Ange plein de gaité, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis.
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_Lundi_, 9 _Mai_ 1853.
Vraiment, Madame, je vous demande mille pardons pour cette imbécile
rimaillerie anonyme, qui sent horriblement l'enfantillage, mais qu'y
faire? Je suis égoïste comme les enfants et les malades. Je pense
aux personnes aimées, quand je souffre. Généralement, je pense à
vous en vers, et, quand les vers sont faits, je ne sais pas résister
à l'envie de les faire voir à la personne qui en est l'objet.--En
même temps, je me cache, comme quelqu'un qui a une peur extrême du
ridicule.--N'y a-t-il pas quelque chose d'essentiellement comique dans
l'amour?--particulièrement pour ceux qui n'en sont pas atteints.
Mais je vous jure que c'est bien la dernière fois que je m'expose; et,
si mon ardente amitié pour vous dure aussi longtemps encore qu'elle a
déjà duré, avant que je vous aie dit un mot, nous serons vieux tous les
deux.
Quelque absurde que tout cela vous paraisse, figurez-vous qu'il y a un
cœur dont vous ne pourriez vous moquer sans cruauté, et où votre image
vit toujours.
_Une fois, une seule, aimable et_ bonne _femme,_
_À mon bras votre bras poli._
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_Mardi_, 7 _Février_ 1854.
Je ne crois pas. Madame, que les femmes, en général, connaissent toute
l'étendue de leur pouvoir, soit pour le bien, soit pour le mal. Sans
doute, il ne serait pas prudent de les en instruire toutes également.
Mais, avec vous, on ne risque rien; votre âme est trop riche en
bonté pour donner place à la fatuité et à la cruauté. D'ailleurs,
vous avez été, sans aucun doute, tellement abreuvée, saturée de
flatteries, qu'une seule chose peut vous flatter désormais, c'est
d'apprendre que vous faites le bien,--même sans le savoir,--même en
dormant,--simplement en vivant.
Quant à cette _lâcheté de l'anonyme_, que vous dirai-je, quelle excuse
alléguerai-je, si ce n'est que ma première faute commande toutes
les autres et que le pli est pris.--Supposez, si vous voulez, que,
quelquefois, sous la pression d'un opiniâtre chagrin, je ne puisse
trouver de soulagement que dans le plaisir de faire des vers pour vous,
et qu'ensuite je sois obligé à'accorder le désir innocent de vous les
montrer avec la peur horrible de vous déplaire.--Voilà qui explique la
lâcheté.
_Ils marchent devant moi, ces Yeux extraordinaires_
_Qu'un ange très savant a sans doute aimantés;_
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_N'est-il pas vrai que vous pensez, comme moi,--que la plus délicieuse
beauté, la plus excellente et la plus adorable créature,--vous-même,
par exemple,--ne peut pas désirer de meilleur compliment que
l'expression de la gratitude pour le bien qu'elle a fait._
[Le ].
...After a night of pleasure and désolation, all my soul belongs to
you...
_Quand chez les débauchés l'aube blanche et vermeille_
_Entre, en société de l'idéal rongeur._
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_Jeudi_, 16 _février_ 1854.
J'ignore ce que les femmes pensent des adorations dont elles sont
quelquefois l'objet. Certaines gens prétendent qu'elles doivent les
trouver tout à fait naturelles, et d'autres, qu'elles en doivent rire.
Ils ne les supposent donc que vaniteuses, ou cyniques. Pour moi, il me
semble que les âmes bien faites ne peuvent être que fières et heureuses
de leur action bienfaitrice. Je rie sais si jamais cette douceur
suprême me sera accordée de vous entretenir moi-même de la puissance
que vous avez acquise sur moi et de l'irradiation perpétuelle que
votre image crée dans mon cerveau. Je suis simplement heureux, pour le
moment présent, de vous jurer de nouveau que jamais amour ne fut plus
désintéressé, plus idéal, plus pénétré de respect, que celui que je
nourris secrètement pour vous, et que je cacherai toujours avec le soin
que ce tendre respect me commande.
_Que diras-tu, ce soir, pauvre âme solitaire,_
_Que diras-tu, mon cœur, cœur autrefois flétri,_
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_Lundi_, 8 _Mai_ 1854.
Il y a bien longtemps. Madame, bien longtemps que ces vers sont
écrits.--Toujours la même déplorable habitude, la rêverie et
l'anonyme.--Est-ce la honte de ce ridicule anonyme, est-ce la crainte
que les vers ne soient mauvais et que l'habileté n'ait pas répondu à
la hauteur des sentiments, qui m'ont rendu, cette fois, si hésitant
et si timide?--Je n'en sais rien du tout.--J'ai si peur de vous
que je vous ai toujours caché mon nom, pensant qu'une adoration
anonyme,--ridicule évidemment pour toutes les brutes matérielles
mondaines que nous pourrions consulter à ce sujet,--était après tout
à peu près innocente,--ne pouvait rien troubler, rien déranger, et
était infiniment supérieure en moralité à une poursuite niaise,
vaniteuse, à une attaque directe contre une femme qui a ses affections
placées--et peut-être ses devoirs. N'êtes-vous pas,--et je le dis avec
un peu d'orgueil,--non seulement une des plus aimées,--mais aussi la
plus profondément respectée de toutes les créatures?--Je veux vous
en donner une preuve.--Riez-en, beaucoup, si cela vous amuse,--mais
n'en parlez pas.--Ne trouvez-vous pas naturel, simple, humain, que
l'homme bien épris haïsse l'amant heureux, le possesseur?--Qu'il le
trouve inférieur, choquant?--Eh bien, il y a quelque temps, le hasard
m'a fait rencontrer, celui-là;--comment vous exprimerai-je,--sans
comique, sans faire rire votre méchante figure, toujours pleine de
gaieté,--combien j'ai été heureux de trouver un homme aimable, un homme
qui pût vous plaire.--Mon Dieu! tant de subtilités n'accusent-elles
pas la déraison?--Pour en finir, pour vous expliquer mes silences et
mes ardeurs, ardeurs presque religieuses, je vous dirai que quand
mon être est roulé dans le noir de as méchanceté et de sa sottise
naturelles, il rêve profondément de nous. De cette rêverie excitante
et purifiante naît généralement un accident heureux.--Vous êtes
pour moi non seulement la plus attrapante des femmes, de toutes
les femmes, mais encore la plus chère et ta plus précieuse des
superstitions.--Je suis un égoïste, je me sers de vous.--Voici mon
malheureux torche-cul.--Combien je serais heureux si je pouvais être
certain que ces hautes conceptions de l'amour ont quelque chance d'être
bien accueillies dam un coin secret de votre adorable pensée! Je ne le
saurai jamais.
_À la très chère, à la très belle._
_Qui remplit mon cœur de clarté,_
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Pardonne-moi, je ne vous en demande pas plus.
_Mardi_, 18 _Août_ 1857.
Chère Madame,
Vous n'avez pas cru un seul instant, n'est-ce pas? que j'aie pu vous
oublier. Je vous ai, dès la publication, réservé un exemplaire de
choix, et, s'il est revêtu d'un habit si indigne de vous, ce n'est pas
ma faute, celle de mon relieur, à qui j'avais commandé quelque chose
de beaucoup plus spirituel.
Croiriez-vous que les misérables (je parle du juge d'instruction, du
procureur, etc...) ont osé incriminer, entre autres morceaux, deux des
pièces composées pour ma chère idole (_Tout Entière_ et _À Celle qui
est trop gaie_)? Cette dernière est celle que vénérable Sainte-Beuve
déclare la meilleure du volume.
Voilà la première fois que je vous écris avec ma vraie écriture. Si
je n'étais pas accablé d'affaires et de lettres (c'est après-demain
l'audience), je profiterais de cette occasion pour vous demander
pardon de tant de folies et d'enfantillages. Mais d'ailleurs ne vous
en êtes-vous pas suffisamment vengée, surtout avec notre petite sœur?
Ah! le petit monstre! Elle m'a glacé, un jour que nous étant rencontrés
elle partit d'un grand éclat de rire à ma face, et me dit: _Êtes-vous
toujours amoureux de ma sœur, et lui écrivez-vous toujours de superbes
lettres?_--J'ai compris d'abord que quand, je voulais me cacher je
me cachais fort mal, et ensuite que sous votre charmant visage vous
déguisiez, un esprit peu charitable. Les polissons sont AMOUREUX; mais
les poètes sont IDOLÂTRES, et votre sœur est peu faite, je crois, pour
comprendre les choses éternelles.
Permettez-moi donc, au risque de nous divertir aussi, de renouveler ces
protestations qui ont tant diverti cette petite folle. Supposez un
amalgame de rêverie, de sympathie, de respect, avec mille enfantillages
pleins de sérieux, vous aurez un à-peu-près de ce quelque chose de très
sincère que je ne me sens pas capable de mieux définir.
Vous oublier n'est pas possible. On dit qu'il a existé des poètes qui
ont vécu toute leur vie les yeux fixés sur une image chérie. Je crois
en effet (mais j'y suis trop intéressé) _que la fidélité est un des
signes du génie._
Vous êtes plus qu'une image rêvée et chérie, vous êtes _ma
superstition_. Quand je fais quelque grosse sottise, je me dis: _Mon
Dieu! si elle le savait!_ Quand je fais quelque chose de bien, je me
dis: _Voilà quelque chose qui me rapproche d'elle,--en esprit._
Et la dernière fois que j'ai eu le bonheur (bien malgré moi) de vous
rencontrer, car vous ignorez avec quel soin je vous fuis! je me disais:
_Il serait singulier que cette voiture l'attendît, je ferais peut-être
bien de prendre un autre chemin._--Et puis: _Bonsoir, Monsieur!_ avec
cette voix aimée dont le timbre enchante et déchire. Je m'en suis allé,
répétant tout le long de mon chemin: _Bonsoir, Monsieur!_ en essayant
de contrefaire votre voix.
J'ai vu mes juges, jeudi dernier. Je ne dirai pas qu'ils ne sont pas
beaux, ils sont abominablement laids, et leur âme doit ressembler à
leur visage.
Flaubert avait pour lui l'Impératrice. Il me manque une femme. Et la
pensée bizarre que peut-être vous pourriez, par des relations et des
canaux peut-être compliqués, faire arriver un mot sensé à une de ces
grosses cervelles s'est emparée de moi, il y a quelques jours.
L'audience est pour après-demain matin, jeudi. Les monstres se nomment:
Président DUPATY.
Procureur impérial PINARD (redoutable).
Juges DELESVAUX.
-- DE PONTON D'AMÉCOURT.
-- NACQUART.
Sixième Chambre correctionnelle.
Je veux laisser toutes ces trivialités de côté.
Rappelez-vous que quelqu'un pense à vous, que sa pensée n'a jamais rien
de trivial, et qu'il vous en veut un peu de votre malicieuse gaieté.
_Je vous prie très ardemment de garder désormais pour vous tout ce que
je pourrais vous confier._ Vous êtes ma compagnie ordinaire et mon
secret. C'est cette intimité, où je me donne la réplique depuis si
longtemps, qui m'a donné l'audace de ce ton si familier.
Adieu, chère Madame, je baise vos mains avec toute ma dévotion.
Tous les vers compris entre la page 84 et la page 105 vous
appartiennent.
_Lundi_, 24 _Août_ 1857.
Très chère amie,
Puisque vous aimez _le grand Jules,_ le voilà! Dumas a repris presque
aussitôt son plâtre, moulé sur un bronze du musée de Besançon. Il n'y
avait que trois épreuves tirées. Celle-ci est la moins mauvaise.