Fernand était un bon garçon, mais extrêmement paresseux. Il fallait le
tourmenter sans cesse pour qu'il fît son devoir et pour qu'il apprît ses
leçons.
«Si tu continues ainsi, lui dit son père un jour que l'enfant était
encore plus mal disposé que de coutume, tu ne seras propre à rien.
--Mais, papa, croyez-vous donc que les livres me donneront de
l'intelligence si je n'en ai pas naturellement?
--Non, mon ami: mais les enfants en ont tous, plus ou moins; si par
l'étude tu nourris et fortifies celle que tu as reçue en partage, tu
pourras alors l'appliquer à toutes choses; au contraire, si tu la
laisses souffrir d'inanition, elle ne saurait te rendre aucun service.»
Le soir, en revenant de la promenade, Fernand et son père passèrent
devant la forge d'un maréchal.
«Arrêtons-nous un moment, dit le père, et observe bien ce que fait cet
ouvrier.
--Papa, il souffle le feu de sa forge.
--Et pourquoi souffle-t-il?
--Pour en obtenir la chaleur nécessaire pour rougir son fer.
--Eh bien! mon fils, l'esprit est comme le feu: il a besoin d'être
continuellement excité pour acquérir toute la force dont il est
susceptible; et l'étude fait absolument sur lui l'effet que produit le
soufflet sur le feu.»