PORTANT NOMINATION D'UNE COMPAGNIE DE COMMERCE POUR LE NORD[631].

«LOUIS, etc., etc.--Comme le commerce est le moyen le plus propre pour

concilier les différentes nations et entretenir les esprits les plus

opposez dans une bonne et mutuelle correspondance, qu'il rapporte et

respand l'abondance par les voyes les plus innocentes, rend les peuples

heureux et les Estats plus florissans; aussy n'avons-nous rien obmis de

ce qui a despendu de nostre authorité et de nos soins pour obliger nos

sujets de s'y appliquer et le porter jusques aux nations les plus

esloignées, et d'autant que celuy du nord peut produire réciproquement

de grands advantages, nous avons estimé à propos d'exciter nos sujets de

s'associer pour l'entreprendre et de leur accorder à cet effet des

grâces et privilèges considérables; à ces causes, nous avons establi une

Compagnie qui sera appelée du Nord, etc., etc., etc.»

Voici en quoi consistaient les nombreux privilèges accordés à la

Compagnie du Nord.

A partir du 1er juillet 1669, la Compagnie était autorisée à faire le

commerce en toute liberté en Zélande, Hollande, côtes d'Allemagne,

Danemarck, mer Baltique, Suède, Norvège, Moscovie, etc., etc.

Tous les Français et étrangers pouvaient s'y associer pendant un an,

sans pouvoir y apporter moins de 2,000 fr. Les gentilshommes ne

dérogeaient pas en y entrant.

Les règlements étaient dressés par la Compagnie elle-même et approuvés

par le Roi.

«_Et pour d'autant plus favoriser ledit establissement_,» le Roi lui

accordait 3 fr. pour chaque barrique d'eau-de-vie transportée hors du

royaume et 4 livres par tonneau pour les autres marchandises également

transportées hors de France ou reçues dans les retours, en déduction des

droits qu'elles auraient dû payer.

La Compagnie n'aurait en outre rien à payer pour les munitions et vivres

nécessaires à l'équipement et nourriture de ses navires. Elle était

dispensée de tous droits de transit et d'emprunter l'intermédaire des

courtiers.

«Et attendu, porte l'édit, que le commerce ne se fait ordinairement dans

le pays du nord que par eschange de marchandises et que ladite Compagnie

pourroit se trouver surchargée, faute du prompt débit, de celle qu'elle

auroit apportée par ses retours, _nous promettons de faire prendre et

recevoir dans les magasins de nos arsenaux de marine, toutes les

marchandises propres pour la construction, radoub, armement et

équipement de nos vaisseaux, fournitures et provisions de nos armées

navalles, par les intendants et commissaires généraux qui en feront les

marchez_ avec un profit raisonnable, tel qu'il sera convenu entre

lesdits intendans et directeurs de la Compagnie.»

Les matelots étrangers devaient acquérir _le droict de naturalité_ après

avoir servi pendant six ans sur les navires de la Compagnie du Nord.

Les directeurs seraient exempts du logement des gens de guerre, guet,

corvées, etc.

Les ouvriers et charpentiers étrangers travaillant pour la Compagnie

auraient les mêmes exemptions et privilèges que les ouvriers français.

«Les officiers qui entreront en ladite Compagnie pour vingt mil livres

seront dispensez de la résidence.»

«Les actions seront transmissibles.

«Et pour faire connoistre la satisfaction que nous nous promettons de

l'establissement de ladite Compagnie et la protection que nous entendons

luy donner non-seulement par nostre authorité, mais encore de nos

deniers, _nous voulons, consentons et nous plaist mettre de nos deniers

le tiers du fonds capital qui sera fait par tous ceux qui y prendront

intérest_ et que toutes les pertes qui pourront arriver à la dite

Compagnie pendant les six premières années de son establissement soient

portés à la descharge des intéressez en icelle sur lesdits fonds que

nous entendons mettre à ladite Compagnie.»

«_Promettons à la Compagnie de la protéger et deffendre envers et contre

tous, mesme d'employer nos armes en toutes occasions_ pour la maintenir

dans l'entière liberté de son commerce et navigation et lui faire faire

raison de toutes injures et mauvais traitemens qui luy pourraient estre

faits par les nations qui voudraient entreprendre contre ladite

Compagnie; de faire escorter ses envois et retours à nos frais et

despens par tel nombre de vaisseaux de guerre qu'il sera nécessaire et

partout où besoin sera. Si donnons en mandement, etc.

Signé: LOUIS.

Par le Roy: COLBERT.

Saint-Germain, au mois de juin 1669.

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 92 / 189 题