Il y a quatre-vingt mille juifs en France. Tous ne sont pas agioteurs.
Le plus grand nombre est pauvre. Autrefois, les soirs d'été, en passant
par le faubourg Saint-Antoine, je voyais, sur des bancs, autour d'une
petite place plantée d'arbres, des juifs déguenillés. Vieillards,
femmes, enfants, filles aux noires chevelures, serrés les uns contre les
autres, ils montraient, sous l'armée innombrable des étoiles, avec
tranquillité une misère antique, d'un éclat oriental.
Ceux-là, toute la journée, travaillaient chez les petits patrons du
faubourg ou brocantaient de vieux habits. Je crois qu'ils étaient plus
attachés à leur religion que les barons israélites qui tiennent trop de
place dans notre société. Mais ils ne procédaient point au dépouillement
méthodique des chrétiens. Depuis lors j'ai vécu en province et je ne
sais ce que sont devenus ces juifs du Marais. Mais je connais des
israélites qui ont voué leur vie à la science et qui, par leurs travaux,
honorent la France, notre patrie et la leur. L'un est un des premiers
hellénistes du monde, l'autre a fait de grandes découvertes en
assyriologie; un troisième a recherché avec une admirable méthode les
lois du langage. On trouve des juifs dans tous les départements du
savoir humain. Ceux-là sont aussi étrangers au commerce de l'or
qu'Aboulafia le Kabbaliste, qui se livrait à de profonds calculs, non
pour établir l'état de sa fortune, car il ne possédait rien, mais pour
connaître la valeur numérique du nom de Dieu.