SCENE III.

OEUVRES COMPLÈTES

DE

VICTOR HUGO

XVII

DRAME

IV

ÉDITION DÉFINITIVE D'APRÈS LES MANUSCRITS ORIGINAUX

OEUVRES COMPLÈTES

DE

VICTOR HUGO

DRAME

IV

LA ESMERALDA--RUY BLAS

LES BURGRAVES

EDITION NE VARIETUR

PARIS

J HETZEL & Cie

18, RUE JACOB

A. QUANTIN & Cie

RUE SAINT-BENOIT, 7

1880

LA ESMERALDA

LIBRETTO

Si par hasard quelqu'un se souvenait d'un roman en écoutant un opéra,

l'auteur croit devoir prévenir le public que pour faire entrer dans

la perspective particulière d'une scène lyrique quelque chose du

drame qui sert de base au livre intitulé Notre-Dame de Paris, il a

fallu en modifier diversement tantôt l'action, tantôt les caractères.

Le caractère de Phoebus de Châteaupers, par exemple, est un de ceux

qui ont dû être altérés; un autre dénouement a été nécessaire, etc.

Au reste, quoique, même en écrivant cet opuscule, l'auteur se soit

écarté le moins possible, et seulement quand la musique l'a exigé, de

certaines conditions consciencieuses indispensables, selon lui, à toute

oeuvre, petite ou grande, il n'entend offrir ici aux lecteurs, ou pour

mieux dire aux auditeurs, qu'un canevas d'opéra plus ou moins bien

disposé pour que l'oeuvre musicale s'y superpose heureusement, qu'un

libretto pur et simple dont la publication s'explique par un usage

impérieux. Il ne peut voir dans ceci qu'une trame telle quelle qui ne

demande pas mieux que de se dérober sous cette riche et éblouissante

broderie qu'on appelle la musique.

L'auteur suppose donc, si par aventure on s'occupe de ce libretto,

qu'un opuscule aussi spécial ne saurait en aucun cas être jugé en

lui-même et abstraction faite des nécessités musicales que le poëte a

dû subir, et qui, à l'Opéra, ont toujours droit de prévaloir. Du reste,

il prie instamment le lecteur de ne voir dans les lignes qu'il écrit

ici que ce qu'elles contiennent, c'est-à-dire sa pensée personnelle

sur ce libretto en particulier, et non un dédain injuste et de mauvais

goût pour cette espèce de poëmes en général et pour l'établissement

magnifique où ils sont représentés. Lui qui n'est rien, il rappellerait

au besoin à ceux qui sont le plus haut placés que nul n'a droit

de dédaigner, fût-ce au point de vue littéraire, une scène comme

celle-ci. A ne compter même que les poëtes, ce royal théâtre a reçu

dans l'occasion d'illustres visites, ne l'oublions pas. En 1671, on

représenta avec toute la pompe de la scène lyrique une tragédie-ballet

intitulée; Psyché. Le libretto de cet opéra avait deux auteurs: l'un

s'appelait Poquelin de Molière, l'autre Pierre Corneille.

14 novembre 1836.

PERSONNAGES.

LA ESMERALDA.

PHOEBUS DE CHATEAUPERS.

CLAUDE FROLLO.

QUASIMODO.

FLEUR-DE-LYS.

MADAME ALOISE DE GONDELAURIER.

DIANE.

BÉRANGÈRE.

LE VICOMTE DE GIF.

M. DE CHEVREUSE.

M. DE MORLAIX.

CLOPIN TROUILLEFOU.

LE CRIEUR PUBLIC.

PEUPLE, TRUANDS, ARCHERS, ETC.

Paris.--1482.

ACTE PREMIER

[La Cour des miracles.--Il est nuit. Foule de truands. Danses et

bruyantes. Mendiant et mendiantes dans leurs diverses attitudes

de métier. Le roi de Thune sur son tonneau. Feux, torches,

flambeaux. Cercle de hideuses maisons dans l'ombre.]

SCENE PREMIERE.

CLAUDE FROLLO, CLOPIN TROUILLEFOU

[puis] LA ESMERALDA,

[puis] QUASIMODO,--LES TRUANDS.

CHOEUR DES TRUANDS.

Vive Clopin, roi de Thune!

Vivent les gueux de Paris!

Faisons nos coups à la brune,

Heure où tous les chats sont gris.

Dansons! narguons pape et bulle,

Et raillons-nous dans nos peaux,

Qu'avril mouille ou que juin brûle

La plume de nos chapeaux!

Sachons flairer dans l'espace

L'estoc de l'archer vengeur,

Ou le sac d'argent qui passe

Sur le dos du voyageur!

Nous irons au clair de lune

Danser avec les esprits...--Vive

Clopin, roi de Thune!

Vivent les gueux de Paris!

CLAUDE FROLLO, [à part, derrière un pilier, dans un coin du théâtre.

Il est enveloppé d'un grand manteau qui cache son habit de prêtre.

Au milieu de la ronde infâme,

Qu'importe le soupir d'une âme?

Je souffre! oh! jamais plus de flamme

Au sein d'un volcan ne gronda.

[Entre la Esmeralda en dansant.]

CHOEUR.

La voilà! la voilà! c'est elle! Esmeralda!

CLAUDE FROLLO, [à part.]

C'est elle! oh! oui, c'est elle!

Pourquoi, sort rigoureux,

L'as-tu faite si belle,

Et moi si malheureux?

[Elle arrive au milieu du théâtre. Les truands font cercle

avec admiration autour d'elle. Elle danse.]

LA ESMERALDA.

Je suis l'orpheline,

Fille des douleurs,

Qui sur vous s'incline

En jetant des fleurs;

Mon joyeux délire

Bien souvent soupire;

Je montre un sourire,

Je cache des pleurs.

Je danse, humble fille,

Au bord du ruisseau,

Ma chanson babille

Comme un jeune oiseau;

Je suis la colombe

Qu'on blesse et qui tombe.

La nuit de la tombe

Couvre mon berceau.

CHOEUR.

Danse, jeune fille!

Tu nous rends plus doux.

Prends-nous pour famille,

Et joue avec nous,

Comme l'hirondelle

A la mer se mêle,

Agaçant de l'aile

Le flot en courroux.

C'est la jeune fille,

L'enfant du malheur!

Quand son regard brille,

Adieu la douleur!

Son chant nous rassemble;

De loin elle semble

L'abeille qui tremble

Au bout d'une fleur.

Danse, jeune fille,

Tu nous rends plus doux.

Prends-nous pour famille,

Et joue avec nous!

CLAUDE FROLLO, [à part.]

Frémis, jeune fille;

Le prêtre est jaloux!

[Claude veut se rapprocher de la Esmeralda, qui se détourne de lui

avec une sorte d'effroi.--Entre la procession du pape des fous.

Torches, lanternes et musique. On porte au milieu du cortège, sur

un brancard couvert de chandelles, Quasimodo, chapé et mitré.]

CHOEUR.

Saluez, clercs de basoche!

Hubins, coquillards, cagoux,

Saluez tous! il approche.

Voici le pape des fous!

CLAUDE FROLLO, [apercevant Quasimodo, s'élance vers lui

avec un geste de colère.]

Quasimodo! quel rôle étrange!

0 profanation! Ici,

Quasimodo!

QUASIMODO.

Grand Dieu! qu'entends-je?

CLAUDE FROLLO.

Ici, te dis-je!

QUASIMODO, [se jetant en bas de la litière.]

Me voici!

CLAUDE FROLLO.

Sois anathème!

QUASIMODO.

Dieu! c'est lui-même!

CLAUDE FROLLO.

Audace extrême!

QUASIMODO.

Instant d'effroi!

CLAUDE FROLLO.

A genoux, traître!

QUASIMODO.

Pardonnez, maître!

CLAUDE FROLLO.

Non, je suis prêtre!

QUASIMODO.

Pardonnez-moi!

[Claude Frollo arrache les ornements pontificaux de Quasimodo et les

foule aux pieds. Les truands, sur lesquels Claude jette des

regards irrités, commencent à murmurer et se forment en groupes

menaçants autour de lui.]

LES TRUANDS.

Il nous menace,

O compagnons!

Dans cette place

Où nous régnons!

QUASIMODO.

Que veut l'audace

De ces larrons?

On le menace,

Mais nous verrons!

CLAUDE FROLLO.

Impure race!

Juifs et larrons!

On me menace,

Mais nous verrons!

[La colère des truands éclate.]

LES TRUANDS.

Arrête! arrête! arrête!

Meure le trouble-fête!

Il paiera de sa tête!

En vain il se débat!

QUASIMODO.

Qu'on respecte sa tête!

Et que chacun s'arrête,

Ou je change la fête

En un sanglant combat!

CLAUDE FROLLO.

Ce n'est point pour sa tête

Que Frollo s'inquiète.

[Il met la main sur la poitrine.]

C'est là qu'est la tempête,:

C'est là qu'est le combat!

[Au moment où la fureur des truands est au comble, Clopin

Trouillefou parait au fond du théâtre.]

CLOPIN.

Qui donc ose attaquer, dans ce repaire infâme,

L'archidiacre mon seigneur,

Et Quasimodo le sonneur

De Notre-Dame?

LES TRUANDS, [s'arrêtant.]

C'est Clopin, notre roi!

CLOPIN.

Manants, retirez-vous!

LES TRUANDS.

Il faut obéir!

CLOPIN.

Laissez-nous.

[Les truands se retirent dans les masures. La Cour des miracles

reste déserte. Clopin s'approche mystérieusement de Claude.]

SCÈNE II

CLAUDE FROLLO, QUASIMODO,

CLOPIN TROUILLEFOU.

CLOPIN.

Quel motif vous avait jeté dans cette orgie?

Avez-vous, monseigneur, quelque ordre à me donner?

Vous êtes mon maître en magie.

Parlez; je ferai tout.

CLAUDE. [Il saisit vivement Clopin par le bras et l'attire sur le

devant du théâtre.]

Je viens tout terminer.

Écoute.

CLOPIN.

Monseigneur?

CLAUDE FROLLO.

Plus que jamais je l'aime!

D'amour et de douleur tu me vois palpitant.

Il me la faut cette nuit même.

CLOPIN.

Vous l'allez voir ici passer dans un instant;

C'est le chemin de sa demeure.

CLAUDE FROLLO, [à part.]

Oh! l'enfer me saisit!

[Haut.]

Bientôt, dis-tu?

CLOPIN.

Sur l'heure.

CLAUDE FROLLO.

Seule?

CLOPIN.

Seule.

CLAUDE FROLLO.

Il suffit.

CLOPIN.

Attendrez-vous?

CLAUDE FROLLO.

J'attend.

Que je l'obtienne ou que je meure!

CLOPIN.

Puis-je vous servir?

CLAUDE FROLLO.

Non.

[Il fait signe à Clopin de s'éloigner, après lui avoir jeté sa bourse.

Resté seul avec Quasimodo, il l'amène sur le devant du théâtre.]

Viens, j'ai besoin de toi.

QUASIMODO.

C'est bien.

CLAUDE FROLLO.

Pour une chose impie, affreuse, extrême.

QUASIMODO.

Vous êtes mon seigneur.

CLAUDE FROLLO.

Les fers, la mort, la loi,

Nous bravons tout.

QUASIMODO.

Comptez sur moi.

CLAUDE FROLLO, [impétueusement.]

J'enlève la fille bohème!

QUASIMODO.

Maître, prenez mon sang--sans me dire pourquoi.

[Sur un signe de Claudo Frollo, il se retire vers le fond du

[théâtre et laisse son maître sur le devant de la scène.]

CLAUDE FROLLO.

0 ciel! avoir donné ma pensée aux abîmes,

Avoir de la magie essayé tous les crimes,.

Être tombé plus bas que l'enfer ne descend,

Prêtre, à minuit, dans l'ombre épier une femme,

Et songer, dans l'état où se trouve mon âme,

Que Dieu me regarde à présent!

Eh bien, oui! qu'importe!

Le destin m'emporte,

Sa main est trop forte,

Je cède à sa loi!

Mon sort recommence!

Le prêtre en démence

N'a plus d'espérance

Et n'a plus d'effroi!

Démon qui m'enivres,

Qu'évoquent mes livres,

Si tu me la livres,

Je me livre à toi!

Reçois sous ton aile

Le prêtre infidèle!

L'enfer avec elle,

C'est mon ciel, à moi!

Viens donc, ô jeune femme!

C'est moi qui te réclame!

Viens, prends-moi sans retour!

Puisqu'un Dieu, puisqu'un maître,

Dont le regard pénètre

Notre coeur nuit et jour,

Exige en son caprice

Que le prêtre choisisse

Du ciel ou de l'amour!

QUASIMODO, [revenant.]

Maître, l'instant s'approche.

CLAUDE FROLLO.

Oui, l'heure est solennelle;

Mon sort se décide, tais-toi.

CLAUDE FROLLO ET QUASIMODO.

La nuit est sombre,

J'entends des pas;

Quelqu'un dans l'ombre

Ne vient-il pas?

[Ils vont écouter au fond du théâtre.]

LE GUET, [passant derrière les maisons.]

Paix et vigilance!

Ouvrons, loin du bruit,

L'oreille au silence

Et l'oeil à la nuit.

CLAUDE ET QUASIMODO.

Dans l'ombre on s'avance;

Quelqu'un vient sans bruit.

Oui, faisons silence;

C'est le guet de nuit!

[Le chant s'éloigne.]

QUASIMODO.

Le guet s'en va.

CLAUDE FROLLO.

Notre crainte le suit.

[Claude Frollo et Quasimodo regardent avec anxiété vers la rue

par laquelle doit venir la Esmeralda.]

QUASIMODO.

L'amour conseille,

L'espoir rend fort

Celui qui veille

Lorsque tout dort.

Je la devine,

Je l'entrevoi;

Fille divine,

Viens sans effroi!

CLAUDE FROLLO.

L'amour conseille,

L'espoir rend fort

Celui qui veille

Lorsque tout dort.

Je la devine,

Je l'entrevoi;

Fille divine!

Elle est à moi!

[Entre la Esmeralda. Ils se jettent sur elle, et veulent

l'entraîner. Elle se débat.]

LA ESMERALDA.

Au secours! au secours! à moi!

CLAUDE FROLLO ET QUASIMODO.

Tais-toi, jeune fille! tais-toi!

SCENE III.

LA ESMERALDA, QUASIMODO,

PHOEBUS DE CHATEAUPERS, LES ARCHERS DU GUET.

PHOEBUS DE CHATEAUPERS, [entrant à la tête d'un gros d'archers.]

De par le roi!

[Dans le tumulte, Claude s'échappe. Les archers saisissent Quasimodo.]

PHOEBUS, [aux archers, montrant Quasimodo.]

Arrêtez-le! serrez ferme!

Qu'il soit seigneur ou valet!

Nous allons, pour qu'on l'enferme,

Le conduire au Châtelet!

[Les archers emmènent Quasimodo au fond. La Esmeralda, remise de

sa frayeur, s'approche de Phoebus avec une curiosité mêlée

d'admiration, et l'attire doucement sur le devant de la scène.]

LA ESMERALDA, [à Phoebus.]

Daignez me dire

Votre nom, sire!

Je le requiers!

PHOEBUS.

Phoebus, ma fille,

De la famille

De Châteaupers.

LA ESMERALDA.

Capitaine?

PHOEBUS.

Oui, ma reine.

LA ESMERALDA.

Reine? oh! non.

PHOEBUS.

Grâce extrême!

LA ESMERALDA.

Phoebus, j'aime

Votre nom!

PHOEBUS.

Sur mon âme,

J'ai, madame,

Une lame

De renom!

LA ESMERALDA, [à Phoebus.]

Un beau capitaine,

Un bel officier,

A mine hautaine,

A corset d'acier,

Souvent, mon beau sire,

Prend nos pauvres coeurs,

Et ne fait que rire

De nos yeux en pleurs.

PHOEBUS, [à part.]

Pour un capitaine,

Pour un officier,

L'amour peut à peine

Vivre un jour entier.

Tout soldat désire

Cueillir toute fleur,

Plaisir sans martyre,

Amour sans douleur!

[A la Esmeralda.]

Un esprit

Radieux

Me sourit

Dans tes yeux.

LA ESMERALDA.

Un beau capitaine,

Un bel officier,

A mine hautaine,

A corset d'acier,

Quand aux yeux il brille,

Fait longtemps penser

Toute pauvre fille

Qui l'a vu passer!

PHOEBUS, [à part.]

Pour un capitaine,

Pour un officier,

L'amour peut à peine

Vivre un jour entier.

C'est l'éclair qui brille,

Il faut courtiser

Toute belle fille

Que l'on voit passer.

LA ESMERALDA. [Elle se pose devant le capitaine et l'admire.]

Seigneur Phoebus, que je vous voie

Et que je vous admire encor!

Oh! la belle écharpe de soie,

La belle écharpe à franges d'or!

[Phoebus détache son écharpe et la lui offre.]

PHOEBUS.

Vous plaît-elle?

[La Esmeralda prend l'écharpe et s'en pare.]

LA ESMERALDA.

Qu'elle est belle!

PHOEBUS.

Un moment!

[Il s'approche d'elle et cherche à l'embrasser.]

LA ESMERALDA, reculant.

Non! de grâce!

PHOEBUS, [qui insiste.]

Qu'on m'embrasse!

LA ESMERALDA, [reculant toujours.]

Non, vraiment!

PHOEBUS, [riant.]

Une belle

Si rebelle.

Si cruelle!

C'est charmant.

LA ESMERALDA.

Non, beau capitaine,

Je dois refuser.

Sais-je où l'on m'entraîne

Avec un baiser?

PHOEBUS.

Je suis capitaine,

Je veux un baiser.

Ma belle africaine,

Pourquoi refuser?

Donne un baiser, donne, ou je vais le prendre.

LA ESMERALDA.

Non, laissez-moi; je ne veux rien entendre.

PHOEBUS.

Un seul baiser! ce n'est rien, sur ma foi!

LA ESMERALDA.

Rien pour vous, sire, hélas! et tout pour moi!

PHOEBUS.

Regarde-moi; tu verras si je t'aime!

LA ESMERALDA.

Je ne veux pas regarder en moi-même.

PHOEBUS.

L'amour, ce soir, veut entrer dans ton coeur.

LA ESMERALDA.

L'amour ce soir, et demain le malheur!

[Elle glisse de ses bras et s'enfuit. Phoebus, désappointé, se retourne

vers Quasimodo, que les gardes tiennent lié au fond du théâtre.]

PHOEBUS.

Elle m'échappe, elle résiste.

Belle aventure en vérité!

Des deux oiseaux de nuit je garde le plus triste;

Le rossignol s'en va, le hibou m'est resté.

[Il se remet à la tête de sa troupe, et sort emmenant Quasimodo.]

CHOEUR DE LA RONDE DU GUET.

Paix et vigilance!

Ouvrons, loin du bruit,

L'oreille au silence

Et l'oeil à la nuit!

[Ils s'éloignent peu à peu et disparaissent.]

ACTE DEUXIÈME

SCENE PREMIERE.

[La place de Grève. Le pilori. Quasimodo au pilori. Le peuple sur la place.]

CHOEUR.

--Il enlevait une fille!

--Comment! vraiment?

--Vous voyez comme on l'étrille

En ce moment!

--Entendez-vous, mes commères?

Quasimodo

S'en vient chasser sur les terres

De Cupido!

UNE FEMME DU PEUPLE.

Il passera dans ma rue

Au retour du pilori,

Et c'est Pierrat Torterue

Qui va nous faire le cri.

LE CRIEUR.

De par le roi, que Dieu garde!

L'homme qu'ici l'on regarde

Sera mis, sous bonne garde,

Pour une heure au pilori!

CHOEUR.

A bas! à bas!

Le bossu! le sourd! le borgne!

Ce Barabbas!

Je crois, mortdieu! qu'il nous lorgne.

A bas le sorcier!

Il grimace, il rue!

Il fait aboyer

Les chiens dans la rue.

--Corrigez bien ce bandit!

--Doublez le fouet et l'amende!

QUASIMODO.

A boire!

CHOEUR.

Qu'on le pende!

QUASIMODO.

A boire!

CHOEUR.

Sois maudit!

[Depuis quelques instants la Esmeralda s'est mêlée à la foule. Elle

a observé Quasimodo avec surprise d'abord, puis avec pitié. Tout à

coup, au milieu des cris du peuple, elle monte au pilori, détache

une petite gourde de sa ceinture, et donne à boire à Quasimodo.]

CHOEUR.

Que fais-tu, belle fille?

Laisse Quasimodo!

A Belzébuth qui grille

On ne donne pas d'eau!

[Elle descend du pilori. Les archers détachent et emmènent Quasimodo.]

CHOEUR.

--Il enlevait une femme!

--Qui? ce butor?

--Mais c'est affreux! c'est infâme!

--C'est un peu fort!

--Entendez-vous, mes commères?

Quasimodo

Osait chasser sur les terres

De Cupido!

La Esmeralda · 第 1 / 3 章