SUR LES AFFAIRES DES FINANCES DE FRANCE POUR SERVIR A L'HISTOIRE[602].

C'est une maxime constante et reconnue générallement dans tous les

estats du monde que les finances en sont la plus importante et la plus

essentielle partie; c'est une matière qui entre en toutes les affaires

soit qu'elles regardent la subsistance de l'estat en son dedans, soit

qu'elles regardent son accroissement et sa puissance au dehors, par les

différents effets qu'elle produit dans les esprits des peuples pour le

dedans et des princes et estats estrangers pour le dehors.

Il est presque certain que chaque estat à proportion de sa grandeur et

de son estendue est suffisamment pourvu de moyens pour subsister en son

dedans pourveu que ces moyens soient bien et fidellement administrés,

mais pour s'accroistre il n'y a que les deux couronnes de France et

d'Espagne qui ayent paru jusqu'à présent dans l'Europe avoir assez de

force et assez d'abondance dans les finances pour entreprendre des

guerres et des conquestes au dehors.

Il est vray que la Hollande par son industrie et par son application au

commerce et la Suède par la _fertilité_ de son terroir, le courage et la

bravoure de ses peuples, et la hardiesse de ses deux derniers roys, ont

suppléé au défaut de bras et de finances, mais ce sont des exemples qui

sont uniques et qui examinés en destail et pénétrés jusques dans le

fond, se trouveroient fondés bien plus sur les assistances de la France

et sur les guerres des deux premières couronnes de l'Europe que sur leur

industrie ou sur aucune bonne qualité de leurs roys ou de leurs peuples.

Il est donc question d'examiner quels effets produisent dans les estats

ou la disette ou l'abondance dans les finances. Nous n'avons dans notre

royaume qu'un seul exemple d'abondance qui eut lieu dans les dernières

années du règne d'Henry IVe; mais nous en avons une infinité de

disettes et de nécessités. Au contraire, dans celuy d'Espagne, nous

voyons les règnes de Charles-Quint, Philippe second, troisième et mesme

Philippe IVe dans une si prodigieuse abondance d'argent par la

découverte des Indes que toute l'Europe a veu cette maison d'un simple

archiduc d'Autriche sans aucune considération dans le monde monter dans

l'espace de 60 ou 80 années à la souveraineté de tous les estats et

maisons de Bourgogne, d'Arragon, Castille, Portugal, Naples, Milan,

joindre à ce dernier estat la couronne d'Angleterre et d'Irlande par le

mariage de Philippe second avec Marie, rendre l'empire presque

héréditaire à ses princes, contester la prééminence à la couronne de nos

roys, mettre par ses pratiques et par ses armes notre royaume en un

péril imminent de passer en main étrangère, et enfin aspirer à l'empire

de toute l'Europe, c'est-à-dire de tout le monde.

Puisque depuis la mort d'Henry IVe, nous n'avons que des exemples de

disette et de nécessité dans nos finances, il sera bon d'examiner d'où

peut provenir que depuis un si long temps l'on a pu voir sinon

l'abondance au moins quelque........ de quelque facilité! L'on ne peut

attribuer ce désordre qu'à deux vices principaux: ou à l'establissement

de l'autorité qui régit cette nature d'affaires, ou aux maximes qui

servent à la conduite, lesquelles peuvent estre vitieuses en soy, et par

conséquent estre le principe et la principalle cause de tout ce

désordre.

(_Ici Colbert fait l'historique détaillé de l'administration des

finances depuis 1648. En 1633, le surintendant de La Vieuville mourut et

le cardinal Mazarin proposa au roi de partager les soins de la

surintendance entre MM. Servien et Fouquet. Après avoir fait connaître

les titres de Servien, Colbert examine ceux de Fouquet._)

.....Pour le second (Fouquet) les assistances que le dit sieur Cardinal

avoit reçues du Sr abbé Foucquet pendant le temps de son éloignement

de la cour fust la principalle raison de son choix; car quoiqu'il le

connust pour homme d'esprit, qu'il l'eust mesme employé en qualité de

maistre des requestes dans les armées et à la suitte du roy pendant les

années 1649 et 1650, qu'il luy eust fait accorder la permission de

traiter de la charge de procureur général au Parlement de Paris,

néantmoins le connoissant homme à caballer et d'intrigue et dont les

moeurs mesme n'estoient pas assez réglées pour une charge de ce poids,

sans la première raison de la considération de son frère, il n'auroit

pas jetté les yeux sur luy.

S'estant desterminé le lendemain à son retour qui fut le 7 février 1653,

le roy les nomma surintendants.

Pendant les deux premières années quoyque diverses rencontres fissent

assez remarquer l'humeur incompatible des deux surintendants, néantmoins

l'abondance et la facilité des affaires firent que l'autorité demeura

presque entière au Sr Servien; mais s'estant fait connoistre porté à

refuser toutes choses justes ou injustes et par une résolution

invincible presque en toutes affaires, ces deux mauvaises qualités luy

attirèrent la hayne des courtisans et des gens d'affaires sur le crédit

desquels toute la subsistance de l'estat estoit fondée, et comme le

Sr Foucquet avoit toujours l'_oreille_ ouverte pour proffiter de tout

ce qui pouvoit nuire au Sr Servien, il ne manqua pas de se servir des

qualités contraires pour s'attirer l'amitié des courtisans et le crédit

des gens d'affaires.....

Par ce moyen s'estant rendu le maistre absolu des finances, il ne

s'appliqua à autre chose qu'à en faire une entière dissipation pour

satisfaire à toutes ses passions déréglées.

Il laissa assouvir l'avidité de tous les partisans parce qu'il estoit

leur complice en sorte qu'à la honte de toute la nation pendant le temps

que les armées n'estoient pas payées, l'on a entendu publiquement un

secrétaire du procureur général se vanter d'avoir..... 2, 3, 4 et 500

mille livres en un exercice, un autre 10, 12 et 24 mille livres, et un

trésorier de l'espargne de mesme se vanter d'avoir gagné 500 mille

livres en une année d'exercice.

On l'a veu jouer en une nuict 20 à 50 mille pistoles _sans parler_ des

dépenses en bastimens, en eaux, en meubles, en femmes, des dépenses

ordinaires de la maison, portant le luxe et le faste en un point que

bien des gens de bien en concevoient de l'humeur.

A cet esgard, on a veu sa dépense en bastimens par ses maisons de Vaux

et de Saint-Mandé, mais ce qui est surprenant est que dès lors que sa

maison de Vaux qui avoit cousté 18 _millions_, fust bastie[603]; il s'en

dégousta et commença de faire bastir dans Saint-Mandé et dans

Belle-Isle, en sorte que son insatiable avidité et son ambition déréglée

luy donnant toujours des pensées..... luy faisoit mépriser ce qu'il

avoit autrefois estimé. C'est ce dégoût..... qui luy fit offrir cette

maison à M. le Cardinal lorsqu'il y coucha en 1659 en partant pour ses

voyages avant la paix et ensuitte en 1661, comme il l'a voullu

dire[604].

Cette mesme dépense prodigieuse a paru en ses meubles, en ses

acquisitions de toutes parts; en son jeu, en sa table et en toutes au

autres _manies_ et publiques et secrètes, en sorte que l'on a veu par

les registres de ses commis qui ont paru, des 20 et 30 millions de

livres qui ont passé par leurs mains en peu d'années pour ses dépenses

particulières. Mais s'il s'estoit contenté de tout ce qui le pouvoit

concerner l'estat auroit-il pu souffrir cet..... Il a porté son avidité

bien plus loin. Il a voulu remplir de biens immenses ses frères, ses

parents, ses amis, ses commis. Il a voulu mettre ses créatures dans

toutes les charges de la cour et de la robe, et pour cet effect il a

donné une part du prix de toutes celles qui ont esté vendues et qui

n'estoient pas remplies de gens à luy; il a voulu gagner toutes les

personnes un peu considérables qui approchoient le Roy, les Reines et

feu M. le Cardinal. Il a voulu estre adverti de tout, et pour cet effect

avoir des espions, pouvoir acheter des personnes seures, et pour

parvenir à tous ses desseins..... Il n'y a pas de profusion qu'il n'aye

fait; et comme il falloit que les finances du Roy fournissent à tous ces

désordres, il ne faut pas s'estonner si Sa Majesté les a trouvées en

mauvais estat lorsquelle a voulu en prendre la connoissance; mais comme

il est impossible de concevoir à quel point ce désordre estoit porté, il

sera bon de représenter succinctement les dépenses par comptant qui pour

des raisons diverses sont cachées aux officiers de la Chambre des

Comptes, et passées dans ceux de l'espargne..... lesquelles en 1630

montant ordinairement à 10 millions de livres ou environ se sont

trouvées monter:

En 1656 à 51,196,698

En 1657 à 66,922,349

En 1658 à 105,527,613

En 1659 à 96,741,508

____________

320,388,168

En sorte qu'en ces quatre années seulement il s'est trouvé IIIc

XXions de livres consommés passés en comptants soubz le prétexte de

soutenir toutes les affaires du Roy.

.....Quoique cette prodigieuse dissipation ne fust pas si clairement

connue, néantmoins la notoriété en estoit si publique, les désordres et

les malversations si extrêmes qu'en une infinité de fois, M. le cardinal

Mazarini y auroit apporté le seul remède qui lui restoit après avoir

tenté inutilement ceux de la douceur, son esprit plein de bonté et

d'humanité ne pouvant se résoudre à en venir au plus violent qu'à la

dernière extrémité; aussy une infinité de fois lui avoit-il fait

connoistre ses désordres et ses profusions, luy avoit-il fait connoistre

clairement qu'il ne pouvoit soutenir une si mauvaise conduitte et

l'auroit fortement excité à la changer. Souvent le dit Foucquet comme

s'il vouloit proffitter de sa bonté naturelle, luy avoit avoué une

partie de la vérité, luy avoit fait des protestations de changer

entièrement de conduitte, en avoit mesme donné quelques marques

extérieures, mais les sentimens au mal estant invincibles, ses

recheutes estoient si promptes qu'elles faisoient connoistre qu'il

n'avoit jamais eu intention de changer.

La mort du Sr Servien estant survenue en 1659, feu M. le Cardinal

examina longtemps quel remède il apporteroit aux finances, parce que

l'inutilité du dit Sr Servien ayant fait passer toute l'autorité de

cette fonction audit Foucquet, la mort du premier donnoit un prétexte

spécieux pour mettre un autre surintendant, soit pour estre premier et

au-dessus du sieur Foucquet, soit pour estre en second; ledit sieur

Cardinal trouvant beaucoup de difficulté au choix qu'il devoit faire,

prit la résolution de se réserver la signature pour tenir

perpétuellement en bride et servir luy-mesme de controlle aux fonctions

de la surintendance; après s'en estre déclaré avant que d'en venir à

l'exécution, ayant fait diverses réflections qu'il ne pourrait jamais

retenir l'horrible corruption du surintendant, que son esprit consommé

et fertile en expédiens pour continuer sa mauvaise conduitte et sa

dissipation auroit toujours abusé des nécessités de l'estat pour luy

faire passer tout ce qu'il auroit résolu.

Que sa signature autoriseroit les malversations présentes et mesme les

passées.

Et enfin la meilleure et la plus forte qui le fit déterminer à luy

donner toute l'autorité en le laissant seul surintendant fust qu'ayant

commencé les négociations de la paix de laquelle il avoit des espérances

presque certaines, en donnant cette marque de confiance au surintendant

après avoir inutilement tenté tous les autres espédients peut-estre

celuy-ci pourroit-il réussir. En tout cas,.... il pourroit, aussitôt

après la conclusion de la paix, donner une partie de son temps à la

réformation de tous ces désordres[605].

Après s'estre déclaré de cette résolution, il partit au mois de juin de

la mesme année 1659 pour se rendre sur la frontière d'Espagne pour

signer le traité de la paix et celuy du mariage du Roy avec Dom Louis de

Haro, mais les diverses difficultés que les Espagnols firent naistre sur

quelques points dont les deux ministres s'estoient réservé la décision

ayant retardé cette signature beaucoup plus longtemps qu'il ne croyoit

voyant que l'année 1660 alloit commencer et qu'elle seroit en mesme

temps consommée sans avoir apporté aucun changement à l'administration

des finances il se résolut de faire venir auprès de luy le dit sieur

Foucquet où estant arrivé et l'y ayant tenu près de trois mois il luy

descouvrit encore tout ce qu'il savoit de sa mauvaise conduitte, luy fit

voir sa perte asseurée s'il ne la changeoit, et après une infinité de

protestations et d'asseurances de changement, lui ayant expliqué ses

instructions sur ce qui estoit à faire pour commencer la réformation

qu'il s'estoit proposée, le mariage du roy ayant esté remis au printemps

de l'année 1660 et l'obligeant de demeurer pendant l'hiver dans les

provinces de Languedoc et Provence, il le congédia satisfait d'avoir

fait cette dernière tentative, quoyque sans espérance d'en voir aucun

effect[606].

Aussitôt que ledit surintendant fust arrivé à Paris,..... et qu'il crust

avoir bien persuadé ledit sieur Cardinal, il ne s'appliqua à autre chose

qu'à luy donner de belles apparences en continuant les effects de sa

mauvaise conduitte; pour cet effect, dans le renouvellement des fonds

qu'il eust ordre de faire à cause de la paix il fit voir de grandes

augmentations qui se trouvèrent presque toutes imaginées par la suitte,

attendu que les grandes indemnités nouvelles qu'il donna _au fermier des

aides couvrirent_ toutes ces prétendues augmentations. Après avoir donné

cette apparence, persuadé qu'elle suffisoit et qu'il pouvoit, soubz

cette couleur, continuer sa conduitte passée, non-seulement il la

continua pour remises, pour intérests, et générallement pour toutes les

mesures qu'il avoit pratiquées, mais ce qui surprit tout le monde ce fut

qu'au lieu que pendant la paix l'on croyoit voir réduire insensiblement

toutes les prodigieuses aliénations qui avoient été faites soubz

prétexte des nécessités de la guerre, on vit au contraire diverses

nouvelles alliénations des plus clairs revenus de l'estat, sçavoir 1200

mille livres de rentes sur l'hostel de ville de Paris alliénées sur les

tailles.

1660.

Ces aliénations nouvelles faites dans un temps de paix firent connoistre

à toute la France que l'estat couroit grand risque de se perdre par les

finances s'il n'y estoit promptement remédié, et M. le cardinal Mazarini

qui le premier connoissoit cette nécessité, se résolut d'y apporter le

remède aussitost qu'il seroit de retour à Paris, mais la maladie dont il

est mort l'ayant pris à Fontainebleau le 4e juillet, s'estant rendu à

Vincennes et ensuitte à Paris; quoique sa maladie luy laissast des

_intervalles_ assez considérables, elle ne luy en laissa jamais assez

pour pouvoir donner l'application à une matière si importante; ce fut le

seul déplaisir important qu'il tesmoigna avoir pendant toute sa maladie,

ayant répété beaucoup de fois à diverses personnes considérables qu'il

mourroit content s'il avoit plu à Dieu luy donner quinze jours de santé

et de force pour mettre ordre à cette nature d'affaires qui estoit la

plus importante de l'Estat et laquelle il laissoit dans la dernière

confusion. Trois jours avant sa mort, il consulta son confesseur et deux

de ses plus proches serviteurs, s'il estoit obligé de donner avis au Roy

des désordres du Sr Foucquet; mais luy ayant esté représenté que ses

caballes et ses intrigues, tous les amis qu'il avoit gagnés dans la

cour, dans les places, dans les Compagnies souveraines, par le moyen des

deniers du Roy et des alliénations de toutes sortes qu'il leur avoit

distribués, la place de Belle-Isle que l'on estimoit estre imprenable

avec une bonne garnison qu'il y entretenoit, quelques autres places sur

les costes de Bretagne, estoient capables dans l'incertitude de la

résolution qu'elles prendraient pour la conduitte de ses affaires et

dans la foiblesse de l'administration nouvelle de donner de furieux

mouvements à l'Estat, il prit la résolution de déclarer au Roy le détail

de la mauvaise conduitte du dit Foucquet et de luy conseiller en mesme

temps de prendre de grandes précautions contre luy, de le veiller de

près, de luy déclarer tous ses crimes et luy faire connoistre que s'il

changeoit de conduitte il ne laisseroit pas de se servir de luy.

La mort du Sr Cardinal estant arrivée le 9 mars 1661, le Roy ayant

tesmoigné toute la douleur imaginable de la perte d'un si grand ministre

prit dès le lendemain le soin de la conduitte de ses Estats et commença

à régler les séances de ses Conseils auxquels il s'appliqua de telle

sorte que pour première vertu il fist connoistre clairement à toute

l'Europe qu'il avoit sacrifié cette passion prédominante de gloire, et

cet esprit d'application aux affaires qui est capable seul d'eslever les

moindres hommes aux plus hautes dignités, qu'il avoit, dis-je, sacrifié

toutes ces grandes qualités à la reconnoissance des grands services qui

luy avoient esté rendus par ce grand ministre pendant sa minorité, les

troubles et la division qui auroient fait courir risque à ses Estats

sans la sagesse et l'habileté d'un si grand homme auquel il avoit

abandonné pour cette raison presque toute son autorité.

Tous les esprits ne furent pas persuadés que cette conduitte qui

paroissoit si belle pust estre longtemps soutenue; ils considéroient

qu'il estoit impossible qu'un Roy à l'âge de 23 ans, admirablement bien

faict de sa personne, d'une santé forte et vigoureuse, pust avoir assez

de force pour préférer longtemps ses affaires à ses plaisirs, et dans

cette pensée chacun avoit les yeux ouverts pour voir sur qui tomberoit

son choix parmi les personnes de sa confidence.

Les choses estant en cet estat, le Roy commença à exécuter le conseil de

feu M. le Cardinal sur le sujet des finances. Le surintendant demeura

d'accord d'une partie de ses désordres, promit de changer de conduitte

et accepta les précautions que le Roy voulut prendre, se persuadant avec

assez de vraisemblance qu'après avoir trompé tant de fois M. le

Cardinal, il trouveroit assez moyen de faire la mesme chose à l'esgard

du Roy; mais Sa Majesté ayant vu le retardement qu'il apporta à donner

l'estat des finances dans lequel tous les revenus de l'année 1661 et

partie de 1662 se trouvoient consommés, en sorte qu'il avoit assez

d'audace pour dire tous les jours à Sa Majesté que l'Estat ne subsistoit

que sur son crédit;

Qu'il continua à faire des alliénations considérables...

Qu'au lieu de faire gouster au peuple les fruits de la paix par la

diminution des impositions... on augmentoit les impôts en Bourgogne,

Alsace, Roussillon, etc.

Qu'au lieu que l'application du dit Foucquet debvoit avoir pour seul

objet les finances, et plutôt leur conservation que leur dissipation, il

ne pensoit qu'à se rendre maistre du Parlement et de toutes les

Compagnies par le moyen des grandes grâces qu'il faisoit, de toutes les

charges principalles et plus importantes, en les faisant acheter par ses

créatures et leur donnant la meilleure partie du prix, qu'il

acquéroi.... par les mesmes moyens les principaux officiers de Sa

Majesté et des Reynes, gagnant mesmes tous leurs domestiques pour estre

adverti de tout ce qui se passoit et de tout ce qui se disoit.

Enfin, Sa Majesté lassée de toute cette mauvaise conduitte et voyant

clairement qu'il n'y avoit point de remède qu'en luy ostant cette

administration, elle en prit la résolution le 4e may en la mesme

année 1661.

Mais comme l'exécution en estoit difficile, que les liaisons et les

attachements que le surintendant avoit dans la cour, dans les

Compagnies, dans les provinces, dans les places et partout estoient

grandes, que la place de Belle-Isle estoit en réputation d'estre

imprenable, Sa Majesté délibéra sur la manière de l'oster et aux moyens

de l'arrester seurement, pendant tout le mois de may.

Comme cette action est la plus importante sur laquelle le Roy aye pu

donner des marques publiques de son esprit; il est bien nécessaire de

l'examiner dans toutes ses circonstances parce qu'elle peut donner lieu

de faire un pronostique juste et certain de tout ce qui peust arriver

pendant son règne.

C'estoit, un jeune prince de l'aage de 23 ans, d'une forte et vigoureuse

santé, et par conséquent plein du feu et de la chaleur que cet aage

donne, qui n'avoit pas pris jusqu'à la mort de son Ier ministre un

administrateur... de ses affaires, et par conséquent qui n'avoit pas

toute l'expérience nécessaire pour la conduitte d'une grande affaire. Il

avoit à perdre un homme esclairé qui avoit eu la disposition entière de

ses finances huit années durant, qui par la dissipation qu'il en avoit

faict s'estoit acquis une place imprenable, qui avoit dans son entière

dépendance des places, des Compagnies souveraines, les principaux de la

cour et une infinité d'autres, et lequel convaincu de ses crimes

s'estoit préparé de longue main et avoit pris toutes ses précautions

contre le plus habile, le plus esclairé et le plus pénétrant homme qui

fust jamais.

Le Roy connoissant toutes ces choses, après avoir luy seul examiné tous

les moyens dont il se pouvoit servir pour l'intérest de ses desseins,

voyant que l'oster de la surintendance ou l'en chasser produiroit

assurément de grands embarras pour les raisons cy-dessus dites, résolut

enfin de le faire arrester, et ensuitte de luy faire faire son procès.

Pour cela il estoit nécessaire d'examiner quatre points importants.

Le pier, la subsistance de l'Estat.

Le second, le lieu de l'exécution.

Le troisième, le temps.

Et le 4e, les suittes.

Sur le premier, Sa Majesté considérant que pendant les mois de may,

juin, juillet et aoust les peuples ne payent rien dans les provinces

parce qu'ils sont occupez aux récoltes et les finances ne produisent

presque rien par la mesme raison;

Qu'il n'y avoit aucuns deniers dans les espargnes;

Que les gens d'affaires n'auroient garde de rien fournir quand ils

verraient leur chef arresté pour divers crimes dont ils estaient les

complices; ces raisons faisoient clairement connoistre qu'en l'arrestant

dans le mois de may, l'on ne pourroit fournir aux dépenses de l'Estat,

ce qui attireroit de très-fâcheux inconvénients.

Pour ce qui _regardoit_ l'exécution et le temps, l'un et l'autre

vouloient que ce fust promptement et au lieu où il se trouvoit alors, le

secret qu'il falloit garder en cette affaire requérant une grande

diligence.

Les raisons cy-dessus invitaient à l'exécution présente, et à l'esgard

du lieu, il y avoit à craindre que ses amis ne jettassent du monde dans

Belle-Isle et les autres places et qu'ils ne causassent une affaire

considérable dans l'Estat; à l'esgard des suittes, pour les

_conséquences_ du procès, sa charge de procureur général au Parlement

estoit un obstacle presque insurmontable.

Pour remédier à tous ces inconvénients, le Roy résolut de remettre au

mois de septembre de l'arrester et _pensa_ que le secret pourroit estre

gardé n'estant seü que de deux ou trois personnes asseurées;

Que pendant tout ce temps il le traiteroit si bien qu'il pourroit

parvenir à toutes ses mesmes fins;

Qu'il se serviroit du prétexte de la tenue des Estats de Bretagne, de

n'avoir pas encore veu cette province et prendroit une assistance

considérable pour y aller; qu'estant proche de Belle-Isle il pourroit

_se servir_ des compagnies de ses gardes et remédier par sa présence à

tous les inconvénients qui pourroient arriver; qu'en ce temps les

peuples ayant fait leurs récoltes seraient en estat de payer et de

fournir les moyens de subsistance, et qu'il se serviroit de toutes les

rencontres favorables pour luy tesmoigner que Sa Majesté serait bien

aise d'avoir quelque somme un peu considérable dans la citadelle de

Vincennes pour pouvoir subvenir aux dépenses pressées.

Et outre ce qu'elle pourroit tirer par ce moyen dudit Foucquet, Sa

Majesté s'asseureroit encore par le moyen de trois ou quatre personnes

de 4 ou 5 cent mille livres pour s'en pouvoir servir en cas de

nécessité;

Que le plus difficile estant de l'obliger de se deffaire de sa charge,

il ne laisseroit pas de le tenter luy disant dans quelque occasion

importante que Sa Majesté voulant agir fortement non-seulement pour

empêcher les entreprises du Parlement mais mesmes pour remettre cette

Compagnie au mesme estat et en la mesme disposition qu'elle estoit du

temps du feu Roy, il seroit impossible d'y pouvoir parvenir sans faire

beaucoup d'actions de force et de vigueur contre cette Compagnie et

qu'ayant sa principalle confiance en luy pour toutes les résolutions qui

estoient à prendre, il seroit bien difficile qu'il pust garder cette

charge, de sorte qu'estant dans un poste si élevé que le sien, il luy

sembloit qu'elle luy estoit fort inutile et qu'elle serviroit toujours

de prétexte au Parlement de luy donner de la peine.....

Quoyque ce projet fust d'un succès presque infaillible, Dieu voulut

pourtant le rendre encore plus facile au Roy par le moyen mesme du sieur

Foucquet[607].

Dans les estats de Bretagne, la coustume est que l'évesque diocésain du

lieu où ils se tiennent y préside. Le maréchal de la Meilleraie s'estoit

engagé envers l'évesque de Vannes de les faire tenir à Hennebon, petite

ville de son diocèse assez proche de la mer et de Belle-Isle pour l'y

faire présider. Le sieur Foucquet qui ne croyoit pas l'évesque de Vannes

de ses amis se mit dans l'esprit qu'il se serviroit de cette occasion

pour parler publiquement et exagérer les fortifications et les

prodigieuses dépenses qu'il faisoit à Belle-Isle, et comme c'estoit la

chose du monde qu'il craignoit le plus, après avoir fait tous ses

efforts pour obliger le maréchal de la Meilleraie à changer ce lieu et

l'ayant trouvé ferme, il crut ne pouvoir remédier à ce mal qu'il croyoit

presque inévitable que de proposer lui-mesme au Roy d'aller en

Bretagne.....

Celle proposition ayant esté par lui faicte, elle fust acceptée.

Pour la charge, le bon traitement que le Roy lui fist en sa propre

vanité luy persuadant que la charge de chancelier de France venant à

vaquer, ce qui pouvoit arriver assez promptement veu que le chancelier

avoit 75 ans, elle ne luy pouvoit manquer, et que si le Roy le trouvoit

en cette occasion revestu de la charge de procureur général, il la

donneroit asseurément à quelque autre à quoy il ne pourroit pas

s'opposer, en sorte qu'il valloit beaucoup mieux s'en deffaire pour

mettre une somme considérable dans sa famille, et comme ce raisonnement

luy fist prendre résolution de demander au Roy de s'en deffaire, Sa

Majesté luy accordant luy parla du million à mettre à Vincennes, ce

qu'il promit de faire et l'exécuta _sur le champ_.

Toutes les choses estant ainsi heureusement disposées, il partit pour

Nantes, le roy estant confirmé dans l'opinion de sa mauvaise conduitte

par diverses choses qui arrivèrent pendant cet esté et particulièrement

sur ce qui se passa dans l'achapt de la charge de général des gallères

pour le marquis de Créquy son intime amy, dans laquelle Sa Majesté vit

clairement que l'on se servoit de ses deniers pour en payer _15 ou 16

mille livres_ sous prétexte de différentes prétentions..... et sur le

repas royal, magnifique et superbe qu'il donna à Sa Majesté en sa maison

de Vaux.

Sur l'envoy de deux ministres de sa part en Angleterre et à Rome pour

avoir des correspondants à ses ordres et sur une infinité d'autres

preuves trop claires et trop évidentes de ses intentions[608].

Deux jours après son arrivée à Nantes, le 5e septembre de la mesme

année, le Roy qui pendant la vie de feu M. le Cardinal avoit peu parlé

d'affaires, et qui depuis sa mort, par la sage dissimulation avec

laquelle il avoit agi avec le sieur Foucquet n'avoit pu encore faire

connoistre l'estendue de son esprit, le jour et l'heure qu'il avoit pris

pour l'exécution estant venue, en un instant il donna ses ordres pour le

faire arrester et fist toutes les choses qui estoient nécessaires pour

le conduire seurement au chasteau d'Angers; il fist partir sa compagnie

des gardes pour se saisir de Belle-Isle.

Quelques heures auparavant, il fist partir 2 brigades de ses

mousquetaires pour empescher le passage des courriers qui prendroient

_des moyens_ pour en donner advis.

Il envoya et fist accompagner la dame Foucquet à Limoges; fist arrester

en mesme temps Pellisson son commis et fit sceller tous ses papiers.

Il expédia aussytost un courrier à la reyne-mère pour luy en donner

part; un autre au Chancelier affin qu'il fist sceller dans les maisons

de la surintendance de Fontainebleau, de Vaux et de Saint-Mandé.

A Paris au lieutenant civil, à la Compagnie du guet et au lieutenant

criminel de robe courte pour se saisir des sieurs Bruant et Bernard ses

commis et de sceller dans leurs maisons et dans celles du sieur

Foucquet.

Tous ces ordres aynsi donnés et cette affaire entièrement exécutée, le

Roy voulut avant que de partir estre informé de la résolution..... que

le commandant dans Belle-Isle prendroit, et aussy tost qu'il eust appris

qu'il remettroit cette place sur l'ordre de Sa Majesté, elle partit et

revint en poste à Fontainebleau.

Il estoit alors question de prendre une grande résolution pour

l'establissement qui estoit à faire. Il falloit pour le bien faire

trouver divers expédients de remédier à de grands abus....

L'establissement de l'autorité souveraine et entière des finances en une

seule personne ou deux; _mais ces_ advis furent trouvés vitieux.

Les maximes qui avoient esté suivies depuis si longtemps avoient attiré

la ruine, la confusion et le désordre.

Il falloit desbrouiller une machine que les plus habiles gens du royaume

qui s'en estoient meslés depuis 40 ans avoient embrouillée pour en faire

une science qu'eux seuls connussent pour se rendre par ce moyen

nécessaires. Cependant tant de choses sy difficiles à résoudre qui

auraient servy de matière aux plus grands, aux plus puissants et aux

plus expérimentés ministres, ce qui auroit donné lieu à des Conseils de

plusieurs jours et à des dissertations difficiles et très-importantes,

se trouva desbrouillé et développé au plus haut point de perfection qui

se puisse imaginer par les seules lumières naturelles de ce prince, et

par la résolution qu'il avoit prise de donner tout son temps à la

conduitte de ses affaires, au bien de ses peuples et à sa propre gloire.

Il déclara doncques qu'il supprimoit la charge de surintendant et qu'il

signeroit généralement toutes les expéditions soit pour la recepte, soiy

pour la dépense.

Il composa en mesme temps un Conseil de cinq personnes qu'il appela le

Conseil royal des finances lequel il présida en personne trois fois la

semaine, etc., etc., etc...

(_Peu de jours après, il fut question dans le Conseil de

l'establissement d'une Chambre de justice. Pour éviter qu'on en vinst à

cette extrémité, les gens d'affaires offraient de donner vingt millions,

et la majorité du Conseil était d'avis qu'on les acceptât._)

....Le Roy prenant la parole dit qu'il connoissoit bien que cette

proposition luy seroit plus advantageuse mais qu'il ne pouvoit pas

s'empescher d'entendre la voix de ses peuples qui luy demandoient

justice de toutes les violences, exactions et concussions qui avoient

esté commises contre eux, qu'il sacrifioit volontiers l'advantage des 20

millions offerts à la satisfaction qu'il recevroit de voir une fois par

la punition des coupables ses sujets _vengés_ des violences qu'ils

avoient souffertes, et de plus qu'ayant bien considéré tous les

désordres et dissipations qui avoient esté commises dans les finances,

il falloit _agir_ par des punitions..... affin qu'il fust asseuré que

non seulement pendant son règne mais mesme cent ans après les gens des

finances se contentassent des gains honnestes et légitimes qu'ils

pourroient faire, en sorte qu'elle espéroit par son application remédier

à tous les _maux_ que l'on avoit remarquez.

Ces raisons si puissantes et si dignes d'un grand Roy furent approuvées

de tout le Conseil.

.....Ensuitte tout le monde attendant quelque action un peu importante

pour juger de quelle qualité seroit la conduitte du Roy dans les

fonctions du surintendant, sy elle seroit rigoureuse ou foible, il se

présenta une occasion favorable pour décider cette question. L'on avoit

fait l'année précédente le retranchement _d'un quartier_ de toutes les

rentes sur l'hostel de ville de Paris et de toutes les alliénations

faictes les six dernières années. Le sieur Foucquet n'avoit osé toucher

une augmentation de gages des Compagnies souveraines; souvent il les en

avoit menacées, mais le remords de sa conscience qui luy donnoit de la

crainte, l'avoit toujours obligé d'en retarder l'exécution. Le Roy

s'estant fait représenter cette affaire, prit la résolution de faire ce

retranchement et le fist exécuter malgré toutes les remontrances et

publiques et secrètes et mesmes quelques menées sourdes, en sorte qu'il

fust facile après ce coup d'essay de décider de quelle qualité seroit la

conduitte de Sa Majesté.

Non seulement Sa Majesté soustient fortement ce retranchement mais mesme

celuy de tous les fonds et droits alliénés, ce que le sieur Foucquet

n'avoit pas faict par les mesmes raisons, quoyqu'il y eust une

déclaration expédiée dès 1660 pour cet effet...

...La caballe des amis du sieur Foucquet ayant commencé de faire agir

leurs pratiques, les esprits se divisèrent en sorte que la foiblesse du

chef (de la Chambre de justice) qui se laissa emporter par une infinité

de petites considérations et qui ne pust avoir la force de suivre les

véritables maximes de sévérité des Chambres de justice quoyqu'il fust

fortement appuyé par le Roy, divers petits intérêts particuliers qui

entraînèrent les principaux et rendirent les bien intentionnez les plus

foibles, furent cause que le Roy fust obligé de faire agir ceux de son

Conseil pour pousser les affaires et pour démesler avec diligence tous

les petits moyens dont se servoient ceux qui avoient trop de

relaschement dans l'esprit contre les bien intentionnez pour faire

passer les affaires par leurs advis; et pour bien faire connoistre les

difficultés que Sa Majesté eust à surmonter, il est bon d'en faire la

description[609].

Le premier président fort homme de bien, incapable de caballes,

d'intrigues et de se départir jamais du bien du service du roy et du

public ne se laissa pas... de croire qu'il debvoit avoir beaucoup de

part aux affaires, et sur ce fondement, il voulut _avant_ de s'engager à

servir dans la Chambre de justice, que l'on adjoustast aux commissaires

qui avoient esté choisis par le Roy les sieurs Bernard Rezé et

d'Ormesson, maistres des requestes, de Fayet et Renard, commissaires de

la Grand Chambre du parlement de Paris pour se fortifier dans cette

chambre affin que ses advis prévallussent toujours, ce qui luy fust

facilement accordé par Sa Majesté qui avoit tout sujet de croire qu'il

seroit le plus ferme appui de la justice et de la sévérité de cette

Chambre comme effectivement il en avoit alors la volonté; ensuitte

n'ayant pas esté satisfait de la part qu'il avoit prestendu avoir dans

les affaires de l'administration de l'Estat, il commença à se plaindre

presque publiquement des personnes dont le Roy se servoit dans les

affaires de finance leur attribuant la cause entière de ce déplaisir.

D'ailleurs, M. de Turenne qui avoit creu que le dit sieur Foucquet

l'empeschoit d'avoir la meilleure et la plus considérable part aux

affaires et en la confiance du Roy et qui après sa perte s'estoit laissé

fortement flatter de cette pensée, le bon traittement qu'il recevoit de

Sa Majesté et mesmes ses advis qu'elle luy demandoit en toutes affaires

importantes ne le satisfaisant pas parce qu'il n'estoit pas appellé par

Sa Majesté dans les Conseils ordinaires quoy qu'elle eust bien tesmoigné

depuis ce temps-là qu'elle seule conduisoit toute cette machine et

qu'elle eust mesmes de très-puissantes raisons pour en user ainsi, ne

laissa pourtant pas d'attribuer cette privation à ceux qui avoient

l'honneur de servir Sa Majesté, et comme la matière des finances est

toujours la plus susceptible de mauvaises impressions, l'ancienne amitié

qu'il avoit avec le pier président, les mesmes intérêts et le même

déplaisir en ce rencontre, leur donnèrent les mêmes sentiments dans

lesquels ils furent fortement maintenus par le sieur Boucherat qui

estant amy commun des deux avoit servy leurs veues et se trouvoit dans

les mêmes sentiments parce que ne croyant pas qu'il y eust un homme de

robe dans le royaume qui pust plus dignement que luy remplir la place de

Chancelier de France ou la principalle administration des finances, il y

pourroit facilement parvenir sy M. de Turenne et le pier président

bien unis pouvoient avoir une part considérable dans la confiance du

Roy.

A cette principalle et plus importante disposition se joignirent

diverses autres raisons.

Le pier président se persuada que son mérite et ses services

debvoient luy faire accorder tout ce qu'il demandoit soubz prétexte de

l'accréditer dans sa Compagnie. I demanda avec grandes instances que

l'on ne restranchast point le 3e quartier des augmentations de gages

des Compagnies souveraines, que l'on deschargeast les greffiers de la

taxe qui leur estoit demandée et que l'on restablist l'hérédité des

procureurs postulants qui avoit esté révoquée. Le refus que le Roy fis

de toutes les grâces luy donna beaucoup de déplaisir...

Mais ce qui acheva de le changer tout à fait fust que ses amis intimes

qui estoient hors de la Chambre se trouvèrent tous unis dans de mesmes

sentiments pour empescher tout ce qui pouvoit estre de la satisfaction

du Roy et du public.

Le sieur Boucherat, pour les intérêts cy-dessus expliqués.

Le sieur Bernard Rezé pour un esprit de contrariété qui luy estoit

naturel n'ayant jamais manqué de se porter contre la conduitte généralle

des affaires.

Le sieur de Brillac avoit reçeu du sieur Foucquet, en gratifications

_diverses augmentations_ en sa baronnie de Janzay en Poitou.

Le sieur Renard 6,000 liv. de rentes sur les tailles.

Ces 4 hommes estant toujours auprès de luy il ne faut pas s'estonner

s'il ne pust revenir à ses 1ères bonnes intentions.

Le premier effect que cette mauvaise disposition produisit fust une

prodigieuse langueur en toutes affaires. Le pier président n'alla

jamais qu'à onze heures et demie à la Chambre, en sortant à midi, n'y

retournant qu'entre trois et quatre heures et en sortant entre cinq et

six heures, joint à cela diverses autres démonstrations et publiques et

secrètes qu'il fist...

(_Le reste du mémoire contient de nouveaux détails sur les opérations

financières, sur celles de la Chambre de justice, sur les mesures prises

en 1662 par le gouvernement pour soulager les horreurs de la disette,

enfin, sur toutes les parties de l'administration pendant la courte

période qu'il embrasse._)

Histoire de la vie et de l'administration de Colbert · 第 73 / 189 题