ATTRIBUÉS A FOUQUET[624].

Il y a quelques années, un des membres de l'_Académie Delphinale_, M.

Auzias, étant allé visiter le monastère de la Trappe d'Aiguebelle, un

frère trappiste, qui s'occupe de recherches archéologiques et

historiques, lui communiqua une pièce de vers latins découverte dans un

registre de la cure de Réauville, petit village très-rapproché de la

terre de Grignan où Mme de Sévigné a passé, comme on sait, plusieurs

années auprès de sa fille.

Ces vers, on va le voir, ne peuvent se rapporter à un autre qu'à Fouquet

après sa condamnation. Il est très-probable qu'ils furent apportés dans

le pays par l'amie dévouée du prisonnier de Pignerol, et inscrits, en

raison de leur mérite qui est incontestable, par le curé de Réauville,

sur le registre de sa paroisse. Cette supposition est d'autant plus

fondée que Mme de Sévigné connaissait parfaitement le latin. Enfin,

les vers français qui précèdent et la tournure des idées de Fouquet

ajoutent un nouveau poids à cette opinion. Seulement, ceux qu'on va lire

leur sont de beaucoup supérieurs. «On y trouve, dit le _Bulletin de

l'Académie Delphinale_, ses sentiments religieux, ses regrets sur la

privation de son épouse, de ses enfants, de sa liberté, de sa fortune,

de ses honneurs, et de la bonne grâce du grand roi; il se plaint de voir

mettre en doute sa fidélité; de ce qu'on lui a enlevé tous ses moyens de

défense, ses registres, ses comptes; de ce qu'il ne lui reste pas un des

amis qui, chaque matin, lui formaient une si nombreuse cour de clients;

il apprend que les uns, effrayés de sa chute, se sont tournés vers de

plus fortunés que lui; que les autres enveniment les accusations qui

l'accablent, et que, s'il en est resté de fidèles, les gardes, les

fossés et les remparts de la prison les empêchent de pouvoir venir

jusqu'à lui; les longs ennuis de la prison excitent son imagination et

l'exposent à des maux qu'il se crée lui-même; il voit sa mère qui le

baigne de larmes, ses frères exilés, ses enfants privés de leur père, et

sa femme frappée de chagrins si peu mérités. Enfin, il termine par deux

vers d'une admirable sensibilité et d'une heureuse expression.»

Voici ces vers:

Sidereæ regina plagæ qua vindice surgens

Naufragus iratis emergit salvus ab undis,

Et laceram reficit peregrino in littore puppim;

Numinis intemerata parens à numine summo,

Altera spes, humanumque salus, quæ vota gementum

Suseipis et fraetis præstas solatia rebus;

Da mihi te facilem paulumque adverte querenti.

Ille ego qui quondam, summa ad fastigia vectus,

Francigenum moderabar opes, quem longa clientum

Mane salutabat spatiosa per atria turba,

Ille ego tot procerum socius, quem tota colebat

Gallia, quem populi toties dixere beatum,

Nunc miser indigno clausus sub carcere, vitam

In tenebris luctuque traho, nunc miles inermem

Obsidet armatus, pilisque minacibus instat.

Mens concussa malis, varioque agitata dolore,

Hæret et incerta est quid primum defleat; uno

Cuncta mihi sunt rapta die: dulcissima conjux,

Pignora chara thori, libertas, census, honores,

Prædia, rura, domus et magni gratia regis;

Nec mihi de tantis superest, nisi futilis umbra.

Hæc equidem cruciant animum; tamen acrius illud

Pungit, et ardenti transigit viscera telo,

Quod regni pro laude labor susceptus et ingens

Curarum series patriae consumpta luendæ,

Vana cadit, tristesque refert pro munere poenas;

Quin etiam illa fides omni quæ carior auro,

Quæque prior mihi luce fuit, vexata, malignæ

Vocibus invidiæ, media mordetur in aula.

His lamen insistit rigidus quæsitor et ansam

Hinc rapit unde reus capitali crimine dicar.

Scriniaque et pluteas digestaque computa fisci,

Unde laboranti possim succurrere causæ,

Accipio periisse mihi, casuve dolove,

Nosse tuum est Virgo, puris quæ cuncta pererras

Luminibus, cæcique vides penetratia cordis.

Has inter latebras tanto in caligine rerum,

Qui me consiliis prudentive adjuvet arte?

Nullus amicus adest; horum nisi rumor inanis

Nuntia falsa tulit, pars nostro territa casu,

Majorique inhians fortunæ, turpia vertit

Terga; mihi pars impositum mihi crimen acerbat,

Insultatque malis. Quæ pars mihi fida remansit,

Arma per elatis circumdata moenia fossis,

Huc penetrare nequit, crebris stationibus omnes

Quippe aditus tenet infaustæ custodia turris.

Sic premor assidue, regis modo territat ira,

Aversæque aures et quæ mihi fronte procaci,

Improperat qui nostra tulit stipendia testis,

Qui conviva meæ consumpsit fercula mensæ.

Nunc mala me febris, nunc longi toedia torquent

Carceris; ipse novos etiam mihi suscito luctus,

Ingenio fingente, subit nam prævia mater,

Sæpe mihi largis profundens fletibus ora;

Extorresque domo fratres, prolesque parente

Orba suo, et sponsæ non digna ferentis imago.

Tristior ire dies, nox longior esse videtur,

Apparentque animo majora pericula veris.

(Bulletin de l'_Académie Delphinale_, t. I, p. 262 et suiv.)

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 83 / 189 题