(LA DIPLOMATIE de DE LIONNE)
1661-1678
Dès que Mazarin fut mort, Louis XIV déclara à ses ministres qu’il ne lui
donnerait pas de successeur. Pour achever l’œuvre des deux cardinaux qui
avaient gouverné sous le nom de son père et de sa mère, la reine
régente, il résolut de gouverner lui-même, sans premier ministre.
C’était le moyen de conserver à la royauté et d’accroître le pouvoir que
Richelieu et Mazarin lui avaient donné, en lui procurant une autorité
morale qui serait la raison d’être et le fondement de ce pouvoir. En ne
voyant plus «d’un côté toute la fonction, et de l’autre le seul titre de
roi», les sujets se convaincraient que le roi «était né pour l’être».
L’activité du maître légitimerait ainsi son autorité absolue, et
donnerait à sa puissance matérielle, qui était incontestée, une valeur
morale incontestable.
Une pensée analogue inspira la conduite de Louis XIV à l’égard de
l’Europe. La France, en 1660, grâce à la politique de Mazarin, avait
acquis la prépondérance politique sur le continent.
L’_Espagne_, son ennemie héréditaire, était démembrée et humiliée, «sans
crédit, incapable d’aucun grand effort en matière d’argent, ni d’hommes,
occupée par la guerre de Portugal. Le roi était vieux, d’une santé
douteuse, il n’avait qu’un seul fils en bas âge[1]».--L’_Empereur_, qui
s’était livré si longtemps aux conseils des Espagnols, avait été vaincu,
«et était lié désormais en mille sortes avec les États de l’Empire»,
incapable de rien entreprendre et peu porté à le faire: les _électeurs_,
«qui lui avaient imposé des conditions si dures, vivaient dans une
continuelle défiance avec lui. Une partie des princes de l’Empire
étaient dans les intérêts de la France».--«La _Suède_ n’avait et ne
pouvait avoir d’intérêts durables qu’avec Louis XIV: elle avait assez à
faire de se maintenir dans ses conquêtes.»--Le _Danemark_, «affaibli par
une guerre précédente, ne pensait plus qu’à la paix et au
repos.»--L’_Angleterre_ ne cherchait qu’à affermir le gouvernement «sous
un roi nouvellement rétabli, Charles II, porté d’ailleurs d’inclination
pour la France».--Les _Hollandais_, qui avaient besoin de la paix pour
maintenir leur commerce et abaisser la maison d’Orange, cherchaient leur
principal appui dans l’amitié de Louis XIV.--En _Italie_, enfin, dans ce
pays qui si longtemps avait été tout entier espagnol, «le pape seul,
Alexandre VII, conservait assez de mauvaise volonté pour les Français:
mais les États, ses voisins, n’auraient pas suivi ses desseins s’il en
avait formé contre nous. La Savoie, gouvernée par Christine de France,
fille d’Henri IV, était très favorable à la France. Venise entretenait
son alliance.» Le duc de Toscane se rapprochait de Louis XIV par une
alliance de famille. Parme, Modène, Mantoue, lui restaient fidèles: «Ni
crainte, ni espérance ne pouvaient les obliger à se lier comme autrefois
contre la France.» L’Europe n’était plus, comme au début du siècle,
menacée de la domination des Espagnols, ni disposée à s’y soumettre: la
France avait pris, après un siècle d’efforts, la place que ceux-ci
avaient perdue.
[1] _Mémoires de Louis XIV_.
Ce fut dès lors, chez Louis XIV, un dessein arrêté de faire reconnaître,
par toute l’Europe, la France comme le premier royaume chrétien, en
droit, comme elle l’était en fait, et son roi, comme le chef du peuple
chrétien. Cette pensée se traduit dans ses Mémoires, écrits au début du
règne pour l’instruction du Dauphin, et dans ses premiers actes: «Les
Empereurs d’Allemagne ne sont ni les héritiers des Romains, ni les
successeurs de Charlemagne; chefs élus d’une république allemande, ils
ne peuvent prétendre à aucune supériorité sur les autres rois d’Europe,
dont les plus anciens, les plus puissants sont les rois de France. La
France seule et son roi pourraient revendiquer un pareil droit.» Aussi,
dès 1661, Louis XIV ne permit-il ni à l’Empereur, ni à personne «de
prendre avantage sur lui». Au mois d’octobre de cette année,
l’ambassadeur espagnol en Angleterre, de Watteville, ameuta la populace
de Londres et lança sa suite contre l’envoyé de Louis XIV, d’Estrades,
qui ne voulait pas lui céder le pas dans les cérémonies officielles: le
jeune roi menaça son beau-père de la guerre; Watteville fut châtié, et
le droit de la France fut solennellement reconnu. «Je ne sais, dit Louis
XIV, si depuis le commencement de cette monarchie il s’est rien passé de
plus glorieux pour elle. Car les rois et les souverains que nos ancêtres
ont vus quelquefois à leurs pieds, leur rendre hommage, n’y étaient pas
comme souverains et comme rois, mais comme seigneurs de quelque
principauté moindre qu’ils tenaient en fief. Ici, c’est une espèce
d’_hommage véritablement d’une autre sorte, mais de roi à roi, de
couronne à couronne, qui ne laisse plus douter à nos ennemis mêmes que
la nôtre ne soit la première de toute la chrétienté_.»
A la même époque, et dans le même dessein, Louis XIV refusa de souscrire
aux prétentions du roi d’Angleterre, qui exigeait, dans les eaux
britanniques, le salut des vaisseaux français aux vaisseaux anglais. Il
ne voulut pas écrire à l’Empereur d’Allemagne pour le féliciter de son
avènement, avant qu’il ne lui en eût fait le premier la notification. En
1662, enfin, il força le pape lui-même, Alexandre VII, le chef religieux
de la chrétienté, à s’incliner devant la France: son ambassadeur,
Créqui, ayant été attaqué et insulté par les gardes corses du
saint-siège, il obtint que cette garde serait licenciée, qu’un légat lui
serait envoyé «pour demander pardon» et qu’une pyramide fût érigée à
Rome, avec une inscription qui disait l’injure et la réparation.
Pour mieux établir ses droits à l’héritage de Charlemagne, Louis XIV
enfin se proposa à l’Europe comme le chef de la croisade. Depuis
Richelieu, ce projet était familier aux diplomates français; le Père
Joseph avait rédigé un plan de croisade qu’il avait adressé à toutes les
cours de l’Europe; l’ambassadeur de Brèves avait écrit un traité sur
_les moyens d’anéantir la monarchie des princes ottomans_; Mazarin
soutenait les Vénitiens à Candie contre les Turcs. Louis XIV continua à
les aider d’hommes et d’argent; il leur envoya 100 000 écus, et leur
promit mieux encore «s’ils faisaient effort pour chasser les infidèles
de cette île». Son chargé d’affaires à Rome, d’Auberville, eut pouvoir,
en 1662, de faire une ligue contre le Turc où le roi de France s’offrait
de contribuer, plus qu’aucun prince chrétien, de ses deniers et de ses
troupes. Ses marins et ses soldats, Beaufort, Duquesne, d’Estrées,
Tourville, purgeaient la Méditerranée des pirates barbaresques et les
attaquaient jusque dans leurs repaires (1664-1665); depuis
Charles-Quint, pareille chasse ne leur avait été faite. Lorsque enfin le
successeur de Charles-Quint, l’empereur Léopold, vit l’Empire envahi, le
31 juillet 1664, par l’armée de Kupruli-Ahmed, Louis XIV lui offrit
contre «l’ennemi commun» une armée de cent mille hommes. Léopold Ier ne
demandait ni ne voulait autant de Français en Allemagne. Une troupe de
six mille hommes suffit à refouler, à Saint-Gothard (1664), l’invasion
ottomane. _Rex invictissimus Gallorum_, disait l’archevêque de Presbourg
au chef de cette troupe, Coligny, _est conservator noster_. La France,
sur terre, comme sur mer, était le boulevard de la chrétienté. Tandis
que l’Empereur chassait et jouait avec la même sûreté «que s’il eût eu
son ennemi à Caudebec», le véritable Empereur, c’était Louis XIV, dont
les vaisseaux traquaient l’infidèle dans la Méditerranée, dont les
soldats avaient vaincu sur le Raab! La France n’était plus seulement de
fait la première puissance de l’Europe: elle avait des droits à l’être.
Tandis qu’il se préoccupait ainsi d’assurer la prépondérance morale de
son royaume, Louis XIV continuait à maintenir et à fortifier, par de
nouvelles conquêtes territoriales, sa puissance matérielle. «En
soutenant sa dignité, il n’oubliait pas d’augmenter son pouvoir.»
(VOLTAIRE.) Le 27 octobre 1662, il racheta Dunkerque à l’Angleterre pour
cinq millions de francs. Le 6 février de la même année, par un traité du
même genre, il se fit céder par Charles IV ses duchés de Bar et de
Lorraine, et comme le duc, pressé par sa famille, refusait de
s’exécuter, il occupa Marsal, qu’il garda. Les frontières du nord-ouest
et de l’est furent ainsi étendues et complétées.
Mais le principal, c’était la conquête partielle ou totale de l’héritage
espagnol, auquel son mariage avec Marie-Thérèse et les clauses du traité
des Pyrénées pouvaient lui donner des droits, et, dans tous les cas, les
moyens de prétendre. Louis XIV trouva au conseil, comme ministre d’État
(23 juin 1659), l’homme qui avait négocié la paix des Pyrénées, l’élève
et l’auxiliaire de Mazarin, de Lionne, dont il dit dans ses Mémoires
«que pas un de ses sujets n’avait été plus souvent employé aux
négociations étrangères, ni avec plus de succès»: il le garda, il le
nomma, en 1663, secrétaire d’État aux affaires étrangères, le chargeant
de poursuivre, contre la maison d’Autriche, et d’achever les entreprises
de Mazarin.
Tout était mis en œuvre, dès 1661, pour affaiblir et isoler l’Espagne:
la France s’entendit avec l’Angleterre pour soutenir le Portugal contre
Philippe IV. Charles II d’Angleterre épousa Catherine de Portugal, et
promit aux Portugais, en échange de la cession de Bombay et de Tanger,
un secours de quatre mille hommes et de huit frégates. Louis XIV leur
envoya un subside de 600 000 livres, qui leur permit de lever quatre
mille soldats. Le comte de Schomberg et cent officiers français, partis
depuis 1660, formèrent ces recrues et contribuèrent largement aux
victoires d’Ameyxial (1663), de Villaviciosa (1665) qui consacraient
l’indépendance du Portugal et la ruine de l’Espagne. Depuis la
Restauration, l’Angleterre était acquise à l’alliance française: un
mariage resserra les liens de famille des deux dynasties des Bourbons et
des Stuart, celui du duc d’Orléans avec Henriette d’Angleterre, et
jamais alliance de famille ne servit davantage les desseins des
diplomates. La Hollande, qui avait besoin d’un point d’appui pour
résister aux progrès de la puissance maritime anglaise, se rapprocha de
la France, après treize ans de froideur et d’hostilité, sous l’impulsion
de J. de Witt, le plus grand diplomate de l’Europe après de Lionne:
l’ambassadeur van Beuninghen vint à Paris signer un traité de commerce
et de navigation, de garantie et de défense réciproques (27 avril 1662):
les Hollandais s’engageaient à ne pas faire de ligue contre nous avec
les Pays-Bas catholiques. Les Suisses, resserrant leur alliance
traditionnelle avec la France, s’engagèrent à faire de même avec la
Franche-Comté (4 septembre 1663). La ligue du Rhin obligeait l’Empereur,
par le moyen des princes de l’Empire, à ne pas secourir l’Espagne: elle
fut renouvelée pour trois ans, en mars 1663. De nouveaux princes
allemands y entrèrent, les autres y restèrent, attirés ou retenus par
des pensions. Le Danemark était lié avec nous par le traité d’août 1663;
la Suède, enfin, par un pacte secret (octobre 1662), promettait de
soutenir la candidature du duc d’Enghien au trône de Pologne. Sans
autorité en Allemagne, l’empereur Léopold voyait ainsi se former, sur
les frontières de l’Empire, un réseau d’alliances françaises: incapable
de diriger l’Allemagne à l’intérieur, de la défendre au dehors, il ne
pouvait plus rien pour l’Espagne. Et l’Espagne demeurait ainsi, par la
diplomatie de Louis XIV et de de Lionne, seule, sans alliés, sans
ressources, impuissante à retenir les provinces les plus éloignées ou
les plus proches de son empire, Pays-Bas ou Portugal, ruinée, prête à
être démembrée.
Louis XIV ouvrit l’attaque contre elle par des négociations à la cour de
Madrid. Sa femme et lui s’étaient engagés, au mois de décembre 1659,
formellement à renoncer à l’héritage de Philippe IV, à la condition que
celui-ci assurerait aux nouveaux mariés une dot de 300 000 écus d’or. La
dot n’était pas encore payée à la fin de l’année 1662, et les intérêts
couraient. Le roi de France offrit de renoncer au capital et aux
intérêts, si son beau-père voulait rétablir les droits de Marie-Thérèse
à la succession d’Espagne: après un an de discussions, de consultations,
Philippe IV refusa le 24 août 1662. Il mourut le 17 septembre 1665, sans
avoir acquitté sa dette, mais après avoir exclu une fois de plus, dans
son testament, Marie-Thérèse de la succession. Le gouvernement
appartint, pendant la minorité de Charles II, à sa veuve: c’était une
princesse allemande, de la maison d’Autriche, livrée tout entière à
l’influence de son confesseur, le P. Nithard, qui entretenait une
correspondance régulière avec la cour de Vienne. Louis XIV n’avait plus
d’espoir de rien obtenir par un arrangement pacifique, ni de ménagements
à garder. Pour donner encore à l’attaque de vive force qu’il préparait
quelque apparence de légalité, il invoqua le droit de dévolution,
coutume civile du Brabant, le droit de franc-alleu, coutume du Hainaut,
et la coutume franc-comtoise du partage égal des successions, pour
revendiquer toutes les provinces qu’il voulait enlever à son beau-frère.
Des complications imprévues vinrent retarder d’un an ces entreprises:
d’une part, la guerre de la Hollande et de l’Angleterre, guerre de
marchands jaloux les uns des autres, nouvel épisode de la rivalité de
ces deux puissances maritimes au dix-septième siècle. Louis XIV, lié par
une alliance formelle avec les Hollandais depuis 1662, ne voulait ni
indisposer l’Angleterre, dont la royauté était acquise à ses intérêts,
ni laisser abattre les républicains des Provinces-Unies, au profit de la
maison de Nassau. D’autre part, les Anglais s’efforçaient d’amener,
entre l’Espagne et le Portugal, un accommodement fatal aux projets de
Louis XIV, qui avait intérêt à créer des difficultés à son beau-frère
dans la péninsule. La diplomatie de Louis XIV se tira habilement de ce
double embarras. La France eut l’air de soutenir la Hollande, en
combattant l’évêque de Munster, qui s’était déclaré contre elle; mais
sur mer, ses flottes ne rencontrèrent pas la flotte anglaise, et bientôt
Charles II et ses ministres, gagnés par de riches subsides, acceptèrent
la médiation de Louis XIV en vue d’une paix qui se signa à Bréda quelque
temps après (21 juillet 1669). D’autre part, tandis que le ministre
français à Madrid, d’Embrun, offrait à l’Espagne sa médiation entre elle
et le Portugal, le ministre français à Lisbonne, Saint-Romain, excitait
le Portugal à la guerre, et lui promettait par un traité (mars 1667) des
secours importants. Ainsi la guerre maritime était circonscrite et
bientôt arrêtée; la guerre entre l’Espagne et le Portugal, au contraire,
prolongée, l’Espagne confiante, l’Europe indifférente: de Lionne avait
obtenu par sa diplomatie ces résultats; Louvois préparait en même temps
des magasins, des dépôts d’armes et de vivres sur la frontière du nord.
Louis XIV, sûr de ses alliances et de ses ressources militaires, maître
de son armée, libre de ses mouvements, déclara la guerre à l’Espagne, ou
plutôt il prétendit occuper militairement le Brabant, en vertu du droit
de dévolution, sans rompre la paix, faire la guerre «pacifiquement».
Publiant son _Traité sur les droits de la reine_, il entra avec trois
armées dans les Pays-Bas.
Le gouverneur espagnol des Pays-Bas, Castel Rodrigo, s’était efforcé en
vain d’y concentrer des troupes, d’en réparer les forteresses: c’était
tenter l’impossible. En quelques mois, Louis XIV avait occupé toute la
Flandre française et une partie du Brabant (mai-décembre 1667). Au mois
de février 1668, la Franche-Comté, aussi dégarnie que l’étaient les
Pays-Bas, malgré les efforts de La Fuente, tombait entre les mains de
Condé: ce fut l’affaire de deux semaines seulement. Le roi de France
procédait sans résistance au démembrement de la monarchie d’Espagne, et
à l’extension des frontières du royaume.
L’Europe s’émut pourtant de ces agrandissements: la Hollande était
jalouse et inquiète des conquêtes de Louis XIV, qui avaient le double
tort, à ses yeux, de procurer à la France des pays convoités par elle
depuis un demi-siècle, et de rapprocher la frontière française de ses
propres frontières. L’Angleterre, fidèle à la tradition d’Élisabeth, ne
voulait ni progrès de la Hollande, ni conquêtes de la France aux
Pays-Bas. Libres par la paix de Breda (31 juillet 1667) de s’unir après
s’être combattues, les deux puissances maritimes se mirent d’accord pour
sauver l’Espagne, non par sympathie, mais par intérêt. Par le traité de
La Haye du 23 janvier 1668, conclu entre de Witt et le ministère anglais
de Temple, fortifié bientôt après de l’accession de la Suède, Louis XIV
fut invité à limiter ses prétentions aux conquêtes qu’il venait de
faire, la Franche-Comté exceptée.
On lui donnait une satisfaction, mais on lui défendait de nouvelles
conquêtes. L’Espagne, moyennant quelques sacrifices, était sauvée d’un
démembrement plus considérable: la diplomatie anglaise arrêtait Louis
XIV dans sa victoire; elle profitait ailleurs de la folie du roi de
Portugal, Alphonse VI, pour accommoder le différend presque séculaire
des deux royaumes de la péninsule. L’Espagne, là aussi, faisait un
sacrifice: elle reconnaissait l’indépendance du Portugal, mais elle
rompait du même coup l’alliance dangereuse de cet État et de la France.
Louis XIV, suivant les conseils de Colbert et de de Lionne, parut céder,
et accepta, le 15 avril 1668 à Saint-Germain, puis le 2 mai à
Aix-la-Chapelle, les propositions de la diplomatie anglo-hollandaise.
Ses voisins avaient limité ses conquêtes; mais ses conquêtes lui
restaient. Le territoire national était accru de Charleroi (Sambre),
d’Ath (Dender), de Binch, de Douai, de Tournai et Oudenarde (Scarpe et
Escaut), Lille, Armentières et Courtrai (Lys et Deule), de Bergues et
Furnes, sur la mer. Le prestige personnel du roi s’augmentait encore en
Europe, comme le prouvent ces paroles de l’ambassadeur vénitien d’alors:
«Louis XIV dépasse tous ses prédécesseurs par ses vertus héroïques; la
fortune a voulu que, en considérant les qualités et les actions de ce
grand monarque, on y retrouve l’histoire de ce grand gouvernement dans
son ensemble, qui reçoit de lui sa forme, sa force, et pour ainsi dire
l’existence même.» Ce qu’il s’était proposé, Louis XIV le réalisait: la
puissance matérielle de la France s’accroissait aux dépens de l’Espagne;
le prestige moral du roi et du royaume qui s’incarnait en lui était
reconnu de toute l’Europe.
Ce n’était pourtant, aux yeux de Louis XIV, ni suffisant, ni définitif:
au moment où il acceptait les conditions du traité de La Haye, il
traitait secrètement avec l’Empereur, le 19 janvier 1668, par
l’intermédiaire de son ambassadeur à Vienne, Grémonville. Il lui
promettait de ménager pour le moment l’Espagne, à la condition que les
Habsbourg s’engageassent à reconnaître, dans l’avenir, une partie de
l’héritage de Charles II aux Bourbons. Le roi assurait ainsi à la
France, malgré les Hollandais et malgré l’Angleterre, la Belgique, la
Franche-Comté, la Navarre, Rosas en Catalogne, les présides d’Afrique,
les Deux-Siciles et les Philippines, de grandes frontières, l’empire de
la Méditerranée orientale, et de riches colonies. Charles II d’Espagne
était d’un tempérament maladif: ce vaste projet pourrait se réaliser
dans un avenir assez rapproché.
D’autre part, il ne parut pas impossible à Louis XIV et à sa diplomatie
de revenir sur les stipulations du traité d’Aix-la-Chapelle et d’annexer
à la Flandre française, qu’il venait de prendre, le reste des Pays-Bas
catholiques. L’Angleterre, qui l’avait arrêté à La Haye, pouvait être
reconquise à ce projet; l’opinion et le ministère anglais se montraient
jaloux de la France; mais le roi Charles II avait besoin de Louis XIV
contre son ministère et son parlement. La Suède n’avait aucun motif
sérieux de nous être hostile. Restaient les Hollandais, qui, depuis
1635, ne voulaient à aucun prix de l’annexion des Pays-Bas à la France,
les désiraient pour eux-mêmes et craignaient pour la prospérité
d’Amsterdam la concurrence d’Anvers et d’Ostende, si ces ports eussent
été occupés et ouverts par la France au commerce du monde. Louis XIV
résolut «de mettre ce peuple hors d’état de s’opposer à ses
desseins[2]»; l’abaissement de la Hollande, qui servait en même temps
les intérêts de notre commerce extérieur, lui parut, ainsi qu’à ses
ministres, la condition nécessaire des progrès de la France sur les
frontières du nord. «Le véritable moyen, écrivait alors Louvois à Condé,
de parvenir à la conquête des Pays-Bas espagnols, était d’abaisser les
Hollandais, de les anéantir, s’il était possible[3].» Les clefs des
Pays-Bas étaient à La Haye: il fallait d’abord aller les y chercher.
Colbert prépara des ressources financières, Louvois une armée
d’envahissement, tandis que de Lionne se mit à l’œuvre pour isoler la
Hollande du reste de l’Europe, comme il avait fait de l’Espagne de 1662
à 1665, par tout un ensemble de conventions diplomatiques.
[2] Mémoire inédit de Louis XIV sur la guerre de Hollande, cité par
Rousset, _Histoire de Louvois_, I, p. 323, d’après les Archives du
dépôt de la guerre.
[3] Mignet, III, p. 665.
Dès le 2 août 1668, Colbert de Croissy partait pour Londres, emportant
les témoignages de l’affection la plus vive de Louis XIV pour Charles II
et les instructions de de Lionne: il devait s’adresser à Charles II et
lui proposer, «comme premier ami et principal allié du roi de France»,
un traité d’alliance défensive et offensive. Il devait gagner en outre
deux ministres, Arlington, le principal, qui avait conclu avec Temple
l’alliance de La Haye, mais qui était catholique. Charles II et son
ministre parurent d’abord favorables seulement à une négociation
commerciale que Louis XIV accepta pour les engager dans une négociation
politique. Bientôt, le retour officiel du duc d’York au catholicisme et
le projet qui se forma entre Charles II et ses ministres d’y ramener la
cour tout entière, les difficultés du roi avec son Parlement, prorogé
plusieurs fois de 1668 à 1670, la détresse financière de la cour, enfin,
qui en fut la conséquence, déterminèrent Charles II et Arlington à
écouter les propositions de la France.
Pour en assurer définitivement le succès, de Lionne décida le roi à
confier la négociation à la propre sœur du roi d’Angleterre, Henriette,
duchesse d’Orléans. Elle réussit, en effet, à Douvres au mois de juin
1670: Louis XIV s’engageait à fournir au roi d’Angleterre des subsides
annuels, et des secours extraordinaires le jour où il ferait sa
déclaration officielle de catholicité. A l’Angleterre elle-même, il
promettait Walcheren, l’Écluse et Cadsand, les îles de Goorée et de
Woorne, les embouchures de l’Escaut et de la Meuse, en sorte que Charles
II ne parut pas sacrifier à ses besoins et à ses desseins les intérêts
de son peuple. Charles II, en retour, offrit cinquante vaisseaux, et six
mille soldats à la France le jour où elle déclarerait la guerre aux
Hollandais. Le traité devait être caché aux ministres protestants de
Charles II, pour la partie du moins relative à la déclaration de
catholicité: mais il était formel. C’était une revanche éclatante de la
ligue de La Haye.
La revanche put être considérée comme complète lorsque la diplomatie
dirigée par de Lionne eut arraché à l’Empereur, malgré les
tergiversations de ses ministres Auersperg et Lobkowitz, en lui offrant
des subsides ou en le menaçant de s’allier aux rebelles de Hongrie, la
promesse de ne pas secourir les Hollandais (1er novembre 1671). Le 31
décembre 1669, acheté par la diplomatie française, l’électeur de
Brandebourg avait donné la même promesse, qu’il ne tint pas d’ailleurs;
le 17 janvier 1670, la Bavière avait fait de même, séduite par les mêmes
arguments; puis, peu après, l’électeur de Cologne, l’évêque de Liège,
ceux de Munster et d’Osnabruck, le duc de Hanovre, accordaient à Louis
XIV des traités de neutralité et de passage. La Suède seule, qui avait
pris l’Espagne pour banquier et s’en contentait, avait résisté aux
séductions de la France: de Lionne, pourtant, ne désespérait pas,
connaissant la détresse financière de l’Espagne et les besoins de la
Suède: dès le mois de novembre 1671, le chancelier Magnus Lagardie
apportait à la France le concours qu’elle souhaitait. De Lionne ne vit
pas ce dernier triomphe: usé par les plaisirs et le travail considérable
qu’il menait de front, il était mort au mois de septembre 1671, laissant
sa succession à Pomponne, qui quitta Stockholm et laissa lui-même à
Courtin le soin de conclure cette alliance décisive (14 avril 1672).
Le ministre, qui mourait en 1671, avait à peu près achevé pourtant
l’œuvre à laquelle il avait travaillé sous la direction, puis à
l’exemple de son maître Mazarin: de 1668 à 1671, sa persévérance et son
génie avaient assuré à la France le concours de l’Angleterre, de la
Suède, des électeurs de Cologne et de Munster, la neutralité de
l’Empereur et de l’Empire, au moment où il la préparait à recueillir aux
dépens de l’Espagne, et par l’abaissement de la Hollande, les fruits de
la politique de Richelieu et de Mazarin, les provinces espagnoles
nécessaires à l’extension et à la sûreté de ses frontières.
Pendant ces trois années, Louvois avait recruté des troupes auxiliaires
à l’étranger, 20 000 hommes en Suisse, 10 000 à 12 000 aventuriers
anglais, allemands, espagnols et italiens, préparé des magasins
d’artillerie, de vivres, de fourrages et de munitions, aux portes de la
Hollande, dans l’électorat de Cologne, et approvisionné les places
fortes de notre frontière du nord. Le 4 février, il soumettait à Louis
XIV le tableau de l’armée qu’il avait organisée: 120 000 hommes bien
prêts et disciplinés, ayant à leur service 97 bouches à feu, 72 000
boulets, 600 bombes, 150 000 grenades et trois équipages de pont de 100
bateaux chacun.
En vain, le 10 décembre 1671, la Hollande, pour écarter l’orage qui
s’avançait sur elle, offrit à Louis XIV toutes les concessions, toutes
les satisfactions désirables. Il était trop tard: en 1669, au début de
sa campagne diplomatique, de Lionne s’était adressé directement aux
Hollandais pour les déterminer à rompre la triple alliance qu’ils
avaient formée. De Witt s’y était refusé. Il avait seulement proposé de
faire des Pays-Bas catholiques une république indépendante, mais sans
admettre ni les droits de Louis XIV sur ces provinces, ni l’extension
possible des frontières septentrionales de la France. Depuis, la
diplomatie française avait formé une ligue, en éveillant des appétits
que la guerre seule pouvait satisfaire: l’Angleterre trouvait l’occasion
de réparer les échecs de la guerre de 1665, son roi Stuart d’abaisser
les républicains au profit de la maison d’Orange et de son neveu
Guillaume III; l’une et l’autre poussaient à la guerre, au moins autant
que la France.
Le 6 janvier 1672, Louis XIV répondait à l’ambassadeur hollandais, de
Groot, qu’il continuerait ses armements; Charles II envoyait un agent à
La Haye réclamer pour la couronne d’Angleterre la souveraineté des mers;
une double déclaration de guerre était enfin lancée, le 29 mars de
Londres, le 6 avril de Versailles; l’armée française se portait au
nord-est par la Sambre et la Meuse, et, au mois de juin, contournant les
Pays-Bas espagnols, enlevait les places hollandaises du Rhin, Wesel,
Rees et Emmerich; au mois de mai, les flottes anglaises et françaises
faisaient leur jonction dans la mer du Nord. L’invasion était partout
aux portes de la Hollande. Et la Hollande avait à peine eu le temps de
réunir des troupes, de donner une flotte à Ruyter: elle n’avait pour
alliés que le Brandebourg, dont on ignorait la puissance renaissante,
l’Espagne, dont on savait la faiblesse incurable. Au mois de juin, elle
paraissait perdue.
Le 12 juin, apprenant que Louis XIV avait passé le Rhin à Tolhuis, les
hommes d’État hollandais se décidèrent à traiter à tout prix et lui
envoyèrent, le 15 juin, des députés qui ne furent reçus que le 22. Le
21, les frères de Witt furent atteints par quatre assassins qui se
réfugièrent au camp du prince d’Orange et n’y furent pas poursuivis. Le
22 juin, les écluses de Minden, près d’Amsterdam, étaient ouvertes; la
capitale de la Hollande était sauvée, et le gouvernement prêt à passer
aux mains du parti populaire et militaire, partisan de la guerre à
outrance. Sauvés pour quelque temps, mais menacés par une coalition
toujours formidable et les projets du prince d’Orange, les républicains
de Hollande revinrent, le 29 juin, avec les pouvoirs des États généraux
au camp de Louis XIV: au nom de la République, de Groot lui offrit
Maëstricht et toutes ses dépendances, le Brabant hollandais et la
Finlande hollandaise, ce que l’on appelait le _territoire de la
Généralité_, une ligne de forteresses (Maestricht, Slewenswerst,
Bois-le-Duc, Bréda, Berg-op-Zoom, Hulst, l’Écluse et Cadsand) telle
qu’au nord et au sud la France eût enfermé les Pays-Bas catholiques de
toutes parts entre ses frontières. La guerre était terminée, si la
guerre avait eu pour dernier objet de fournir à la France les moyens
d’occuper les Pays-Bas espagnols. C’était l’avis de Pomponne: ce ne fut
ni celui de Louvois, ni en définitive celui de Louis XIV. Le roi de
France, depuis son avènement, s’était proposé un double objet: il ne
voulait pas seulement agrandir son royaume aux dépens de l’Espagne; il
voulait encore, par amour de la gloire, le mettre au premier rang en
Europe et faire, suivant l’expression d’une princesse allemande de ce
temps[4], «comme Charlemagne».
[4] _Lettres de Sophie de Hanovre_, éd. Bodemann, 1886, p. 165.
L’occasion était belle, ou lui parut telle: les Hollandais étaient des
hérétiques; Louis XIV forma tout d’un coup le projet de restaurer,
malgré eux, l’Église catholique en Hollande et leur dicta des conditions
que l’on croirait signées de Philippe II: liberté du catholicisme, cela
n’était rien encore, mais obligation de fournir un temple en tous lieux
au culte catholique, un traitement aux prêtres et de restituer à l’ordre
de Malte les riches commanderies dont il était autrefois propriétaire.
Les Hollandais, forcés de céder, outre ce qu’ils proposaient, Nimègue,
la Gueldre, l’île de Bommel, le cœur de leur pays jusqu’au Lech, ne
seraient plus désormais que des vassaux du Grand Roi, auquel ils
enverraient tous les ans une médaille d’or, pour témoigner qu’ils
tenaient de lui et de ses ancêtres la liberté et presque l’existence.
Quelle gloire pour le roi de France, s’il eût restauré ainsi le
catholicisme dans le Nord et, maître indirectement des Pays-Bas
catholiques, réduit à la vassalité les Pays-Bas protestants! Que serait
après cela l’Empire auprès du royaume de France? «L’ambition et la
gloire sont toujours pardonnables à un prince, et particulièrement à un
prince jeune et aussi bien traité de la fortune que je l’étais»,
écrivit-il plus tard en manière d’excuse dans un mémoire qui nous a été
conservé. Il céda alors ce qu’il était sûr d’obtenir, pour réaliser des
projets qu’il avait formés depuis son avènement. Son entourage croyait à
la possibilité du succès; l’ambassadeur hollandais quittait le camp, lui
laissant quelques promesses.
Mais la nation hollandaise se révolta contre ces prétentions de la
France à la domination universelle. Le fanatisme religieux soutint son
patriotisme indigné. Les souvenirs de la guerre d’indépendance se
réveillèrent en présence de ces _insupportables duretés_, qui
rappelaient les exigences et les prétentions de Philippe II. Par une
conséquence toute naturelle, le pouvoir échappa aux bourgeois
d’Amsterdam, qui avaient paru disposés à les subir, aux frères de Witt,
dont la mort consacra cette révolution, et revint à la maison d’Orange,
qui avait su autrefois défendre la religion et la patrie. Guillaume
III[5], fidèle aux traditions de sa maison, se mit à l’œuvre pour
intéresser l’Europe au salut de la Hollande, exploitant les jalousies et
les craintes de l’Empereur et de l’Espagne, parlant au Brandebourg et
aux princes allemands des _libertés germaniques_ et de la défense de la
religion. Le 30 août 1674, une coalition européenne était formée par ses
soins entre les États généraux, l’Empereur, le roi d’Espagne, le duc de
Lorraine; beaucoup de princes d’Empire allaient bientôt y entrer, et
l’opinion publique en Angleterre, éclairée sur les projets de
restauration catholique de Charles II, forcerait bientôt le gouvernement
à abandonner Louis XIV, à ménager, puis à soutenir la Hollande. Il ne
resta plus à Louis XIV, pour ne pas perdre le fruit de la diplomatie de
de Lionne et des armements de 1672, qu’à revenir, instruit par les
événements, à des projets moins ambitieux et plus réalisables; il
évacua, puis ménagea la Hollande, et conclut enfin avec elle à Nimègue
une sorte de partage de la monarchie espagnole qui lui assurait au
moins, après six ans de guerre, la Franche-Comté, Dunkerque et des
places en Flandre, à la Hollande des villes de barrière aux Pays-Bas où
les États généraux purent mettre garnison.
[5] Pour cette dernière partie, voy. _Louis XIV et Guillaume III_.
Le traité de Nimègue était la suite naturelle et glorieuse du traité des
Pyrénées. L’œuvre de Mazarin, reprise par Louis XIV et de Lionne,
l’unité territoriale de la France s’achevait ainsi aux dépens de
l’Espagne, malgré les erreurs de 1672, la grande coalition européenne de
1674 et les efforts de Guillaume d’Orange. «Louis XIV, dit Voltaire, fut
alors au comble de la grandeur. Victorieux depuis qu’il régnait, n’ayant
assiégé aucune place qu’il n’eût prise, la terreur de l’Europe pendant
six années, et enfin son arbitre et son pacificateur, ajoutant à ses
États la Franche-Comté, Dunkerque et la moitié de la Flandre; roi d’une
nation alors heureuse et le modèle des autres, Louis était en Europe
comme le seul roi.»
Et pourtant, depuis 1672, cette grandeur portait en elle des germes de
faiblesse que Louis XIV ne sut ni voir ni étouffer: ses prétentions,
manifestées de bonne heure, justifiées, depuis, par ses succès, à la
suzeraineté des États européens inquiétaient l’Europe, l’Empereur,
l’Empire, où se réveillaient les sentiments de la liberté germanique, et
provoquaient la première des coalitions que la France s’épuisa à
combattre. D’autre part, la dévotion du roi, sincère, mais étroite,
l’entraînait peu à peu à se considérer comme revêtu d’une mission sainte
contre l’hérésie, au risque de réunir contre la France, ainsi
qu’autrefois contre l’Espagne, les nations protestantes. Il se laissait
de plus en plus guider par d’autres considérations que celles de la
sûreté ou de la puissance réelle de ses États. «Les grands défauts de
Louis XIV, dit un ambassadeur prussien, Spanheim, qui était clairvoyant,
sont les attachements qu’il a fait trop éclater et qui ont eu et ont
encore des suites funestes pour la religion protestante, pour l’état de
l’Europe, et même pour celui de la France; à savoir: une dévotion, ou
pour mieux dire une superstition aveugle, une passion démesurée pour la
gloire, une vue exclusive de demeurer l’arbitre de l’Europe, d’en
prescrire les conditions et d’en usurper les droits[6].» Ce double
défaut faillit en 1672, une première fois, compromettre les résultats
des succès diplomatiques de Mazarin et de de Lionne, des victoires de
Condé et de Turenne; à partir de cette époque aussi, l’Europe et les
puissances protestantes, inquiètes depuis longtemps, averties par les
événements, et dirigées par Guillaume III, se préparèrent à en combattre
les effets. C’est un moment décisif dans les rapports de Louis XIV et de
l’Europe, dans l’histoire de la puissance française au dix-septième
siècle.
[6] Spanheim, _Relation de la cour de France_ (Société de l’histoire
de France), p. 9 et 10.