Comme il n'y a que le plaisir que les hommes prennent à ce qu'ils font
ou à ce qu'ils doibvent faire qui leur donne de l'application, et qu'il
n'y a que l'application qui fasse acquérir du mérite, d'où vient
l'estime et la réputation qui est la seule chose nécessaire à un homme
qui a de l'honneur, il est nécessaire que mon fils cherche en luy-mesme
et au dehors tout ce qui peut luy donner du plaisir dans les fonctions
de ma charge.
Pour cet effect, il doibt bien penser et faire souvent réflection sur ce
que sa naissance l'auroit fait estre sy Dieu n'avoit pas bény mon
travail et sy ce travail n'avoit pas esté extrême. Il est donc
nécessaire, pour se préparer une vie pleine de satisfaction, qu'il ayt
toujours dans l'esprit et devant les yeux ces deux obligations sy
essentielles et sy considérables, l'une envers Dieu et l'autre envers
moy, affin qu'y satisfaisant par les marques d'une véritable
reconnoissance, il puisse se préparer une satisfaction solide et
essentielle pour toute sa vie, et ces deux debvoirs peuvent servir de
fondement et de base de tout le plaisir qu'il se peut donner par son
travail et par son application.
Pour augmenter encore ce mesme plaisir, il doibt bien considérer qu'il
sert le plus grand roy du monde et qu'il est destiné à le servir dans
une charge la plus belle de toutes celles qu'un homme de ma condition
puisse avoir et qui l'approche le plus près de sa personne; et ainsy il
est certain que, s'il a du mérite et de l'application, il peut avoir le
plus bel establissement qu'il puisse désirer, et, par conséquent, je
l'ay mis en estat de n'avoir plus rien à souhaiter pendant toute sa vie.
Mais encore que je sois persuadé qu'il ne soit pas nécessaire d'autre
raison pour le porter à bien faire, il est pourtant bon qu'il considère
bien particulièrement cette prodigieuse application que le Roy donne à
ses affaires, n'y ayant point de jour qu'il ne soit enfermé cinq à six
heures pour y travailler; qu'il considère bien la prodigieuse prospérité
que ce travail luy attire, la vénération et le respect que tous les
estrangers ont pour luy, et qu'il connoisse par comparaison que, s'il
veut se donner de l'estime et de la réputation dans sa condition, il
faut qu'il imite et suive ce grand exemple qu'il a toujours devant luy.
Il peut et doibt encore tirer une conséquence bien certaine, qui est
qu'il est impossible de s'advancer dans les bonnes grâces d'un prince
laborieux et appliqué, sy l'on n'est soy-mesme et laborieux et appliqué,
et que comme le but et la fin qu'il doibt se proposer et poursuivre est
de se mettre en estat d'obtenir de la bonté du roy de tenir ma charge,
il est impossible qu'il puisse y parvenir qu'en faisant connoistre à Sa
Majesté qu'il est capable de la faire, par son application et par son
assiduité, qui seront les seules mesures ou du retardement ou de la
proximité de cette grâce.
Sur toutes ces raisons je ne sçaurois presque doubter qu'il ne prenne
une bonne et forte résolution de s'appliquer tout de bon et faite
connoistre par ce moyen au roy qu'il sera bientost capable de le bien
servir.
Pour luy bien faire connoistre ce qu'il doibt faire pour cela, il doibt
sçavoir par coeur en quoy consiste le département de ma charge,
Sçavoir:
La maison du Roy et tout ce qui en dépend;
Paris, l'Isle de France et tout le gouvernement d'Orléans;
Les affaires générales du clergé;
La marine, partout où elle s'estend;
Les galères;
Le commerce, tant au dedans qu'au dehors du royaume;
Les consulats;
Les Compagnies des Indes orientales et occidentales, et les pays de
leurs concessions;
Le restablissement des haras dans tout le royaume.
Pour bien s'acquitter de toutes ces fonctions, il faut s'appliquer à des
choses généralles et à des particulières.
Les généralles sont:
Qu'il faut sçavoir à fond tout ce qui concerne les estats des maisons
royales lesquelles il faut lire souvent.
Sçavoir le nombre et la qualité de tous les officiers qui prestent
serment entre les mains du Roy.
De tous les officiers quy prestent serment entre les mains des grands
officiers comme: grand maistre, grand écuyer, grand chambellan,
gentilhomme de la chambre, grand maistre de la garde robe, capitaines
des gardes du corps, grand mareschal des logis, capitaine des
Cent-Suisses, capitaine de la porte et grand prévost.
De tous les officiers qui dépendent de ces grandes charges,
c'est-à-dire, dont les provisions sont expédiées sur les certificats
qu'ils donnent.
Connoistre et sçavoir la différence qu'il y a entre un officier qui
reçoit le serment des divers officiers qui sont soubz sa charge et qui
toutes fois ne donnent point de certificats, les charges dépendants du
Roy et point de luy, et ceux qui donnent des certificats, auxquels les
charges appartiennent quand elles vacquent.
Au grand maistre de la maison appartiennent les charges des sept
officiers et leurs provisions sont expédiées sur ses certificats.
Les officiers de la bouche et du gobelet appartiennent au Roy et aucun,
n'a droit de donner des certificats.
Il faut apprendre toutes ces différences dans la pratique, en faire des
observations et les mettre dans les registres de ma charge pour y avoir
recours en toute occasion.
Il faut lire avec soin tous les règlements faits par le Roy et par ses
prédécesseurs sur les fonctions de toutes les grandes charges, afin d'en
paroistre sçavant et informé dans toutes les rencontres.
Il est bon aussy et bien nécessaire de s'informer pareillement, et avec
prudence et retenue, de toutes les fonctions particulières des officiers
de la maison, d'autant qu'il y en a une infinité qui ne sont point
contenues dans les règlements, comme aussy des différends que les
officiers ont quelques fois entre eux, qui sont ordinairement terminés
par ordre verbal du Roy; faire des mémoires de tout dans mes registres
pour y avoir recours et comme il n'y a eu jusquici personne qui ayt fait
de ces observations, ou qui les ayt rédigée par escrit, il est certain
qu'en le faisant il se présentera un million d'occasions dans les cours
de la vie de mon fils dans lesquelles ces observations, qui sont du fait
de sa charge, lui donneront de l'estime et de la réputation.
Sur ce même sujet, s'il veut quelque fois rendre visite à M. le
mareschal de Villeroy qui est informé de toutes ces choses mieux que
personne ne l'a jamais esté, il en tirera assurément beaucoup de
connoissances dont, en ce cas, il faudroit faire des mémoires, à mesure
qu'il apprendroit quelque chose pour les mettre dans mes registres,
ainsi qu'il est dit cy-dessus.
Après avoir parlé de tout ce qui concerne la maison du Roy, il faut voir
ce qui est à faire dans ma charge pour la ville de Paris et dans le
Soissonnois, et l'Orléanois qui sont les seules provinces de mon
département.
Paris estant la capitale du royaume et le séjour des roys, il est
certain qu'elle donne le mouvement à tout le reste du royaume; que
toutes les affaires du dedans commencent par elle, c'est-à-dire que tous
les édits, déclarations et autres grandes affaires commencent toujours
par les Compagnies de Paris et sont ensuite envoyées dans toutes les
autres du royaume, et que les mesmes grandes affaires finissent aussy
par la mesme ville, d'autant que, dès lors que les volontés du Roy y
sont exécutées, il est certain qu'elles le sont partout, et que toutes
les difficultés qui se rencontrent dans leur exécution naissent
toujours dans les Compagnies de Paris; c'est ce qui doibt obliger mon
fils à bien sçavoir l'ordre général de cette grande ville, n'y ayant
presque aucun jour de Conseil où il ne soit nécessaire d'en parler et de
faire paroistre si l'on sçait quelque chose ou non.
Pour cet effect, il est nécessaire que mon fils repasse quelquefois sur
l'étude du droit et des ordonnances qu'il a faites, et particulièrement
ces dernières. Il faut que toute sa vie il les étudie en toute rencontre
et qu'il paroisse en toute occasion qu'il les sçache parfaitement; qu'il
revoye et relise avec soin tous les traités particuliers qui ont esté
faits pour lui par les plus habiles avocats du Parlement, qu'il les
assemble tous, qu'il les fasse relier ensemble et qu'il considère ces
ouvrages, comme ils sont très-excellents, et dans lesquels il peut
assurément puiser beaucoup de belles connoissances qui peuvent
contribuer à luy donner de l'estime et de la réputation; pour cet effect
il est nécessaire qu'il s'applique à les relire avec plus d'attention
qu'il n'a pas encore fait et qu'il y ayt recours en toutes occasions.
Il faut de plus qu'il sçache parfaitement tout ce qui concerne
l'administration de la justice dans cette grande ville, les différents
degrés de juridiction, les différents officiers pour leur exercice, la
compétence d'iceux et mesme quelque chose de la jurisprudence. Pour
commencer par l'administration de la justice, il doit sçavoir:
Qu'il y a beaucoup de sièges particuliers qui ont droit de justice
foncière dans Paris, comme l'Archevêché, le Chapitre, Sainte-Geneviève,
Saint-Victor, Saint-Marcel, Saint-Martin, le Temple, Saint-Germain,
Saint-Magloire et autres dont il est assez nécessaire de savoir les
noms, la situation et l'étendue de leur juridiction.
La justice royale consiste au bailliage et siège présidial du Châtelet
et bailliage du Palais.
Il faut aussy sçavoir l'estendue de leur jurisdiction; si ces justices
particulières foncières y ressortissent ou non, et si la Royalle a
quelque prétention ou non dans leur estendue, si l'appel des justices
royalles va au Parlement de Paris.
Il faut sçavoir de quelles affaires le dit Parlement connoist en
première instance, et des quels il connoist par appel; et ensuite
successivement il sera nécessaire de savoir tout ce qui concerne la
discipline intérieure de cette Compagnie, les prétentions qu'elle a eu
sur l'autorité royalle, toutes les fautes qu'elle a commises sur ce
point, les troubles qu'elle a causé dans l'Estat, et les remèdes que les
rois y ont apporté. Quoyque ce soit une matière vaste et estendue, j'ai
estimé nécessaire d'en mettre ce mot dans cette instruction, pour
toujours faire connoistre à mon fils les matières qu'il doibt savoir
pour être instruit à fond de tout ce qui peut tomber dans les fonctions
de ma charge.
Outre ces différents sièges de justice et degrés de juridiction, il est
encore nécessaire qu'il sçache;
Les fonctions de la Chambre des comptes, du Grand Conseil et de la Cour
des aides, des trésoriers de France, des différents Conseils du Roi, et
avec le temps, toutes les difficultés qui arrivent entre ces Compagnies,
qui doivent être toujours réglées par le Conseil du Roy.
Qu'il sçache de mesme le nombre des officiers de la compagnie du
chevalier du guet et leurs fonctions;
Du lieutenant criminel de robe courte;
Du prévost de l'isle;
Des augmentations qui ont esté faites dans la première et dernière de
ces compagnies pour la garde et la sûreté de Paris, et qu'il prenne la
conduite de cette garde.
Qu'il sçache tout ce qui se fait pour la police de Paris, pour tenir la
main, pendant toute sa vie à ce qu'elle se maintienne et s'augmente.
Il faut faire une liste de toutes les villes de mon département et de
toutes les charges dont les provisions doivent estre signées par moi.
Il faut tenir une correspondance réglée et ordinaire avec tous les
officiers de la ville de Paris et autres villes de mon département, et
de toutes les compagnies, sur tout ce qui doibt venir à la connaissance
du Roy, de tout ce qui se passe dans les dites villes.
Examiner s'il ne sérait pas à propos de leur écrire à tous afin qu'ils
commençassent à tenir cette correspondance.
_A l'esgard des affaires du clergé_.
Il est nécessaire d'estre fort instruit de ces grandes questions
généralles qui arrivent si souvent dans le cours de la vie, de la
différence des jurisdictions laïque et ecclésiastique; qu'il lise avec
soin les traités qui en ont été faits pour luy, et mesme il seroit bien
nécessaire qu'il lust dans la suite des temps, et le plus tost qu'il
seroit possible, les traités de feu M. Marca, et des autres qui ont
traité de ces matières, et même qu'il lust quelquefois quelques livres
de l'histoire ecclésiastique, d'autant que de toutes ces sources il
puisera une infinité de belles connoissances qui le feront paroistre
habile en toutes occasions.
Outre ces connoissances généralles, il est nécessaire qu'il sçache
l'origine et les causes des assemblées du clergé, comment elles sont
composées, de quelles matières elles ont droit de traiter;
Quelle différence il y a entre les grandes et les petites assemblées;
Du nombre des prélats dont chacunes sont composées;
De leurs agens et du tour des provinces qui les doibvent nommer;
De quelle sorte les agens sont élus dans les assemblées des diocèses;
De l'origine des rentes de l'Hôtel-de-Ville; des prétentions que les
prévôts des marchands et eschevins de Paris ont contre le clergé sur
cette matière et des défenses du clergé; ensemble des contrats qui se
sont passés dans toutes les grandes assemblées pour raison des dites
rentes;
Du contrat général qui est passé dans toutes les assemblées généralles
et particulières entre les commissaires du Roi et le clergé, des
principales conditions d'iceux, et des principales demandes que le
clergé fait dans toutes les assemblées, et des raisons des commissaires,
soit pour leur accorder, soit pour leur refuser.
_Pour la marine_.
Cette matière estant d'une très-vaste et très-grande estendue et
nouvellement attachée à mon département, et qui donne plus de rapport au
Roy qu'aucune autre, il faut aussi plus d'application et de connoissance
pour s'en bien acquitter; et commencer, comme dans les autres matières,
par les choses généralles avant que de descendre aux particulières.
Si j'ay parlé de la lecture des ordonnances dans les autres matières, il
n'y en a point où il soit sy nécessaire de les lire soigneusement que
dans celle-cy. Pour cela, il faut scavoir:
Que de la charge d'admiral de France qui est une portion de la royauté,
il émane deux droits, l'un de la justice et l'autre de la guerre. La
justice de l'admiral s'estend sur tout ce qui se passe en mer entre les
sujets du Roy dans toute l'estendue des costes maritimes, et partout où
le flot de mars s'estend, et sur toutes les causes maritimes. Cette
justice se rend par les officiers des sièges de l'Admirauté, qui sont
establis sur toutes les costes du royaume, de distance en distance;
l'appel de ces justices va aux Chambres de l'Admirauté, establies dans
tous les Parlemens, et l'appel de ces chambres va au Parlement; en sorte
que ce sont les trois degrés de jurisdiction. Examiner ces trois degrés.
Il faut avoir la liste de tous les sièges de l'Admirauté, et de toutes
les Chambres près les Parlemens, et du nombre des officiers dont ils
sont composés.
A l'égard de la jurisprudence pour les causes maritimes, nos rois n'ont
guère fait d'ordonnances sur cette matière; il est nécessaire avec soin
néanmoins de lire tout ce qui a été fait, mais il faut sçavoir en même
temps que les juges en ces matières se règlent sur le droit escrit, sur
les jugemens d'Olléron, et sur les ordonnances qui sont appelées de
Wisby et celles de la Hanse teutonique.
Comme toutes ces pièces sont estrangères, le Roy a résolu de faire un
corps d'ordonnances en son nom, pour régler toute la jurisprudence de la
marine; pour cet effect, il a envoyé dans tous les ports du royaume M.
d'Herbigny, maistre des Requestes, pour examiner tout ce qui concerne
cette justice, la réformer, et composer ensuite, sur toutes les
connoissances qu'il prendra un corps d'ordonnances, et pour y parvenir
avec d'autant plus de précaution, Sa Majesté a establi des commissaires
à Paris, dont le chef est M. de Morangis, pour recevoir et délibérer sur
tous les mémoires qui seront envoyés par le dit sieur d'Herbigny, et
commencer à composer le dit corps d'ordonnances; il seroit nécessaire
pour bien faire les fonctions de ma charge, de recevoir les lettres et
mémoires du sieur d'Herbigny, en faire les extraits et assister à toutes
les assemblées qui se tiendront, chez M. de Morangis, et tenir la main à
ce que le corps d'ordonnances sur cette matière fust expédié le plus
promptement qu'il seroit possible.
A l'égard de la guerre qui est despendante de la charge d'admiral de
France, elle consiste en deux choses principales: l'une en tout ce qui
est à faire pour mettre les vaisseaux en mer, l'autre en tout ce qui se
fait lorsqu'ils y sont.
La première se fait par les intendants et commissaires-généraux de
marine, officiers des ports, commissaires particuliers,
conservateurs-généraux et garde-magasins, et la seconde par les
vice-admiraux, lieutenants-généraux, chefs d'escadre, capitaines de
marine et autres officiers particuliers.
La première doit estre particulièrement le soin du secrétaire d'Estat
ayant la marine en son département. Pour cet effect:
Il doibt sçavoir les noms des 120 vaisseaux de guerre que le Roy veut
avoir toujours dans sa marine, avec 50 frégates, 20 bruslots et 20
bastiments de charge;
Sçavoir exactement, et toujours par coeur, les lieux et arsenaux de
marine où ils sont distribués;
Lorsqu'ils seront en mer, avoir toujours dans sa pochette le nombre des
escadres, les lieux où elles sont et les officiers qui les commandent;
Connoistre les officiers de marine, tant des arsenaux que de guerre, et
examiner continuellement leur mérite et les actions qu'ils sont capables
d'exécuter.
Avoir toujours présents dans l'esprit les inventaires de tous les
magasins, prendre soin que les magasins particuliers soient toujours
remplis de toutes les marchandises nécessaires pour l'armement de tous
les vaisseaux et les rechanges, et que dans le magasin général il y ayt
toujours les mesmes quantités de marchandises et de munitions pour les
armer et équiper une seconde fois.
Examiner avec soin et application particulière toutes les consommations,
et faire en sorte de bien connoistre tous les abus qui s'y peuvent
commettre, pour trouver et mettre en pratique les moyens de les
retrancher;
Observer qu'il y ayt toujours une quantité de bois suffisante dans
chacun des arsenaux, non-seulement pour les radoubs de tous les
vaisseaux, mais mesme pour en construire toujours huit ou dix neufs,
pour s'en pouvoir servir selon les occasions;
Observer surtout, et tenir maxime de laquelle on ne se desparte jamais,
de prendre dans le royaume toutes les marchandises nécessaires pour la
marine, cultiver avec soin les establissements des manufactures qui en
ont esté faites, et s'appliquer à les perfectionner, en sorte qu'elles
deviennent meilleures que dans tous les pays estrangers;
Ces manufactures principales sont le goldron, establi dans le Médoc,
Provence et Dauphiné.
Tous les fers de toutes mesures et qualités pour la marine, establis en
Nivernois, Périgord et Bretagne; les gros ancres establis à Rochefort,
Toulon, Dauphiné, Brest et Nivernois.
Les mousquets et autres armes en Nivernois et Forestz.
Les canons de fer en Nivernois, Bourgogne et Périgord.
La fonte des canons de cuivre à Toulon, Rochefort et Lion.
Les toiles à voilles, en Bretagne et Dauphiné.
Le fer blanc et noir, en Nivernois.
Tous les ustensiles de pilote et autres, à La Rochelle, Dieppe et autres
lieux.
Acheter tous les chanvres dans le royaume, au lieu qu'on les faisoit
venir ci-devant de Riga, et prendre soin qu'il en soit semé dans tout le
royaume, ce qui arrivera infailliblement, si l'on continue à n'en point
acheter dans les pays estrangers.
Cultiver avec soin la Compagnie des Pyrénées, et la mettre en estat,
s'il est possible, de fournir tout ce à quoy elle s'est obligée, ce qui
sera d'un grand advantage pour le royaume, vu que l'argent pour cette
nature de marchandises ne se portera point dans les pays estrangers.
Cultiver avec le mesme soin la recherche des masts dans le royaume,
estant important de se passer pour cela des pays estrangers. Pour cet
effet, il faut en faire toujours chercher, et prendre soin que ceux qui
en cherchent en Auvergne, Dauphiné, Provence et les Pyrénées, soient
protégés, et qu'ils reçoivent toutes les assistances qui leur seront
nécessaires pour l'exécution de leurs marchés.
Examiner avec le mesme soin et application toutes les autres
marchandises et manufactures qui ne sont point encore establies dans le
royaume, en cas qu'il y en ait, et chercher tous les moyens possibles
pour les y establir.
N'y ayant rien dans toute la marine de plus important que la
conservation des vaisseaux, il n'y a rien aussy à quoy l'on doibve
donner plus d'application. Pour cet effect, il faut donner des ordres
précis et tenir la main à ce qu'ils soient tenus extraordinairement
propres, tant dedans que dehors, depuis la quille jusques au baston de
pavillon.
Observer avec soin la différence qu'il y a entre les vaisseaux du Roy et
ceux de Hollande sur ce point de la propreté des vaisseaux; s'informer
de tout ce qui se passe en Hollande, et de tout ce qui se fait pour les
maintenir en cet estat, et faire observer les mesmes choses en France,
et quelque chose de plus s'il est possible.
Il faut considérer cette propreté comme l'âme de la marine, sans
laquelle il est impossible qu'elle puisse subsister; et il faut s'y
appliquer comme à ce qui est plus important et plus nécessaire pour
esgaller et mesmes surpasser les estrangers.
De cette propreté despend encore l'arrangement parfait dans tous les
magasins et arsenaux de marine, sur quoy il faut voir en destail chaque
chose pour les pouvoir réduire au degré de perfection qu'il est
nécessaire.
Il faut de plus examiner avec le plus grand soin le véritable prix de
toutes les marchandises et manufactures, et chercher tous les moyens
possibles pour les réduire au meilleur prix qu'il pourra; pour cet
effect, il faut estre informé de ce que chaque nature de marchandises
couste en Hollande et en Angleterre, comme:
Les chanvres, le fer, les toilles royalles, les ancres, etc.
Il faut de plus s'informer particulièrement de l'économie qu'ils
observent en toutes choses, les travaux qu'ils font faire à journées, et
ceux qu'ils font faire a prix faits; la discipline et police qu'ils
observent dans leurs arsenaux, et enfin tout ce qui peut contribuer au
bon ménage et économie des deniers du roy, et tenir pour une maxime
certaine sur ce sujet que celuy qui fait la guerre à meilleur marché est
certainement supérieur à l'autre.
A l'esgard des marchandises qui seront fournies dans les magasins, il
faut qu'il soit toujours en garde et qu'il prenne si bien ses mesures
que les officiers des ports n'en tirent aucun advantage indirect; et,
par les visites fréquentes qu'il fera dans les ports, il faut qu'il y
establisse une telle fidélité qu'il soit asseuré que le Roy y sera
toujours bien servi.
Entre tous les moyens que son application et ses fréquents voyages,
pourront luy suggérer, celuy de faire faire le marché de toutes les
marchandises publiquement et en trois remises consécutives, la première
au bout de huit jours, et les autres de quatre en quatre jours, en
présence de tous les officiers, et après avoir mis deux ou trois mois
auparavant des affiches publiques dans toutes les villes de commerce
pour inviter tous les marchands à s'y trouver.
Il y auroit un autre moyen à pratiquer pour faire fournir toutes les
marchandises de marine, comme chanvre, goldron, fer de toutes sortes,
toiles à voiles, bois, masts, etc., etc.; ce seroit, tous les ans, après
avoir examiné la juste valeur de toutes les marchandises, de fixer un
prix de chacune, en sorte que les marchands y trouvassent quelque
bénéfice, et faire sçavoir en suitte, par des affiches publiques dans
toutes les villes du royaume, que ces marchandises seroient payées, au
prix fixé, en les fournissant de bonne qualité, dans les arsenaux.
Il est de plus nécessaire de sçavoir toutes les fonctions des officiers
qui servent dans les ports et arsenaux, leur faire des instructions bien
claires sur tout ce qu'ils ont a faire, les redresser toutes les fois
qu'ils manquent, faire des règlements sur tout ce qui se doibt faire
dans lesdits arsenaux, et travailler incessamment à les bien policer.
A l'esgard de la guerre de mer, encore que ce soit plustost le fait des
vice-admiraux et autres officiers qui commandent les vaisseaux du Roy,
il est toutes fois bien nécessaire que le secrestaire d'Estat en soit
bien informé, pour se rendre capable de faire tous les règlements et
ordonnances nécessaires pour le bien du service du Roy, et pour éviter
tous les inconvénients qui peuvent arriver.
Pour cet effect, il faut qu'il sçache bien toutes les manoeuvres des
vaisseaux lorsqu'ils sont en mer, les fonctions de tous les officiers
qui sont préposez pour les commander, tous les ordres qui sont donnez
par les officiers généraux et par les officiers particuliers de chaque
vaisseau, ce qui s'observe pour la garde d'un vaisseau, et généralement
toutes les fonctions de tous les officiers, matelots et soldais qui sont
sur un vaisseau, dans les rades, en pleine mer, entrant dans une rivière
ou dans un port, en paix, en guerre, et en tous lieux et occasions où un
vaisseau de guerre se peut rencontrer.
Sur toutes ces choses il faut faire toute sorte de diligences pour estre
informé de ce qui se pratique par les officiers généraux et particuliers
de marine, en Hollande et en Angleterre, et conférer continuellement
avec nos meilleurs officiers de marine pour s'instruire toujours de plus
en plus.
Toutes les fois qu'il conviendra changer les commissaires de marine qui
servent dans les ports, il faudra observer d'y mettre des gens fidèles
et asseurés, d'autant que le secrestaire d'Estat doibt voir par leurs
yeux tout ce qui se passe dans les ports, outre le rapport continuel
qu'il doibt avoir avec les intendants.
Il doibt estre de mesme des garde-magasins et commissaires-généraux.
Il faut s'informer soigneusement de tout ce qui se passe entre toutes
les nations pour le fait des saluts, voir les règlements qui ont esté
faits par Sa Majesté sur ce sujet; en connoistre toutes les difficultés
et toutes les différences avec les estrangers, pour y donner tous les
ordres et toutes les explications nécessaires pour éviter tous les
inconvéniens et soutenir la dignité du Roy.
Il faut travailler à establir dans tous les ports des écoles
d'hydrographie ou de pilotage et de canonniers. Cette dernière école
particulièrement est d'une telle conséquence que, sy le Roy estoit
chargé d'une guerre dans laquelle, il eust besoin de mettre en mer la
moitié ou les deux tiers de ses vaisseaux, il manqueroit assurément de
canonniers. C'est pourquoy il faut s'appliquer à en multiplier le nombre
par le moyen de ces écoles.
Tenir la main pour faire faire les revues de tous les équipages des
vaisseaux, lorsqu'ils sont mis en mer, et dans tous les lieux où ils se
rencontrent; establir pour cet effet un commissaire de marine sur toutes
les escadres, avec ordre exprès de faire ces revues dans tous les
calmes, et en envoyer les extraits pour en informer le Roy.
Examiner tout ce qui s'est fait pour l'établissement d'un munitionnaire
dans la marine, en examiner le traité; voir qu'il satisfasse
ponctuellement aux conditions y contenues; qu'il soit protégé, et tous
ses commis, tant dans les ports que sur les vaisseaux, et faire punir en
quelque sorte avec sévérité les capitaines qui maltraisteront ou
laisseront maltraister les commis dudit munitionnaire qui seroient sur
leur bord.
Examiner la différence de cette fourniture à celle qui se faisait
autrefois par les capitaines des vaisseaux et les advantages que les
équipages y trouvent, pour, sur cette connoissance, travailler
incessamment à maintenir et perfectionner cet establissement.
Examiner pareillement toutes les déclarations et ordonnances qui ont
esté données, et générallement tout ce qui s'est fait pour l'enrollement
général des matelots en Bretagne, Provence, Poitou, pays d'Aunis,
Saintonge et Guyenne, en bien connoistre les advantages, maintenir et
perfectionner cet establissement et le continuer dans les autres
provinces du royaume où il n'a point esté fait, sçavoir: en Languedoc,
Normandie, Picardie et pays reconquis.
Les intendants, commissaires-généraux et particuliers estant les
principaux officiers qui doibvent faire agir cette grande machine, il
faut avoir continuellement l'oeil sur leur conduite, les redresser, quand
ils manquent, leur donner des ordres bien clairs, et les leur faire bien
exécuter, en un mot il faut travailler par tous les moyens possibles à
remplir cette place de gens habilles, sages et d'une fidélité esprouvée.
Il faut pareillement bien connoistre tout ce qui concerne la compagnie
des gardes de la marine, tenir la main à ce qu'elle soit toujours
complette et garnie de bons hommes, que les revues en soient envoyées
tous les mois, et n'ordonner le payement qu'après avoir rendu compte au
Roy des revues.
Voir les ordres qui ont esté donnés par le Roy pour la levée des
soldats, pour les équipages des vaisseaux; tenir la main à ce qu'ils
soient bien exécutés et que ces soldats soient bons, bien habillés et
bien armés.
Tenir la main à ce que la revue des officiers de marine qui servent dans
les ports soit faite continuellement, en rendre compte au Roy et envoyer
les fonds pour leur payement.
Prendre soin d'establir des fonctions aux dits officiers pendant le
temps qu'ils demeurent dans les ports, soit aux radoubs, carènes, soit
pour la garde des vaisseaux, et conférer pour en faire un règlement avec
les vice-admiraux et les intendants et commissaires-généraux de la
marine, pour leur donner de l'occupation et éviter les maux que
l'oysiveté tire après soy.
Tenir soigneusement et seurement la main à ce que les édits concernant
les duels soient exécutés dans toutes les dépendances de la marine, n'y
ayant rien en quoy l'on puisse rien faire qui soit plus agréable au
Roy.
Examiner ce qui est à faire pour establir la justice marine dans les
ports.
Pour ce qui concerne les gallères:
Il faut lire toutes les ordonnances qui ont esté faites concernant les
galères, en bien examiner la différence; et, pour le surplus, ce qui est
dit sur le sujet des vaisseaux servira pour ce corps.
Pour les Compagnies des Indes orientalles et occidentalles, le commerce
du royaume et le restablissement des haras, dans la suite du temps, mon
fils s'instruira de toutes ces choses et se rendra capable de les
conduire.
Avant que d'entamer les choses particulières que mon fils doibt faire,
c'est-à-dire ce qui peut regarder sa conduitte journalière, je luy diray
que je sçais bien et ne m'attends pas qu'il puisse entamer toutes ces
matières générales et en faire des études particulières de chacune pour
consommer tout son temps et l'appliquer à un travail continuel. Mon
intention seroit seulement pour le rendre habile, qu'il lust une fois le
mois cette instruction, et qu'il travaillast à s'instruire pendant ce
mois de quelques points y contenus, qu'il m'en parlast quelquefois et
que je luy expliquasse tout ce qui peut servir à son instruction sur
chacun de ces points.
_Pour ce qui regarde sa conduite journalière_.
Il est nécessaire qu'il fasse estat de tenir le cabinet, soit le matin,
soit le soir, cinq à six heures par jour, et, outre cela, donner un jour
entier par semaine à expédier toutes les lettres et donner tous les
ordres.
Pour tout ce qui concerne ma charge, il faut premièrement qu'il pense à
bien régler sa conduite particulière.
Qu'il tienne pour maxime certaine et indubitable, et qui ne doibt jamais
recevoir ni atteinte ni changement, pour quelque cause et soubz quelque
prétexte que ce soit ou puisse estre, de ne jamais rien expédier qui
n'ayt esté ordonné par le Roy; c'est-à-dire qu'il faut faire des
mémoires de tout ce qui sera demandé, les mettre sur ma table et
attendre que j'aye pris les ordres de Sa Majesté, et que j'en aye donné
la résolution par escrit; et lorsque, par son assiduité et par son
tiavail, il pourra luy-mesme prendre les ordres du Roy, il doibt
observer religieusement pendant toute sa vie cette maxime de ne jamais
rien expédier qu'il n'en ayt pris l'ordre de Sa Majesté.
Comme le souverain but qu'il doibt avoir est de se rendre agréable au
Roy, il doibt travailler avec grande application pendant toute sa vie à
bien connoistre ce qui peut estre agréable à Sa Majesté, s'en faire une
étude particulière, et, comme l'assiduité auprès de sa personne peut
assurément beaucoup contribuer à ce dessein, il faut se captiver et
faire en sorte de ne le jamais quitter, s'il est possible.
Pour tout le reste de la cour, il faut estre toujours civil, honneste,
et se rendre agréable à tout le monde, autant qu'il sera possible; mais
il faut en mesme temps se tenir toujours extrêmement sur ses gardes pour
ne point tomber dans aucun des inconvénients de jeu extraordinaire,
d'amourettes et d'autres fautes qui flétrissent un homme pour toute sa
vie.
Il faut aymer surtout à faire plaisir quand l'occasion se trouve, sans
préjudicier au service que l'on doibt au Roy et à l'exécution de ses
ordres, et le principal de ce point consiste à faire agréablement et
promptement tout ce que le Roy ordonne pour les particuliers. Pour cet
effect, il faut se faire à soy-mesme une loy inviolable de travailler
tous les soirs à expédier tous les ordres qui auront esté donnés pendant
le jour, et à faire un extrait de tous les mémoires qui auront esté
donnés, et le lendemain matin m'apporter de bonne heure, toutes les
expéditions résolues, et les mémoires de ce qui est à résoudre, pour en
parler au Roy et ensuite expédier.
Il ne faut non plus manquer à faire enregistrer toutes les ordonnances
et expéditions et n'en délivrer jamais aucune que mon fils n'en ayt vu
et cotté l'enregistrement.
Toutes les expéditions qu'il fera doibvent être examinées, et voir sur
quelles ordonnances elles sont fondées, où elles ont rapport; ce qui luy
donnera une grande et parfaite connoissance de tout ce qui se passera
jamais par ses mains.
Pour se rendre capable et bien faire toutes sortes d'expéditions, il
faut qu'il lise avec soin toutes celles que j'ai fait recueillir dans
mes registres, et en fasse même des tables en différentes manières; et,
en cas qu'il trouve ce travail trop long, il pourra s'en faire soulager,
donner ordre de les faire; mais il faut qu'il dirige ce travail, qu'il
le voye et le corrige.
Comme la marine est asseurément la plus belle et la plus importante
partie de mon département, il faut aussy donner plus de soins, plus de
temps et plus d'application pour la bien conduire. Pour cet effect, il
faut que mon fils lise luy-mesme avec soin et application tous les
ordres qui ont été expédiés pour la marine depuis trois ou quatre ans,
qu'il en fasse luy-mesme des tables contenant la substance des
ordonnances, afin qu'ils luy servent de principe et de fondement sur
tous ceux qui seront à donner à l'avenir.
Il est nécessaire qu'il se fasse un travail réglé et ordinaire de la
lecture de ces ordres et lettres enregistrées et des dites tables, d'une
et deux heures par jour, y ayant apparence qu'en un mois ou six semaines
de temps il en pourra venir à bout.
Outre cette lecture, il faut faire estat toutes les semaines de tenir
une correspondance de lettres réglée avec tous les officiers de marine,
sçavoir:
A Toulon, avec le sieur Matharel;
Le commissaire et quelquefois les officiers du port;
Avec le sieur Brodard, commissaire-général départy pour l'enrollement
général des matelots;
A Arles, avec le commissaire Julien pour la voicture et réception des
bois;
En Bourgogne, avec le sieur Dugay, premier président de la Chambre des
comptes, pour l'achapt, le débit et la voicture des bois;
En Dauphiné et Lyonnois, avec le sieur de la Tour Dalliès, pour toutes
les manufactures dont il prend soin, savoir:
Bois, fer, masts, toilles à voilles, mousquets et autres armes, en
Forest, Dauphiné et Nivernois;
Gros ancres, en Dauphiné, Bourgogne et Nivernois;
Canons de fer, etc.;
Crics;
Masts;
En Bourgogne, avec le sieur Besch, Suédois, entrepreneur de canons de
fer;
En Nivernois, avec le sieur Legoux, commis du sieur Dalliès;
A Rochefort, avec M. de Terron;
A La Rochelle, avec les directeurs de la Compagnie du Nord;
A Nantes, avec Valleton, qui reçoit toutes les marchandises pour la
marine, et les fait charger pour les porter à Rochefort et à Brest;
A Brest, avec le sieur De Seuil;
En Bretagne, avec le sieur Sachi Séjourné, commissaire de marine, député
pour l'enrollement des matelots dans l'esveché de Nantes, et avec le
sieur de Narp, commissaire de marine, départy à Saint-Malo pour le même
enrollement;
Au Havre, avec le sieur Huber;
A Dunkerque, avec le sieur Gravier;
A Lisbonne, avec le commissaire de marine qui y est, nommé Desgranges;
Avec les ambassadeurs du Roy, en Espagne, Portugal, Angleterre,
Hollande, Danemarck et Suède, sur toutes les mesmes affaires de la
marine.
Le Roy m'ayant donné tous les vendredis après le midi pour luy rendre
compte des affaires de la marine, et Sa Majesté ayant déjà eu la bonté
d'agréer que mon fils y fust présent, il faut observer avec soin cet
ordre.
Aussitost que j'auray vu toutes les despesches à mesure qu'elles
arriveront, je les enverray à mon fils pour les voir, en faire
promptement et exactement l'extrait, lequel sera mis de sa main sur le
dos de la lottre et remis en mesme temps sur ma table; je mettray un mot
de ma main sur chaque article de l'extrait, contenant la réponse qu'il
faudra faire; aussitost il faudra que mon fils fasse les responses de sa
main, que je les voye ensuite et les corrige, et quand le tout sera
disposé, le vendredi, nous porterons au Roy toutes ces lettres; nous luy
en lirons les extraits et en mesme temps les responses; si Sa Majesté y
ordonne quelque changement, il sera fait; sinon, les responses seront
mises au net, signées et envoyées, et ainsy, en observant cet ordre
régulier avec exactitude, sans s'en despartir jamais, il est certain que
mon fils se mettra en estat d'acquérir de l'estime dans l'esprit du Roy.
A l'esgard des gallères, il faut faire la mesme chose.
Pour finir, il faut que mon fils se mette fortement dans l'esprit qu'il
doibt faire en sorte que le Roy retire des avantages proportionnez à la
dépense qu'il fait pour la marine. Pour cela, il faut avoir toute
l'application nécessaire pour faire sortir toutes les escadres des ports
au jour précis que Sa Majesté aura donné; que les escadres demeurent en
mer jusqu'au dernier jour de leurs vivres ou le plus près qu'il se
pourra; donner par toutes sortes de moyens de l'émulation aux officiers
pour faire quelque chose d'extraordinaire, les exciter par l'exemple des
Anglois et des Hollandois, et généralement mettre en pratique tous les
moyens imaginables pour donner de la réputation aux armes maritimes du
Roy et de la satisfaction à Sa Majesté.
Je demande sur toutes choses à mon fils qu'il prenne plaisir et se donne
de l'application, qu'il ayt de l'exactitude et de la ponctualité dans
tout ce qu'il voudra et aura résolu de faire, et, comme il se peut faire
que la longueur de ce mémoire l'estonnera, je ne prétends pas le
contraindre ni le genner en aucune façon; qu'il voye dans tout ce
mémoire ce qu'il croira et voudra faire. Comme il se peut facilement
diviser en autant de parcelles qu'il voudra, il peut examiner et
choisir; par exemple, dans toute la marine, il peut se réserver un port
ou un arsenal, comme Toulon et Rochefort, et ainsi du reste; pourvu
qu'il soit exact et ponctuel sur ce qu'il aura résolu de faire, il
suffit, et je me chargeray facilement du surplus.