DE L'AMOUR

_La jeunesse de Baudelaire ne fut qu'un ténébreux orage, et les

projets s'amoncelaient sur son cœur enfantin et dépravé: la décadence

du Bas Empire l'enchantait et il ne rêvait que de graver, au khol

ou au cinname, un manuel d'amour, plus impertinent encore que celui

de Stendhal, et moins candide, moins bourgeois que celui de Balzac;

l'amour sensuel du dix-huitième siècle s'était corrompu, la noblesse

disparue, esprit, grâce et cynisme, en un amour d'autant plus morbide

et équivoque qu'il se revêtait des haillons de la passion romantique:

dès 1846, Baudelaire commença à publier au_ Corsaire-Satan _la série

de ces pages qui seraient devenues le livre désiré, si la vie,

l'insupportable vie, lui avaient laissé la force et le courage de les

poursuivre méthodiquement; mais, toutes les fois qu'à propos de tout,

peinture, critique, musique, il pourra glisser quelques lignes sur

les femmes, le luxe, la prostitution, il n'y manquera point, et ces

digressions, dans l'œuvre baudelairienne, sont un des charmes les plus

inattendus._ Choix de Maximes consolantes sur l'amour, _fragments tirés

des_ Petits Poèmes en Prose, _de_ L'Art Romantique, _des_ Curiosités

Esthétiques, _des_ Lettres _et des_ Œuvres posthumes, _donneront le

thème_ De l'Amour, _et_, Les Fleurs du Mal _y aidant puissamment,

le rêveur et l'hystérique le reconstitueront à leur fantaisie, sous

l'inspiration démoniaque de l'esprit de perversité._

De l'amour · 第 10 / 37 题