LACENAIRE

Pour contraste, la main coupée

De Lacenaire l'assassin,

Dans des baumes puissants trempée,

Posait auprès, sur un coussin.

Curiosité dépravée!

J'ai touché, malgré mes dégoûts,

Du supplice encor mal lavée,

Cette chair froide au duvet roux.

Momifiée et toute jaune

Comme la main d'un pharaon,

Elle allonge ses doigts de faune

Crispés par la tentation.

Un prurit d'or et de chair vive

Semble titiller de ses doigts

L'immobilité convulsive,

Et les tordre comme autrefois.

Tous les vices avec leurs griffes

Ont, dans les plis de cette peau,

Tracé d'affreux hiéroglyphes,

Lus couramment par le bourreau.

On y voit les oeuvres mauvaises

Écrites en fauves sillons,

Et les brûlures des fournaises

Où bouillent les corruptions;

Les débauches dans les Caprées

Des tripots et des lupanars,

De vin et de sang diaprées,

Comme l'ennui des vieux Césars!

En même temps molle et féroce,

Sa forme a pour l'observateur

Je ne sais quelle grâce atroce,

La grâce du gladiateur!

Criminelle aristocratie,

Par la varlope ou le marteau

Sa pulpe n'est pas endurcie,

Car son outil fut un couteau.

Saints calus du travail honnête,

On y cherche en vain votre sceau.

Vrai meurtrier et faux poëte,

II fut le Manfred du ruisseau!

Émaux et camées · 第 21 / 83 题