M. Jean-Louis Armand, rue de la Tonnellerie, sergent du bataillon,
blessé autrefois au service du despotisme, offre d'aller, en combattant
pour la liberté et l'égalité, venger sa patrie des tyrans qui
l'oppriment.
M. Jacques Antoine Raymond de Saint-Sulpice, ne pouvant pas voler en
personne à la défense de la patrie, se charge de prendre soin de la
fille de M. Armand, âgée de huit ans.
Mlle Le Roy, maîtresse de pension, rue Montmartre, est chargée de
l'instruction de la petite fille et des effets appartenant au père.
M. Desvieux est chargé par M. Raymond de faire revenir l'enfant de
Meulan où elle est chez M. Roucour, fermier, route de Beaumont.
La troisième députation, envoyée à l'Abbaye, étant de retour,
l'Assemblée a eu la satisfaction d'apprendre que ses commissaires
avaient eu le bonheur d'obtenir la délivrance de MM. Chignard et Laurent
dont ils s'étaient chargés sur leur responsabilité; ils les ont en effet
présentés à l'Assemblée qui les a accueillis avec toutes les marques
d'attendrissement et d'estime.
MM. Chignard et Laurent, ayant ensuite obtenu la parole, ont témoigné
à l'Assemblée et à MM. les commissaires les sentiments de la plus
vive reconnaissance, et ont rendu compte à l'Assemblée de tous les
faits relatifs à leur arrestation et même de leur conduite depuis la
Révolution dans laquelle ils ont montré le patriotisme le plus pur et le
plus constant.
Dans l'impossibilité où ils se trouvaient de partir pour les frontières,
attendu que M. Laurent est retenu par ses fonctions de membre d'un
bureau de conciliation, et M. Chignard par ses fonctions publiques
auprès des tribunaux pour l'intérêt de ses concitoyens, M. Chignard a
offert et déposé à l'instant sur l'autel de la patrie la somme de quatre
cents livres pour l'équipement et la solde d'un citoyen indépendamment
de celle de deux cent cinquante livres qu'il a payée dès l'année
dernière pour la solde d'un citoyen.
L'Assemblée, délibérant sur tout ce qui était relatif aux dits sieurs
Chignard et Laurent, a accepté l'offrande dudit sieur Chignard et en a
ordonné la mention honorable dans son procès-verbal.
Et, considérant d'une part que les sieurs Chignard et Laurent, d'après
les motifs exprimés dans l'ordre de leur arrestation et ainsi qu'il
était d'ailleurs à la connaissance de l'Assemblée, n'avaient réellement
été mis en arrestation que pour simple correction, et que cette
correction avait été assez dure par une détention de trois jours,
suffisants pour la faute légère qu'on leur avait imputée;
Que, d'un autre côté, d'après le rapport précédemment fait à l'Assemblée
par M. Jams (_sic_), l'un des officiers municipaux qui, lors de leur
arrestation, avait fait la perquisition de leurs papiers en présence de
M. Didelot, l'un des commissaires de la section, il est constant qu'on
n'a rien trouvé qui puisse faire preuves depuis suspecter le patriotisme
dont ils ont constamment donné dès 1789;
L'Assemblée générale a déclaré que tous ses commissaires ont bien
mérité de la patrie en arrachant à la mort deux citoyens patriotes et
innocents, et les a déchargés de la responsabilité des personnes de MM.
Chignard et Laurent;
Invite ces deux citoyens à reprendre leur poste dans l'Assemblée,
et les a mis sous sa sauvegarde spéciale;
Arrête en outre qu'il sera délivré à chacun des deux citoyens susdits
extrait de son procès-verbal, en ce qui les concerne et que pareils
extraits seront envoyés à la Municipalité, en la personne de M. le
Maire et M. le Procureur de la Commune, et à tous les autres qu'il
appartiendra, et ont signé. (_sic_)