Richelieu, au dire de ses contemporains, écrivit beaucoup. Nous
savons déjà quel bagage littéraire lui attribuait la _Correspondance
secrète_ de Métra. Malheureusement, il ne nous en reste presque rien,
si toutefois ces documents ont jamais existé; et les commérages de
Soulavie et de Faur autoriseraient à croire cette hypothèse très
vraisemblable. Il est certain qu’il était en commerce épistolaire
avec l’auteur de la _Pucelle_. Voltaire lui répond fort souvent, et
dut traiter avec lui des questions les plus variées; ses lettres le
prouvent surabondamment, mais celles de Richelieu n’ont jamais été
retrouvées.
En dehors de ses correspondances diplomatiques, administratives ou
militaires, conservées aux Archives des Affaires étrangères et de la
Guerre, ou dans les Archives municipales d’Agen[18], il ne subsiste
donc que fort peu de documents originaux émanant de Richelieu. On tient
cependant pour véritable une correspondance entre les Tencin et le duc
en 1744, correspondance qui fut imprimée en 1790. Une autre, datant
de la campagne de Hanovre (1757), et qu’édita le général de Grimoard,
contient un certain nombre de lettres du Maréchal, presque entièrement
consacrées aux exigences du service.
[18] Le distingué secrétaire général de la _Société
archéologique du Gers_, M. Philippe Lauzun, a bien voulu nous
signaler, en même temps que diverses particularités sur le
séjour de Richelieu en Guyenne, l’existence d’une nombreuse
correspondance administrative du Maréchal dans les _Archives
municipales d’Agen_.
Des détracteurs de Richelieu se sont égayés sur la pauvreté de son
style et de ses idées; ils en ont inféré l’insuffisance de l’épistolier
au point de vue littéraire et même intellectuel.
Sans doute, la langue de l’Académicien-Duc est incorrecte, de même que
son écriture est peu lisible et son orthographe mal ordonnée. Mais
l’esprit n’y manque pas; et telle lettre, inédite, que nous signalerons
ou transcrirons en temps voulu, démontrera que l’enjouement et la grâce
du Maréchal, si vantés par les Mémoires du temps, n’étaient pas un vain
mot.
C’est, à l’aide de tous les documents, déjà publiés, ou demeurés
inédits, dont nous avons cité la provenance, mais soumis l’authenticité
à un sévère contrôle, que nous avons écrit notre étude sur le _Maréchal
de Richelieu_. Elle ne saurait être, ni un panégyrique, ni une satire.
Elle visera surtout à rester impartiale. Si elle ne peut ignorer la
vie privée d’un homme qui dut à la galanterie tant de succès de sa vie
publique, elle s’efforcera de déterminer pour celle-ci le rôle joué
sur le théâtre de l’Histoire par le grand seigneur que Voltaire nomma
si souvent, et même trop souvent, «son héros». Peut-être la postérité,
retenant cet hommage, l’eût-elle sanctionné en comptant le Maréchal
de Richelieu parmi les personnalités dont l’existence fut un bienfait
pour le pays, si l’amour des intrigues et les intrigues de l’amour n’en
avaient faussé les plus puissants ressorts.