LE PETIT AGNEAU.

Julie était une petite fille très-pauvre qui demandait l'aumône avec sa

grand'mère aveugle; elles demeuraient toutes les deux dans une vieille

étable qu'on leur louait dix francs par an.

Un jour que Julie était allée au bois ramasser des branches mortes, pour

faire un peu de feu à sa pauvre grand'mère, elle trouva un joli petit

agneau abandonné qui la suivit jusque chez elle. Quand elle eut déposé

son bois dans un coin de leur chambre, elle mena l'agneau de porte en

porte pour que ceux qui l'avaient perdu pussent le reconnaître: mais,

comme il n'appartenait à personne dans le village et qu'on ne savait pas

d'où il venait, Julie le garda.

Dès le matin, elle allait lui cueillir un peu d'herbe le long des

buissons, avant que sa grand'mère fût levée. Puis elle menait l'agneau

par les chemins, en allant chercher son pain dans la campagne, et le

soir elle lui en donnait toujours un peu. Et pourtant la pauvre petite

en avait souvent bien juste pour son souper; mais, quand elle avait

partagé avec son cher agneau, elle oubliait qu'elle eût encore faim.

Cette jolie petite bête semblait comprendre la grande amitié de sa

maîtresse: elle la suivait partout, et bêlait sans cesse quand elle s'en

trouvait éloignée.

Quand Julie était obligée de rester auprès de sa grand'mère, qui était

souvent malade, les bergères du village, chacune à son tour, menaient

aux champs le petit agneau avec leur troupeau; et le soir il savait bien

revenir tout seul à la porte de sa maîtresse, où il bêlait jusqu'à ce

qu'elle la lui eût ouverte.

Pendant l'hiver, l'agneau coucha sur le pied du lit où Julie dormait

avec sa grand'mère, et les réchauffa toutes les deux; ce qui leur fit

grand bien, car elles n'avaient pour la nuit qu'une mauvaise couverture

tout usée.

Quand vint la Saint-Jean, on tondit l'agneau, qui était devenu une

jolie petite brebis. Sa toison pesa deux livres. Julie pria une de ses

voisines qui allait en ville, à la foire, de lui changer cette toison

contre une livre de laine filée, avec laquelle elle tricota une paire de

bas pour sa grand'mère et une pour elle.

Sa brebis, qui la suivait partout, lui donna, pour la Toussaint, un

agneau blanc qui avait la tête noire ainsi que les quatre pattes; Julie

en eut un grand soin, et il devint très-beau.

L'année suivante, à la foire de septembre, elle vendit la brebis et son

agneau, afin de pouvoir acheter une capote d'occasion pour sa grand'mère

qui n'en avait plus, et qui souffrait beaucoup du froid quand elle

allait chercher sa vie pendant l'hiver. La pauvre enfant pleura beaucoup

quand il fallut se séparer de ses deux chères petites bêtes qu'elle

aimait tant; mais, comme elle aimait encore mieux sa grand'mère, elle

essuya ses yeux, ne voulut plus penser à ses agneaux, et elle se trouva

très-heureuse quand elle vit la bonne vieille bien enveloppée dans la

capote qu'on lui avait achetée avec l'argent des deux brebis et celui de

leurs toisons, qu'on avait vendues à la Saint-Jean précédente.

Cela n'empêcha pas la pauvre aveugle de mourir aux environs de Pâques.

Julie se trouva bien malheureuse d'être seule au monde, et elle ne

pouvait se consoler d'avoir perdu sa grand'mère. Mais la maîtresse d'une

grosse métairie, qui avait remarqué combien l'enfant s'était montrée

soigneuse et attentive pour ses agneaux, pensa que cette petite ferait

une bonne bergère: elle lui offrit dix écus de gages, si elle voulait

venir en service chez elle. Julie accepta bien vite, et le soir, en

faisant sa prière, elle remercia le bon Dieu d'avoir eu pitié d'elle.

Contes et historiettes à l'usage des jeunes enfants Qui commencent à savoir lire · 第 23 / 127 题