée à Paris en 1655. Elle se

trouve dans le Recueil de pièces de la Bibliothèque de l'Arsenal, n. 1,

675 _bis_. L'autre, imprimée à Rouen en 1676, fait partie des numéros

576-577 du _Portefeuille de Fontanieu_, Biblioth, roy., Mss.

[158] _Discours chrétien_, etc., etc., chap. II. Cette citation n'est

pas tout à fait textuelle. Je me suis borné toutefois à resserrer

certaines phrases et à supprimer quelques passages sans intérêt.

[159] Cette pièce et la suivante font partie du volume de la

Bibliothèque de l'Arsenat, intitulé _Recueil de pièces_, n. 1,675 _bis_

et renfermant les arrêtés et procès-verbaux sur l'Hôpital général de

Paris, dont j'ai parlé plus haut.

[160] Soit 650 livres le muid; l'écu valait alors environ 3 livres 5

sols. On a vu plus haut qu'à Paris, au plus fort de la disette, le blé

se paya 346 livres. Le muid de blé coûtait donc 304 livres de plus à

Blois qu'à Paris.

[161] _Recueil de pièces_, n. 1,675 _bis_.

[162] Édit du mois de juin 1662. _Collection des anciennes lois

françaises_, etc., par MM. Isambert, etc.

[163] _Collection des anciennes lois françaises_, etc.

[164] _Histoire du Consulat et de l'Empire_, par M. Thiers, t. I, liv.

Ier, p. 39.

[165] Édit de mai et arrêt du Conseil du 16 août 1661.--Édit du 13 août

1669.--Arrêt du 4 février 1664, renouvelé plusieurs fois, notamment le

18 septembre 1683.--Déclaration des 6 mai et 22 septembre

1662.--_Comptes de Mallet._--_Recherches sur les finances_, par

Forbonnais.--_Histoire financière de la France_, par M. Bailly.

J'ai dit que les pots-de-vin étaient regardés alors comme une chose

naturelle et tout à fait permise. Voici qui lèvera tous les doutes que

l'on pourrait avoir à ce sujet. On lit à la date du 16 mars 1661, dans

le _Journal des bienfaits du Roy_, par M. Dangeau, Biblioth. roy. Mss.

supplément français, 579.

«Le Roy, aïant reçeu 600,000 livres de pot-de-vin sur la ferme des

Gabelles en donne:

A la reine mère 10 m. pistolles[A]

A Monsieur 5 m. pistolles

A Madame 5 m. pistolles

A la demoiselle de Fouilloux pour se marier. 50 m. escus

A la reine, le reste de la somme de 600 m. livres.»

Mademoiselle de Fouilloux, si magnifiquement traitée dans le journal

officiel de M. Dangeau, était une fille d'honneur de la reine. Elle

figure, ainsi que mademoiselle de La Vallière et madame de Montespan,

sur une liste de trente-six dames de la cour, pour lesquelles Louis XIV

donna, en 1664, une loterie de bijoux. Voir _OEuvres de Louis XIV_, t. V,

p. 181; _Lettre du Roi à Colbert_.

[A] La pistole était une monnaie apportée d'Espagne en France après le

mariage de Louis XIV et valant 10 livres. Plus tard, quand cette monnaie

eut disparu, le mot resta et signifia toujours la même valeur.

[166] Arch. du Roy., K. 123. _Estat par abrégé des receptes, dépenses et

maniment des finances pendant que MM. Colbert, Le Peletier et

Pontchartrain ont esté contrôleurs généraux des finances._--C'est un

magnifique registre qui paraît avoir appartenu à M. de Pontchartrain et

où l'on a copié, avec une patience et un art admirables, mais

certainement fort coûteux, tous les budgets depuis 1661 jusqu'en 1693.

J'ai remarqué que ces budgets différaient souvent de plusieurs millions

avec ceux donnés par Forbonnais, qui a malheureusement négligé

d'indiquer les sources où il a puisé la plupart des nombreux documents

dont il s'est servi dans ses _Recherches et considérations sur les

finances_.

[167] _Edict du Roy portant révocation de la Chambre de justice de_

1661, du 13 août 1669.

[168] _Observations de M. Necker sur l'avant-propos du Livre rouge._

Brochure de trente et une pages. Imprimerie royale, 1790.

[169] Arch. du Roy., carton K. 119.

[170] Desmarets était le premier commis et le neveu de Colbert. Après la

mort de son oncle, il fut soupçonné de concussion et tomba en disgrâce.

En 1708, M. de Chamillart ayant demandé instamment à quitter la

direction des finances qu'il laissa dans la situation la plus

déplorable; Desmarets, dont l'habileté était connue, fut appelé à le

remplacer. La crise était affreuse. Il la traversa avec plus de bonheur

qu'on n'en pouvait attendre, et fit preuve d'une grande fermeté en se

résignant franchement, de prime abord, à des sacrifices reconnus

indispensables, c'est-à-dire en annulant momentanément toutes les

assignations données sur les revenus de l'année courante, en suspendant

le paiement de tous les intérêts dus aux rentiers, et en convertissant

les obligations de la Caisse des emprunts en rentes à 1 pour 100 non

remboursables. C'était encore une fois la banqueroute, mais elle sauva

l'État. On a de lui un rapport très-estimé sur la situation des finances

depuis 1660 jusqu'au moment où il rendit compte lui-même de ses

opérations comme contrôleur général.

[171] Archives du Royaume, carton K, 119.

[172] Les reçus de Racine et de Boileau sont demeurés joints à cet état

du comptant, ce qui prouve que toutes les ordonnances du comptant

n'étaient pas brûlées exactement. L'ordonnance délivrée au nom de

_Despréaux_ est signée _Boileau_.

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 184 / 189 题