NOTICE

_Quand j'écrivis le roman de Mauprat à Nohant, en 1846, je crois, je

venais de plaider en séparation. Le mariage, dont, jusque-là, j'avais

combattu les abus, laissant peut-être croire, faute d'avoir

suffisamment développé ma pensée, que j'en méconnaissais l'essence,

m'apparaissait précisément dans toute la beauté morale de son

principe._

_À quelque chose malheur est bon, pour qui sait réfléchir: plus je

venais de voir combien il est pénible et douloureux d'avoir à rompre

de tels liens, plus je sentais que ce qui manque au mariage, ce sont des

éléments de bonheur et d'équité d'un ordre trop élevé pour que la

société actuelle s'en préoccupe. La société s'efforce, au

contraire, de rabaisser cette institution sacrée, en l'assimilant à un

contrat d'intérêts matériels; elle l'attaque de tous les côtés à

la fois, par l'esprit de ses mœurs, par ses préjugés, par son

incrédulité hypocrite._

_Tout en faisant un roman, pour m'occuper et me distraire, la pensée me

vint de peindre un amour exclusif, éternel, avant, pendant et après le

mariage. Je fis donc le héros de mon livre proclamant, à quatre-vingts

ans, sa fidélité pour la seule femme qu'il eût aimée._

_L'idéal de l'amour est certainement la fidélité éternelle. Les lois

morales et religieuses ont voulu consacrer cet idéal; les faits

matériels le troublent, les lois civiles sont faites de manière à le

rendre souvent impossible ou illusoire; mais ce n'est pas ici le lieu de

le prouver. Le roman de Mauprat n'a pas été alourdi par cette

préoccupation; seulement, le sentiment qui me pénétrait

particulièrement à l'époque où je l'écrivis se résume dans ces

paroles de Mauprat vers la fin de l'ouvrage: «Elle fut la seule femme

que j'aimai dans toute ma vie; Jamais aucune autre n'attira mon regard

et ne connut l'étreinte de ma main._»

Mauprat(#62787) · 第 14 / 47 题