POUR BIEN FAIRE LA PREMIÈRE COMMISSION DE MA CHARGE[636].

Comme il n'y a que le plaisir que les hommes prennent à ce qu'ils font

ou à ce qu'ils doibvent faire qui leur donne de l'application, et qu'il

n'y a que l'application qui fasse acquérir du mérite, d'où vient

l'estime et la réputation qui est la seule chose nécessaire à un homme

qui a de l'honneur, il est nécessaire que mon fils cherche en luy-mesme

et au dehors tout ce qui peut luy donner du plaisir dans les fonctions

de ma charge.

Pour cet effect, il doibt bien penser et faire souvent réflection sur ce

que sa naissance l'auroit fait estre sy Dieu n'avoit pas bény mon

travail et sy ce travail n'avoit pas esté extrême. Il est donc

nécessaire, pour se préparer une vie pleine de satisfaction, qu'il ayt

toujours dans l'esprit et devant les yeux ces deux obligations sy

essentielles et sy considérables, l'une envers Dieu et l'autre envers

moy, affin qu'y satisfaisant par les marques d'une véritable

reconnoissance, il puisse se préparer une satisfaction solide et

essentielle pour toute sa vie, et ces deux debvoirs peuvent servir de

fondement et de base de tout le plaisir qu'il se peut donner par son

travail et par son application.

Pour augmenter encore ce mesme plaisir, il doibt bien considérer qu'il

sert le plus grand roy du monde et qu'il est destiné à le servir dans

une charge la plus belle de toutes celles qu'un homme de ma condition

puisse avoir et qui l'approche le plus près de sa personne; et ainsy il

est certain que, s'il a du mérite et de l'application, il peut avoir le

plus bel establissement qu'il puisse désirer, et, par conséquent, je

l'ay mis en estat de n'avoir plus rien à souhaiter pendant toute sa vie.

Mais encore que je sois persuadé qu'il ne soit pas nécessaire d'autre

raison pour le porter à bien faire, il est pourtant bon qu'il considère

bien particulièrement cette prodigieuse application que le Roy donne à

ses affaires, n'y ayant point de jour qu'il ne soit enfermé cinq à six

heures pour y travailler; qu'il considère bien la prodigieuse prospérité

que ce travail luy attire, la vénération et le respect que tous les

estrangers ont pour luy, et qu'il connoisse par comparaison que, s'il

veut se donner de l'estime et de la réputation dans sa condition, il

faut qu'il imite et suive ce grand exemple qu'il a toujours devant luy.

Il peut et doibt encore tirer une conséquence bien certaine, qui est

qu'il est impossible de s'advancer dans les bonnes grâces d'un prince

laborieux et appliqué, sy l'on n'est soy-mesme et laborieux et appliqué,

et que comme le but et la fin qu'il doibt se proposer et poursuivre est

de se mettre en estat d'obtenir de la bonté du roy de tenir ma charge,

il est impossible qu'il puisse y parvenir qu'en faisant connoistre à Sa

Majesté qu'il est capable de la faire, par son application et par son

assiduité, qui seront les seules mesures ou du retardement ou de la

proximité de cette grâce.

Sur toutes ces raisons je ne sçaurois presque doubter qu'il ne prenne

une bonne et forte résolution de s'appliquer tout de bon et faite

connoistre par ce moyen au roy qu'il sera bientost capable de le bien

servir.

Pour luy bien faire connoistre ce qu'il doibt faire pour cela, il doibt

sçavoir par coeur en quoy consiste le département de ma charge,

Sçavoir:

La maison du Roy et tout ce qui en dépend;

Paris, l'Isle de France et tout le gouvernement d'Orléans;

Les affaires générales du clergé;

La marine, partout où elle s'estend;

Les galères;

Le commerce, tant au dedans qu'au dehors du royaume;

Les consulats;

Les Compagnies des Indes orientales et occidentales, et les pays de

leurs concessions;

Le restablissement des haras dans tout le royaume.

Pour bien s'acquitter de toutes ces fonctions, il faut s'appliquer à des

choses généralles et à des particulières.

Les généralles sont:

Qu'il faut sçavoir à fond tout ce qui concerne les estats des maisons

royales lesquelles il faut lire souvent.

Sçavoir le nombre et la qualité de tous les officiers qui prestent

serment entre les mains du Roy.

De tous les officiers quy prestent serment entre les mains des grands

officiers comme: grand maistre, grand écuyer, grand chambellan,

gentilhomme de la chambre, grand maistre de la garde robe, capitaines

des gardes du corps, grand mareschal des logis, capitaine des

Cent-Suisses, capitaine de la porte et grand prévost.

De tous les officiers qui dépendent de ces grandes charges,

c'est-à-dire, dont les provisions sont expédiées sur les certificats

qu'ils donnent.

Connoistre et sçavoir la différence qu'il y a entre un officier qui

reçoit le serment des divers officiers qui sont soubz sa charge et qui

toutes fois ne donnent point de certificats, les charges dépendants du

Roy et point de luy, et ceux qui donnent des certificats, auxquels les

charges appartiennent quand elles vacquent.

Au grand maistre de la maison appartiennent les charges des sept

officiers et leurs provisions sont expédiées sur ses certificats.

Les officiers de la bouche et du gobelet appartiennent au Roy et aucun,

n'a droit de donner des certificats.

Il faut apprendre toutes ces différences dans la pratique, en faire des

observations et les mettre dans les registres de ma charge pour y avoir

recours en toute occasion.

Il faut lire avec soin tous les règlements faits par le Roy et par ses

prédécesseurs sur les fonctions de toutes les grandes charges, afin d'en

paroistre sçavant et informé dans toutes les rencontres.

Il est bon aussy et bien nécessaire de s'informer pareillement, et avec

prudence et retenue, de toutes les fonctions particulières des officiers

de la maison, d'autant qu'il y en a une infinité qui ne sont point

contenues dans les règlements, comme aussy des différends que les

officiers ont quelques fois entre eux, qui sont ordinairement terminés

par ordre verbal du Roy; faire des mémoires de tout dans mes registres

pour y avoir recours et comme il n'y a eu jusquici personne qui ayt fait

de ces observations, ou qui les ayt rédigée par escrit, il est certain

qu'en le faisant il se présentera un million d'occasions dans les cours

de la vie de mon fils dans lesquelles ces observations, qui sont du fait

de sa charge, lui donneront de l'estime et de la réputation.

Sur ce même sujet, s'il veut quelque fois rendre visite à M. le

mareschal de Villeroy qui est informé de toutes ces choses mieux que

personne ne l'a jamais esté, il en tirera assurément beaucoup de

connoissances dont, en ce cas, il faudroit faire des mémoires, à mesure

qu'il apprendroit quelque chose pour les mettre dans mes registres,

ainsi qu'il est dit cy-dessus.

Après avoir parlé de tout ce qui concerne la maison du Roy, il faut voir

ce qui est à faire dans ma charge pour la ville de Paris et dans le

Soissonnois, et l'Orléanois qui sont les seules provinces de mon

département.

Paris estant la capitale du royaume et le séjour des roys, il est

certain qu'elle donne le mouvement à tout le reste du royaume; que

toutes les affaires du dedans commencent par elle, c'est-à-dire que tous

les édits, déclarations et autres grandes affaires commencent toujours

par les Compagnies de Paris et sont ensuite envoyées dans toutes les

autres du royaume, et que les mesmes grandes affaires finissent aussy

par la mesme ville, d'autant que, dès lors que les volontés du Roy y

sont exécutées, il est certain qu'elles le sont partout, et que toutes

les difficultés qui se rencontrent dans leur exécution naissent

toujours dans les Compagnies de Paris; c'est ce qui doibt obliger mon

fils à bien sçavoir l'ordre général de cette grande ville, n'y ayant

presque aucun jour de Conseil où il ne soit nécessaire d'en parler et de

faire paroistre si l'on sçait quelque chose ou non.

Pour cet effect, il est nécessaire que mon fils repasse quelquefois sur

l'étude du droit et des ordonnances qu'il a faites, et particulièrement

ces dernières. Il faut que toute sa vie il les étudie en toute rencontre

et qu'il paroisse en toute occasion qu'il les sçache parfaitement; qu'il

revoye et relise avec soin tous les traités particuliers qui ont esté

faits pour lui par les plus habiles avocats du Parlement, qu'il les

assemble tous, qu'il les fasse relier ensemble et qu'il considère ces

ouvrages, comme ils sont très-excellents, et dans lesquels il peut

assurément puiser beaucoup de belles connoissances qui peuvent

contribuer à luy donner de l'estime et de la réputation; pour cet effect

il est nécessaire qu'il s'applique à les relire avec plus d'attention

qu'il n'a pas encore fait et qu'il y ayt recours en toutes occasions.

Il faut de plus qu'il sçache parfaitement tout ce qui concerne

l'administration de la justice dans cette grande ville, les différents

degrés de juridiction, les différents officiers pour leur exercice, la

compétence d'iceux et mesme quelque chose de la jurisprudence. Pour

commencer par l'administration de la justice, il doit sçavoir:

Qu'il y a beaucoup de sièges particuliers qui ont droit de justice

foncière dans Paris, comme l'Archevêché, le Chapitre, Sainte-Geneviève,

Saint-Victor, Saint-Marcel, Saint-Martin, le Temple, Saint-Germain,

Saint-Magloire et autres dont il est assez nécessaire de savoir les

noms, la situation et l'étendue de leur juridiction.

La justice royale consiste au bailliage et siège présidial du Châtelet

et bailliage du Palais.

Il faut aussy sçavoir l'estendue de leur jurisdiction; si ces justices

particulières foncières y ressortissent ou non, et si la Royalle a

quelque prétention ou non dans leur estendue, si l'appel des justices

royalles va au Parlement de Paris.

Il faut sçavoir de quelles affaires le dit Parlement connoist en

première instance, et des quels il connoist par appel; et ensuite

successivement il sera nécessaire de savoir tout ce qui concerne la

discipline intérieure de cette Compagnie, les prétentions qu'elle a eu

sur l'autorité royalle, toutes les fautes qu'elle a commises sur ce

point, les troubles qu'elle a causé dans l'Estat, et les remèdes que les

rois y ont apporté. Quoyque ce soit une matière vaste et estendue, j'ai

estimé nécessaire d'en mettre ce mot dans cette instruction, pour

toujours faire connoistre à mon fils les matières qu'il doibt savoir

pour être instruit à fond de tout ce qui peut tomber dans les fonctions

de ma charge.

Outre ces différents sièges de justice et degrés de juridiction, il est

encore nécessaire qu'il sçache;

Les fonctions de la Chambre des comptes, du Grand Conseil et de la Cour

des aides, des trésoriers de France, des différents Conseils du Roi, et

avec le temps, toutes les difficultés qui arrivent entre ces Compagnies,

qui doivent être toujours réglées par le Conseil du Roy.

Qu'il sçache de mesme le nombre des officiers de la compagnie du

chevalier du guet et leurs fonctions;

Du lieutenant criminel de robe courte;

Du prévost de l'isle;

Des augmentations qui ont esté faites dans la première et dernière de

ces compagnies pour la garde et la sûreté de Paris, et qu'il prenne la

conduite de cette garde.

Qu'il sçache tout ce qui se fait pour la police de Paris, pour tenir la

main, pendant toute sa vie à ce qu'elle se maintienne et s'augmente.

Il faut faire une liste de toutes les villes de mon département et de

toutes les charges dont les provisions doivent estre signées par moi.

Il faut tenir une correspondance réglée et ordinaire avec tous les

officiers de la ville de Paris et autres villes de mon département, et

de toutes les compagnies, sur tout ce qui doibt venir à la connaissance

du Roy, de tout ce qui se passe dans les dites villes.

Examiner s'il ne sérait pas à propos de leur écrire à tous afin qu'ils

commençassent à tenir cette correspondance.

_A l'esgard des affaires du clergé_.

Il est nécessaire d'estre fort instruit de ces grandes questions

généralles qui arrivent si souvent dans le cours de la vie, de la

différence des jurisdictions laïque et ecclésiastique; qu'il lise avec

soin les traités qui en ont été faits pour luy, et mesme il seroit bien

nécessaire qu'il lust dans la suite des temps, et le plus tost qu'il

seroit possible, les traités de feu M. Marca, et des autres qui ont

traité de ces matières, et même qu'il lust quelquefois quelques livres

de l'histoire ecclésiastique, d'autant que de toutes ces sources il

puisera une infinité de belles connoissances qui le feront paroistre

habile en toutes occasions.

Outre ces connoissances généralles, il est nécessaire qu'il sçache

l'origine et les causes des assemblées du clergé, comment elles sont

composées, de quelles matières elles ont droit de traiter;

Quelle différence il y a entre les grandes et les petites assemblées;

Du nombre des prélats dont chacunes sont composées;

De leurs agens et du tour des provinces qui les doibvent nommer;

De quelle sorte les agens sont élus dans les assemblées des diocèses;

De l'origine des rentes de l'Hôtel-de-Ville; des prétentions que les

prévôts des marchands et eschevins de Paris ont contre le clergé sur

cette matière et des défenses du clergé; ensemble des contrats qui se

sont passés dans toutes les grandes assemblées pour raison des dites

rentes;

Du contrat général qui est passé dans toutes les assemblées généralles

et particulières entre les commissaires du Roi et le clergé, des

principales conditions d'iceux, et des principales demandes que le

clergé fait dans toutes les assemblées, et des raisons des commissaires,

soit pour leur accorder, soit pour leur refuser.

_Pour la marine_.

Cette matière estant d'une très-vaste et très-grande estendue et

nouvellement attachée à mon département, et qui donne plus de rapport au

Roy qu'aucune autre, il faut aussi plus d'application et de connoissance

pour s'en bien acquitter; et commencer, comme dans les autres matières,

par les choses généralles avant que de descendre aux particulières.

Si j'ay parlé de la lecture des ordonnances dans les autres matières, il

n'y en a point où il soit sy nécessaire de les lire soigneusement que

dans celle-cy. Pour cela, il faut scavoir:

Que de la charge d'admiral de France qui est une portion de la royauté,

il émane deux droits, l'un de la justice et l'autre de la guerre. La

justice de l'admiral s'estend sur tout ce qui se passe en mer entre les

sujets du Roy dans toute l'estendue des costes maritimes, et partout où

le flot de mars s'estend, et sur toutes les causes maritimes. Cette

justice se rend par les officiers des sièges de l'Admirauté, qui sont

establis sur toutes les costes du royaume, de distance en distance;

l'appel de ces justices va aux Chambres de l'Admirauté, establies dans

tous les Parlemens, et l'appel de ces chambres va au Parlement; en sorte

que ce sont les trois degrés de jurisdiction. Examiner ces trois degrés.

Il faut avoir la liste de tous les sièges de l'Admirauté, et de toutes

les Chambres près les Parlemens, et du nombre des officiers dont ils

sont composés.

A l'égard de la jurisprudence pour les causes maritimes, nos rois n'ont

guère fait d'ordonnances sur cette matière; il est nécessaire avec soin

néanmoins de lire tout ce qui a été fait, mais il faut sçavoir en même

temps que les juges en ces matières se règlent sur le droit escrit, sur

les jugemens d'Olléron, et sur les ordonnances qui sont appelées de

Wisby et celles de la Hanse teutonique.

Comme toutes ces pièces sont estrangères, le Roy a résolu de faire un

corps d'ordonnances en son nom, pour régler toute la jurisprudence de la

marine; pour cet effect, il a envoyé dans tous les ports du royaume M.

d'Herbigny, maistre des Requestes, pour examiner tout ce qui concerne

cette justice, la réformer, et composer ensuite, sur toutes les

connoissances qu'il prendra un corps d'ordonnances, et pour y parvenir

avec d'autant plus de précaution, Sa Majesté a establi des commissaires

à Paris, dont le chef est M. de Morangis, pour recevoir et délibérer sur

tous les mémoires qui seront envoyés par le dit sieur d'Herbigny, et

commencer à composer le dit corps d'ordonnances; il seroit nécessaire

pour bien faire les fonctions de ma charge, de recevoir les lettres et

mémoires du sieur d'Herbigny, en faire les extraits et assister à toutes

les assemblées qui se tiendront, chez M. de Morangis, et tenir la main à

ce que le corps d'ordonnances sur cette matière fust expédié le plus

promptement qu'il seroit possible.

A l'égard de la guerre qui est despendante de la charge d'admiral de

France, elle consiste en deux choses principales: l'une en tout ce qui

est à faire pour mettre les vaisseaux en mer, l'autre en tout ce qui se

fait lorsqu'ils y sont.

La première se fait par les intendants et commissaires-généraux de

marine, officiers des ports, commissaires particuliers,

conservateurs-généraux et garde-magasins, et la seconde par les

vice-admiraux, lieutenants-généraux, chefs d'escadre, capitaines de

marine et autres officiers particuliers.

La première doit estre particulièrement le soin du secrétaire d'Estat

ayant la marine en son département. Pour cet effect:

Il doibt sçavoir les noms des 120 vaisseaux de guerre que le Roy veut

avoir toujours dans sa marine, avec 50 frégates, 20 bruslots et 20

bastiments de charge;

Sçavoir exactement, et toujours par coeur, les lieux et arsenaux de

marine où ils sont distribués;

Lorsqu'ils seront en mer, avoir toujours dans sa pochette le nombre des

escadres, les lieux où elles sont et les officiers qui les commandent;

Connoistre les officiers de marine, tant des arsenaux que de guerre, et

examiner continuellement leur mérite et les actions qu'ils sont capables

d'exécuter.

Avoir toujours présents dans l'esprit les inventaires de tous les

magasins, prendre soin que les magasins particuliers soient toujours

remplis de toutes les marchandises nécessaires pour l'armement de tous

les vaisseaux et les rechanges, et que dans le magasin général il y ayt

toujours les mesmes quantités de marchandises et de munitions pour les

armer et équiper une seconde fois.

Examiner avec soin et application particulière toutes les consommations,

et faire en sorte de bien connoistre tous les abus qui s'y peuvent

commettre, pour trouver et mettre en pratique les moyens de les

retrancher;

Observer qu'il y ayt toujours une quantité de bois suffisante dans

chacun des arsenaux, non-seulement pour les radoubs de tous les

vaisseaux, mais mesme pour en construire toujours huit ou dix neufs,

pour s'en pouvoir servir selon les occasions;

Observer surtout, et tenir maxime de laquelle on ne se desparte jamais,

de prendre dans le royaume toutes les marchandises nécessaires pour la

marine, cultiver avec soin les establissements des manufactures qui en

ont esté faites, et s'appliquer à les perfectionner, en sorte qu'elles

deviennent meilleures que dans tous les pays estrangers;

Ces manufactures principales sont le goldron, establi dans le Médoc,

Provence et Dauphiné.

Tous les fers de toutes mesures et qualités pour la marine, establis en

Nivernois, Périgord et Bretagne; les gros ancres establis à Rochefort,

Toulon, Dauphiné, Brest et Nivernois.

Les mousquets et autres armes en Nivernois et Forestz.

Les canons de fer en Nivernois, Bourgogne et Périgord.

La fonte des canons de cuivre à Toulon, Rochefort et Lion.

Les toiles à voilles, en Bretagne et Dauphiné.

Le fer blanc et noir, en Nivernois.

Tous les ustensiles de pilote et autres, à La Rochelle, Dieppe et autres

lieux.

Acheter tous les chanvres dans le royaume, au lieu qu'on les faisoit

venir ci-devant de Riga, et prendre soin qu'il en soit semé dans tout le

royaume, ce qui arrivera infailliblement, si l'on continue à n'en point

acheter dans les pays estrangers.

Cultiver avec soin la Compagnie des Pyrénées, et la mettre en estat,

s'il est possible, de fournir tout ce à quoy elle s'est obligée, ce qui

sera d'un grand advantage pour le royaume, vu que l'argent pour cette

nature de marchandises ne se portera point dans les pays estrangers.

Cultiver avec le mesme soin la recherche des masts dans le royaume,

estant important de se passer pour cela des pays estrangers. Pour cet

effet, il faut en faire toujours chercher, et prendre soin que ceux qui

en cherchent en Auvergne, Dauphiné, Provence et les Pyrénées, soient

protégés, et qu'ils reçoivent toutes les assistances qui leur seront

nécessaires pour l'exécution de leurs marchés.

Examiner avec le mesme soin et application toutes les autres

marchandises et manufactures qui ne sont point encore establies dans le

royaume, en cas qu'il y en ait, et chercher tous les moyens possibles

pour les y establir.

N'y ayant rien dans toute la marine de plus important que la

conservation des vaisseaux, il n'y a rien aussy à quoy l'on doibve

donner plus d'application. Pour cet effect, il faut donner des ordres

précis et tenir la main à ce qu'ils soient tenus extraordinairement

propres, tant dedans que dehors, depuis la quille jusques au baston de

pavillon.

Observer avec soin la différence qu'il y a entre les vaisseaux du Roy et

ceux de Hollande sur ce point de la propreté des vaisseaux; s'informer

de tout ce qui se passe en Hollande, et de tout ce qui se fait pour les

maintenir en cet estat, et faire observer les mesmes choses en France,

et quelque chose de plus s'il est possible.

Il faut considérer cette propreté comme l'âme de la marine, sans

laquelle il est impossible qu'elle puisse subsister; et il faut s'y

appliquer comme à ce qui est plus important et plus nécessaire pour

esgaller et mesmes surpasser les estrangers.

De cette propreté despend encore l'arrangement parfait dans tous les

magasins et arsenaux de marine, sur quoy il faut voir en destail chaque

chose pour les pouvoir réduire au degré de perfection qu'il est

nécessaire.

Il faut de plus examiner avec le plus grand soin le véritable prix de

toutes les marchandises et manufactures, et chercher tous les moyens

possibles pour les réduire au meilleur prix qu'il pourra; pour cet

effect, il faut estre informé de ce que chaque nature de marchandises

couste en Hollande et en Angleterre, comme:

Les chanvres, le fer, les toilles royalles, les ancres, etc.

Il faut de plus s'informer particulièrement de l'économie qu'ils

observent en toutes choses, les travaux qu'ils font faire à journées, et

ceux qu'ils font faire a prix faits; la discipline et police qu'ils

observent dans leurs arsenaux, et enfin tout ce qui peut contribuer au

bon ménage et économie des deniers du roy, et tenir pour une maxime

certaine sur ce sujet que celuy qui fait la guerre à meilleur marché est

certainement supérieur à l'autre.

A l'esgard des marchandises qui seront fournies dans les magasins, il

faut qu'il soit toujours en garde et qu'il prenne si bien ses mesures

que les officiers des ports n'en tirent aucun advantage indirect; et,

par les visites fréquentes qu'il fera dans les ports, il faut qu'il y

establisse une telle fidélité qu'il soit asseuré que le Roy y sera

toujours bien servi.

Entre tous les moyens que son application et ses fréquents voyages,

pourront luy suggérer, celuy de faire faire le marché de toutes les

marchandises publiquement et en trois remises consécutives, la première

au bout de huit jours, et les autres de quatre en quatre jours, en

présence de tous les officiers, et après avoir mis deux ou trois mois

auparavant des affiches publiques dans toutes les villes de commerce

pour inviter tous les marchands à s'y trouver.

Il y auroit un autre moyen à pratiquer pour faire fournir toutes les

marchandises de marine, comme chanvre, goldron, fer de toutes sortes,

toiles à voiles, bois, masts, etc., etc.; ce seroit, tous les ans, après

avoir examiné la juste valeur de toutes les marchandises, de fixer un

prix de chacune, en sorte que les marchands y trouvassent quelque

bénéfice, et faire sçavoir en suitte, par des affiches publiques dans

toutes les villes du royaume, que ces marchandises seroient payées, au

prix fixé, en les fournissant de bonne qualité, dans les arsenaux.

Il est de plus nécessaire de sçavoir toutes les fonctions des officiers

qui servent dans les ports et arsenaux, leur faire des instructions bien

claires sur tout ce qu'ils ont a faire, les redresser toutes les fois

qu'ils manquent, faire des règlements sur tout ce qui se doibt faire

dans lesdits arsenaux, et travailler incessamment à les bien policer.

A l'esgard de la guerre de mer, encore que ce soit plustost le fait des

vice-admiraux et autres officiers qui commandent les vaisseaux du Roy,

il est toutes fois bien nécessaire que le secrestaire d'Estat en soit

bien informé, pour se rendre capable de faire tous les règlements et

ordonnances nécessaires pour le bien du service du Roy, et pour éviter

tous les inconvénients qui peuvent arriver.

Pour cet effect, il faut qu'il sçache bien toutes les manoeuvres des

vaisseaux lorsqu'ils sont en mer, les fonctions de tous les officiers

qui sont préposez pour les commander, tous les ordres qui sont donnez

par les officiers généraux et par les officiers particuliers de chaque

vaisseau, ce qui s'observe pour la garde d'un vaisseau, et généralement

toutes les fonctions de tous les officiers, matelots et soldais qui sont

sur un vaisseau, dans les rades, en pleine mer, entrant dans une rivière

ou dans un port, en paix, en guerre, et en tous lieux et occasions où un

vaisseau de guerre se peut rencontrer.

Sur toutes ces choses il faut faire toute sorte de diligences pour estre

informé de ce qui se pratique par les officiers généraux et particuliers

de marine, en Hollande et en Angleterre, et conférer continuellement

avec nos meilleurs officiers de marine pour s'instruire toujours de plus

en plus.

Toutes les fois qu'il conviendra changer les commissaires de marine qui

servent dans les ports, il faudra observer d'y mettre des gens fidèles

et asseurés, d'autant que le secrestaire d'Estat doibt voir par leurs

yeux tout ce qui se passe dans les ports, outre le rapport continuel

qu'il doibt avoir avec les intendants.

Il doibt estre de mesme des garde-magasins et commissaires-généraux.

Il faut s'informer soigneusement de tout ce qui se passe entre toutes

les nations pour le fait des saluts, voir les règlements qui ont esté

faits par Sa Majesté sur ce sujet; en connoistre toutes les difficultés

et toutes les différences avec les estrangers, pour y donner tous les

ordres et toutes les explications nécessaires pour éviter tous les

inconvéniens et soutenir la dignité du Roy.

Il faut travailler à establir dans tous les ports des écoles

d'hydrographie ou de pilotage et de canonniers. Cette dernière école

particulièrement est d'une telle conséquence que, sy le Roy estoit

chargé d'une guerre dans laquelle, il eust besoin de mettre en mer la

moitié ou les deux tiers de ses vaisseaux, il manqueroit assurément de

canonniers. C'est pourquoy il faut s'appliquer à en multiplier le nombre

par le moyen de ces écoles.

Tenir la main pour faire faire les revues de tous les équipages des

vaisseaux, lorsqu'ils sont mis en mer, et dans tous les lieux où ils se

rencontrent; establir pour cet effet un commissaire de marine sur toutes

les escadres, avec ordre exprès de faire ces revues dans tous les

calmes, et en envoyer les extraits pour en informer le Roy.

Examiner tout ce qui s'est fait pour l'établissement d'un munitionnaire

dans la marine, en examiner le traité; voir qu'il satisfasse

ponctuellement aux conditions y contenues; qu'il soit protégé, et tous

ses commis, tant dans les ports que sur les vaisseaux, et faire punir en

quelque sorte avec sévérité les capitaines qui maltraisteront ou

laisseront maltraister les commis dudit munitionnaire qui seroient sur

leur bord.

Examiner la différence de cette fourniture à celle qui se faisait

autrefois par les capitaines des vaisseaux et les advantages que les

équipages y trouvent, pour, sur cette connoissance, travailler

incessamment à maintenir et perfectionner cet establissement.

Examiner pareillement toutes les déclarations et ordonnances qui ont

esté données, et générallement tout ce qui s'est fait pour l'enrollement

général des matelots en Bretagne, Provence, Poitou, pays d'Aunis,

Saintonge et Guyenne, en bien connoistre les advantages, maintenir et

perfectionner cet establissement et le continuer dans les autres

provinces du royaume où il n'a point esté fait, sçavoir: en Languedoc,

Normandie, Picardie et pays reconquis.

Les intendants, commissaires-généraux et particuliers estant les

principaux officiers qui doibvent faire agir cette grande machine, il

faut avoir continuellement l'oeil sur leur conduite, les redresser, quand

ils manquent, leur donner des ordres bien clairs, et les leur faire bien

exécuter, en un mot il faut travailler par tous les moyens possibles à

remplir cette place de gens habilles, sages et d'une fidélité esprouvée.

Il faut pareillement bien connoistre tout ce qui concerne la compagnie

des gardes de la marine, tenir la main à ce qu'elle soit toujours

complette et garnie de bons hommes, que les revues en soient envoyées

tous les mois, et n'ordonner le payement qu'après avoir rendu compte au

Roy des revues.

Voir les ordres qui ont esté donnés par le Roy pour la levée des

soldats, pour les équipages des vaisseaux; tenir la main à ce qu'ils

soient bien exécutés et que ces soldats soient bons, bien habillés et

bien armés.

Tenir la main à ce que la revue des officiers de marine qui servent dans

les ports soit faite continuellement, en rendre compte au Roy et envoyer

les fonds pour leur payement.

Prendre soin d'establir des fonctions aux dits officiers pendant le

temps qu'ils demeurent dans les ports, soit aux radoubs, carènes, soit

pour la garde des vaisseaux, et conférer pour en faire un règlement avec

les vice-admiraux et les intendants et commissaires-généraux de la

marine, pour leur donner de l'occupation et éviter les maux que

l'oysiveté tire après soy.

Tenir soigneusement et seurement la main à ce que les édits concernant

les duels soient exécutés dans toutes les dépendances de la marine, n'y

ayant rien en quoy l'on puisse rien faire qui soit plus agréable au

Roy.

Examiner ce qui est à faire pour establir la justice marine dans les

ports.

Pour ce qui concerne les gallères:

Il faut lire toutes les ordonnances qui ont esté faites concernant les

galères, en bien examiner la différence; et, pour le surplus, ce qui est

dit sur le sujet des vaisseaux servira pour ce corps.

Pour les Compagnies des Indes orientalles et occidentalles, le commerce

du royaume et le restablissement des haras, dans la suite du temps, mon

fils s'instruira de toutes ces choses et se rendra capable de les

conduire.

Avant que d'entamer les choses particulières que mon fils doibt faire,

c'est-à-dire ce qui peut regarder sa conduitte journalière, je luy diray

que je sçais bien et ne m'attends pas qu'il puisse entamer toutes ces

matières générales et en faire des études particulières de chacune pour

consommer tout son temps et l'appliquer à un travail continuel. Mon

intention seroit seulement pour le rendre habile, qu'il lust une fois le

mois cette instruction, et qu'il travaillast à s'instruire pendant ce

mois de quelques points y contenus, qu'il m'en parlast quelquefois et

que je luy expliquasse tout ce qui peut servir à son instruction sur

chacun de ces points.

_Pour ce qui regarde sa conduite journalière_.

Il est nécessaire qu'il fasse estat de tenir le cabinet, soit le matin,

soit le soir, cinq à six heures par jour, et, outre cela, donner un jour

entier par semaine à expédier toutes les lettres et donner tous les

ordres.

Pour tout ce qui concerne ma charge, il faut premièrement qu'il pense à

bien régler sa conduite particulière.

Qu'il tienne pour maxime certaine et indubitable, et qui ne doibt jamais

recevoir ni atteinte ni changement, pour quelque cause et soubz quelque

prétexte que ce soit ou puisse estre, de ne jamais rien expédier qui

n'ayt esté ordonné par le Roy; c'est-à-dire qu'il faut faire des

mémoires de tout ce qui sera demandé, les mettre sur ma table et

attendre que j'aye pris les ordres de Sa Majesté, et que j'en aye donné

la résolution par escrit; et lorsque, par son assiduité et par son

tiavail, il pourra luy-mesme prendre les ordres du Roy, il doibt

observer religieusement pendant toute sa vie cette maxime de ne jamais

rien expédier qu'il n'en ayt pris l'ordre de Sa Majesté.

Comme le souverain but qu'il doibt avoir est de se rendre agréable au

Roy, il doibt travailler avec grande application pendant toute sa vie à

bien connoistre ce qui peut estre agréable à Sa Majesté, s'en faire une

étude particulière, et, comme l'assiduité auprès de sa personne peut

assurément beaucoup contribuer à ce dessein, il faut se captiver et

faire en sorte de ne le jamais quitter, s'il est possible.

Pour tout le reste de la cour, il faut estre toujours civil, honneste,

et se rendre agréable à tout le monde, autant qu'il sera possible; mais

il faut en mesme temps se tenir toujours extrêmement sur ses gardes pour

ne point tomber dans aucun des inconvénients de jeu extraordinaire,

d'amourettes et d'autres fautes qui flétrissent un homme pour toute sa

vie.

Il faut aymer surtout à faire plaisir quand l'occasion se trouve, sans

préjudicier au service que l'on doibt au Roy et à l'exécution de ses

ordres, et le principal de ce point consiste à faire agréablement et

promptement tout ce que le Roy ordonne pour les particuliers. Pour cet

effect, il faut se faire à soy-mesme une loy inviolable de travailler

tous les soirs à expédier tous les ordres qui auront esté donnés pendant

le jour, et à faire un extrait de tous les mémoires qui auront esté

donnés, et le lendemain matin m'apporter de bonne heure, toutes les

expéditions résolues, et les mémoires de ce qui est à résoudre, pour en

parler au Roy et ensuite expédier.

Il ne faut non plus manquer à faire enregistrer toutes les ordonnances

et expéditions et n'en délivrer jamais aucune que mon fils n'en ayt vu

et cotté l'enregistrement.

Toutes les expéditions qu'il fera doibvent être examinées, et voir sur

quelles ordonnances elles sont fondées, où elles ont rapport; ce qui luy

donnera une grande et parfaite connoissance de tout ce qui se passera

jamais par ses mains.

Pour se rendre capable et bien faire toutes sortes d'expéditions, il

faut qu'il lise avec soin toutes celles que j'ai fait recueillir dans

mes registres, et en fasse même des tables en différentes manières; et,

en cas qu'il trouve ce travail trop long, il pourra s'en faire soulager,

donner ordre de les faire; mais il faut qu'il dirige ce travail, qu'il

le voye et le corrige.

Comme la marine est asseurément la plus belle et la plus importante

partie de mon département, il faut aussy donner plus de soins, plus de

temps et plus d'application pour la bien conduire. Pour cet effect, il

faut que mon fils lise luy-mesme avec soin et application tous les

ordres qui ont été expédiés pour la marine depuis trois ou quatre ans,

qu'il en fasse luy-mesme des tables contenant la substance des

ordonnances, afin qu'ils luy servent de principe et de fondement sur

tous ceux qui seront à donner à l'avenir.

Il est nécessaire qu'il se fasse un travail réglé et ordinaire de la

lecture de ces ordres et lettres enregistrées et des dites tables, d'une

et deux heures par jour, y ayant apparence qu'en un mois ou six semaines

de temps il en pourra venir à bout.

Outre cette lecture, il faut faire estat toutes les semaines de tenir

une correspondance de lettres réglée avec tous les officiers de marine,

sçavoir:

A Toulon, avec le sieur Matharel;

Le commissaire et quelquefois les officiers du port;

Avec le sieur Brodard, commissaire-général départy pour l'enrollement

général des matelots;

A Arles, avec le commissaire Julien pour la voicture et réception des

bois;

En Bourgogne, avec le sieur Dugay, premier président de la Chambre des

comptes, pour l'achapt, le débit et la voicture des bois;

En Dauphiné et Lyonnois, avec le sieur de la Tour Dalliès, pour toutes

les manufactures dont il prend soin, savoir:

Bois, fer, masts, toilles à voilles, mousquets et autres armes, en

Forest, Dauphiné et Nivernois;

Gros ancres, en Dauphiné, Bourgogne et Nivernois;

Canons de fer, etc.;

Crics;

Masts;

En Bourgogne, avec le sieur Besch, Suédois, entrepreneur de canons de

fer;

En Nivernois, avec le sieur Legoux, commis du sieur Dalliès;

A Rochefort, avec M. de Terron;

A La Rochelle, avec les directeurs de la Compagnie du Nord;

A Nantes, avec Valleton, qui reçoit toutes les marchandises pour la

marine, et les fait charger pour les porter à Rochefort et à Brest;

A Brest, avec le sieur De Seuil;

En Bretagne, avec le sieur Sachi Séjourné, commissaire de marine, député

pour l'enrollement des matelots dans l'esveché de Nantes, et avec le

sieur de Narp, commissaire de marine, départy à Saint-Malo pour le même

enrollement;

Au Havre, avec le sieur Huber;

A Dunkerque, avec le sieur Gravier;

A Lisbonne, avec le commissaire de marine qui y est, nommé Desgranges;

Avec les ambassadeurs du Roy, en Espagne, Portugal, Angleterre,

Hollande, Danemarck et Suède, sur toutes les mesmes affaires de la

marine.

Le Roy m'ayant donné tous les vendredis après le midi pour luy rendre

compte des affaires de la marine, et Sa Majesté ayant déjà eu la bonté

d'agréer que mon fils y fust présent, il faut observer avec soin cet

ordre.

Aussitost que j'auray vu toutes les despesches à mesure qu'elles

arriveront, je les enverray à mon fils pour les voir, en faire

promptement et exactement l'extrait, lequel sera mis de sa main sur le

dos de la lottre et remis en mesme temps sur ma table; je mettray un mot

de ma main sur chaque article de l'extrait, contenant la réponse qu'il

faudra faire; aussitost il faudra que mon fils fasse les responses de sa

main, que je les voye ensuite et les corrige, et quand le tout sera

disposé, le vendredi, nous porterons au Roy toutes ces lettres; nous luy

en lirons les extraits et en mesme temps les responses; si Sa Majesté y

ordonne quelque changement, il sera fait; sinon, les responses seront

mises au net, signées et envoyées, et ainsy, en observant cet ordre

régulier avec exactitude, sans s'en despartir jamais, il est certain que

mon fils se mettra en estat d'acquérir de l'estime dans l'esprit du Roy.

A l'esgard des gallères, il faut faire la mesme chose.

Pour finir, il faut que mon fils se mette fortement dans l'esprit qu'il

doibt faire en sorte que le Roy retire des avantages proportionnez à la

dépense qu'il fait pour la marine. Pour cela, il faut avoir toute

l'application nécessaire pour faire sortir toutes les escadres des ports

au jour précis que Sa Majesté aura donné; que les escadres demeurent en

mer jusqu'au dernier jour de leurs vivres ou le plus près qu'il se

pourra; donner par toutes sortes de moyens de l'émulation aux officiers

pour faire quelque chose d'extraordinaire, les exciter par l'exemple des

Anglois et des Hollandois, et généralement mettre en pratique tous les

moyens imaginables pour donner de la réputation aux armes maritimes du

Roy et de la satisfaction à Sa Majesté.

Je demande sur toutes choses à mon fils qu'il prenne plaisir et se donne

de l'application, qu'il ayt de l'exactitude et de la ponctualité dans

tout ce qu'il voudra et aura résolu de faire, et, comme il se peut faire

que la longueur de ce mémoire l'estonnera, je ne prétends pas le

contraindre ni le genner en aucune façon; qu'il voye dans tout ce

mémoire ce qu'il croira et voudra faire. Comme il se peut facilement

diviser en autant de parcelles qu'il voudra, il peut examiner et

choisir; par exemple, dans toute la marine, il peut se réserver un port

ou un arsenal, comme Toulon et Rochefort, et ainsi du reste; pourvu

qu'il soit exact et ponctuel sur ce qu'il aura résolu de faire, il

suffit, et je me chargeray facilement du surplus.

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 112 / 189 题