LE PETIT BERGER.

Le petit Sylvain gardait son troupeau sur un communal qui était tout

entouré de bois. Il menait paître ses brebis avec leurs agneaux, ainsi

qu'une chèvre et sa biquette. Il y avait des loups dans les grands bois

qui entourent le pâturage, et ces mauvaises bêtes emportaient souvent

quelques-uns des bestiaux qui paissaient sur le communal; aussi les

petits pâtres s'exerçaient-ils à lancer des pierres pour atteindre le

loup quand il viendrait prendre un de leurs moutons.

[Illustration: Il menait paître des brebis.]

Un soir que Sylvain était resté aux champs après les autres, parce qu'il

ne pouvait rattraper sa biquette qui courait comme une folle, un jeune

loup sortit tout doucement du bois, s'approcha du petit troupeau et prit

un bel agneau qui s'était un peu éloigné des autres. Sylvain, tout en

criant _au loup!_ de toute sa force, ramassa des pierres et les lança si

bien qu'il fit grand mal à cette méchante bête, sans pourtant pouvoir

lui faire lâcher l'agneau qui bêlait après sa mère; la pauvre brebis

courait de ci, de là, sans oser approcher. Sylvain ne perdit pas

courage; il excita son chien à courir sus au loup, pendant qu'il

cherchait une grosse pierre pour la lui lancer; ce coup-là fut visé si

juste, que la bête se mit à hurler de douleur; et, comme elle ouvrit

la gueule, l'agneau tomba par terre. Sylvain courut ramasser le pauvre

petit, pendant que le loup rentrait dans le bois sans se presser.

Le berger rapporta l'agneau sur son dos, et il raconta à son maître

comment le loup avait bien manqué de le lui emporter.

Son maître lui dit qu'il était un brave enfant, n'ayant peur de rien; et

que, puisqu'il défendait si bien son troupeau, il augmenterait ses gages

à la Saint-Jean prochaine.

Une autre fois, comme Sylvain traversait le village pour mener ses bêtes

à l'abreuvoir, sa biquette eut peur d'un chien; elle fit un bond de

côté, mais si haut, qu'elle tomba dans un puits qui était au bord du

chemin. Sylvain appela sa cousine Marie qui demeurait tout proche, et

la pria de garder ses bestiaux un moment. Puis il alla chez son parrain

chercher une corde, et il lui demanda s'il voulait bien venir l'aider à

repêcher son cabri.

En regardant au fond du puits, ils y aperçurent la pauvre petite bête

qui essayait de grimper le long de la muraille et qui criait comme un

petit enfant.

Sylvain passa autour de son corps la corde qu'il avait prise chez son

parrain; ensuite il l'attacha au puits, et il pria son parrain de le

descendre comme il ferait pour un seau.

«Mais, mon garçon, dit le parrain, si la corde venait à se casser, tu te

ferais grand mal.

--N'ayez pas peur, parrain; d'ailleurs, ne faut-il pas qu'un berger

risque quelque chose quand il s'agit de sauver une de ses bêtes? Un

bon berger ne doit pas souffrir qu'il se perde une seule tête de son

troupeau.»

Le parrain descendit l'enfant dans le puits; quand Sylvain voulut

prendre la biquette, elle se débattit, et il eut beaucoup de mal à

la mettre sur son dos; enfin, il y réussit et cria de le retirer. Le

parrain amena sur le bord du puits le berger et sa chèvre.

La maîtresse de Sylvain fut très-contente de ce qu'il avait sauvé sa

biquette qu'elle aimait beaucoup. Elle lui dit que, puisqu'il avait

si grand soin de son troupeau, elle allait lui faire elle-même deux

chemises de la toile que le tisserand venait de lui rapporter, ce qui

rendit le petit berger fort content.

Contes et historiettes à l'usage des jeunes enfants Qui commencent à savoir lire · 第 31 / 127 题