_MARK TWAIN_
Samuel Langhorne Clemens naquit à Florida, dans l'État de Missouri, le
30 novembre 1835. Dès l'âge de treize ans il dut chercher du travail
pour vivre et se fit attacher comme apprenti typographe au service
d'une imprimerie. Le goût des voyages et les nécessités de la vie
l'amenèrent bientôt à chercher une autre destinée. Il trouva un modeste
emploi de pilote sur un bateau à vapeur appartenant à la navigation
fluviale du Mississipi. On raconte que c'est là qu'il entendit pour la
première fois prononcer les deux syllabes qu'il choisit un peu plus
tard comme pseudonyme. Le capitaine, en relevant la profondeur du
fleuve, la cria en brasses: «Mark Twain!» c'est-à-dire: «Marquez deux!»
La netteté et la sonorité de cette expression le frappèrent sans doute.
Il venait à peine d'atteindre sa vingtième année lorsqu'on découvrit
en Californie les gisements d'or qui devaient, au cours des années
suivantes, y attirer tant de monde à l'esprit entreprenant. Le jeune
Samuel Clemens voulut, lui aussi, tenter la fortune; mais, dès son
arrivée dans l'Ouest lointain, il débuta comme journaliste reporter. Au
bout de quelque temps, il s'établit à Buffalo où il prit la direction
d'une feuille locale s'occupant plus particulièrement de questions
agricoles. Il dut abandonner cette entreprise et devint, en même temps
qu'un autre écrivain de grande renommée, Bret Harte, collaborateur du
journal _The Californian_. Ce fut à peu près vers cette époque qu'il
commença à écrire les romans et les nouvelles humoristiques grâce
auxquels il devint rapidement l'écrivain le plus fameux et le plus aimé
peut-être que l'on ait connu aux États-Unis. Son premier livre, _la
Grenouille qui saute_, parut en 1867. A partir du jour où le succès lui
sourit, «Mark Twain» n'hésita pas à entreprendre de grands voyages et à
visiter notamment le continent européen. On le dépeint volontiers--ce
qui est fort naturel--comme un ironique, mais enthousiaste admirateur
des mœurs américaines. Il se peut que ce soit là une erreur. Le célèbre
auteur, qui ne s'est guère privé de ridiculiser certains côtés de la
vie anglaise, séjourna, vers la fin de sa vie, longtemps en Angleterre.
Et l'on possède dans ses écrits la preuve que rien ne lui était en
réalité plus odieux que le «humbug», le charlatanisme, et la sottise
des parvenus.
Ses admirateurs d'outre-Océan lui ont attribué du génie. Sa précision
et sa logique poussées jusqu'à l'absurde témoignent en effet d'une
sorte de génie spécial. Elles ne suffirent point, cependant, à le
préserver des déboires. Il créa en 1884 une maison d'édition dont
la liquidation amena sa ruine complète. Pendant des années il dut
se livrer à un labeur acharné pour payer des dettes contractées à
l'occasion de ce désastre financier. Ses droits d'auteur, quoique
considérables, ne lui permettant pas de faire face à toutes les
exigences, il se fit conférencier, et parcourut et le Nouveau Monde et
le Vieux Monde, fêté partout où il se montra.
Ce fut au retour d'une longue absence qu'il mourut dans sa résidence de
Redding, le 21 avril 1910.
Parmi les œuvres les plus célèbres de Mark Twain, nous nous bornerons
à citer: _les Innocents à l'étranger_ et _les Innocents chez eux_,
_les Aventures de Tom Sawyer_, _Huckleberry Finn_, _le Vol de
l'Éléphant blanc_, _Un Yankee à la cour du roi Arthur_, _le Prince
et le Miséreux_, _le Billet de vingt-cinq millions_, et enfin cette
incroyable fantaisie sous forme de roman, _le Cochon dans les Trèfles_.
Le maître incontesté de la littérature humoristique aux États-Unis y
montre une verve rare et assurément beaucoup d'esprit. Ce qui ne nuit
pas, selon nous, à l'ensemble de l'œuvre, ce qui en quelque sorte
nous attache à elle, c'est que l'auteur met toutes ses exagérations,
toutes ses folles extravagances au service des idées nobles et
élevées. Beaucoup de personnes s'imaginent que les fantaisies et les
observations que l'on comprend sous le nom d'humour américain échappent
à l'intelligence latine, et manquent ainsi l'effet voulu; d'autres
affirment que les finesses véritables, les pointes essentielles de cet
esprit anglo-saxon ou yankee sont intraduisibles. Il se peut qu'il
y ait du vrai dans de telles affirmations; en ce qui concerne Mark
Twain, et particulièrement le roman que nous présentons ici au public,
nous sommes persuadés qu'il sera lu et goûté comme il faut par tout le
monde, avec un extrême plaisir.
+Mark Twain+
+Le Cochon+