Au moment où paraîtront ces lignes, le verdict du 1er conseil de guerre,
vers lequel en ce moment toute la France a les yeux tournés, sera
prononcé ou bien près de l'être. Le M. le général Pourcet a commencé la
lecture de son réquisitoire, qui s'est prolongée jusqu'à la fin de
l'audience du 5 décembre. Le 6, la parole a été donnée à la défense, qui
la gardera certainement au moins aussi longtemps que l'accusation. C'est
donc vers la fin de la semaine que, selon toute vraisemblance, le sort
de l'accusé sera fixé. L'auditoire, est-il besoin de le dire? est plus
nombreux que jamais et, ajoutons-le, il trahit par sa physionomie plus
grave et plus réservée l'imminence du dénoûment de ce grand drame.
Chacun en effet, comprend qu'au moment où la justice va parler, il doit
refouler, au moins en public, ses impressions propres et attendre en
silence qu'elle prononce le mot suprême. Il est vrai qu'il se dédommage
à la suspension de l'audience. La buvette des témoins, que représente
notre dessin, est le lieu où s'échangent volontiers les commentaires. On
y rappelle les arguments de l'accusation et ceux de la défense, on les
compare entre eux, et on cherche à en dégager la conséquence. Mais là
encore, même en s'aventurant sur ce terrain glissant, on use de réserve
et l'on ne sort pas de la stricte mesure que réclament les convenances.