LE CITOYEN COTON

Excusez-moi, madame. Je n'ai pas de ces délicatesses. Au sortir de

l'École normale, je suis entré à la rédaction d'un journal socialiste.

J'écris pour le peuple et je pense comme lui. Le bonhomme Prolo ne hait

point un homme pour la forme de son nez. Et puis, permettez-moi de vous

le dire: il est affranchi des superstitions qui abêtissent les bourgeois

et les rendent méchants. Il ne croit pas que les juifs ont une figure de

bouc, des cornes au front et un appendice caudal, qu'ils répandent du

sang par le nombril le vendredi saint et qu'ils crucifient un enfant en

cérémonie. Il sait qu'il y a des juifs cupides, enrichis par l'usure et

l'agio et qui n'ont que des pensées de lucre. Il sait qu'il y a des

juifs occupés uniquement de justice et qui consacrèrent leur vie entière

à l'affranchissement des prolétaires. Les distinctions de race ne le

préoccupent point, parce qu'elles sont chimériques et qu'il vit dans le

réel, au dur contact de la nécessité.

Opinions sociales · 第 39 / 64 题